‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 26 sur 147 · OPHTHALMIES ARTIFICIELLES · texte numérisé non relu

OPHTHALMIES ARTIFICIELLES

On a \u des soldats provoquer l'inflammation de leurs yeux par l'introduction de diverses substances dans les sinus de la conjonctive , ou bien, lorsqu'ils sont affectés d'ophlhalmie, s'efforcer d'aggraver les symptômes et d'empêcher la guérison, à l'aide des mêmes moyens, dans le but de produire une lésion permanente des yeux, ou même la perte de la vision, afin de se faire congédier ou d'obtenir une pension.

Les agents irritants auxquels les soldats ont recours dans ce but coupable sont : le sublimé corrosif, le sel commun, le précipité rouge, le caustique lunaire, le sulfate de cuivre, la chaux vive, l'acide nitrique, l'onguent cantharidé, le tabac à priser, le jus et les cendres de tabac, un morceau d'étoffe de drap, etc. — La maladie ainsi produite ne siège ordinairement qu'à un œil et presque toujours à l'œil droit.

Souvent la rapidité avec laquelle les symptômes se déclarent permet de reconnaître non-seulement la fraude, mais encore l'agent qui a servi à la produire et qui peut même se retrouver en totalité ou en partie. Ainsi, par exemple, M. Marshall (1) a découvert sur un malade entré à l'hôpital pour une ophthalmie, un petit morceau de mousseline noire étendu sur la cornée de l'œil droit. Cet homme avait récemment perdu la vue de l'œil gauche, probablement par suite d'une inflammation artificiellement provoquée.

Lorsque l'on a employé une poudre acre comme la cbaux vive ou le précipité rouge, on trouve ordinairement un ulcère avec mortification de la conjonctive et quelquefois des particules du corps étranger adhérentes à la membrane. Les cantharides, sous quelque forme qu'on les emploie, provoquent un chéinosis considérable immédiat avec gonflement des paupières et démangeaison des plus violentes. Un acide puissant désorganise instantanément la conjonctive, de sorte qu'elle blanchit, se gonfle et est près de se détacher en pellicules ; la cornée est aussi blanchie et se mortifie promptement.

Dans un cas, la profondeur et l'exacte limitation des bords de l'ulcération ayant porté le chirurgien à soupçonner l'application de quelque substance corrosive sur l'œil, on fouilla le soldat et l'on trouva sur lui un paquet contenant du sublimé corrosif et une instruction écrite sur la manière de l'employer; on y recommandait d'en placer un très

(I) IIots to Young Médical Oilicers, etc., p. 112. Lomlon, 1828.

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petit morceau le soir en se couchant, entre les paupières et de recommencer tous les trois jours, en ayant soin de n'en pas mettre trop, dans la crainte de détruire l'œil. Il y avait aussi une prescription pour faire disparaître l'oplithalmie artificielle; elle consistait en une décoction de panais et de feuilles de trèfle avec laquelle on devait fomenter l'œil (1).

En 1809, trois cents hommes de deux régiments en service à Chelmsford furent atteints d'ophthalmie. Les hommes restés sains furent envoyés dans une autre garnison et les malades restèrent à l'hôpital, commandés militairement. L'officier qui les commandait ayant appris qu'une des infirmières de l'hôpital allait fréquemment faire des acquisitions chez un droguiste, conçut des soupçons. A minuit, l'officier se rendit à l'hôpital, fil lever tous les hommes d'une salle et les fit conduire tout nus dans une autre nouvellement disposée. On fit garder pendant la nuit l'ancienne salle, et le lendemain au jour, lorsqu'on examina les lits, on y trouva cachés un grand nombre de petits paquets contenant du sublimé corrosif. On prit des mesures pour en empêcher l'introduction à l'avenir, et en très peu de temps 250 hommes se trouvèrent guéris (2).

Quelquefois les soldats s'arrachent les cils et s'appliquent ensuite un caustique pour simuler l'inflammation des paupières.

SECTION XLII

Je dois maintenant appeler l'attention du lecteur sur une maladie généralement de longue durée, rebelle au traitement, et qui, étant le résultat d'une lésion mécanique qui a déjà considérablement affaibli ou même détruit la vision dans l'autre œil, engage beaucoup la responsabilité du praticien qui est chargé de la traiter. Chaque fois que je rencontre une ophthalmitis sympathique même au début, je sais que j'ai à combattre une affection qui, tout légers qu'en soient les symptômes, n'en constitue pas moins une des inflammations les plus dangereuses dont l'œil puisse être frappé.

Cette affection sympathique, dont je rapporterai des exemples empruntés aux registres du Glasgow Eye Infirmary, est une inflammation qui débute par la rétine, mais qui finit par envahir graduellement tous les tissus internes de l'œil, surtout l'iris, le cristallin et le corps vitré; qui se développe en général cinq à six semaines après que l'autre œil a éprouvé une lésion traumatique, et qui se termine le plus souvent par l'atrophie et l'amaurose complète de l'œil secondairement

(\) Bai.mngall's Oullines of Lectures on Militarv Surgery, p. 157. Ediuburgh, 1855. (2) Ibid., p. 581.

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affecté. Celui qui a été blessé subit ordinairement le même sort, ou est déjà amaurotique et ramolli avant l'autre. Il est cependant digne de remarque que ïamaurose de l'œil affecté sympatbiquement est généralement plus complète que celle de l'œil qui a reçu la blessure. La rétine de l'œil blessé est quelquefois assez sensible alors que celle de l'autre a déjà perdu toute son impressionnabilité.

Obs. 404. — Henry Paterson, figé de 25 ans, est admis le 31 janvier 1827. Deux mois avant son entrée, il s'était frappé l'œil gauche contre un clou fixé au poteau d'une porte. On n'apercevait plus la partie supérieure de l'iris, de sorte que la pupille, fort agrandie, était déplacée vers le bord supérieur de la cornée. Tue inflammation intense avait été la conséquence de cet accident et s'était communiquée à l'œil droit qui souffrait maintenant plus que le gauche. Les deux yeux supportaient très-mal l'action de la lumière et étaient affectés d'un épiphora abondant. La pupille droite était petite, les deux iris verdàtres el les deux cornées troubles. Il restait encore à gauche un certain degré de vision. Constipation. On lui a fait de nombreuses applications de sangsues aux tempes. — Le 7 février, il est indiqué comme s'améliorant, mais très-lentement. Le traitement a consisté dans un émétique, suivi du calomel, de l'opium, du tarlrate d'antimoine, des vésicatoires, de la belladone à l'extérieur et d'une solution de nitrate d'argent appliquée aux yeux.

