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CHAPITRE XVI

AUGMENTATIONS PARTIELLES OU GÉNÉRALES DU VOLUME DU GLOBE DE L'OEIL ; ÉPANCHEMENTS ET TUMEURS A L'INTÉRIEUR DE SES TU- NIQUES.

SECTION Ire.

Syn. — Oclilodes, Taylor. S'taphyloma pellucidum conicum, Lyall. Hyperkeratosis, Himly.

Fig. Demours,pl. LVII,fig. 1. Von Ammon, thl. I, taf. III, fig. 13-21, taf. X, fig. 8, thl. III, taf. VII, fig. 8-10. Dalrymple, pi. XXXII, fig. i. Sichel, pi. XXXII, fig. 3-6.

La cornée présente dans cette affection, au lieu de sa forme naturelle, celle d'un cône plus ou moins aigu. Vue de profil, elle ressemble dans cet état à une goutte d'eau ou à un morceau de verre saillant au-devant de l'œil. (Fig. 21.) Lorsqu'on place le malade devant une fenêtre et que l'on regarde l'œil en face, le centre du cône réfléchit la lumière de façon à paraître étincelant. Dans quelques cas, le cône est petit et pointu; dans d'autres, bien qu'il soit plus saillant, le sommet en est arrondi. Ce sommet occupe ordinairement le centre du cône, mais quelquefois il est situé/de côté. Toute la cornée participe parfois plus ou moins de la forme conique; dans d'autres cas, le cône est petit comparativement à l'étendue de la cornée et s'élève d'une façon abrupte de sa surface. Dans certaines positions de l'œil, la pointe du cône paraît moins transparente que le reste de la cornée, et assez fréquemment elle est nébuleuse ou opaque.

Dans les cas légers, la conicité de la cornée peut échapper à l'observateur, jusqu'à ce qu'il remarque l'image d'une fenêtre ou d'une bougie réfléchie par la surface de celte membrane. La forme de limage

(Fi?. 21.

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est notablement modifiée ; elle se rapetisse si brusquement lorsqu'elle arrive sur le sommet du cône, que l'on reconnaît manifestement que la cornée a perdu sa forme sphérique.

Au début, la myopie en est le principal symptôme ; mais lorsque la déformation est plus avancée, le malade ne voit plus à travers le centre de la cornée, mais seulement à travers ses côtés, dans une étendue très limitée. Néanmoins, en comprimant fortement l'œil avec le doigt à travers les paupières à demi fermées, de façon à limiter la pupille, et en portant les objets tout contre l'un ou l'autre côté de l'œil, surtout vers le côté temporal, le malade peut encore quelquefois parvenir à lire. Au delà de deux à trois pouces, la vision devient très confuse , et à quelques pieds de distance, le malade ne distingue absolument plus rien ; il ne peut juger ni de la distance, ni de la forme des objets, de sorte qu'il a besoin d'être guidé presque comme s'il était aveugle. Le premier symptôme accusé est souvent l'obscurcissement de la vue, de sorte que, si l'œil n'est point examiné soigneusement, on peutl'attribuer à un commencement d'amaurose.

A l'état normal, la cornée ne présente point une surface suffisamment étendue pour réfracter plus d'un simple rayon lumineux; elle sert à concentrer tous les rayons simples en un seul point où ils forment une image vive des objets extérieurs ; mais, dans la maladie qui nous occupe, la cornée présente des inégalités ressemblant aux facettes d'un verre multiplicateur et réfractant tout une série de rayons capables de donner lieu à plusieurs images. C'est ce qui fait qu'ordinairement un œil affecté de conicité de la cornée voit les objets multiples.

