‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 37 sur 147 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Svs. — Prollicse oculaire.

Il parait (1) qu'autrefois, quand l'œil et les paupières avaient été détruits ou enlevés par une opération, on plaçait au-devant de l'orbite une image peinte de ces diverses parties, que l'on maintenait en place à l'aide d'un ressort en acier se portant, en contournant la tempe, jusqu'au côté opposé de la tète ; mais, de nos jours, on entend par œil artificiel une demi-ellipse ou une demi-sphère creuse d'émail, simulantla partie antérieure d'un œil naturel et s'inlroduisant derrière les paupières. On s'est servi pendant un certain temps de plaques d'or émaillé, mais aujourd'hui les yeux artificiels sont tous faits d'émail.

Un œil artificiel doit être parfaitement poli, de forme et de dimension telles, qu'il puisse recevoir dans sa concavité les restes de l'œil atrophié sans les comprimer ou les irriter. La face interne de la portion moyenne, qui représente la cornée, doit être concave, ou tout au moins aplatie, et jamais convexe, celle forme devant déterminer nécessairement la compression de l'œil, à moins que celui-ci ne soit fort affaissé. C'est à l'omission de ces détails qu'on doit souvent attribuer la douleur que ressentent les malades lors de l'introduction d'un œil artificiel, et qui les fait renoncer à en continuer l'usage.

Les yeux artificiels ont généralement la forme semi-elliptique, ou celle d'une moitié d'œuf coupé suivant son grand diamètre; maison leur adonné dans ces derniers temps une forme moins excavée,se rapprochant de la forme hémisphérique, parce qu'elle expose moins à pincer le bulbe sur lequel la coque est adaptée, à irriter la conjonctive, à occasionner une apparence de strabisme ou à empêcher les mouvements de l'œil artificiel (2).

(1) OEuvrcs d'Ambroise Paré ; liv. XXIII, clinp. I.

[(2) Les progrès opérés par la prothèse oculaire ont complètement métamorphosé les formes primitives el lixes qu'avait d'abord revêtues l'œil artificiel. Aujourd'hui ce dernier n'a plus la forme de la moitié d'un œuf ou celle d'une demi-sphère, mais une configuration variant à l'infini selon les individus et les modifications subies par la cavité de l'orbite el par son contenu. Grâce aux perfectionnements apportés à cette partie si importante de la prothèse humaine, et dont les principales sont dues aux recherches el aux travaux de M. Boissonneatl, père, de Paris, le port d'un œil artificiel n'éveille plus la moindre souffrance: dès le premier jour, il est facilement .-upporlé, et il est rare que les malades soient obligés d'en suspendre l'usage, quant il a été bien fabriqué et approprié à la nature de la difformité qu'il est destiné a déguiser.

Les modifications successives apportées a l'œil artificiel par AI. Boissonneau se résument, d'après lui, dans les particularités suivantes : Émaux offrant une plus grande résistance à l'action de l'humidité tout en conduisant, par leur malléabilité par Meulière, à une meilleure imitation de la nature. — Pour répondre aux différents degrésde rétrécissement orbilaire, l'œil artificiel, de conformation originaire, pris pour point de départ, subit une réduction graduée de ses diverses sections — Division géométrique du globe de l'œil formant la base d'un système d'appropriation prolhésique spéciale pour chaque individu. — Echaucruge de la section nasale respectant la caroncule

La minceur et la légèreté sont des qualités indispensables à un œil artificiel. Quand l'œil à recouvrir est volumineux, si la coque n'est pas mince, les paupières sont trop comprimées et ne peuvent plus exécuter leurs mouvements ordinaires.

On a proposé, lorsque le moignon aune forme irrégulière, de modeler sur celui-ci l'œil à ajuster, dans la crainte qu'il n'en vienne comprimer inégalement et douloureusement quelque partie. Lorsque l'une ou l'autre paupière, par exemple, adhère au moignon, si l'on ne peut l'aire disparaître cette adhérence, le diamètre de l'œil artificiel doit être plus court de haut en bas, ou même offrir sur sa circonférence une échancrure dans la partie qui est en regard de la bride.