Nous voyons ensuite que la bouche s'est affectée et que la douleur a diminué. Plus tard la douleur des yeux augmente et diminue tour à tour. — Le 6 avril, on indique qu'il n'y a pas eu d'amélioration depuis une quinzaine. — Le 16, la bouche est prise et les yeux sont décidément améliores. — Le 30, la bouche est guérie ; l'inflammation continue à diminuer; la vue de l'œil droit est beaucoup meilleure. — Le 11 mai, le cristallin gauche est indiqué comme opaque et poussant l'iris jusqu'au contact de la cornée. On pratique deux fois la paracentèse de la cornée avec peu ou pas d'amélioration. — Vers le milieu de juin, l'irritabilité des yeux diminue. Ce symptôme avait persisté à un degré fâcheux; mais l'observation marque que le 11 juillet le malade peut ouvrir les yeux, ce que l'on attribue à des applications de laudanum. — Le20, la photophobie a beaucoup diminué, de sorte que l'on peut examiner l'œil droit el reconnaître que la pupille est contractée et occupée par un épanchement librineux. — 15 août. Le malade peut distinguer des objets d'un volume modéré. L'inflammation et la photophobie continuent à diminuer. Cette amélioration s'est déclarée sous l'influence de l'usage continu du calomel avec l'opium et d'une décoction d'écorce d'orme. — 17 septembre. L'inflammation a disparu; la vision s'améliore lentement ; le centre de la capsule antérieure droite est opaque; la pupille est un peu contractée et adhérente. — 16 novembre. La pupille droite conserve l'aspect déjà décrit ; la vision s'est beaucoup améliorée. — 25 février 1828. La vision va s'améliorant.

Pendant ces douze mois, on eut recours à un grand nombre de moyens. Les principaux furent des sangsues, des scarifications aux paupières, la paracentèse de la cornée, les vésicatoires, le tartre émétique eu frictions, des cautères, des purgatifs, le calomel avec l'opium, le quinquina, f écorce d'orme, la belladone à l'extérieur, la solution de nitrate d'argent, le vin d'opium appliqué à l'œil, des fomentations opiacées et la pommade au précipité rouge. Toute l'amélioration obtenue par le traitement doit être attribuée principalement aux sangsues, au calomel avec l'opium et aux fomentations opiacées.

Nous n'entendîmes plus parler de Paterson jusqu'au 8septembre 1830, époque à laquelle il rentra à l'hôpital, dans le but de se faire pratiquer une pupille artificielle à droite. L'observation porte qu'à son entrée la pupille droite est très-petite, irrégulière, remplie de lymphe plastique et adhérente à la capsule. Pendant ces douze derniers mois, sa vue a beaucoup baissé, à tel point que, le dos tourné à la lumière, il ne peut distinguer que la réflexion de la figure de la personne qui se trouve devant lui. L'iris est de couleur verte, mais il n'y a pas d'injection à la surface de l'œil. Il dit que lorsqu'il s'expose au froid, ses yeux deviennent sensibles. — Le 19, j'exécutai l'opération par incision à l'aide des ciseaux de Maunoir. Je n'ai pas à décrire l'opération, ni les difficultés dont elle s'accompagna. Tout espoir de récupérer la vision à l'aide de l'opération fut détruit par un coup qu'une personne ivre porta sur l'œil droit de ce malheureux, le 28 mars 1831. Les chambres de l'œil se remplirent de sang et cet organe se désorganisa complètement.

Obs. 4-05. — Joseph Moore, âgé de 30 ans, entre le 14 décembre 1834. Trois mois auparavant, la cornée droite avait été incisée par un morceau d'acier lancé contre elle. Une portion des humeurs de l'œil s'était échappée. Une violente inflammation avait amené le changement de coloration de l'iris et l'occlusion de la pupille qui se trouvait réduite à la dimension d'un simple point occupé par la capsule opaque. Cet œil n'avait plus la moindre perception lumineuse. Un mois après l'accident, la douleur, qui occupait d'abord principalement l'orbite droit, s'étendit au gauche. L'iris de ce côté avait changé de couleur ; la pupille était irrégulière, contractée; la lumière n'agissait plus sur elle, et son ouverture était obstruée par une capsule opaque qui paraissait adhérente à la circonférence de la pupille. Au centre, l'opacité était moins prononcée. Le malade pouvait distinguer de cet œil les barres de la fenêtre et eompter les doigts interposés entre lui et la lumière. Par intervalles, une douleur circum-orbitaire s'éveillait des deux côtés. Le globe de l'œil gauche était, surtout la nuit, le siège d'une vive douleur. Il avait été saigné et avait pris du mercure, ce qui lui avait, à diverses reprises, procuré une amélioration partielle et temporaire.

Lors de son entrée, on eut recours à une saignée du bras et à une application de sangsues sur la conjonctive gauche; on enduisit les paupières d'extrait de belladone et l'on prescrivit matin et soir une pilule contenant : calomel, opium, poudre de feuilles de belladone, de chacun un grain. Ce traitement détermina une amélioration lente, mais la douleur persista dans les globes oculaires. On doubla la dose de poudre de belladone. La bouche se prit et la douleur disparut; mais elle revint bientôt et ne parut que peu diminuée par l'administration interne de l'opium avec la belladone qui constitua le fond du traitement pendant le mois de janvier. L'observation porte que le 5 février la vue de l'œilgauche s'était beaucoup améliorée. On employa ensuite la gentiane et le quinquina, probablement pour combattre la faiblesse générale. On ne trouve pas indiquée d'amélioration ultérieure.

Obs. 406. — James Downie, âgé de 25 ans, est admis le 5 janvier 4827. Trois mois auparavant, son œil droit a été lésé par un éclat d'acier. Il présente actuellement une cicatrice à la jonction de la cornée et de la sclérotique, vers le côté nasal de l'œil. La pupille est attirée vers la cicatrice, tandis que la portion de l'iris qui y fait face paraît fort tendue. 11 y a quelque opacité vers la partie inférieure de la pupille. Pas de douleur. La vision de l'œil droit est beaucoup affaiblie.

