ASTI1ÉN0PIE ET AMAUROSE
sont les artères qui se distribuent aux muscles droits, ainsi que les veines qui les accompagnent, et les vasa vorticosa de la choroïde. Les premiers restent variqueux à la suite de l'irilis arthritique; les autres, après la choroïdile.
Les vaisseaux très variqueux et contournés que Ton aperçoit sur l'œil appartiennent à la conjonctive; ceux moins variqueux et plus droits à la sclérotique. Les premiers sont plus volumineux et d'un rouge plus foncé et leur trajet onduleux ressemble à celui des veines variqueuses des autres parties du corps.
La teinte bleue et l'amincissement de la sclérotique, dans la sclérotite scrofuleuse et les autres ophthalmies, est en général indépendante de toute dilatation variqueuse des vaisseaux de la choroïde.
Béer avait coutume de montrer une préparation sur laquelle se trouvaient des tumeurs aussi grosses que des pois et qu'il considérait comme des varices, des vasa vorticosa. On examina cette préparation après sa mort et l'on trouva que ces tumeurs étaient formées de mélanose.
La médecine n'offre que peu de moyens, et aucun qui soit direct, de faire disparaître les varicosités des vaisseaux de l'œil ; elles sont la plupart du temps incurables et l'indice d'un état fâcheux des humeurs et de la rétine. Le glaucome et l'amaurose existent presque toujours ou ne tardent pas à survenir lorsque les vaisseaux sanguins de l'œil sont le siège d'une dilatation variqueuse.
Je fus consulté par une dame qui se plaignait d'une sensation de malaise dans l'un des veux à la surface duquel on n'apercevait qu'un seul vaisseau variqueux. Les symptômes dyspepsiques qu'éprouvait la malade me déterminèrent à prescrire à l'intérieur l'usage d'un mélange de columbo, de rhubarbe et de carbonate de soude, et à l'extérieur celui du collyre à la belladone, remèdes qui firent disparaître les symptômes .
SECTION XVII
ASTHÉISOPIE ET AMALROSE.
L'aslhénopie, ou l'impossibilité de faire servir les yeux à la vision des objets rapprochés, est, ainsi que je l'expliquerai dans un prochain chapitre, une suite assez fréquente de plusieurs ophthalmies.
L'insensibilité complète ou incomplète à la lumière est une suite fréquente de l'inflammation, surtout de celle qui a débuté par la rétine, ou qui s'y est propagée des tissus voisins, comme de la choroïde ou de l'iris. Lorsque l'amaurose persiste, bien que l'inflammation paraisse complètement maîtrisée, on peut considérer la vue comme perdue sans retour.
L'amaurose syphilitique n'est pas rare. Dans ces cas, outre les autres symptômes de la syphilis, le malade a eu auparavant une
atteinte d'iritis dont on a triomphé à laide du mercure. Les yeux paraissent sains, les cristallins sont transparents et la consistance des yeux est normale ; mais la vue s'affaiblit graduellement et finit par se perdre tout à fait.
SECTION XVIII
OSSIFICATIONS DANS DIFFÉRENTES PARTIES DE l'oEIL.
Fig. Scarpa, Tav. II, fig. 8. Wardrop, pi. XIV. Von Ammon, th. I, taf. XVIII. Dalrymple, pi. XXVIII, fig. 2, ô.
On voit parfois, à la suite d'ophthalmies de longue durée, se former des ossifications ou des dépôts calcaires. De même que dans toutes les autres parties du corps, le développement de semblables productions a été précédé d'un certain degré d'inflammation. Lorsque le cristallin a été luxé ou sa capsule déchirée, des dépôts osseux peuvent s'y manifester, bien que la cornée reste transparente et que l'œil conserve ses dimensions; mais, en général, les yeux qui contiennent de semblables ossifications sont atrophiés, la cornée en est opaque et rétractée, ou l'iris et la cornée staphylomateux. On trouve souvent, à la dissection, des ossifications dans les yeux atteints d'affections malignes et surtout de mélanose.
On a trouvé des dépôts crayeux ou des ossifications dans presque tous les tissus de l'œil. On en a rencontré sous la conjonctive bulbaire, dans la cornée, la sclérotique, l'iris, la choroïde, le corps ciliaire, le corps vitré et le cristallin. Il est douteux que l'on ait jamais vu la rétine ossifiée , mais il n'est pas rare de trouver entre elle et la choroïde une ossification en forme de coupe.
