‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 5 sur 147 · R1T1S 1DI0PATHIQUE OU RHUMATISMALE · texte numérisé non relu

R1T1S 1DI0PATHIQUE OU RHUMATISMALE

l'iritis rhumatismale indique à quelle espèce de saignée il faut recourir et jusqu'à quel point on doit la porter. La saignée du bras, répétée, est presque toujours nécessaire, et doit être suivie de l'application de nombreuses sangsues autour de l'œil.

2. Mercure.- — A peine la bouche est-elle prise par l'usage du mercure, que l'on observe une diminution des plus marquées des symptômes. Dans les cas aigus, on peut administrer toutes les heures deux grains de calomel et un tiers de grain d'opium ; les doses seront moins rapprochées dans les cas chroniques, et l'on prendra garde que la bouche ne se prenne trop tôt.

Il n'en est pas moins vrai que si le malade ne s'attache pas à éviter soigneusement l'action du froid , le traitement mercuriel lui sera souvent très nuisible. Il doit donc abandonner ses occupations, rester confiné chez lui, et, si le cas est grave, garder le lit. Sans cela, il est exposé à voir la maladie se reproduire avec un redoublement d'intensité, sous l'influence des causes les plus légères, telles qu'un changement de coiffure, par exemple, ou le passage d'un appartement à un autre, etc. Reste à savoir si, lorsque le malade est pauvre, mal logé et incomplètement vêtu, on doit lui prescrire le mercure, à moins qu'il ne puisse être admis dans un hôpital. Si l'on s'en abstient, on est presque sûr que l'œil sera perdu ; si on le prescrit, on compromet la santé générale du sujet. L'accès de la lumière doit être diminué dans la chambre du malade qui, en hiver, doit être modérément chauffée.

3. h'iodure de potassium à la dose de k à 5 grains trois fois par jour, peut être prescrit lorsque quelque cause oblige à interrompre l'usage du mercure.

4-. La térébenthine, employée comme l'a conseillé M. Carmichael dans l'iritis syphilitique, peut être essayée ici avec quelque chance de succès.

5. Le repos, et un régime antiphlogistique sévère doivent être prescrits. Le malade renoncera à toute nourriture animale et aux liqueurs fermentées.

6. Opiacés. — Lorsque nous donnons le calomel, nous le combinons à l'opium. Si l'on s'abstient du mercure, il faut prescrire chaque soir un opiacé puissant pour calmer la douleur. On doit aussi frictionner la tête avec du laudanum chaud, ou de l'onguent mercuriel contenant de l'opium. Si ce moyen, ainsi que l'opium administré à l'intérieur, ne réussit point à prévenir l'attaque de douleur nocturne dont le siège est dans l'œil et autour de l'orbite, on peut obtenir un soulagement considérable en fomentant les paupières et les parties a voisinantes avec des flanelles trempées dans une décoction chaude de tètes de pavots, ou de feuilles de belladone, en ayant soin de sécher soigneusement les parties dès que l'on cesse les fomentations, et de les couvrir avec une compresse de linge préalablement chauffée.

7. Purgatifs. — On prescrira chaque matin une quantité suffisante d'huile de ricin ou de sulfate de magnésie pour maintenir le ventre libre.

8. Diurétiques. — De petites doses de nitre et de crème de tartre, administrées toutes les deux ou trois heures, sont utiles.

9. Les diaphorétiques peuvent être utiles, mais ils sont passibles des mêmes objections que le mercure. Si le malade ne peut se garantir efficacement contre le froid, il faut y renoncer.

10. Le quinquina est sans contredit un remède d'une grande utilité dans le traitement de l'iritis rhumatismale. Je suis cependant tout aussi opposé à l'idée de son emploi exclusif qu'à celle de s'en fier entièrement aux propriétés antiphlogistiques du mercure et à sa faculté de provoquer la résorption, à l'exclusion de la saignée et des autres moyens déplétifs. Dans une inflammation d'une nature aussi dangereuse que l'iritis, on doit savoir se servir de tous les remèdes, et ne jamais se laisser entraîner à une pratique mauvaise sous prétexte de simplicité.