Il y a sept semaines que l'œil gauche est devenu malade. L'iris a changé de couleur; la pupille est contractée et irrégulière. La forme de l'œil est altérée, la portion antérieureen est saillante en avant. Les vaisseaux de la conjonctive sont dilatés et une zone bleuâtre entoure la cornée. Le malade n'accuse pas beaucoup de douleur dans l'œil gauche dont la vision paraît presque éteinte. 11 a été saigné, a eu des sangsues et a pris du mercure, ce qui avait produit une grande amélioration ; mais ayant été à la campagne, il y a dix. jours, il y a éprouvé une rechute. On applique des sangsues à la paupière supérieure gauche et un vésicatoire derrière l'oreille. On prescrit le calomel avec l'opium et la poudre de Dover au moment du coucher. Ces remèdes, joints à de fréquentes applications de sangsues et à l'usage externe de la belladone, et appliqués pendant tout le mois de janvier, ne produisent que peu ou pas d'effet sur les yeux. Le 1er février, l'observation porte que, le dos tourné à la lumière, il distingue les objets de l'œil droit, mais nullement du gauche. On le met à l'usage d'une solution de 2 gros d'hydriodate de potasse dans 8 onces d'eau, dont il prend trois cuillerées à soupe par jour et dont on porte graduellement la dose à 4 gros. Aucune amélioration ne se trouve signalée; on indique, au contraire, que la surface de l'iris est devenue vasculaire, symptôme de très-fâcheux augure. — Le 16, on prescrit une saignée du bras, à cause de l'inflammation de l'œil gauche. La bouche ne parait pas s'être affectée. La saignée du bras fait disparaître la douleur de l'œil gauche. On remplace, à cause de la constipation, les pilules de calomel et d'opium par les blue-pills. — Le 22, la bouche est assez malade, mais il n'y a pas d'amélioration de la vision; les iris sont décrits comme ayant pris une teinte vert doré. Le malade se plaint d'insomnie; on lui prescrit l'opium avec la salsepareille. Ce dernier médicament a été continué pendant deux mois sans avantage. — Le 22 avril, on suspend la- salsepareille et l'on prescrit un seizième de grain d'oxyde d'arsenic trois fois par jour. — Le 6 mai, l'observation porte qu'il n'y a pas de changement. Le bord externe de chaque iris est occupé par un cercle couleur de lavande. La pupille gauche est contractée et occupée par la capsule opaque. — Il se présente

le 21 août 1842 pour demander si l'on ne pourrait pas lui pratiquer une pupille artificielle à droite. L'œil de ce côtéétant mou et atrophié, je le lui déconseille. Les deux yeux sont dans ce même état, mais il est plus prononcé à gauche qu'à droite. Il distingue la lumière de l'obscurité à droite, mais point à gauche.

Obs. 407. — Robert Finlay, âgé de 24 ans, est admis le 5 juillet 1837. La nuit précédente, la cornée droite a été traversée par un tourne-vis qui y a formé un lambeau triangulaire, dont la pointe est dirigée en bas et en dedans, tandis que la base occupe tout le diamètre de la cornée. Il y a beaucoup de sang épanché dans la chambre antérieure. L'iris a été blessé, maison ne peut reconnaître l'état de la pupille. La vision se borne à la perception de la lumière. On rapproche les paupières et l'on applique un bandage. Saignée du bras, six grains de calomel. — 6. La douleur a diminué. Lecalomel n'ayant pas purgé, on prescrit trois pilules d'aloès et de blue-pills. — 1er août. La plaie est cicatrisée; la pupille très-irrégulière, l'œil très-injecté, la douleur peu marquée. Vésicatoire derrière l'oreille. Collyre au deuto-chloruie de mercure. — 5. L'œil est moins vasculaire, les paupières sont adhérentes le matin. Quatre grains de solution de nitrate d'argent. On applique ensuite deux fois des sangsues aux paupières.— 13. Depuis hier, il y a à gauche une attaque d'irilis sympathique avec douleur sous le sourcil pendant la nuit. Bord supérieur de la pupille soudé à * la capsule. Il attribue cette attaque à ce qu'il a lu pendant trois ou quatre heures, la nuit dernière, dans un livre imprimé en petit caractère. Pouls à 84. Saignée du bras. Belladone sur le sourcil et la paupière supérieure. Six grains de calomel et un grain d'opium le soir. Lne once de sulfate de magnésie le lendemain matin. — 14. Sang couenneux; la dou.eur a beaucoup diminué. Cornée souple, pupille adhérente en haut et en bas. Huit sangsues autour de l'œil gauche. Calomel et opium le soir et sel purgatif le lendemain matin. — 15. Pupille oblongue transversalement ; vision très trouble. Saignée du bras. Vésicatoire au côté gauche de la tète. Quatre grains de calomel et un demi-grain d'opium trois fois par joue.» — 16. Sang couenneux. — 17. La douleur de l'œil gauche a complètement disparu ; mais la pupille estencore irrégulière. La bouche n'est point affectée. On continue lecalomel avec l'opium. — 19. Le malade a été hier saigné du bras ; sang couenneux, œil beaucoup moins vasculaire, vision plus nette. — 20. Cornée moins flexible. — 23. Pupille plus régulière, œil exempt d'injection. — 24. Deux grains de calomel et un quart de grain d'opium chaque jour. — 27. Bouche malade. On supprime le calomel avec l'opium. — 31. Un grain de sulfate de quinine trois fois par jour, — 1er septembre. La partie inférieure de la pupille est plus régulière. — 4. On aperçoit un très-grand nombre de petits points blancs qui paraissent situés à la surface interne de la cornée, en face du bord inférieur de la pupille; suppression de la belladone. — 8. On revient au calomel avec l'opium. — 12. Comme la pupille s'est contractée par suite de la suppression de la belladone, la vision devient plus trouble. Calomel et opium malin et soir. — la. Vision plus claire. — 26. Suppression du calomel avec l'opium. ■ — 27. Un grain d'opium, gargarisme alumine. — 29. Pas de douleur dans l'œil droit, si ce n'est lorsqu'on le comprime avec la main. Les petites taches blanches de la face interne de la cornée sont encore très nombreuses. Il peut, avec cet œil, lire de très-grands caractères. Deux grains d'extrait de stramonium matin et soir. — 5 octobre. Il a éprouvé la" nuit dernière une violente douleur dans les deux yeux; actuellement la douleur occupe principalement l'œil gauche. Saignée du bras. Fomentations avec une décoction de tètes de pavots. — 6. La conjonctive gauche est ce matin le siège d'un chémosis prononcé. Saignée du bras. Quatre grains de ealomel et un grain d'opium en se couchant, et la moitié de celte dose le matin. — 7. Nuit beaucoup meilleure; l'inflammation a beaucoup diminué. — 10. Retour de la douleur aiguë ce malin. Sangsues, fomentations. — ■ 13. Il a encore une attaque de douleur vive. Pouls à 84, faible. Fomentations. — 14. Bouche malade. On supprime le calomel avec l'opium. Gargarisme alumine; vésicatoire derrière l'oreille gauche.— 16. Pas de douleur dans l'œil, meilleur état de la bouche. — 18. Nouvelle attaque de douleur ce malin; cinq sangsues; fomentations. — 22. Se trouve bien depuis les sangsues. — 25. Nouvelle attaque de douleurs dans l'après-midi, s'accompagnant de vomissements le soir : quatre sangsues ; fomentations.