L'inflammation traumalique parait être celle qui amène le plus fréquemment des ossifications dans l'œil. L'épanchement qu'elle provoque entre les divers tissus de l'œil, ou dans leur épaisseur, est suivi de dépôts crayeux ou d'ossifications. La choroïde et le corps ciliaire, ainsi que le docteur Meyr(l)ra fait remarquer, sont les sources principales des épanchements qui donnent lieu à ces formations osseuses. Ces dépôts, en pareil cas, ne sont pas de simples concrétions, mais des produits généralement doués d'un certain degré de vitalité. Ils sont constitués par du vrai tissu osseux, qui présente sous le microscope des traces de lacunes (corpuscules osseux), mais point de canaux de Havers.
§ I. Ossification de la cornée.
Voigtel (2) rapporte que l'on conserve dans le musée Waltérien, à Berlin, un morceau de cornée ossifiée, de trois lignes de long sur deux
(1) Beitrâge zur Augenheilkunde ; p. 54 ; Wièn, 1850.
(2) Handbuch der palhologischen Anatomie ; vol. II, p. 92 ; Huile, 1804.
de large, et pesant deux grains. Chélius (1) dit qu'il n'est point rare de trouver des dépôts de phosphate de chaux dans les vieux leucomes. D'Arcel a trouvé, au centre de la cornée affectée d'albugo d'un soldat qui avait été atteint d'ophlhalmie égyptienne, une ossification très dure, cassante, du volume d'une lentille, comprenant toute l'épaisseur de celle partie et faisant une légère saillie vers le cristallin. Les autres tissus de l'œil étaient sains (2).
M. Wardrop (5), en disséquant un œil sur lequel il ne put obtenir de renseignements, trouva à la surface interne de la cornée des particules pierreuses et des inégalités.
| 2. Dépôts osseux de la sclérotique.
Schôn (4) renvoie à un cas rapporté par Blasius dans ses Observationesmedicœrariores,el dans lequel on trouva une lamelle ossifiée dans la sclérotique.
g 3. Dépôts osseux dans la chambre antérieure.
M. Wardrop (o) rapporte un cas observé par lui, dans lequel de minces lamelles osseuses s'échappèrent à diverses reprises de l'œil, à travers la cornée.
§ 4. Ossification de l'iris.
Schon(G) rapporte deux cas de celle espèce observés par Wallher: dans l'un, les deux yeux étaient affectés; l'iris dans chacun d'eux formail un cône long de trois lignes et uni par son sommet à la capsule du cristallin. Le docteur Meyr (7) cile un cas que Benedict rencontra dans un œil carcinomateux. M. Wardrop (8) a vu un œil soigné par M. Wisharl, et dans lequel la portion de la capsule de l'humeur aqueuse qui se réfléchit sur l'iris était entièrement convertie en une écaille osseuse.
^ 5. Ossification du corps ciliaire.
Praël (9) a trouvé le corps ciliaire tout entier ossifié, dans un œil
(1) Uebcr die durclisie.htige Ilornhaul des Anges, p. 56 ; Karlsrube, 1818.
(2) Journal Hebdomadaire de Médecine ; 19 septembre 1829, p. 482.
(3) Morbid Anatomy of tlie Iluinau Kye ; vol. 1, p. 74 ; London, 181'.).
(4) Zeilsclirift fur die Ophtlialmologie ; vol. IV, p. 01 ; Leipzig, lK.ji.
(5) Ibid., vol. Il, p. 18 ; London, 1818.
(6) Op. cit., p. 66.
(7) Op. cil., p 26.
(8) Op. cil., vol. II, p. 18.
(9; Ammon's Monatssclirift ; vol. I, p. 482 ; Leipzig, 1838. n. 19
désorganisé et atrophié par suite de la compression que lui avait fait subir une tumeur eneéphaloïde de l'orbilc.
'/, 6. Ossification de la choroïde.