Obs. 437. — Une des malades de M. Wardrop avait remarqué que lorsqu'elle regardait une bougie, elle en apercevait cinq ou six à la fois, et que chacune des images en était plus ou moins confuse. Lorsque Sir David Brewster examina son œil, il remarqua que, de quelque côté qu'on regardât la cornée, sa section offrait une courbe régulière allant en augmentant vers le sommet. Comme cette maladie siégeait évidemment dans la cornée, qui se projetait en avant à un degré anormal, il ne s'arrêta point à la pensée qu'il dût y avoir quelque défaut de structure du cristallin. Il se trouva donc porté à croire que les images brisées et confuses, qui paraissaient entourer les objets lumineux, étaient dues aux éminences qu'offrait la cornée, éminences qu'on ne pouvait découvrir lorsque l'on regardait l'œil de côté, mais que l'on pouvait reconnaître aux effets qu'elles produisaient sur l'image d'un objet lumineux traversant la surface de la cornée. 11 plaça donc une bougie à la distance de 15 pouces de la cornée, et en regardant dans la direction des rayons réfléchis, il observa les variations de dimension et de forme de la flamme. L'image réfléchie diminuait régulièrement d'étendue chaque fois qu'elle passait sur les parties les plus convexes de la cornée; mais, arrivée sur la partie la plus rapprochée du nez, elle s'agrandissait et se rapetissait alternativement et éprouvait des modifications, indiquant la présence d'un certain nombre d'éminences sphériques et de dépressions qui expliquaient comment la malade apercevait les images rompues et multiples (1).

Sir David Brewster examina ensuite divers cas de cornée conique, et découvrit dans tous des inégalités dans la configuration de la superficie de la cornée.

(1) Wardrop's Morbid Anatomy of the Human Eve ; vol. I, p. 131. London, 1819.

On est resté longtemps dans le doute sur le point de savoir si, lorsqu'elle revêt la forme conique, la cornée est simplement projetée en avant, ou si elle s'épaissit et si le cône formé par elle est solide. L'apparence extérieure pouvait certainement porter à croire que cette dernière supposition était la vraie ; aussi Sir William Adams (1) considérait-il cette maladie comme un épaississement morbide et un accroissement de la substance de la cornée, tandis qu'Himly lui donnait le nom Aliyperkeratosis . M. Wardrop, néanmoins, dit que la portion irrégulière, ou le sommet du cône, qui est parfois nuageuse et opaque, est généralement très mince , et que chez un individu affecté de cette maladie, qui avait reçu un coup sur l'œil, la cornée s'était rompue. Le docteur Jaeger, d'Erlangen,a confirmé cette opinion, parce qu'ayant disséqué les yeux d'une personne atteinte de conicité de la cornée , il avait trouvé le sommet du cône très mince et la circonférence de la cornée fort épaissie (2).

La portion proéminente de la cornée est si mince que, lorsqu'on la ponctionne dans cette affection, elle s'affaisse et se ride dès que l'humeur aqueuse s'est échappée.

[M. Midcllemore a eu également l'occasion d'examiner une cornée conique après la mort d'un sujet chez qui la maladie existait à un degré extrême. Il trouva que les lamelles de la cornée étaient moins mobiles les unes sur les autres qu'à l'état normal ; la circonférence de cette membrane n'offrait aucun changement et avait son épaisseur ordinaire, mais le sommet en était très aminci et présentait une opacité qui n'occupait que la superficie, car le tissu lamellaire de la cornée avait conservé toute sa transparence, même au sommet du cône, et il n'existait point d'autre altération (3). T. W.]

La maladie attaque d'abord un œil, ensuite l'autre; mais, en général, l'un continue à être plus malade que l'autre. On l'a rencontrée à presque toutes les époques de la vie. De même que la myopie ordinaire , elle se manifeste surtout vers l'époque de la puberté , ou du moins elle augmente alors rapidement, de sorte que le malade peut se trouver obligé de renoncer à la profession qu'il avait embrassée. M. Wardrop l'a observée une fois chez un enfant de 8 ans. Sir W. Adams l'a rencontrée depuis 16 ans jusqu'à 70 ; beaucoup plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes, et sur des personnes jeunes plutôt que sur d'autres. Le docteur Von Ammon dit (4) que la conicité de la cornée est parfois congéniale. Il l'a rencontrée une fois chez plusieurs sœurs qui en étaient affectées depuis la naissance.

La conicité de la cornée se développe, d'ordinaire, sans inflamma-

(1) Journal of Science and the Arts, vol. II, p. 405; London, 1817.