On copie sur l'œil sain la teinte particulière du blanc de l'œil, l'aspect des vaisseaux qui le parcourent, la dimension et la coloration

lacrymale. — Réduction de la section palpébrale supérieure et déviation du point interne de cette partie permettant les mouvements ascensionnels: dès lors, se trouvant ainsi localisé, le même œil artificiel ne peut plus servir indistinctement pour l'un ou l'autre côté — Les inouvcmenls oscillatoires sont évités par une disposition sinueuse de la section palpébrale inférieure répondant à celle du repli conjonetival correspondant. — Suppression des opérations chirurgicales préparatoires par des échancrures profondes et multiples chevauchant les adhérences partielles oculo-palpébrales. — Appendices servant de retenues dans les cas de syrnblépharon considérable et compliqué. — Une nouvelle conformation héniisphéro'idale répondant au diamètre et à la sphéricité des moignons bulbaires volumineux évite l'amputation de cet organe tout en conduisant à de meilleures restaurations. — Le pourtour de l'œil artificiel reçoit une coupe sinueuse évitant les compression» partielles sur le repli conjonetival. — Son contour légèrement évasé ne pince plus la muqueuse scléroticale. — Le strabisme du moignon oculaire est combattu par un développement proportionné de la section correspondante. — Le dernier point d'attache de l'émail durant, sa confection, recevant par la fusion un poli parfait, la rugosité qu'il laissait sur l'un de ses bonis disparait. - Une coïncidence parfaite des courbes internes de la pièce détruisant l'action mécanique sur le moignon oculaire, l'irritation, la gène deviennent impossibles. — L'innocuité est complète. — Perforation irrégulière s' ajustant à la base des tumeurs dures de la sclérotique. — Surélévation scléroticale évitant le contact du corps étranger sur ces niâmes accidents. — Par une cavité partielle du centre interne établissant un espace libre entre l'organe et le corps étranger, l'œil artificiel devient applicable sur les moignons qui ont conservé quelques parties transparentes de la membrane cornéenne. Cette même disposition permet de réduire les staphylèmes opaques peu proéminents par voie de compression. — Des paupières en émail sont modelées sur la capsule prothésique pour la restauration artificielle de l'ablépharon. — Dans les cas de réductions considérables du globe de l'œil entraînant le rétrécissement des paupières et celui de la cavité orbitaire, les pièces comprimées qui leur sont propres reçoivent une application méthodique évitant, l'inflammation, tout en conduisant à l'assouplissement et à la dilatation des parties organiques. — Par une disposition générale des conformations relatives aux moignons oculaires d'un certain volume, toute compression sous les angles palpébraux est supprimée ; la pièce, devenue moins grande, prend d'elle-même son équilibre horizontal ; le mouvement et la similitude se perfectionnent, et le cul-de-»ac conjonetival se conserve sans jamais subir de modifications anormales. — On sait que, par un arrêt de développement, la perle de l'œil, chez les enfants, détermine insensiblement la déformation de la face. Une anse placée à la section inférieure de l'émail rend celui-ci facilement applicable sur les jeunes sujets, et prévient ce déplorable inconvénient — Une échancrure ou une perforation de la section inférieure évitant l'accumulation du liquide dans la cavité de l'œil artificiel en reportant ceux-ci vers l'orifice du canal lacrymal, dont elles rétablissent les fonctions absorbantes, les mucosités, conséquence de la décomposition des larmes qui y séjournaient, ne peuvent plus s'accumuler. — Une disposition particulière de l'œil artificiel le rend applicable sur les moignons oculaires légèrement exophthalmiques. — Ifordage de la section inférieure de l'œil artificiel, évitant l'action incisive sur le point correspondant du repli conjonetival.