Voigtel a décrit diverses préparations appartenant au Musée Waltérien, dans lesquelles la choroïde était plus ou moins complètement ossifiée. Dans quelques-unes, c'était la moitié postérieure; dans d'autres, l'antérieure; sur quelques-unes enfin c'était la totalité qui avait subi cettetransformalion.il emprunte aussi à Gùnz un cas d'ossification décrit comme siégeant entre les lamelles de la choroïde (1).
Sur une préparation que j'ai actuellement devant moi, et que je dois à l'obligeance de M. Norris, ex-chirurgien du Glasgow Royal In fi rmary, la rétine est rétractée et la choroïde partiellement ossifiée. L'œil était atrophié et la cornée opaque.
Von Ammon et Unger ont rapporté (2) chacun un cas de perte soudaine de la vision, dans lesquels, la cornée étant restée transparente, l'iris se rétracta au point de devenir à peine visible, tandis que le cristallin devint opaque, se relira dans l'humeur vitrée, au point de laisser voir autour de lui et au delà une opacité blanchâtre qu'on attribua à une ossification de la choroïde, mais qui probablement était due à l'opacité et à la coarctation de la rétine.
§ 7. Ossification entre la choroïde et la rétine.
[Fig. Siehel PI. XLVIII. fig. 1.]
Morgagni, Morand, Haller (3) et d'autres, ont rapporté des observations d'ossifications cupulliformes trouvées à l'intérieur de la choroïde, et qu'ils ont généralement considérées comme siégeant dans la rétine. 11 est rare néanmoins, si même cela se voit jamais, que la rétine éprouve une semblable altération ; on la trouve le plus souvent à l'intérieur de la coupe ossifiée, soit entière, soit ramassée en forme de corde. La matière calcaire est très probablement déposée dans une fausse membrane due aune exsudation de la choroïde, conformément à l'opinion de Panizza, qui pensait que les liquides, épanchés sous l'influence de l'inflammation, entre les membranes de l'œil, sont susceptibles de donner lieu à des dépôts de croûtes calcaires.
Morgagni (4) dit que, dans un cas qu'il a observé, au lieu de la rétine on trouva au-dessous de la choroïde et dans toute son étendue une mince lamelle osseuse.
(1) Op. cil., Vol. Il, p. 97: Halle, 1804.
(2) Zeitsclirift fur ilie Oplithalmologie ; Vol. I, p. 319 : Dresilen, 1831. (ô) Halleri opuscula palhologica, p. 156; I.ausaiinœ, 1733.
(i) De sedibus eteuusis morborum ; epist. LU. Art. 50.
Obs. 480. — Dans le cas de Morand, les deux surfaces de la réline paraissent avoir été enveloppées par la substance osseuse. Le malade était, depuis 20 ans, aveugle de l'œil ainsi affecté; à l'âge de 15 ans environ, il avait eu dans cet œil une inflammation violente, suivie de la formation d'une cataracte jaune, que plusieurs oculisies s'étaient offerts d'enlever, ce à quoi le malade s'était toujours refusé (1 ).
Obs. 431. — Dans l'observation de Haller, la coupe osseuse adhérait à la choroïde, tandis que la rétine, rassemblée sur elle-même sous forme de corde, se portait en avant et entourait le cristallin qui était aussi ossifié.
M. Wardrop rapporte avoir observé un petit nombre de minces coupes osseuses entre la sclérotique et la rétine. La rétine, en pareil cas, se trouvait immédiatement en contact avec la matière osseuse, mais il existait entre elle et la sclérotique une expansion membraneuse très mince, délicate, d'une couleur pâle, seul vestige de la choroïde; il y avait au fond de la coupe une petite ouverture arrondie par laquelle la rétine passait pour se répandre à la surface de l'écaillé osseuse (2).