(2) Cari. Sciimidt's Inaugural-Abhandlung ûber die Ilyperkeratosis, p. 17 ; Erlangcn, 1830

(3) Trealise on llie Diseases of the Eye, tome I, p. 552, dans la note. London, 1835.

(4) Zeitschrift fur dieOphlhalinologie ; vol. I, p. 125 ■ Dresden, 1830.

lion ni douleur, ni sans aucune sensation de distension. Je* lai néanmoins vue précédée assez longtemps de céphalalgie et de douleur dans l'œil. J'ai vu la conicité de la cornée associée à l'ophthalmie catarrhoscrofuleuse, avec les taches ordinaires de la cornée et avec le ptérygion. Je l'ai aussi vue succéder à la cornéite. Lorsqu'il en est ainsi, la conicité s'étend à toute la cornée et ressemble à un pain de sucre, un peu comme dans la figure de Demours ; le sommet en est arrondi et non pas pointu. Quand elle n'a pas été précédée de cornéite , le cône est plus aigu et ne s'étend pas à toute la cornée , mais se porte vers l'un ou l'autre point de sa circonférence. J'ai vu dans un cas la conicité de la cornée succéder à la scarlatine. Chez un jeune garçon, entré au Glasgow Eye Infirmary, un coup de boule de neige sur l'œil en avait été le point de départ supposé. On en a parfois accusé les pleurs trop fréquents.

II n'est point vraisemblable que cette affection soit le résultat de la pression anormale de l'humeur aqueuse; il est plutôt à présumer qu'elle est due à quelque dérangement dans la nutrition de la cornée. Elle débute probablement par l'amincissement de la portion de la cornée qui devient ensuite proéminente. J'ai quelque idée qu'elle résulte parfois de l'amincissement qui succède à une cicatrice transparente ou fossette. Chez une jeune dame pour laquelle j'ai été consulté, elle avait succédé à un trouble de la cornée et à une ou deux petites dépressions semblables à celles qui restent après l'absorption des phlycténules.

[Causes. — Dans un travail intéressant que M. White Cooper (1) a publié sur la cornée conique , nous voyons que cette maladie est presque inconnue dans le nord de l'Allemagne , qu'elle est moins commune dans le nord de l'Angleterre qu'au sud et à l'est de ce pays , qu'elle est plus rare en Ecosse qu'en Angleterre tandis qu'elle serait beaucoup plus fréquente en Chine. Ceci confirme l'opinion que c'est une maladie plus commune dans les pays chauds que dans les pays froids.

La statistique de M. Cooper comprend 208,970 cas d'affections oculaires; sur ce nombre, il y avait 194 cas seulement de cornée conique, ce qui donne une moyenne générale de 1 cas sur 1077,16 malades.

D'un autre côté, tandis que cette maladie ne se rencontre en Ecosse qu'une fois sur 4,514 maladies d'yeux, elle s'est rencontrée à Macao 1 fois sur 308 cas. Suivant M. Hays, elle serait rare à Philadelphie où il n'en a vu que 2 cas.

Dans presque tous les cas vus par M. Cooper, les deux yeux étaient affectés, quoique rarement au même degré. M. Wilde'dit que, lorsque l'affection est congéniale, les deux yeux sont généralement affectés,

[(1) London Journal of Med. May and June 1830.]

tandis qu'un seul œil est très fréquemment malade quand elle se développe après la naissance.

M. White Cooper indique encore les causes suivantes :

1 . Un étal d'affaiblissement de la constitution et de la force nerveuse. — Cela est un peu vague et constitue une cause bien générale pour une affection localisée dans un si petit espace. M. Haynes Wallon (1) dit n'avoir observé la maladie que sur des personnes saines.

2. La congestion. — M. Cooper pense que c'est là une cause assez fréquente. Sur 42 cas dans lesquels la profession des malades était connue, il y avait 7 cuisiniers, 10 couturières, 3 tailleurs, 1 ouvrier en tapis, 1 surveillant, 1 maître d'école, 1 souffleur, 1 maréchal-ferrant et 1 boulanger, toutes professions qui exercent une influence directe sur l'afflux du sang vers la tête. Il ajoute que la cornée conique s'observe surtout chez les personnes sujettes à la choroïdite asthénique.