— 8 novembre. H n'a pas eu de douleur depuis le 25. — 10. Un peu de douleur dans l'œil droit : deux sangsues ; deux grains de calomel et un demi grain d'opium en se couchant.

— 10 décembre. L'œil droit est actuellement complètement exempt d'inflammation. La cornée est bornée par une ligne irrégulière, comme si elle avait diminué de moitié. Il

distingue la lumière de l'obscurité. La cornée de l'œil gauche forme une saillie contre nature et est environnée d'une zone rougeàtre. L'iris, dont la coloration est très-altérée, est fortement poussé en avant, de sorte qu'il est presque en contact avec la cornée. Le nord pupillaire semble adhérent à la capsule dont le centre est opaque. La perception de la lumière est encore moindre qu'à droite. Il a depuis quatre à cinq semaines quelques palpitations de cœur. Pouls à 110, assez vif.

Obs. 408. — Jane Gartshore, âgée de 15 ans, entre le 30 avril 1838. Six mois auparavant, la cornée gauche a été divisée vers son bord externe par un coup qu'elle s'est donné contre le loquet d'une porte. L'iris a fait hernie et est actuellement attiré et fixé dans la blessure. Ce qui reste de la pupille est occupé par la capsule opaque. De gros vaisseaux variqueux se portent vers la cicatrice. Il y a aussi de nombreux vaisseaux rouges sur la surface de l'iris. Cet œil distingue encore la lumière de l'obscurité. Quatre ou cinq semaines après la blessure, il est survenu à droite une inflammation sympathique, et la vision est aussi réduite de ce côté à la simple perception de la lumière et de l'obscurité. L'iris droit est d'une couleur vert-sale avec de nombreux vaisseaux variqueux à sa surface. La pupille est contractée, irrégulière et adhérente à la capsule opaque. Les deux iris touchent à la cornée. Actuellement, elle n'éprouve pas de douleur; mais elle en a ressenti une très intense pendant quatre mois; il n'y en a jamais eu, dit-elle, dans l'œil droit. Sa santé était bonne auparavant. Pouls à 120. Elle a été saignée deux fois du bras ; on lui a appliqué des sangsues et des vésicatoires; elle a pris des médicaments, mais n'a point eu la bouche malade. Deux grains de calomel et un demi-grain d'opium trois fois par jour. — 7 Elle pense que sa vision s'est améliorée.

Obs. 409. — David Mill, mécanicien, âgé de 38 ans, entre le 30 août 1838. Pendant qu'il habitait Edimbourg, il y a 18 mois, étant occupé à tourner du fer, un fragment de ce métal pénétra dans l'œil droit au bord externe de la cornée. Il continua de travailler pendant six semaines, l'œil droit couvert; l'œil gauche commençant alors à s'enflammer, il Wssa de travailler. Deux mois environ après sa blessure, il se forma sur le point blessé un gonflement qu'on incisa et d'où l'on retira, dit-il, le morceau de fer. La pupille droite est attirée vers la cicatrice; la portion nasale de l'iris est tendue; la capsule du cristallin est opaque; l'iris touche à la cornée ei la coloration en est peu altérée. Pas de douleur dans l'œil droit. Il distingue confusément les doigts; une plume à écrire lui apparaît comme un long bâton. Il croit que la vision de l'œil droit est en voie d'amélioration. Une quinzaine de jours environ avant l'extraction du morceau de fer de l'œil droit, le gauche a commencé à s'enflammer et a beaucoup souffert. L'iris en est verdâtre : la pupille a presque ses dimensions naturelles, mais la forme en est altérée, le bord dentelé et adhérent à la capsule. La capsule, dans toute l'aire de la pupille, offre un réseau blanchâtre, mais point de vaisseaux rouges. La totalité du cristallin est trouble et d'une teinte verdâtre; la consistance de l'œil est naturelle. Il peut distinguer avec lui que sa carte d'infirmerie est imprimée, et lire des caractères de trois quarts de pouce de dimension. Il a d'abord éprouvé une douleur nocturne et circum-orbitaire intense, pour laquelle il a été appliqué des sangsues, mais il n'a pas été saigné du bras. Il a pris du mercure au point que sa bouche s'est affectée, ce qui a fait disparaître la douleur et amélioré la vision. L'œil gauche est resté assez exempt de rougeur jusqu'il y a quatre à cinq mois. La vision en a diminué dans le courant du mois dernier, car avant il pouvait lire les caractères ordinaires. Pouls à 84; soif; inappétence. Tous les soirs une pilule contenant deux grains de calomel et un demi-grain d'opium ; collyre belladone. — 31. 11 n'a pas eu d'éruption à la peau. C'est au point de vue de la syphilis qu'on lui pose cette question. Dans l'un des cas traités antérieurement, on a eu des raisons de soupçonner une complication de ce genre. — 4 septembre. Il accuse plus dephotopsie dans les deux yeux : de la céphalalgie par intervalles ; soif moindre ; appétit amélioré. — 5. Il se plaint encore d'éclairs lumineux dans les deux yeux. Vésicatoires derrière les oreilles. — 6. Il trouve sa vue améliorée des deux côtés; bouche malade; suppression des pilules. — 11. Trois sangsues à l'angle nasal de l'œil gauche. — 18. Il ressent plus de douleur dans l'œil gauche. —19. L'œil gauche va mieux. Trois fois par jour 20 gouttes d'une solution de 15 grains de muriate de baryte dans 2 onces de teinture de quinquina. — 20. Il trouve que la vue de l'œil droit s'est un peu améliorée depuis son admission. H voit plus distinctement les grandes lettres qu'il pouvait lire lors de son admission. Aucun des yeux n'offre de changement apparent.

ii. 11

1 . Espèces de blessures. — Les blessures d'un œil, qui sont le plus sujettes à provoquer l'inflammation sympathique de l'autre, sont les plaies pénétrantes et par déchirure, faites par des instruments tranchants, ou par des éclats de fer ou de pierre lancés dans l'œil avec force, ou des fragments de capsule à percussion.