11. Les vésicatoires derrière l'oreille , à la tempe et à la nuque, rendent plus de services clans l'iritis rhumatismale que dans toute autre espèce d'iritis. Lorsque l'on veut obtenir une révulsion plus modérée, on peut mélanger partie égale de teinture de cantharides au laudanum avec lequel on pratique des frictions sur la tête, lorsque les menaces de douleur nocturne se font sentir.

12. La belladone doit être largement appliquée matin et soir sur les paupières et le sourcil. Habituellement, elle ne produit que peu d'effet apparent tant que l'inflammation n'a point été considérablement amoindrie parla saignée et le calomel. On s'en sert souvent pendant huit jours et plus sans en obtenir une dilatation marquée de la pupille. Lorsqu'à la suite d'une nouvelle émission sanguine, ou d'un commencement d'irritation des gencives, la dilation de la pupille survient brusquement , elle est toujours d'un favorable augure.

15. Le vin d'opium est utile au déclin de la maladie. Toute application faite directement sur l'œil lui-même sous forme de collyre ou de pommade, est plus qu'inutile dans la période aiguë.

Prophylaxie. — Les personnes sujettes à l'iritis rhumatismale doivent éviter soigneusement toutes les causes qui peuvent la produire, et particulièrement les transitions brusques du chaud au froid, les exercices violents, les assemblées nombreuses, les veilles prolongées, les jeux de cartes, la lecture ou l'écriture trop prolongées, les excès dans le boire et le manger, etc. Les bains de mer, l'été, préviennent quelquefois les récidives. J'ai vu employer avec succès dans le même but la salsepareille pendant un long espace de temps. L'habitation d'un climat méridional pendant l'hiver peut garantir un malade de l'attaque à laquelle il est habituellement exposé.

IRITIS SYPHILITIQUE. M

SECTION XXIII

IRITIS SYPHILITIQUE.

Fig. Béer, taf. II, fig. i. Dalrymple, pi. XVIII, flg. 5 et C ; pi. XIX, fig. I. Siebel, pi. XI, lig. 6 ; pi. XIII, fig. 2, -tel 6.

Comme les autres affections syphilitiques secondaires, l'ophthalmie syphilitique offre à son début une marche insidieuse; mais, au bout d'un certain temps, son intensité s'accroît rapidement et cause les ravages les plus profonds. Si on l'abandonne à elle-même, elle désorganise presque tous les tissus de l'oeil, à commencer par l'iris, puis de là étend son influence destructive à la choroïde et à la rétine, à l'humeur vitrée, et même à la cornée et à la sclérotique.

Symptômes locaux. — Les symptômes caractéristiques del'iritis, tels que nous les avons énumérés (page 2 et suiv.), sont en général bien marqués dans l'iritis syphilitique ; mais il importe de remarquer qu'ils sont quelquefois très peu prononcés au début. Cette affection diffère, à cet égard, de l'iritis rhumatismale qui, par suite des symptômes extérieurs dans lesquels elle se manifeste et de l'action soudaine de la cause qui y donne naissance, est généralement caractérisée tout d'abord par des symptômes qu'on ne peut guère laisser passer inaperçus ou méconnaître. De plus, dans l'iritis syphilitique, la rougeur est quelquefois pendant longtemps éparpillée, et plutôt fasciculaire que zonulaire; les changements dans l'aspect de l'iris et de la pupille sont aussi très légers. Ceci démontre la nécessité qu'il y a d'examiner clans les cas suspects, peut-être devrais-je dire dans tous les cas d'iritis, l'état de la gorge et de la peau du malade avec le plus grand soin, et de s'enquérir de l'état antérieur de sa santé. Lorsque l'iritis est syphilitique, on trouve presque toujours les restes d'une éruption syphilitique, ou des ulcérations dans la gorge; assez souvent même cette ophthalmie coexiste avec des symptômes secondaires à l'état aigu dans divers tissus de l'économie; quelquefois, bien que rarement, avec des symptômes primitifs : dans tous les cas, l'histoire de la santé antérieure du malade aidera à prévenir les conséquences les plus désastreuses.