Voici l'observation tle Cloquet, une de celles qui ont été le plus soigneusement recueillies :
Obs. 43°2. — L'œil provenait d'un homme, âgé d'environ 50 ans. La cornée et l'iris étaient slaphylomateux, l'œil plus volumineux qu'à l'ordinaire et son diamètre transversal l'emportait sur tous les autres. Lorsqu'on le comprimait entre les doigts, il résistait assez pour indiquer que ses membranes étaient soutenues à l'intérieur par un corps solide. La sclérotique n'offrait rien de particulier, non plus que le nerf optique qui conservait ses dimensions et son organisation naturelles. La choroïde avait son aspect normal et ses vaisseaux étaient injectés. Le ligament ciliaire avait presque complètement disparu. L'iris déformé adhérait à la surface postérieure de la cornée, ainsi que le cristallin, qui était atrophié et de forme irrégulière. L'humeur aqueuse laisait défaut et l'humeur vitrée était fluide et limpide. La surface interne de la choroïde adhérait légèrement à une écaille osseuse très- mince, formée par le dépôt de granulations calcaires dans la substance d'un tissu que M. Cloquet croit avoir été une fausse membrane déposée entre la choroïde et la réline (flg. 20). Cette coque n'était point adhérente à la rétine et présentait une ouverture arrondie pour livrer passage au nerf optique. Elle était assez épaisse en arrière, mais très-mince en avant où elle se terminait par un bord frangé irrégulier. Elle offrait, sur divers points de son étendue, de petites ouvertures irrégulières, fermées par une membrane transparente, mince, dans l'épaisseur de laquelle on remarquait beaucoup de granulations blanchâtres, délicates, qui n'étaient point encore unies aux lamelles osseuses. La réline, vue sous l'eau, ne présentait aucune altération appréciable (3).
Obs. 433. — Panizza examina l'œil d'un homme de 60 ans, qui, pendant sa jeunesse, avait perdu la vue de cet œil par suite d'ophlhalmie interne. La cornée élail complètement opaque et aplatie. La sclérotique présentait sa formeaccoulumèe, mais ses dimensions étaient un peu moindres et elle était dure au toucher. La sclérotique étant incisée circulairenient, et la choroïde soulevée, on apercevait une substance blanche, dure, pierreuse et un peu
(1) Mémoires de l'Académie royale des Sciences, pour 1730 ; p. 4G7 ; Amsterdam, 1755.
(2) Op. cil., Vol. Il, pp. (>8 et -272; London, 1818.
(5) Pathologie chirurgicale, par Jules Cloquet, p. 130; pi. X, fig. I et 2; Paris, 1831.
(Fig. 20).
raboteuse. On continua lu dissection après avoir laissé macérer l'œil pendant deux jours dans l'alcool. En renversant alors le segment antérieurde la sclérolique et delaclioroïde,on trouva que la substance calcaire existait partout sous cette dernière. L'iris adhérait fortement à la surface interne de la cornée et au cristallin qui était rétracté et ossilié. On replia facilement le segment postérieurde la sclérotique et de la choroïde, car il n'existait presque pas d'adhérence entre ces parties, si ce n'est à l'aide de quelques vaisseaux qui s'enfonçaient dans la substance calcaire située au-dessous d'elles. Lorsque toutes ces attaches eurent été séparées, Panizza reconnut que toute la masse calcaire pendait au nerf optique qui pénétrait par une ouverture dans son intérieur. Désirant s'assurer de l'état de la réline, il enleva avec précaution une portion de la substance calcaire. 11 trouva cette coque très résistante à sa surface externe, bien qu'elle fût cassante, d'une ligne d'épaisseur environ, formée de couches dont la plus interne était la moins dure et presque membraneuse. Ayant ainsi pénétré jusque dans la cavité de la coque, il la trouva remplie d'une substance blanchâtre, albumineuse, de la consistance d'une gelée et disposée par couches qui devenaient de plus en plus molles à mesure que l'on se rapprochait du centre de la cavité de l'œil, et qu'il compare aux couches que contient un sac anévrysmal. Il enleva une portion de cette substance et vit au milieu la réline sous la forme d'une membrane rassemblée sur elle-même. Se portant d'arrière en avant, elle venait en s'étalant s'attacher au bord postérieur du corps ciliaire, tandis que son extrémité rétrécie correspondait à l'entrée du nerf optique à travers la sclérolique. En incisant verticalement la portion conique delà rétine, Panizza trouva dans son intérieur la membrane hyaloïde ratatinée et réduite à une très petite masse où l'on voyait encore un peu d'humeur vitrée. En soulevant les lambeaux divisés de la rétine, il reconnut que sa surface interne était unie et nullement adhérente à la membrane hyaloïde (1).
Panizza, se basant sur celle dissection, rejetle l'opinion de ceux qui avaient attribué un pareil état de l'œil à l'ossification de la membrane hyaloïde ou de la rétine, et croit que ces incrustations calcaires sont dues plutôt à la condensation des liquides exlravasés.