On com[ rend d'après cela que, pour rendre l'usage d'un œil artificiel facilement supportable, il doit être fabrique pour chaque malade sur des données et des mesures spéciales. Les coques de pacotille, faites sur des types fixes, ne sont propies qu'à discréditer un moyen qui, bien compris, rend d'inappréciables services. T. \Y.]

de l'iris; toutefois, ces points sont beaucoup moins importants que ceux qui ont rapport à la dimension et à la forme et qui sont indispensables pour que l'œil artificiel puisse bien s'adapter. La pupille doit être représentée en état de dilatation moyenne, et l'apparence d'une chambre antérieure doit être figurée. L'iris parait toujours plus foncé quand l'œil est introduit derrière les paupières, que lorsqu'on l'examine en le tenant dans la main.

La fabrication des yeux artificiels est très simple (i). La partie qui imite la sclérotique est composée d'émail blanc mélangé d'une teinte de jaune. On donne à la lamelle postérieure de la partie centrale la coloration et l'aspect strié de l'iris , et au milieu de cette lamelle une plaque circulaire d'émail noir imite la pupille; la lamelle la plus superficielle est de verre transparent. On applique à la surface, pour imiter les vaisseaux sanguins, de petits fils d'émail rouge, que l'on y fait fondre à l'aide du chalumeau.

Si l'œil que l'on désire cacher n'offre point un volume plus considérable qu'à l'ordinaire, on peut le couvrir d'un œil artificiel sans opération chirurgicale préparatoire. Mais s'il existe un staphylôme total de l'iris et delà cornée, il faut l'enlever au préalable. Il faut dans tous les cas attendre que toute trace de l'inflammation ou de la plaie qui a donné lieu à la difformité ait disparu, et même surseoir, trois ou quatre mois après la guérison, à l'introduction de la coque artificielle. On ne doit pas oublier que, dans quelques cas, l'excessive irritabilité du malade, qui se traduit par une douleur vive et un épiphora que rien ne peut arrêter, ou bien la nature même de l'affection, cause première de tous les accidents, oblige parfois à renoncer aux moyens de prothèse oculaire, dans la crainte qu'ils ne donnent lieu au développement de quelqu'affection maligne.

Une hernie de l'iris ou le staphyloma racemosum en rendent parfois l'usage impossible, à cause de la douleur qu'ils déterminent tant qu'on ne les a pas fait disparaître par une opération. Lorsqu'il existe un staphylôme partiel saillant de la partie supérieure ou de la partie inférieure de la cornée, la coque ovale ordinaire offre cet inconvénient que son extrémité nasale se porte en bas et son extrémité temporale en haut. Il vaut mieux en pareil cas employer un œil hémisphérique.

Lorsqu'il y a un cctropion, il faut le guérir (2), de même que le symblépharon. Si l'on a dû extirper tout le globe de l'œil, les sinus de la conjonctive sont fort oblitérés et il ne reste point de place sur laquelle l'œil artificiel puisse prendre un point d'appui.

(1) Voyez sur la fabrication des yeux artificiels Bi.ancourt, Art du verrier; traduit en Anglais. p. 555 ; London, 1699.

(2) Voyez une observation de placement d'un œil artificiel, dans un cas où une plaie des téguments de la joue avait produit un ectropion, combiné avec la perle du globe de l'oeil ; par Waltok ; Médical Times and Gazelle ; Jauuary 29, IH.'iô, p. 117.

Lorsqu'il n'existe ni inflammation, ni excroissance fongueuse du globe de l'œil ou des paupières, ni irritation ni douleur, on peut essayer l'application d'un œil artificiel. Pour l'introduire, on le saisit, après l'avoir humecté, par son bord inférieur entre le pouce et l'index de la main droite ; le pouce de la main gauche soulève la paupière supérieure, au-dessous de laquelle on introduit le bord supérieur de l'œil artificiel, en le poussant dans le sinus de la conjonctive, jusqu'à ce que sa partie la plus saillante se trouve cachée; puis on laisse descendre la paupière sur elle. On maintient la coque avec le pouce droit, tandis que l'index de la main gauche attire en bas la paupière inférieure, ce qui permet à l'œil de glisser dans le sinus inférieur de la conjonctive. Si son bord ne descend pas dans le sinus et reste appliqué sur le tarse, c'est qu'il est trop grand, et il faut en choisir un plus petit.