Il est inutile de donner ici de nouveau la description de la rougeur zonulaire, du changement de coloration de l'iris, de la contraction, de l'irrégularité et de l'immobilité de la pupille, de l'épanchement de lymphe plastique, et des autres symptômes généraux de l'iritis, car ils sont les mêmes dans l'iritis syphilitique. Aucun de ces symptômes, ni l'obscurcissement de la vision, ni la douleur qui les accompagne, ne peut fournir de signe différentiel, bien que quelques auteurs se soient imaginés y avoir découvert des particularités qui permettraient

d'asseoir le diagnostic. On a signalé, parmi les signes diagnostiques de cette iritis, les aspects les plus divers, ce qui démontre suffisamment que, pour la distinguer de l'iritis rhumatismale, il faut s'appuyer sur autre chose que sur les différences que l'on peut observer dans les symptômes communs de la maladie. J'en excepterai peut-être la coloration jaunâtre ou rouillée de l'iris près de son bord pupillaire, qui s'observe certainement dans beaucoup de cas syphilitiques, et dans ceux-là presque exclusivement.

Béera décrit deux particularités caractéristiques de l'iritis syphilitique : le déplacement de la pupille, et des condylomes prenant naissance sur l'iris.

Le premier de ces symptômes consiste dans un mouvement graduel de la pupille qui se porte en haut et en dedans ; de sorte qu'au lieu d'être située au centre de l'iris comme à l'état normal, elle se trouve placée beaucoup plus près du bord supérieur et interne de cette membrane. J'ai observé ce déplacement dans l'iritis chronique rhumatismale, et encore plus fréquemment dans la sclérotite scrofuleuse non accompagnée d'iritis. Je ne peux donc pas le considérer comme un signe diagnostique de la forme d'iritis qui nous occupe. Qu'on l'observe quelquefois dans cette affection, c'est ce que je ne mets point en doute ; mais je pense que c'est non un symptôme d'iritis, mais bien plutôt celui d'une affection des nerfs ciliaires ou irions.

Quant aux condylomes décrits par Béer comme caractéristiques de cette maladie, ce sont réellement de petits tubercules, des pustules ou de petits abcès, qu'on ne rencontre que très rarement dans les cas qui ne sont pas syphilitiques, et qui sont généralement accompagnés ou précédés d'une éruption syphilitique sur le reste du corps. Lorsqu'ils commencent à se montrer, ils sont d'une couleur brune-rougeàtre;leur surface, qui est un peu irrégulière, paraît recouverte d'une quantité innombrable de petits vaisseaux rouges lorsqu'on l'examine à travers une forte lentille. Plus tard, ils prennent une teinte jaunâtre, font saillie à la surface de l'iris, et s'accroissent quelquefois au point de toucher presque la coroée. Le docteur Monteath supposait qu'ils se formaient quelquefois derrière l'iris, le refoulaient en avant et se frayaient un passage à travers ses fibres. A la fin, ils se rompent et laissent échapper dans la chambre antérieure le pus qu'ils contiennent; puis le kyste se contracte. Mais comme la portion correspondante du bord de la pupille adhère presque toujours à la capsule, à mesure que la rétraction du kyste s'opère, le bord ciliaire de l'iris est sujet à se séparer de la choroïde, ou bien ses fibres sont déchirées ou absorbées ; de sorte que l'uvée apparaît à la vue avec sa couleur noire, ou qu'il se forme dans l'iris une ouverture qui ne se ferme plus jamais complètement.

Les tubercules peuvent se former sur tous les points de l'iris, contre

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la pupille, près du bord ciliaire , ou dans l'espace intermédiaire à ces deux points. Lorsqu'ils sont situés près du bord ciliaire , ils disparaissent quelquefois de la chambre antérieure, soulèvent la choroïde et la sclérotique derrière la cornée, et se rompent à l'extérieur. Je n'ai jamais observé cette terminaison; mais j'ai vu plus d'une fois cette maladie combinée avec une tuméfaction d'un rouge sombre, ressemblant un peu à un phlegmon, derrière la circonférence de la cornée, et se terminant par l'amincissement de la sclérotique et la saillie de la choroïde.