3. L'ulcération de la cornée. — Lorsque la lame élastique antérieure a été détruite, la cornée est affaiblie d'autant et moins capable de résister aux pressions d'arrière en avant. On rencontre d'ordinaire en pareil cas la cicatrice de l'ulcère au sommet du cône. On sait que M. Sichel soutient que la conicité de la cornée est toujours la conséquence d'un ulcère qui a existé au centre de cette membrane et a précédé le développement du cône. On ne saurait nier qu'il en est parfois ainsi ; mais M. Dixon (2) cite un cas qui tend à démontrer qu'il peut en être autrement. Il s'agit d'un malade chez qui la difformité de la cornée ne fut précédée d'aucune inflammation; elle débuta chez lui à un âge qui lui aurait permis de s'apercevoir de ce symptôme et de le rapporter s'il eût existé. C'était un grand chasseur; il avait l'habitude d'épaulerà droite, et il s'aperçut que l'œil dece côté devenait myope : il avait alors 29 ans. La myopie alla graduellement en augmentant jusqu'à l'époque où il vint consulter M. Dixon. Celui-ci constata une conicité de la cornée des plus prononcées.

4. V inflammation de la cornée, surtout avec complication strumeuse.

5. Les pleurs en excès. — Il y a alors non-seulement congestion vers l'œil, mais de plus compression du globe oculaire.

M. Hays (3) fait, à l'occasion de cette énumération, une réflexion applicable à toutes les causes déjà citées. C'est qu'il reste à expliquer comment, avec tant de causes dont beaucoup sont si souvent en action, cette maladie est néanmoins aussi rare. T. W.]

Traitement. — Je n'ai jamais vu la conicité de la cornée diminuer à la suite d'aucun moyen , soit interne, soit externe. Le traitement doit

[(I) Operalive Ophlhalmic Surgery, p. 593.] [(2) London Journ.of Med. June, 1850, p. 50a.] [(3) Édition américaine de Lawrence, p. 393.]

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avoir pour objet de prévenir, autant que possible , les progrès de la maladie et de l'empêcher de se développer sur le second œil, lorsque l'un d'eux est affecté. La meilleure méthode d'atteindre ce but consiste à éviter toute occupation qui fatigue trop la vue, à prendre de l'exercice en plein air, à maintenir le ventre libre et à faire usage de toniques, tels que le quinquina.

On s'accorde généralement à reconnaître que l'évacuation de l'humeur aqueuse ne sert à rien. J'ai cependant observé un cas dans lequel la rupture accidentelle de la cornée avait été suivie d'une amélioration considérable. Il s'agit d'une jeune dame qui, plusieurs jours après m'avoir consulté, avait senti tout à coup, en se baissant, une sensation comme si son œil s'était déchiré; la cornée avait présenté immédiatement une apparence laiteuse, qui disparut graduellement, et la forme de la cornée redevint presque naturelle.

La compression , les astringents et tous les autres moyens locaux paraissent avoir échoué contre la conicité de la cornée. M. Desmarres, néanmoins, a quelque confiance dans la compression qui, dit-il, doit être légère, exactement appliquée et continuée pendant longtemps. Immédiatement avant de l'exercer, on la fait précéder de la ponction de la cornée (1).

M. Travers dit que les vésicatoires répétés et les toniques les plus puissants , tels que le fer et l'arsenic , lui ont rendu des services positifs (2). Toutefois, comme il confond évidemment la conicité de la cornée avec Thydropisie oculaire, il est impossible de décider contre laquelle de ces deux affections ces remèdes ont agi favorablement (3) .

Le docteur Pickford recommande les émétiques et les purgatifs ; il pense que l'influence qu'ils exercent sur les nerfs gastriques et autres a pour résultat de rétablir l'action affaiblie des vaisseaux nutritifs et absorbants de la cornée. Il survient, sous l'influence de ce traitement, dit-il, une rétraction lente mais progressive du cône et un rétablissement proportionnel de la vision (4).