Les premiers jours, on ne doit le porter que pendant quelques heures. On le retire à l'aide d'une sonde en or ou en argent, de l'épaisseur d'une aiguille à tricoter, et dont l'extrémité est arrondie et repliée en forme de crochet. On abaisse la paupière inférieure avec l'index de la main gauche, afin de permettre l'introduction du crochet derrière le bord inférieur de la pièce artificielle, que Ton soulève jusqu'à ce qu'elle ne soit plus retenue par la paupière inférieure; elle s'échappe alors immédiatement de dessous la paupière supérieure et on la saisit de la main gauche. On la débarrasse sur-le-champ du mucus qui y adhère en la frottant légèrement avec un chiffon doux et on la met décote jusqu'au lendemain. On ne doit point la plonger dans l'eau froide, de peur de la faire éclater. Les yeux artificiels qui n'ont pas été convenablement soumis à l'action de la chaleur, peuvent éclater rien que par les changements de température auxquels ils sont exposés, lorsqu'on les relire le soir pour les replacer le malin.

Le malade apprend vite à ôler et à replacer lui-même son œil. Lorsqu'il l'enlève, il doit se pencher au-dessus d'un lit ou d'une table recouverte d'une serviette, afin que s'il tombe, il ne se brise point.

[M. Boissonneau prescrit de faire cetle manœuvre de la manière suivante :

« Admettant que le patient soit assis à une table garnie d'un lapis ou d'une serviette à moitié dépliée, il s'inclinera sur cetle garniture el relèvera la paupière supérieure du doigt majeur delà main gauche; celle-ci sera placée sur le front, de manière à ce que le pouce, dirigé vers le sommet de la tète, puisse y prendre un point d'appui. La paupière sera saisie au centre et tout près du bord ciliaire, pour être relevée perpendiculairement , ce à quoi l'on parvient en donnant à la main une direction verticale de haut en bas : cette position ne se prend facilement qu'en élevant le coude le plus haut possible.

Pour faciliter cette opération, le regard doit être complètement

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dirigé en bas; de cette manière, le moignon oculaire s'éloigne du parcours de l'œil artificiel et facilite le passage de celui-ci sans en subir le moindre frottement.

Après avoir été plongé dans l'eau, tant pour en faciliter l'introduction que pour le débarrasser des corpuscules poussiéreux qui pourraient s'y trouver attachés, l'œil artificiel sera saisi transversalement du pouce et de l'index de la main droite, et de manière à ce que sa cavité, se trouvant en avant, sa section temporale soit présentée la première, et régularisant sa direction en l'appuyant sur la joue, Usera introduit verticalement jusqu'au fond de l'orbite, en glissant sous la paupière supérieure qu'il relève en même temps.

Le doigt majeur de la main gauche, qui, sans quitter le front, abandonne la paupière, s'empare de l'œil artificiel, en le saisissant par la section caronculaire, que l'on dirige vers le nez par un mouvement de rotation sur son axe. Puis, sans lâcher prise de la main gauche, on élève les yeux en fixant le plafond de l'appartement, et, de ce moment, l'index de la main droite abaissant la paupière inférieure, la pièce s'engage et prend d'elle-même la position qui lui est propre. Elle s'introduira et se mettra en place avec la plus grande facilité, si, pendant la manœuvre que je viens d'expliquer, on a soin d'ouvrir les yeux très grands; en agissant autrement, on pourrait se faire mal, parce que, si au lieu de faciliter son passage on se crispait les paupières, son introduction serait difficile et douloureuse.