Quant à la question de savoir si ces tubercules ne se développent que dans les cas syphilitiques, je dois dire que j'ai vu un petit kyste jaune se former sur la surface de l'iris dans un cas d'iritis rhumatismale; mais c'est là un fait rare (1). L'existence de tubercules doit donc faire naître de suite la pensée qu'il s'agit d'une iritis syphilitique.

Si l'on néglige cette maladie , non-seulement la pupille se ferme promptement et se soude à la capsule par l'intermédiaire de la lymphe épanchée , mais l'aspect de l'iris éprouve encore des changements remarquables et beaucoup plus prononcés que dans toute autre espèce d'iritis. La cornée elle-même se trouble et présente de petits points bruns. La chambre antérieure diminue d'étendue parce que l'iris est poussé en avant et que la cornée elle-même voit son diamètre diminuer. La sclérotique, la choroïde, la rétine, participent à l'inflammation, la rétine devenant insensible à la lumière, et la choroïde faisant çà et là une saillie d'un bleu foncé à travers la sclérotique amincie. Un malade du Glasgow Eye Infirmary , convalescent, fut plusieurs semaines sans se faire voir ; lorsqu'il revint, son œil droit offrait autour du côté temporal de la cornée un staphylôme de la choroïde étendu et proéminent; la circonférence de la pupille était attirée en arrière, et la surface de l'iris jaunâtre. L'œil, en cet état, jouissait encore d'une vision passable.

L'iritis syphilitique existe à des degrés très divers, et ses suites présentent aussi beaucoup de variétés. Quelquefois le diamètre de la pupille est doublé, le centre restant noir, tandis que sa circonférence est entourée de tubercules. Le malade ne voit que peu ou pas du tout, en pareil cas , à raison de l'état de la rétine ; néanmoins, l'œil peut alors se rétablir complètement par suite d'un traitement approprié. Lorsqu'elle n'est point combattue de bonne heure par le mercure, la maladie se termine par l'occlusion de la pupille, l'oblitération des chambres antérieure et postérieure, et l'atrophie du globe de l'œil.

Contrairement à ce qui se voit dans l'iritis rhumatismale négligée,

(I) L'apparition d'un pareil kyste dans l'iritis rhumatismale doit être considérée comme tout à fait anormale. J'indiquerai ici uneparticularilé qui a quelque analogie avec celle-ci et que j'ai rencontrée une fois dans l'iritis rhumatismale. Je veux parler de l'apparition de vaisseaux rouges sur loule la surface de l'iris. La maladie avait trois semaines de durée, et cependant aucun épancliement de lymphe n'avait encore eu lieu.

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l'inflammation, dans l'iritis syphilitique, ne s'use point d'elle-même, et ne se termine point simplement par la perte de la vision, due à l'occlusion de la pupille; mais elle s'étend d'un tissu de l'œil à un autre, jusqu'à ce que la totalité de l'organe soit englobée dans un processus désorganisateur qui laisse à peine des traces de la structure normale des parties.

Dans les cas extrêmes , le cristallin et le corps vitré désorganisés se convertissent en une masse pultacée qu'on peut voir, à la fin, saillir sous forme de points blanchâtres, à travers la choroïde et la sclérotique. Quand la maladie en est arrivée à ce point, il est impossible que l'œil se rétablisse et qu'il conserve sa forme normale. La ponction de l'œil, en pareil cas, n'apporte qu'un faible soulagement aux souffrances qu'endure le malade ; ce n'est point une collection de pus qui donne à l'organe l'aspect que nous venons de décrire, et il ne s'écoule rien lorsqu'on plonge la lancette à travers la coque oculaire. Si l'on administre alors le mercure de manière à agir sur tout le système, l'œil s'affaisse et se réduit à un petit volume; mais si l'on n'a point recours à ce médicament , qu'on l'administre à trop faible dose , ou que l'on en cesse trop tôt l'usage, la sclérotique peut se rompre et livrer passage à une excroissance fongueuse. A la fin, la violence des douleurs dans l'œil et la tête , l'inefficacité des opiacés , la fièvre et la débilité qu'elle entraine, et la difformité qu'occasionne l'œil désorganisé, obligent à en pratiquer l'extirpation.