§ 8. Ossification de la membrane hyaloïde, de la capsule cristalline et du cristallin.
On a rapporté plusieurs exemples de l'ossification de la capsule cristalline et du cristallin, et dans quelques-uns de ces cas, la membrane hyaloïde avait été plus ou moins affectée de la même façon.
Obs. 434. — Spree rapporte dans sa thèse un cas dans lequel, après une opération d'extraction de la cataracte, la vue ne se rétablit point et le malade conserva de la douleur dans l'œil jusqu'à sa mort. A l'autopsie, on trouva des adhérences morbides entre la choroïde et les parties voisines ; mais toute trace de la réline avait disparu. Le nerf optique était atrophié, et à la place du corps vitré se trouvait une substance osseuse, convexe en arrière, concave en avant et d'un demi-pouce d'épaisseur (2).
« Dans un cas, dit M.Wardrop, outre l'ossification de la capsule du cristallin, je trouvai dispersées au milieu de l'humeur vitrée des écailles de substance osseuse, étendues mais minces et qui, suivant toute probabilité, étaient des ossifications de la membrane hyaloïde (5). »
Dans un cas de cataracte capsulaire, j'ai trouvé l'hémisphère anté-
(1) Panizza. Appendice sul Fungo Midollare dell'Occhio : p. 22; Tav. I. fig. 7 ; Pavia, 1826.
(2) Annales d'Oeulistique ; lome XIV, p. 122 ; Bruxelles, 1843.
(3) Op. cil., Vol. II, pp. 128 et 271 ; pi. XIV, fig. 2; London, 1818.
rieure de la capsule dure et pierreuse sous l'aiguille. La maladie devait son origine à une iritis suivie de contraction de la pupille et dune exsudation lymphatique. La cataracte fut abaissée et la vision se rétablit assez bien.
La moitié antérieure de la capsule cristalline est plus souventossifîéc que la postérieure. Dans quelques cas, toute la capsule est convertie en une mince écaille osseuse, contenant un cristallin opaque. D'autres fois, celui-ci a déjà été absorbé en partie ou en totalité, de sorte que la capsule ossifiée a une forme moins régulière, parce qu'elle s'est rétractée avant de subir l'ossification.
Sur un œil envoyé à M. Wardrop par M. Allan Burns, on trouva le centre du cristallin converti en une substance osseuse dure. Ce cas est le seul dans lequel M. Wardrop ait trouvé le cristallin ossifié sans que la capsule le fût aussi. Le centre ossifié de ce cristallin était d'un brun foncé et offrait une structure lamellée (1).
Le cristallin luxé, soit dans l'humeur vitrée, soit dans la chambre antérieure, par suite d'un coup porté sur l'œil, est très-sujet à s'ossifier. Dans les cas où un cristallin, renfermé dans sa capsule déchirée, passe dans la chambre antérieure et y est laissé jusqu'à ce que l'absorption ait presque complètement fait disparaître la lentille, on voit presque toujours se former à sa place, soit un dépôt calcaire amorphe, soit une couche de matière osseuse à l'intérieur de la capsule.
Lorsqu'un cristallin renfermé dans sa capsule, et séparé de son ligament suspenseur, tombe en arrière dans l'humeur vitrée dissoute, et qu'il s'y ossifie, il peut passer dans la chambre antérieure lorsque le malade penche la tète en avant et donner lieu par sa présence à une iritis.
Obs. 435.— Pellier (2) rapporte qu'un œil, dont la cornée avait, pendant vingt ans, été le siège d'une inflammation plus ou moins forte, (init par s'ouvrir et laissa voir et sentir un cristallin ossifié. On pratiqua sur la cornée une incision cruciale, et l'on amena au dehors une portion de substance calculeuse du volume d'un haricot. Une partie de la matière ossiliée fut abandonnée dans l'œil, le malade s'étanl tellement agité qu'il avait été impossible de continuer ['opération. Pellier paraît croire que tout le contenu de l'œil était ossilié. Le morceau enlevé était rude et irrégulier.