Si quelques brides accidentelles, liant entre eux le moignon et les paupières (symblepharon), se présentaient, on se bornerait à enchevêtrer les échancrures de l'œil artificiel sur les adhérences qui en auraient, nécessité l'exécution, et à relever ou abaisser de la main droite la paupière opposée, suivant qu'elles engageraient l'une ou l'autre de ces membranes.

Quand il s'agira d'une réduction bulbaire considérable, l'œil sera de suite présenté transversalement.

L'extraction est également devenue fort simple depuis la diminution considérable que les derniers perfectionnements ont fait subir à l'étendue de la section palpébrale supérieure de la capsule d'émail. Abaissant, de l'index de la main gauche, la paupière inférieure tout en regardant en haut, dans le but de relever la section correspondante, on engage sous elle la tète d'un petit passe-lacet que l'on lient de la main droite et que, par un mouvement de bascule, l'on abaisse sur la joue tout en l'introduisant dans la cavité de l'œil artificiel; puis on soulève celui-ci en le reportant en avant. Si dans ce moment l'on a soin d'ouvrir les yeux très grands, la puissance de retenue qu'exerce la paupière supérieure disparait, et l'émail, se dégageant subitement, tombe dans la main gauche que l'on a tendue pour le recevoir.

L'introduction et l'extraction de l'œil artificiel s'effectuent, on le

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voit, par soi-même, d'une manière aussi simple que facile. Bientôt, comprenant la théorie, l'habitude de cette petite manœuvre donne à la main une dextérité qui permet de la pratiquer debout, instantanément et sans la moindre précaution.

Chez les enfants, ce n'est que par une ruse de pratique que l'extraction est possible, sans recourir à la lutte : un iîl passé dans un permis pratiqué ad hoc à la section palpébrale inférieure de l'œil artificiel, pend d'un centimètre environ sur la joue. L'enfant s'en amuse et, tirant le fil lui-même, la pièce lui tombe dans la main et il se la laisse volontiers introduire de nouveau, pour le seul plaisir de la retirer encore. Bientôt, s'en faisant un jeu, tout elfroi disparait, et l'on supprime cet auxiliaire au bout de quelques semaines, pour procéder par les moyens ordinaires, soins dont les mères s'acquittent très bien. » T.' W.]

Si le globe de l'œil a été réduit à un petit volume, les paupières perdent le point d'appui et l'élasticité qui leur sont nécessaires pour l'accomplissement de leurs mouvements; il en résulte qu'elles deviennent bientôt complètement immobiles et qu'elles s'enfoncent dans l'orbite, tandis que leurs cils se renversent en dedans et que les tissus de la conjonctive qui, à l'étal naturel, s'étendent entre l'œil et les paupières, se contractent graduellement et finissent par presque disparaître. L'excès des larmes et du mucus ne peut non plus être convenablement évacué; n'étant plus poussé en avant par la convexité de l'œil, il se rassemble derrière les paupières et adhère à leurs bords libres et à leurs angles, tandis que la narine du côté correspondant reste sèche. Ces symptômes disparaissent ordinairement, en grande partie, par l'emploi d'un œil artificiel, qui fournit aux paupières un nouveau point d'appui, leur rend l'élasticité nécessaire pour l'exercice de leurs mouvements, et maintient élargis les replis de la conjonctive; d'un autre côté, le rétablissement de l'action des paupières sert à diriger les larmes et le mucus vers les points lacrymaux, comme dans l'état de santé. Il est quelquefois indispensable, en pareil cas, de commencer par un petit œil artificiel et d'en employer de plus volumineux à mesure que l'élargissement des replis de la conjonctive le permet. 11 ne faut pas se laisser arrêter par la crainte de voir un œil trop petit s'échapper de derrière les paupières ; car celles-ci ne s'ouvrent qu'en proportion du volume de l'œil placé derrière elles.