On a vu un simple coup, un coup de bâton par exemple sur un seul œil, affaiblir l'autre sympathiquement. M. Wharton Jones m'a communiqué l'histoire d'un gentleman par qui il avait été consulté ; tirant un coup de fusil, la capsule était venue frapper l'un de ses yeux, avait perforé la paupière inférieure et s'était enfoncée dans la sclérotique, ce qui avait déterminé une inflammation interne de l'œil frappé d'abord, puis de l'autre. Lorsque M. Jones vit le malade, l'œil blessé était mou et atrophié, l'autre en voie de le devenir. Le 16 septembre 1855, on jeta méchamment de l'acide sulfuiïque dans l'œil gauche de Mary Macshaffery, âgée de 26 ans. Il en résulta une destruction totale de la cornée et l'adhérence de la totalité de la paupière supérieure avec les restes du globe de l'œil. Vers la fin de décembre, elle reprit son travail habituel dans un moulin à coton. Il en résulta une attaque intense d'ophthalmitis sympathique de l'œil droit, qui se termina par l'opacité de la cornée, le changement de coloration de l'iris, l'immobilité de la pupille et une altération telle de la vision, que lors de son admission au Glasgow Eye Inftrmary, elle ne pouvait reconnaître les lettres de sa carte d'admission. Les faits que nous venons de citer indiquent les diverses espèces de lésions qui peuvent donner naissance à l'ophthalmitis sympathique. Néanmoins , ce sont les plaies pénétrantes qui la produisent le plus généralement. Quelquefois la plaie est faite par un instrument tel qu'un ciseau ou un tournevis, qui ne permettent pas de penser qu'il soit resté quelque chose dans l'œil ; d'autres fois, au contraire, il y a lieu de soupçonner fortement, ou même il y a certitude qu'un corps étranger a traversé les membranes oculaires et qu'il n'a pas été extrait. Que le corps étranger ait été extrait sur-le-champ, ou après quelques semaines, ou enfin qu'il n'ait pas été extrait du tout, l'ophthalmitis sympathique peut également se déclarer.

Les lésions dont nous venons de parler sont soudaines et graves ; elles s'accompagnent souvent de la perte d'une certaine portion des humeurs de l'œil et d'une extravasation de sang à son intérieur. Les parties de cet organe qui ont été divisées sont en général la cornée et l'iris, avec une petite portion de la sclérotique et de la choroïde. Dans la plupart des cas que j'ai vus, la plaie siégeait au niveau de l'union de la cornée avec la sclérotique et intéressait par conséquent Yannulus albidus de la choroïde ou muscle ciliaire. Je pense qu'il y a plus de chances de voir survenir l'ophthalmitis sympathique lorsqu'il y a eu hernie de l'iris, et que la cornée et la sclérotique se sont cicatri-

sées de façon à ce que la portion d'iris restée dans l'œil se trouve continuellement tendue et tiraillée. Lorsque la blessure s'est étendue jusqu'à la rétine, l'ophthalmitis sympathique est plus à craindre. La lésion que subit en pareil cas le cristallin, et la cataracte traumatique qui en est la conséquence, n'exercent aucune influence sur le développement de la maladie. Une blessure qui n'intéresse que la cornée et le cristallin, ou même une plaie de la cornée avec simple prolapsus de l'iris, n'est pour dire jamais suivie de l'ophthalmitis sympathique. La simple piqûre de la sclérotique et du muscle ciliaire, même lorsqu'elle détermine l'amaurose, produit rarement l'altération de l'autre œil. Je n'ai jamais vu aucune des opérations pratiquées sur l'œil amener ce résultat, pas même lorsqu'après l'extraction l'iris fait hernie et que la cicatrice qui se forme tiraille cette membrane. Les cas à la suite desquels je redoute le plus le développement d'une inflammation réflexe sont ceux dans lesquels, outre la plaie de la cornée, de la sclérotique et du bord antérieur de la choroïde, il y a eu perte de l'humeur vitrée, déchirure et hernie de l'iris, surtout si, à l'époque de la cicatrisation, le malade s'est servi trop tôt de son bon œil, a commis quelque irrégularité de régime, et s'est livré à un excès de fatigue, ou a éprouvé quelque émotion violente.

2. Époque de l'apparition de l'inflammation sympathique. — Si nous devions juger, d'après les six cas que nous venons de rapporter, du temps qui s'écoule d'ordinaire entre la lésion d'un œil et l'apparition de l'inflammation sympathique dans l'autre, nous dirions que cinq semaines en sont la distance la plus commune. Chez Paterson, l'affection sympathique se déclara trois mois après la blessure; chezMoore, un mois; chez Downie, cinq semaines; chez Finlay, également cinq semaines; chez Gartshore, quatre ou cinq semaines; chez Mill, six semaines après l'accident. Dans trois des six cas rapportés par M. Lawrence (1), l'époque n'est point indiquée; dans les trois autres, l'intervalle fut respectivement de quelques semaines, de cinq ans, et de six semaines. Dans deux cas rapportés par M. Wardrop (2), il fut de trois semaines et d'un an.

3. Sujets prédisposés. — Les individus sujets à l'ophthalmitis sympathique sont le plus souvent, d'après ce que j'ai vu, des hommes travaillant le fer. A l'époque où leur œil a été blessé, leur santé n'était point affaiblie ; mais par suite de leur genre de vie, et surtout de l'usage abusif des spiritueux et du tabac, leur constitution se prêtait peu à la guérison d'une affection inflammatoire. Il m'a paru que c'est à cause de cela que l'inflammation sympathique dégénère quelquefois en la forme arthritique et se montre toujours si rebelle au traitement. Dans quelques-uns des cas que j'ai vus, l'affection a revêtu la forme

(1) Treatiseon Ihe Diseases of tlie Eye, p. 147. London, 1855.

(2) Morbid Anatomy ofthe Human Eye, vol. I, p. 117; vol. II, p. UO. London, 1818, 1819.