[Voici la combinaison que préférait le docteur Pickford : R. zinci sulph. scrup. j ; magnesise sulph. une. ij, primo mane quotidie sumend . Le traitement fut continué, dans un cas, pendant douze mois, au bout desquels le malade fut guéri. Toutefois, le mal revint au bout de dixhuit mois, mais il fut guéri une seconde fois à l'aide des mêmes moyens. M. Cooper a essayé ce traitement chez deux malades, qui ne purent le continuer et déclarèrent, ce que l'on croira sans peine, que le remède était pire que le mal. M. Dixon (5) a vu plusieurs malades

(1) Traité des maladies des yeux, p. 548 ; Paris, 184-7.

(2) Synopsis ofthe Diseases of Ihe Eye, p. 286; London, 1820.

(3) Ibid., p. 124.

(4) Dublin Journal of Ihe Médical Science ; vol. XXIV, p. 587 ; Dublin, 1844. [(a) Guide to the praclical study of Diseases of the Eye ; p. 70 ; London, 1854.]

qui s'étaient soumis à ce traitement sans en avoir retiré le moindre avantage. Dans l'un de ces cas, le traitement avait durécfe ans avec des intervalles. Il s'agissait d'une dame : elle avait une fois pris pendant une année entière, tous les jours, une dose de tartre émétique et de sulfate de magnésie; la vue n'avait éprouvé aucune amélioration, mais en revanche la santé générale était détruite. T. W.]

[M. Sichel a constamment vu une opacité d'ordinaire très limitée, peu profonde et d'une teinte très claire, située au sommet du cône ou sur ses côtés, plus ou moins près du sommet. C'est une petite taie ou cicatrice superficielle blanc bleuâtre ou blanchâtre, peu foncée à son centre et s'effacant peu à peu à sa circonférence, dont l'étendue est variable. Il croit que la saillie de la cornée dépend de son amincissement et de sa distension, et qu'elle se développe toujours à la suite d'une ulcération dont la cicatrice, étant toujours plus mince et moins résistante que les parties saines de la cornée, cède successivement à la projection des humeurs de l'œil et finit par former une protubérance. C'est en se fondant sur cette palhogénie de la cornée conique, que M. Sichel a imaginé une méthode curative rationnelle qui consiste à cautériser méthodiquement la cornée avec le nitrate d'argent sur l'opacité même, dans le double but d'aplatir le staphylôme et de produire une cicatrice ferme, capable de résister dorénavant à la distension. Voici les préceptes posés à l'égard de cette opération par ce praticien consciencieux (1) : 1° On touchera une ou deux fois par jour la tumeur avec un pinceau imbibé de laudanum de Sydenham. 2° Tous les deux ou trois jours, selon la tolérance du malade, on passera légèrement un crayon de nitrate d'argent sur toute l'étendue de l'opacité, ou tout au plus sur le sommet de la tumeur, à l'endroit où l'on reconnaîtrait une légère facette de la cornée, mais pas sur ses côtés. Si l'opacité et la facette manquaient, on toucherait la partie de staphylôme qui, explorée avec un stylet, présenterait le moins de résistance. On essuiera la surface cautérisée avec un linge fin légèrement mouillé et on la couvrira d'un peu de cérat, puis dune compresse d'eau froide. Il faudra continuer ces cautérisations pendant un à deux mois, s'il est nécessaire, et les suspendre de temps à autre pour quatre à huit jours dans les cas où il surviendrait de l'irritation. 5° Si la diminution de la maladie se faisait trop lentement, on pourrait joindre aux moyens indiqués la ponction pratiquée selon les règles établies, et au besoin la compression. T. W.]

Sir David Brewsler dit que l'on peut, jusqu'à un certain point, obvier aux effets fâcheux de cette maladie à l'aide de verres appropriés, et en empêchant que l'image soit formée par les rayons qui auraient traversé quelque portion de la surface de la cornée présentant

[(1) Sichel. Mémoire sur le slaphylôme pellucide conique de la cornée, etc. Bulletin de Thérapeutique, 1842, et Annales d'Oculislique, t. II, supplément, p. 162.]

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des irrégularités, comme celles qu'il a reconnues dans l'observation de M. Wardrop. Des lentilles concaves très profondes rendent les objets beaucoup plus distincts.