On peut, au début, faire usage d'un petit œil simple, c'est-à-dire sur lequel on n'a point figuré l'iris. L'oculiste doit être pourvu d'une série d'yeux semblables, dont il se sert jusqu'à ce que le malade soit accoutumé à les porter. Au premier abord, les paupières ne se meuvent pas aisément au-devant de l'œil artificiel,- aussi resle-t-il exposé à l'action des corps étrangers qui flottent dans l'atmosphère; par suite de celte cause et des tentatives mal dirigées du malade pour l'enlever et le

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replacer, il se raie et perd promptement l'aspect qu'on lui avait donné. Tous les deux ou trois jours on doit introduire un œil plus volumineux, jusqu'à ce qu'enfin les paupières paraissent avoir repris leur degré naturel d'expansion (1).

L'iris et la pupille de l'œil que l'on veut garder définitivement doivent correspondre, sous le rapport de la direction, avec ceux de l'œil sain; placés plus près de l'un ou de l'autre des angles oculaires, ils font loucher le malade. Quelques yeux artificiels sont préparés pour le côté droit ou le côté gauche seul: ils présentent plus de sclérotique au-dessus qu'au dessous de l'iris ; d'autres sont destinés à être placés indifféremment des deux côtés, et l'iris est juste au centre. Dans tous les yeux artificiels il y a plus de sclérotique au côté temporal qu'au côté nasal de l'iris (2).

Un œil artificiel bien adapté exécute les mêmes mouvements que l'œil sain, surtout si le moignon oculaire sur lequel il est placé est considérable, et si les muscles droits le font mouvoir avec facilité. Les mouvements de l'œil artificiel ne sont cependant pas dûs exclusivement à cette cause, ils sont aussi sous la dépendance des mouvements de la conjonctive et de ses replis dans lesquels il est enchâssé, et qui sont les mêmes que ceux du globe de l'œil et des paupières. C'est pour cela que, si l'œil artificiel est d'un volume convenable, s'il n'est ni assez petit pour échapper à l'action de la conjonctive, ni trop volumineux pour la paralyser, on le voit exécuter tous les mouvements d'un œil ordinaire, même lorsque le moignon qu'il recouvre est très petit.

Le frottement des paupières et l'action du mucus et des larmes altèrent l'œil artificiel, de sorte que le verre venant à perdre son poli, la cornée en paraît troublée. On a supposé que c'était la sécrétion méïbomienne qui y produisait le plus de dommage. Le poli ne se conserve jamais pendant plus de trois à quatre mois , et ordinairement au bout de six, toute la surface de l'œil est trouble et légèrement rugueuse. Les fils rouges qui imitent les vaisseaux sanguins se dissolvent parfois complètement etlaissent des sillons avant que la cornée oula sclérotique s'altèrent. La rapidité avec laquelle cette détérioration s'effectue varie ; elle dépend des qualités particulières des sécrétions suivant les individus. La promptitude avec laquelle ils se détruisent et leur prix extravagant les mettent hors de la portée des personnes qui n'appartiennent pas aux classes aisées ; néanmoins, beaucoup de personnes des classes indigentes à qui la perte d'un œil empêche de trouver un emploi, sont désireuses de s'en procurer. Elles sont souvent obligées de se résigner

[(1) Ces précautions sont inutiles quand le malade s'est procuré une coque fabriquée pour lui et repondant aux diverses indications fournies par les parties, telles qu'un ouvrier habile sait les comprendre. T.W.]

[(2) Tous ces inconvénients, dénotant l'enfance de l'art, disparaissent quand on a soin de ne faire porter aux malades que des coques faites spécialement pour chacun d'eux. T.W.] il. 20

à cacher leur difformité à l'aide d'un verre coloré, ou, lorsqu'elle est trop prononcée, à la recouvrir d'un écran creux. Elles ne doivent cependant jamais la recouvrir hermétiquement à l'aide d'un emplâtre qui échauffe les parties, les enflamme et les rend œdémateuses (1).