Dans beaucoup de cas d'iritis syphilitique, le traitement a pour effet de faire complètement disparaître les symptômes objectifs de la maladie; mais la rétine tombe dans un état d'insensibilité plus ou moins complète.

L'intensité de la douleur varie beaucoup dans cette maladie. En général, elle est considérable dans l'œil et autour de l'orbite, s'accompagne de larmoiement et de photophobie, et, comme les douleurs syphilitiques des os, s'aggrave beaucoup pendant la nuit.

Symptômes généraux. — ■ Cette affection est le plus souvent accompagnée de manifestations évidentes de cachexie syphilitique. Le pouls est vite , les forces diminuées , l'appétit perdu , le teint pâle et maladif, et la peau recouverte, surtout la nuit, d'une transpiration visqueuse. Si l'iritis syphilitique a été négligée pendant longtemps , et si elle a été accompagnée de douleurs nocturnes intenses, le malade est émacié et fort affaibli. Les symptômes locaux de syphilis secondaire avec lesquels j'ai vu le plus souvent l'iritis syphilitique associée, sont des éruptions pustuleuses, papuleuses ou squameuses, sur la face ou le reste du corps , et ensuite les ulcères de la gorge. Les pustules de la face que j'ai observées en pareil cas étaient souvent d'un rouge livide, sombre, volumineuses, dures, et situées si profondément clans la peau qu'elles méritaient presque le nom de tubercules. Les érup-

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lions squameuses de la face se sont parfois rapprochées de la forme aréolaire de la lèpre. Sur le reste du corps, l'éruption a revêtu, en général, une forme plus aiguë; l'aspect a été celui de points circulaires nombreux élevés au-dessus du niveau de la peau, d'une teinte rouge-brune, de la dimension de la moitié d'un pois, et se terminant par la desquamation de minces pellicules épidermiques successives, laissant des taches d'un rouge cuivré, au-dessous desquelles manque le corps muqueux (rete mucosum); de sorte que, en y passant le doigt, on sent une dépression qui persiste pendant toute la vie.

Chez les enfants. — L'iritis est assez souvent la conséquence de la syphilis congénitale et constitue quelquefois le premier symptôme qu'on en observe. Outre la rougeur zonulaire et le changement de coloration de l'iris, on voit assez souvent, en pareil cas, la capsule du cristallin devenir complètement rouge. Au bout d'un certain temps, la pupille se ferme, la chambre antérieure se remplit de pus, et la cornée devient opaque. L'éruption cuivrée habituelle se montre sur tout le corps. L'enfant peut avoir reçu la maladie du père sans que la mère ait éprouvé aucun symptôme syphilitique.

[Un cas bien prononcé d'iritis syphilitique sur un enfant de k mois, s'est présenté au London Ophthalmic Hospilal. Indépendamment de ce cas, M. Dixon en a observé un autre sur un enfant de trois mois, chez lequel il ne manquait que l'aveu de la mère pour établir d'une manière positive la nature spécifique de l'affection. Voici ces deux observations (1).