La vue du malade s'améliore aussi beaucoup lorsqu'il a les paupières presque fermées; sa vision devient moins confuse lorsqu'il regarde au travers d'un morceau de bois noirci, offrant un trou de la dimension de la pupille. Ce moyen améliore plus la vision qu'aucune espèce de lentille. On peut néanmoins employer ces deux moyens concurremment ; ainsi, l'on peut adapter derrière une lentille très concave un diaphragme mobile attaché par une charnière à l'encadrement de la lunette. Ce diaphragme est percé à son centre d'un trou ou d'une fente étroite. On essaie cet appareil avec la pupille à l'état naturel ou après l'avoir dilatée.

Sir John Herschel se demande si, dans des cas très prononcés d'irrégularité de la cornée, on ne pourrait pas obtenir, au moins temporairement, une amélioration de la vision en appliquant immédiatement sur la surface de l'œil quelque gelée animale transparente contenue dans une capsule de verre sphérique , ou si l'on ne pourrait point mouler l'empreinte exacte de la cornée et la reproduire sur le milieu transparent. Ces moyens lui paraissent mériter d'attirer l'attention.

« Cette opération, dit-il, serait chose délicate, mais (faisant allusion à l'opération de la cataracte par extraction) beaucoup moins, certainement, que d'ouvrir l'oeil vivant à l'aide d'un instrument tranchant et d'en extraire le contenu (1). » Il ne serait point fort difficile de prendre l'empreinte de l'œil et de fabriquer une lentille concave-convexe dont la surface creuse correspondrait à la conicité de la cornée; mais, bien qu'une telle lentille put être appliquée pendant quelques secondes, l'œil ne pourrait pas la supporter assez longtemps pour qu'elle pût rendre des services continus.

Le docteur Iïull (2) rapporte que, dans un des plus mauvais cas qu'il ait jamais rencontrés, le malade se trouva très bien d'un instrument formé de deux lentilles et d'un ajoutement, la lentille objective étant grande et convexe, l'oculaire plus petite et bi-concave; disposition semblable à celle des lunettes d'opéra.

Sir W. Adams, conformément à l'opinion qu'il s'était faite que la forme conique était due, dans cette affection, à un accroissement morbide de la cornée, et que la myopie excessive du malade tenait à l'augmentation de la puissance réfractive qui , conjointement avec celle du cristallin, faisait converger les rayons en un point situé beaucoup au-devant de la rétine, et vu l'impossibilité de faire disparaître cet état de la cornée sans la rendre impropre à la transmission de la

(1) Article Lighl dans Encyclopeedia Melropolitana, p. 589 ; § 559. Consultez plus loin sur le même sujet, un chapitre subséquent, intitulé Réfraction irrégulière.

(2) Cursory Noies on the Morbid Eye, p. 57 ; London, 1840.

lumière, pensa qu'on pourrait rétablir suffisamment la vision en faisant disparaître le cristallin. Son opinion fut confirmée par le fait d'une femme de 70 ans, affectée de conicité de la cornée et de cataractes, et qui vint réclamer ses soins. Il l'opéra avec succès de ses cataractes et eut la satisfaction de constater que sa malade voyait beaucoup mieux sans verre convexe que ne le font les malades qui ont subi l'opération de la cataracte.

Le résultat obtenu par lui dans ce cas le détermina à tenter ultérieurement le déplacement du cristallin, comme remède contre la cécité produite par la conicité de la cornée. Il rencontra l'année suivante un cas favorable dont voici la relation :

