IRITIS IDIOPATHIQUE OU RHUMATISMALE
Si Ton n'arrête point la maladie, la pupille perd sa forme circulaire et devient irrégulière, quelquefois presque triangulaire, en même temps qu'elle prend un aspect grisâtre. Lorsqu'on examine l'état des parties à l'aide d'un verre grossissant d'un court foyer, ou simplement en concentrant sur la pupille les rayons lumineux au moyen d'une lentille bi-convexe, on reconnaît que cet aspect grisâtre est dû à un mince flocon de lymphe coagulable. Les saillies ou dentelures que présente le bord pupillaire de l'iris devenu irrégulier semblent partir de ce flocon, et plus tard on trouve fréquemment des adhérences en ces points entre l'iris et la capsule. C'est à cause de ces adhérences partielles que le malade, qui jusqu'alors avait une vision partout également confuse, se trouve ne plus pouvoir distinguer qu'un côté ou qu'une partie d'un objet. Pendant un certain temps, il peut n'y avoir qu'une ou deux brides qui déterminent l'adhérence; de sorte que le reste de la pupille étant libre, lorsqu'on applique la belladone, cette ouverture prend une forme très irrégulière. (Fig. 1.) Un de mes malades avait cinq brides, de sorte que la pupille avait la forme d'une feuille de chêne. Plusieurs de ces brides, ou la totalité d'entre elles, peuvent se rompre sous l'influence Fis- lde la belladone, surtout lorsqu'on applique celle-ci sur la conjonctive et que l'on en favorise l'action par l'emploi de u.;'i la saignée et du mercure. La fig. 2 représente une des deux brides de la fig. i, qui s'est déchirée. Après que ces brides ont ainsi cédé, on découvre parfois de petits lg' points blanchâtres dans le lieu où existaient les adhérences.
Si la maladie continue sa marche, l'épanchement de lymphe dans la pupille augmente. Il a également lieu derrière l'iris, de sorte qu'il se forme des adhérences entre l'u\ée et la capsule du cristallin. La lymphe s'organise, et l'on voit des vaisseaux s'y porter en parlant de l'iris.
Dans les cas négligés, la pupille reste souvent fortement contractée, bridée et anguleuse ; l'iris est verdâtre ou ardoisé, privé de l'aspect strié et du lustre qui lui sont naturels. Le cristallin devient quelquefois opaque et se désorganise.
Pendantce temps, la photophobie qui existait au début de la maladie diminue ; et, tant à cause de la part que la rétine prend à l'affection que par suite de l'état de la pupille, la vision diminue graduellement, et finit par ne plus consister que dans la simple perception de la lumière. Assez souvent, le malade se plaint d'éprouver la sensation d'une tache noire, semblable à une mouche, ou de plusieurs points noirs ou troubles, qui se trouveraient comme placés à une certaine distance devant son œil et intercepteraient partiellement la vue des objets.
A mesure que la maladie marche, la cornée perd quelque chose de son brillant particulier, et il s'opère quelquefois des changements
emarquables sur la surface antérieure de l'iris. De petits dépôts de ymphe s'y forment ; d'autres fois, la lymphe paraît se déposer dans a substance de l'iris , car, en même temps qu'il fait saillie en avant vers la cornée, ses fibres se rassemblent en faisceaux, ce qui donne à oette membrane un aspect plissé tout particulier. Dans quelques cas très rares, on voit se former sur la face antérieure de l'iris, le plus souvent à l'union de son grand et de son petit cercle, une ou plusieurs élévations d'un jaune rougeàtre, d'abord petites, puis plus volumineuses, faisant saillie vers la cornée, et qui ne sont autre chose que des kystes contenant du pus, qui, venant à s'épancher dans la chambre intérieure, donne naissance à un faux hypopion. Quelquefois, en même temps, un peu de sang s'épanche dans la chambre antérieure.
Telle est la marche générale d'une iritis rhumatismale négligée. Sans doute cette affection peut offrir des degrés variés d'intensité ; les suites aussi, telles que nous les avons exposées dans la section précédente, en sont diverses et entravent plus ou moins la vision. L'inflammation finit enfin par s'arrêter, même lorsque l'on n'emploie aucune espèce de remèdes ; mais en pareil cas la vision est presque toujours détruite.
Symptômes constitutionnels. — Comme la sclérotite rhumatismale, l'iritis rhumatismale peut attaquer un individu qui n'a jamais étéatteint de rhumatisme dans aucune autre partie du corps. Assez souvent, elle survient chez des sujets qui ont longtemps souffert de rhumatisme, bien que l'iritis soit dans tous les cas, si je m'en rapporte à ce que j'ai vu, provoquée par une nouvelle exposition au froid ou par quelque autre cause semblable, mais jamais par une métastase. Dans l'iritis rhumatismale, le malade est altéré ; il a la langue blanche et le pouls accéléré, souvent de la constipation, et parfois des dispositions aux nausées.
Causes. — Ce sont les mêmes que celles que nous avons déjà énumérées à l'occasion de l'ophthalmie rhumatismale. Quelques malades en proie au vice rhumatismal souffrent chaque année d'une ou plusieurs attaques de cette maladie, dont chacune laisse l'œil dans un état plus fâcheux qu'auparavant, jusqu'à ce qu'enfin la vision soit complètement détruite.
L'iritis survient fréquemment pendant ou après l'usage du mercure, parce que ce médicament prédispose fortement tout le corps à céder à l'influence des causes qui déterminent l'inflammation rhumatismale. J'ai vu cette maladie déterminée par la lecture prolongée chez une personne qu'un rhume avait obligée de garder la chambre pendant plusieurs jours. On l'a vue aussi causée par l'irritation déterminée par une dent gâtée, irritation transmise au cerveau par le nerf de la cinquième paire, et de là par action réflexe à l'œil.
Traitement. — 1. Saignée. — L'intensité de la fièvre qui accompagne