124 0PIITHALM1ES.

scrofuleuse, forme qui n'est guère moins fâcheuse que l'arthritique. Dans l'un des cas traités au Eye Inftrmary, le docteur Kennedy remarqua que les piqûres faites au pli du bras pour les saignées suppurèrent presque toutes chez un malade (1), ce qui l'engagea à rechercher s'il n'y avait pas là quelque infection syphilitique. Le malade avoua qu'avant d'être blessé, il en avait eu quelques symptômes primitifs, mais sans mal de gorge ni éruption; du reste, l'œil enflammé n'offrait aucun symptôme propre à la syphilis.

A. Causes excitantes. — 11 arrive parfois que le malade ne peut indiquer aucune cause excitante de l'attaque d'ophthalmitis dont il souffre; mais d'autres fois ces causes sont nettement indiquées. Chez Finlay, par exemple, la cause excitante fut manifestement la lecture pendant trois à quatre heures dans un livre imprimé en petit caractère , et dans l'un des cas de M. Lawrence, l'exercice imprudent de la vision. Les plaies de l'œil qui sont sujettes à provoquer Toplithalmitis sympathique, mettent ordinairement un mois à six semaines à se cicatriser. Dès qu'elles sont guéries, les malades reprennent leurs occupations et leur genre de vie ordinaires , et c'est alors que vient agir la cause excitante. La même cause excitante qui a produit la première attaque d'inflammation sympathique, détermine la rechute lorsque le malade est convalescent, et c'est ordinairement une série de rechutes qui amènent l'abolition de la vue.

5. Symptômes. — Les symptômes locaux de cette affection sympathique sont ceux de la rétinite et de l'iritis, se terminant par l'amaurose et l'atrophie de l'œil. Le premier symptôme est d'ordinaire l'obscurcissement de la vue. Il est rapidement suivi d'une rougeur zonulaire entourant la cornée, d'une teinte vert-sale de l'iris, delà flexibilité de la cornée, du ramollissement de la sclérotique , de l'opacité de la capsule, de la teinte verdâtre du cristallin, de l'état variqueux des vaisseaux qui, provenant des muscles droits, se ramifient à la surface de l'œil, de la contraction et de l'adhérence de la pupille, du plissement et de la saillie en avant de l'iris et de l'insensibilité complète de la rétine. La douleur est très variable : quelquefois elle est très légère, comme chezGartshore, qui disait n'en ressentir aucune; chez d'autres, comme chez Finlay, elle est intense. Le malade éprouve derrière les yeux une sensation de battement ou de pesanteur isochrone aux pulsations du pouls. La photopsie est un symptôme qui se manifeste d'ordinaire au début de l'attaque. Chez quelques malades, la photophobie est intense ; chez d'autres, elle est peu prononcée. Vers la fin, l'affaissement du globe de l'œil, et surtout de la cornée, est très remarquable.

f(l) Cette remarque nous paraît très importante ; elle explique peut-être en partie l'ophthalmilis sympathique, qui pourrait bien n'être qu'une variété d'ophthalmitis phlébilique. Les plaies compliquées d'inflammation de l'iris et de la choroïde, organes très vasculaires, se prêtent très bien à cette supposition, qui rend compte de plusieurs des particularités de celte affection et surtout de sa rareté relative. T. \V.]

Dans l'un des cas de M.. Lawrence, la cornée ressemblait, pour la forme et la dimension, à un grain d'orge place horizontalement.

On ne saurait douter que l'inflammation de la rétine ne constitue un des traits principaux de l'oplithalmitis sympathique. Elle se montre dès le début, puis l'iritis vient s'y ajouter. La perte de la vue, qui survient tout d'abord, indique que la rétine est prise dès le commencement. La flexibilité de la cornée et le ramollissement de la sclérotique montrent que la quantité de l'humeur vitrée a diminué. Les changements qu'on voit survenir dans la capsule et dans l'iris démontrent clairement à quel point ces tissus sont affectés.

L'oplithalmitis sympathique appartient d'ordinaire au genre d'inflammation que l'on appelle de mauvaise nature (unhealthy). Elle ressemble quelquefois à l'oplithalmie scrofuleuse interne, plus fréquemment à l'oplithalmie arthritique. Les symptômes sont souvent tels, qu'un médecin au courant de l'ophthalmologie allemande diagnostiquerait à l'instant l'iritis arthritique. Ainsi que nous l'avons déjà dit, si l'on emploie le mot arthritique comme un terme de convention pour indiquer une variété d'affection oculaire caractérisée par un certain cortège de symptômes, on peut très bien l'admettre ; mais s'il est pris rigoureusement dans le sens de goutteux, appliqué à l'affection qui nous occupe, il est absolument incorrect. Il peut y avoir dans la constitution des individus sujets à l'oplithalmitis sympathique quelque chose de spécial résultant de leur genre de vie et de la nature de leur alimentation ; mais on n'en peut inférer qu'ils sont sous l'influence de la diathèse goutteuse. Il est bien plus probable que les symptômes si caractéristiques qui se produisent, et que les Allemands appellent arthritiques, sont dus à la nature du tissu attaqué et à la manière spéciale dont il est affecté.

On peut mentionner parmi les symptômes généraux la précipitation du pouls, la soif, la couenne marquée qui se produit sur le sang tiré de la veine, la pâleur du teint et une constipation opiniâtre. En effet, la santé a éprouvé une certaine altération, résultant de la séquestration, du manque d'exercice et du traitement nécessité par l'accident primitif, et c'est d'ordinaire lorsque le sujet est ainsi débilité que l'affection sympathique se déclare.

6. Ratio symptomatum. — Ce fait que, lorsque qu'un œil est malade l'autre est sujet à s'affecter de la même façon, a depuis longtemps attiré l'attention. L'inflammation, l'amaurose, la cataracte surtout se comportent ainsi : c'est ce que l'on a appelé consensus oculorum.

Une petite fille qui venait à la consultation externe du Glasgow Eye Infirmary présentait un curieux exemple de la tendance à l'affection sympathique des yeux. Elle était affectée de trichiasis, de xérome de la conjonctive palpébrale et d'épaississement avec opacité de la cornée. Lorsqu'elle se présenta, ces symptômes étaient depuis plusieurs années

bornés au côté gauche; mais plus tard la même série de symptômes commença à se montrer à l'œil droit, seulement à un moindre degré. Les mêmes cils se renversèrent en dedans, la même portion de la conjonctive devint sèche, et la même portion de la cornée opaque.