Obs. 436. — Bien que M. Wardrop donne l'observation suivante, qui lui a été communiquée par M. Anderson, chirurgien à lnverary, comme exemple d'un morceau d'os développé dans la cornée, ou immédiatement derrière elle, je ne puis me refuser à penser qu'il s'agissait simplement d'un cristallin entouré de sa capsule et luxé, qui s'était en partie ossilié dans la chambre antérieure.
En examinant l'œil droit d'une femme, âgée de 31 ans, M. Anderson remarqua une substance blanchâtre, partant de l'intérieur de la sclérotique et s'éfendant en haut derrière la cornée, sur une grande partie de l'iris jusque très près de la pupille. Elle avait déterminé beaucoup d'irritation dans l'œil, de l'inflammation, une douleur intense, un flot presque continuel de larmes-, l'impossibilité de supporter la lumière et une diminution
(I) Ibirt., pp. 06 et 261 ; pi. XI, fig. 5.
(-2) Recueil de mémoires el observations ; Obs. 139 ; Montpellier, 1783.
considérable de la vision. Cet œil était plus petit que l'autre. La maladie était due à ce que cette femme s'était, quinze ans auparavant, heurté violemment à la racine d'un arbre sur lequel elle était tombée. La substance, vue à travers la cornée, avait commencé à se montrer à cette époque et avait graduellement augmenté de volume. La douleur et les autres symptômes avaient été supportables jusques environ neuf mois avant l'époque à laquelle M. Anderson la vit; alors le mal s'était aggravé. Ce chirurgien pratiqua à la cornée une incision semblable à celle recommandée pour l'extraction de la cataracte, souleva le lambeau de la cornée à l'aide d'un crochet aplati et fil sortir un petit morceau d'os à l'aide du même instrument. La partie supérieure était aussi mince qu'une feuille de papier; il était plus épais à sa partie inférieure, poreux, cassant et de forme semi-lunaire irrégulière- Sa portion supérieure était complètement libre, l'inférieure légèrement adhérente à quelque partie de l'œil située hors de la vue; néanmoins, on put l'extraire facilement et sans se servir du couteau pour détacher les adhérences. L'indocilité du malade ne permit pas de reconnaître de quelle partie provenait cette ossification (1).
En praliquant l'extraction crime capsule déchirée, située dans la chambre antérieure, j'ai trouvé à son intérieur une certaine quantité d'un dépôt calcaire amorphe, de couleur brime. J'ai pratiqué l'extraction de plusieurs cristallins qui s'étaient ossifiés dans l'humeur vitrée et avaient glissé en avant à travers la pupille. La surface de l'ossification était toujours irrégulière et poreuse, et généralement étroitement embrassée par la capsule transparente. Dans un cas, tout l'intérieur de la capsule était revèlu d'une couche assez épaisse de substance osseuse, d'un aspect noueux. L'examen fit reconnaître que les nodules consistaient en une substance qui paraissait être du cartilage renfermant des masses de carbonate et de phosphate de chaux, et entourées d'une nouvelle membrane qui s'était formée à l'intérieur de la capsule (2). Bien que l'extraction soit alors le meilleur moyen auquel on puisse avoir recours, on peut néanmoins soulager momentanément le malade en le faisant coucher, la léte basse, après avoir dilaté la pupille avec la belladone, afin que l'action de la pesanteur fasse repasser le cristallin dans l'humeur vitrée, ou, si ce moyen échoue, en introduisant à travers la sclérotique une aiguille courbe à l'aide de laquelle on ramène le cristallin en arrière à travers la pupille.
La dégénérescence crétacée du cristallin et de sa capsule détermine assez fréquemment, même lorsque cet organe n'est point déplacé, de la douleur et de l'irritation, soit dans l'œil malade, soit sympathiquementdans l'œil sain, ce qui met dans l'obligation d'ouvrir l'œil et d'en extraire la partie ossifiée; ou si la cornée est opaque et adhérente à l'iris, on excise une portion de la cornée et l'on enlève avec des pinces le cristallin ossifié ou sa capsule (o).
(1) Op. cit., Vol. I, p. 75.
(2) Voyez un cas d'extraction d'un cristallin ossifié; par France. Guy's Hospital Reports, Second Séries, Vol. III, p. 197 ; London, IS4i.
(5) Voyez des Observations de Walton. Médical Times and Gazette., February, 18, 1854, p. 155.