Les yeux en émail qui ont perdu leur poli sont nuisibles; leurs inégalités déterminent l'inflammation de la conjonctive , des excoriations et la production d'excroissances fongueuses. Lors donc qu'on s'aperçoit qu'un œil artificiel se trouble, il faut l'enlever, calmer l'irritation qu'il a déterminée, et lorsque toute douleur et toute inflammation ont cessé, en replacer un nouveau, ou l'ancien après qu'il a été repoli.

Lorsque l'on veut avoir un œil artificiel fait spécialement pour un malade, il faut envoyer à l'émailleur un dessin représentant soigneusement la couleur et les autres particularités de l'iris, et un modèle en cire ou en plomb indiquant les dimensions et la forme à donner à la pièce. On modèle la convexité sur celle de l'œil sain et l'on marque la place et la dimension de l'iris et de la pupille, ainsi que l'étendue de la sclérotique qui reste à découvert lorsque l'œil est modérément ouvert. L'émailleur doit conserver le modèle et le dessin, afin de pouvoir fournir sans devoir recourir à de nouvelles indications, des yeux semblables chaque fois qu'on lui en demande (2).

11 faut, lorsque l'on porte un œil artificiel, observer les soins de propreté les plus minutieux. On doit l'enlever toutes les douze heures, et le débarrasser du mucus qui y adhère et s'accumule dans sa cavité. On baigne en même temps les paupières avec de l'eau tiède, et s'il existe quelque relâchement notable des parties, ou quelque tendance à une inflammation puro-muqueuse, on fait usage d'un collyre légèrement astringent, et Ton enduit le bord libre des paupières avec un peu de pommade au précipité rouge. Si la conjonctive est gonflée ou fongueuse, il est bon de la toucher avec une solution de caustique lunaire. Il faut parfois retrancher avec les ciseaux des plis durs et fongueux de la conjonctive, ce qui ne doit se faire qu'avec précaution, dans la crainte

[(1) Nous sommes heureux de pouvoir constater qu'en Belgique au moins (et dans beaucoup d'autres pays, si nos renseignements sont exacts), les indigents ne sont pas déshérités des bienfaits de l'œil artificiel. M. Boissonneau a mis à notre disposition des collections complètes de coques destinées à être livrées aux nécessiteux, gratis, sur la simple présentation d'un certificat d'indigence. Nous croyons savoir que des services semblables, pour les pauvres, ont été établis par M- Boissonneau, avec le concours des gouvernements étrangers, dans plusieurs autres pays. T. W.]

[(2) M. Boissonneau a considérablement réduit ces exigences au moyen d'un questionnaire auquel il suffit de répondre. Les seuls renseignements dont il ait besoin pour toutes les éventualités sont les suivants : Noms, profession, demeure et âge du sujet. — Temps qui s'est écoulé depuis la perte de l'œil. — L'œil perdu sera le droit ou le gauche. — Sa réduction sera nulle, d'un quart, de moitié ou de trois quarts. — L'œil sain sera de saillie ordinaire, proéminent ou «nfoncé. — Puis, on dira : si le blanc de l'œil est pur, grisâtre, roussâlre ou bistré ; — si l'iris est noir, marron, café , verdâtre obscur , bleuâtre, gris-ardoisé, gris-roussàlre, et si chacune de ces couleurs est claire, demi-ton ou foncée. — Les diamètres de l'iris ou de la pupille seront indiqués par un trait à la plume sur la lettre de commande. — Dire aussi si le petit cercle qui entoure la pupille est roussàtre ou brun-grisâtre. — Les personnes déjà initiées devront envoyer une ancienne pièce pour modèle. T. W.]

que les tissus ne deviennent trop petits pour contenir l'œil artificiel, ou qu'il ne s'établisse des adhérences entre les paupières et le globe de l'œil.

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