Deux malades qui venaient à l'infirmerie à peu près à la même époque que cette enfant, présentèrent l'exemple d'amaurose sympathique et d'oscillation du globe de l'œil. Chez l'un d'eux, l'œil gauche avait été détruit par un coup, et huit jours après, le droit avait été pris d'oscillation et d'un grand obscurcissement de la vision, mais sans inflammation. L'histoire du second malade est moins claire, parce que l'accident qui détruisit la vue de l'œil gauche et qui provoqua l'absorption presque complète de l'iris, arriva dans son enfance ; mais il nous offrit un nouvel exemple d'amaurose et d'oscillation sympathiques.

Le docteur Albers (1) rapporte le cas d'un campagnard qui, dans une lutte avec un de ses frères, fut frappé à l'œil droit par la dent d'une fourche, qui lésa gravement la cornée et l'iris. La plaie guérit sans que la vision fût complètement perdue. Trois jours après la blessure, le malade s'aperçut d'une diminution de la vue de l'œil gauche, qui présenta une opacité distincte dans la pupille. Cette opacité s'accrut si rapidement, qu'en huit jours on vit se déclarer tous les signes d'une cataracte confirmée. Six mois après, il fut opéré par le professeur Jung, de Marbourg, mais sans succès et resta complètement aveugle. Albert demande si ce fait ne prouve point la décussation des nerfs optiques, question à laquelle Himly répond par la négative. Lors même que Ton supposerait, dit-il, que la cataracte, dont la brusque formation est très remarquable, ait été réellement la conséquence de la blessure seule, sans l'intervention d'aucune altération prédisposante, on observe fréquemment des exemples d'un pareil consensus entre les dents correspondantes des deux côtés 'de la face, sans que personne songe à l'expliquer par une décussation ou une communication nerveuse.

Malgré cette objection de Himly, il est également reconnu que les organes les plus aptes à provoquer dans les autres parties du corps des accidents sympathiques, ou à s'affecter eux-mêmes sympalhiquement, sont ceux dans lesquels le système nerveux est le plus développé ; qu'il n'y a pas d'organes dont les maladies exercent l'un sur l'autre une influence plus marquée que les deux yeux ; qu'il n'y en a pas dans lesquels le système nerveux soit plus développé et les nerfs des deux côtés opposés dans un rapport aussi intime.

Il n'est pas invraisemblable que, dans les cas que nous examinons, les vaisseaux sanguins de l'œil malade se trouvant dans l'état de congestion propre à l'inflammation, transmettent à ceux du côté opposé avec lesquels ils communiquent dans le crâne, une disposition sembla-

(1) Himly und Sclimidt's Oplitlialmologisclie Bibliothek, vol. II, n° 5, p. 169. lena, 1804.

ble à celle dans laquelle ils se trouvent eux-mêmes. Les nerfs ciliaires de l'œil blessé peuvent aussi servir à transmettre aux nerfs de la troisième et de la cinquième paires une irritation que le cerveau, par voie réflexe, peut transmettre aux mêmes nerfs du côté opposé. Je crois néanmoins que la principale voie par laquelle se produit rophthalmitis sympathique, est l'union des nerfs optiques. Les recherches des anatomisles modernes ne tendent qu'à confirmer la conjecture de Newton (1), que le nerf optique d'un œil se portant en arrière et rencontrant celui de l'autre œil, tous deux mêlent leurs libres et éprouvent une décussation partielle. Il est extrêmement probable que la rétine de l'œil blessé est dans un état d'inflammation qui se propage le long du nerf optique correspondant jusqu'au chiasrna, et que de là l'irritation inflammatoire est réfléchie à la rétine de l'œil opposé, le long de son nerf optique.

7. Diagnostic. — Le commémoratif suffira en général pour prévenir toute difficulté dans le diagnostic. L'ophthalmitis sympathique peut être compliquée par la scrofule, et revêtir en grande partie l'aspect scrofuleux ; elle peut être compliquée de syphilis, ce que l'examen de la gorge et de la peau du malade, ainsi que l'histoire de sa santé antérieure, pourra faire reconnaître. Ces complications rendent sans aucun doute les symptômes plus graves, mais influent très peu sur le traitement à employer.

8. Pronostic. — Le pronostic est si défavorable, que c'est un devoir pour le médecin appelé à donner des soins à une personne qui a reçu une blessure grave de l'un des yeux, de se tenir dès le début en garde contre toutes les causes qui peuvent provoquer l'ophthalmitis sympathique. Lorsque la maladie est déclarée, le traitement le plus actif se montre en général inefficace. Je n'ai que très rarement vu se rétablir un œil atteint d'ophlhalmitis sympathique. De fréquentes récidives finissent généralement par amener la destruction de la vision.

9. Traitement. — Le repos, les moyens antiphlogistiques, l'usage interne du mercure, l'application externe de la belladone, constituent les principaux points du traitement. Ces moyens, ainsi que nous en avons surabondamment acquis la preuve, ne sont pas suivis de beaucoup de succès. Néanmoins, on aurait tort de les négliger. Chez un petit garçon, au Glasgow Eye Infirmary, on se trouva très bien de l'iodure de potassium, après que le mercure eut rendu la bouche malade.

Le seul cas d'ophlhalmitis sympathique que j'ai vu guérir complètement s'était déclaré dans l'œil droit, à la suite d'une plaie de l'œil gauche, dans laquelle une aiguille à emballage avait percé la cornée près de sa circonférence; la pupille était attirée d'une manière permanente vers la plaie. Je mis le malade à l'usage combiné du calomel et

(1) Oplicks, query 15.

du sulfate de quinine, et j'eus la satisfaction de voir les symptômes céder complètement à ce mode de traitement. J'ai trouvé que l'inhalation de la vapeur d'éther sulfuiïque allège d'une façon marquée les symptômes de l'ophthalmitis sympathique.