Obs. 438. — Une jeune femme dont la vue avait graduellement baissé pendant l'espace de six années, se trouva au bout de ce temps hors d'état de voir suffisamment pour continuer à servir. La cornée de chaque œil avait pris la forme conique et une petite opacité existait au sommet de chaque cône, mais les cristallins étaient parfaitement transparents. Elle pouvait se promener sans guide et voyait suffisamment, à la distance de trois ou quatre pieds, pour éviter de se jeter sur les gens ; mais elle ne pouvait plus lire ni distinguer les petits objets, quelque rapprochés qu'ils fussent. Sir William opéra l'un des yeux par division. La malade retourna à la campagne avant que les effets de l'opération pussent se montrer, et Sir William ne la revit que douze mois après; il eut alors la satisfaction de constater qu'elle distinguait les petits objets et pouvait lire sans lunettes le plus petit texte, et en tenant le livre à la distance ordinaire de 40 à l'i pouces. Les lunettes à cataractes qu'on emploie d'ordinaire pour regarder les objets rapprochés, et qui ont deux pouces et demi de foyer, lui rendaient la vue confuse comme avant la destruction du cristallin ; tandis qu'avec celles de 9 à 10 pouces de foyer, elle distinguait un peu mieux les petits objets. Quant aux objets éloignés, elle les voyait beaucoup mieux sans aucune espèce de lunettes.

M. Tyrrell a essayé l'effet que produirait le déplacement de la pupille amenée du centre de la cornée, point le plus déformé, vers sa circonférence où elle l'est le moins. Il exécutait cette opération en ouvrant la cornée près de sa circonférence, puis, introduisant son crocbet mousse à l'aide duquel il saisissaitle bord pupillaire de l'iris, il l'attirait au dehors où il le laissait à l'état de prolapsus, ou bien le retranchait d'un coup de ciseaux. Il ne survint jamais de conséquences fâcheuses à la suite de l'opération, et il obtint dans deux cas sur sept ou huit une amélioration marquée (1).

[M. White Cooper a retrouvé plus tard trois des malades opérés par M. Tyrrell : chez l'un d'eux la vision était bonne, l'autre avait fini par n'obtenir aucun bénéfice, et chez le troisième l'œil avait été détruit par une inflammation. M. Haynes Walton a vu deux malades opérés par Tyrrell, après la publication de son livre : ni l'un ni l'autre n'en avaient retiré d'amélioration, la confusion de la vue avait plutôt augmenté. Lui-même a eu recours plusieurs fois à celte opération, mais il n'en a retiré aucun avantage (2).

(1) Practical Work on (lie Diseascs of the Eye ; vol. I, p. 277 ; London, 1840. [(2) Ophtlialinic Operative Surgery, p. 596. London, 1855.]

M. Wilde, dans son Report on theProgress of Ophlhalmic Surgery, dit: « La seule fois que nous ayons obtenu une amélioration permanente, c'est dans un cas où nous avons pratiqué une pupille artificielle, ainsi que le recommandait feu M. Tyrrell. La malade était une dame qui pouvait à peine se conduire dans la rue. Elle avait consulté les principaux oculistes de ce pays et subi plusieurs traitements actifs. Elle avait, entre autres, été traitée par feu M. Wardrop, qui lui avait plusieurs fois ponctionné la cornée. Pendant l'été de 1842, assisté par M. Cusack, je lui pratiquai une pupille artificielle à l'œil droit, non, ainsi que le recommandait M. Tyrrel, en excisant une portion de l'iris , mais en attirant le bord pupillaire à travers une incision pratiquée à la cornée tout contre son insertion à la sclérotique. Cette dame lit maintenant très bien en tenant son livre en face de son œil droit. »

MM. Butter de Plymouth, Barton de Didsbury, et feu Walker de Manchester, ont communiqué à M. Cooper les résultats de leur expérience: elle est beaucoup moins favorable à cette opération. M. Cooper l'a pratiquée dans trois cas : dans l'un il y a eu de l'amélioration ; dans l'autre également, mais elle fut très légère ; et dans le troisième, ni le déplacement de la pupille, ni le déplacement du cristallin auquel on eut ensuite recours, ne rétablirent la vue du malade. T. W.]

M. Walker recommande d'essayer d'abord le déplacement de la pupille, que nous venons de décrire, et si l'amélioration obtenue n'est pas suffisante, d'extraire ou de broyer le cristallin. Il rapporte une observation dans laquelle l'extraction , précédée du déplacement de la pupille, fut suivie, sur un œil, d'un résultat satisfaisant; la cornée perdit sa forme conique et le malade put lire le petit texte à la distance ordinaire. La même opération ayant été tentée sur l'autre œil, celui-ci fut détruit par une ophthalmitis (1).