M. Wardrop (1) nous apprend qu'il existe chez le cheval une affection oculaire fréquente qui ressemhle à une inflammation spécifique, attaque d'abord ordinairement un œil, puis l'autre, et finit tôt ou tard par détruire la vision. Les vétérinaires savent que si l'œil affecté le premier suppure et s'atrophie, la maladie n'attaque point l'autre, et qu'elle s'y arrête, même si elle y avait déjà commencé. Ils ont donc l'habitude de détruire l'œil malade pour sauver l'autre. Les moyens qu'ils emploient pour cela sont grossiers; ils consistent à mettre de la chaux entre les paupières ou à enfoncer un clou dans l'œil, afin d'y provoquer une inflammation violente et la suppuration. M. Wardrop a fréquemment employé ce traitement avec succès chez le cheval; mais il détruisait l'œil en incisant la cornée et en faisant échapper à travers l'incision, le cristallin et l'humeur vitrée. «On pourrait, dit-il, obtenir aussi quelque avantage en appliquant avec discernement à l'homme, dans certaines affections oculaires où le mal, attaquant d'abord l'un des yeux, passe ensuite à l'autre pour y déterminer la cécité complète, l'opération qui réussit si bien chez les animaux. »

La pratique indiquée par M. Wardrop a été adoptée de nos jours, quoique par suite d'idées un peu différentes, par M. Barton, de Manchester, dans les cas de plaie de l'œil par des fragments de capsule à percussion. Le lecteur peut voir (t. I, p. 621) la méthode qu'à employée en pareil cas M. Barton.

M. Crompton (2) rapporte que, dans l'un des cas qu'il a vu traiter par M. Barton, la vision de l'œil non blessé avait été presque détruite par l'inflammation sympathique, et que, suivant toute probabilité, les autres cas se seraient terminés de la même façon sans le traitement adopté. M. Barton, il est vrai, ouvre l'œil blessé, dans le but d'extraire le fragment de capsule dont la présence est, suivant lui, la causede l'inflammation sympathique. Il ne se borne pas à ouvrir la cornée, il en retranche un lambeau étendu, applique alors un cataplasme, et attend que le corps étranger soit expulsé. Dans les cas publiés par M. Crompton, cette pratique parait avoir non-seulement débarrassé les malades des souffrances que leur faisait éprouver l'œil blessé, mais arrêté de plus l'affection réflexe qui menaçait l'autre. Ces faits doivent donc encourager à imiter cette conduite, non-seulement dans les cas où l'on soupçonne que quelque corps étranger est logé dans l'orbite, mais encore dans tous ceux où, l'un des yeux se trouvant désorganisé et privé de la vue, l'autre semble menacé de destruction par l'inflammation

(1) Op. cit., vol. II, p. 139. ,

(2) London Médical Gazetle, vol. XXI, p. 175.

sympathique. On ne saurait mettre en doute que la conduite de M. Barton doive être imitée dans les cas où l'on soupçonne la présence d'un corps étranger; mais pourquoi hésiterait-on à l'essayer dans les autres? Pourquoi ne pas ouvrir un œil dont la vision est détruite, alors quecette opération donne l'espoir fondé de sauver l'autre (1).

[Le docteur A. Prichard, chirurgien au Bristol Royal Infirmary, conseille l'ablation totale du globe de l'œil, siège de la blessure qui a provoqué l'ophthalmie sympathique (2). Il cite à l'appui de son opinion deux observations dont l'une a été publiée par lui il y a quatre ans, dans le Provincial and Surgical Journal, 5 février, 1851 , p. 66, et dont voici la seconde :

Obs. 410.— J. B... s'introduisit accidentellement dans l'œil gauche un couteau de boucher qui divisa la cornée, l'iris et le cristallin. Quand je le vis deux jours après, le cristallin était opaque, et l'on voyait quelques lambeaux de la capsule flottant dans la chambre antérieure. L'œil se guérit graduellement ; mais pendant le travail de guérison, il fut constamment douloureux et commença à s'atrophier. L'œil droit devintalorssensihleetne supporta la lumière qu'avec peine; la sclérotique s'injecta et les larmes coulèrent en abondance. Il ne s'ouvrait qu'avec douleur, et pendant deux mois le malade ne put se livrer à ses occupations, et la vision commença à s'obscurcir. Dix semaines après l'accident, je pratiquai, après avoir chloroformé le malade, l'ablation de ce qui restait de l'œil blessé. Au bout de six jours, l'œiidroitsupporlailplusfacilementla lumièreetle gauche était guéri. Le malade prit alors un froid et il survint de la douleur dans les deux orbites ; mais quatre semaines après l'opération, la guérison était parfaite. Je l'ai revu fréquemment depuis; l'œil restant est fort et jouit d'une bonne vue. Cet homme peut continuer son métier de boucher.

M. Prichard donne, à la suite de celte observation, un tableau de vingt cas de cécité complète, survenue chez des personnes qui toutes avaient commencé par perdre un œil d'ophthalmie traumatique et chez lesquelles l'autre s'était détruit plus ou moins longtemps après par une inflammation qu'il considère comme sympathique; opinion admissible pour quelques-uns, mais très contestable pour plusieurs autres où l'affection présumée sympathique ne s'est développée que cinq et même six ans après l'accident primitif.

D'autre part, M. R. Taylor, chirurgien au Royal London Ophthalmic Hospital, rapporte huit cas d'ophthalmie sympathique dans lesquels il a suffi d'enlever, d'après le procédé de M. Barton, la cornée de l'œil blessé pour obtenir une prompte guérison de l'œil affecté sympathiquement. Dans quatre de ces cas, l'œil primitivement malade avait été détruit par une inflammation spontanée; dans les quatre autres, par une inflammation traumatique. Dans tous, on a extrait ou il est sorti spontanément un cristallin ou une capsule ou un caillot sanguin, devenus le siège de dépôts calcaires; de sorte que ces faits rentrent absolument dans ceux de M. Barton, c'est-à-dire qu'il s'y agissait de

(1) Voyez des cas d'ophthalmilis sympathique traités par l'incision de l'œil blessé. Traduction française de la 5e édition de cet ouvrage, p. XXI. Paris, 1844. Association Médical Journal, Mai 13, 1855, p. 411.

[(2) Association Médical Journal, October 6, 1854. Annales d'Oculistique, t. XXXII, p. 172.]

véritables corps étrangers auxquels l'ablation de la cornée a fourni une issue (1).

Il résulte de ces faits que, dans certains cas, l'ablation partielle ou totale d'un œil perdu peut sauver la destruction de son congénère sympathiquement enflammé. Il n est pas nécessaire de faire observer combien il importe néanmoins d'être prudent au moment de prendre une semblable détermination. L'ablation partielle nous semble de tout point préférable à l'extirpation totale. Outre qu'elle offre moins de danger, elle laisse subsister un moignon précieux pour l'adaptation d'un œil artificiel. T. W.]

SECTION XLIII

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