MM. Lawrence et Walton condamnent fortement l'emploi de toute opération contre la conicité de la cornée; quant à moi, c'est un moyen de traitement auquel je n'ai jamais eu recours (2).

[L'un de nous, M. Warlomont, a le premier exprimé la pensée que le procédé de Quadri pour l'opération du staphylôme partiel et opaque de la cornée pourrait être utilement appliqué au staphylôme transparent, affection où la déformation du miroir est le principal obstacle à l'accomplissement de la vision. L'excision d'un lambeau bien mesuré, rendant à l'œil son degré normal de convexité, lui permettrait de reprendre ses fonctions.

Quel serait dans ce cas le lieu d'élection pour le lambeau à exciser?

(1) Oculisl'sVade-Mecura,p. 145; London, 1845.

(2) Consultez sur la conicité de la cornée : Sichel, Annales d"Oculislique, 2e vol. supplément, p. 125 ; Bruxelles, 1845 : Lhommeau, Ibid., p. 168 : W. White Cooper , London Journal of Medicine, vol. II, p. 407 ; London, 1850.

A la partie inférieure, on aura toujours à craindre le développement d'une cicatrice capable d'intercepter une partie des rayons lumineux ; à la partie supérieure, si par aventure l'iris, s'introduisant dans la plaie, tiraillait la pupille, celle-ci gagnerait le dessous de la paupière supérieure, ce qui ne serait pas sans inconvénient. Nous préférerions donc, avec raison nous semble-t-il, pratiquer l'excision au côté externe (nous ne parlons pas de l'interne à cause de la difficulté d'exécution), parce que là, la présence cle la cicatrice et le tiraillement de la pupille auraient des inconvénients relativement beaucoup moindres (1).

M. Van Roosbroeck a mis cette idée à exécution sur un homme de 40 ans, des environs de Renaix, atteint de conicité de la cornée droite, sans la moindre trace d'opacité au centre de cette dernière, donnant lieu à un degré de myopie tel, qu'il n'y voyait qu'à la distance de deux pouces, et encore pas assez pour pouvoir distinguer les objets. Le 14 avril 185G, M. Van Roosbroeck a excisé un lambeau, large d'une demi-ligne environ , aux dépens du segment supérieur de la cornée et en suivant les indications prescrites par M. Quadri pour le staphylôme opaque. Il n'y a eu d'accidents ni pendant, ni après Topération et, au bout de dix jours, la cicatrisation était parfaite. Le résultat immédiat de cette première excision, s'il n'a pas été complet, a au moins été tel, au dire du malade, que s'il gagnait encore autant qu'elle lui avait déjà l'ait gagner, il verrait aussi bien de cet œil que de l'autre. A la suite d'une nouvelle excision, pratiquée quelques mois après, à la partie inférieure de la cornée, l'amélioration survenue a été telle que le malade voit aujourd'hui presque aussi bien de cet œil que de l'autre. 11 ne reste pour toute trace des deux opérations qu'une cicatrice à la partie supérieure et une autre à la partie inférieure de la cornée , ressemblant à l'arc sénile et qui ne gène en rien l'exercice de la vision.

Le résultat de celle tentative nous permet de ne point partager l'avis de M. Hays, qui considère celle opération comme « extravagante, aussi longtemps qu'il ne sera pas démontré que l'on peut, faire subir à la cornée des pertes de substance sans avoir à en craindre des cicatrices opaques ou des hernies de l'iris (2). » A ces conditions, l'extraction de la cataracte serait bien plus extravagante encore. Le principal est de choisir le lieu où ces cicatrices et ces hernies iriennes auront le moins d'inconvénients, et c'est ce que nous avons essayé d'indiquer plus haut. On peut voir, d'ailleurs, par l'observation que nous venons de rapporte)', que ces cicatrices, fussentelles même à la parlie inférieure de la cornée, peuvent ne pas être un obstacle sérieux à la vision. T. \V.]

[(I) Annules d'OctilUliqtie, I. XXXIV, p. 18-19.] [(2) Hays. Édition américaine de Lawrence, p. 39i .]

SECTION II

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