Obs. 388. — W.F.J., âgé de 4 mois, fut apporté à l'hôpital le 19 février 1852. C'est un enfant bien venant, vif, prenant bien le sein, et ayant, au rapport de sa mère, toujours été tel depuis sa naissance. Il y a huit jours, elle a remarqué que la sclérotique de l'œil droit devenait rouge strié et que l'enfant semblait fuir la lumière. Ces deux symptômes s'étaient dissipés lorsque je le vis, et l'absence de rougeur de la sclérotique contrastait avec l'étendue de l'épanchement flbrineùx qui se montrait dans la chambre antérieure. La cornée était transparente ; la moitié supérieure de l'iris, de couleur grise, ne présentait aucune altéralion de structure ; la moitié inférieure était complètement cachée par le dépôt d'une masse irrégulière, d'une teinte jaune de Naples pale, qui arrivait jusqu'au contact de In cornée et remplissait complètement la chambre antérieure jusqu'au niveau du centre de la pupille; celle-ci, plutôt dilatée que contractée, était déformée, insensible à la lumière, et une pellicule d'une substance semi-fluide, qui empiétait sur la capsule, en rendait le contour peu distinct. A cette époque, rien ne nous indiquait l'existence de la syphilis chez la mère ou l'enfant ; l'absence de rougeur sur la sclérotique et la conjonctive me porta à considérer le dépôt de la chambre antérieure comme étant de nature scrofuleuse. L'état des intestins paraissait satisfaisant ; on se borna à prescrire, lors de cette première visite, cinq gouttes de liqueur de quinquina de Baltley , répétées deux fois par jour, et des fomentations sur l'œil en cas d'irritation et de rougeur.

23 février. L'œil est pis aujourd'hui ; la partie supérieure de l'iris qui paraissait saine a pris une teinte sale; on ne la voit qu'à travers une humeur aqueuse trouble et comme contenant de la fibrine récemment épanchée, ce qui rend la forme de la pupille presque impossible à reconnaître; la pupille gauche est devenue aussi un peu irrégulière, et l'humeur aqueuse a pris, quoiqu'il un moindre degré, la teinte trouble si remarquable de

[(I) Annales d'Oculistique, 1853; t. XXIX, p. 122, et Guide lo Ihe Praclical Study of Diseases of ihe Eye, by James Dixon, p. 145 et suiv. London, 1855. ]

celle du côlé opposé; néanmoins, il y a à peine de la rougeur sur l'une ou l'autre sclérotique. Cette fois, la mère, qui est une jeune femme jouissant à présent d'une excellente santé, me raconte que six semaines avant qu'elle devînt enceinte de cet enfant, son mari lui avait communiqué la maladie vénérienne. Elle a eu des ulcères avec gonflement des glandes de l'aîne. Elle a suivi, pendant cinq semaines, la consultation externe d'un hôpital , et vers cette époque, il lui est survenu une éruption de boutons à la face etaux bras. Les ulcères et les boutons ont cédé à un traitement mercuriel modéré. Elle affirme n'avoir point eu de mal à la gorge; on n'aperçoit, en effet, aucune cicatrice sur les amygdales ou le voile du palais. Son enfant, un mois après sa naissance, a eu tout le corps couvert d'une éruption rouge, sombre et humide. Un médecin consulté administra à l'enfant des poudres (probablement le mercure à la chaux), et cinq semaines après, l'éruption disparut, et une grandedesquamation de l'épiderme se produisit. La tendance à l'augmentation du dépôt dans l'œil droit, l'extension de la maladie à l'œil gauche, jointes aux renseignements que nous avions oblenusdelamère, prouvaient qu'il n'y avaitpas de temps à perdre pour administrer le mercure. En conséquence, on prescrit un grain de mercure à la chaux, à prendre matin et soir; continuation de la liqueur au quinquina.— 26. Pas d'augmentation delà maladie dans l'œil gauche; s'il y a quelque chose à noter, c'est plutôt un peu moins de trouble de l'humeur aqueuse : dans l'œil droit, le dépôt jaune ne forme plus une masse agglomérée à la partie inférieure de la chambre antérieure ; il paraît s'amollir et se dissoudre dans l'humeur aqueuse, de telle sorte qu'on peut à peine distinguer la position de la pupille à travers ce milieu rendu trouble. La santé de l'enfant est toujours bonne et il tette bien. — 1er mars. Moins de dépôt dans la chambre antérieure droite; la grande circonférence de l'iris s'aperçoit plus aisément, la fibrine s'étant rassemblée en masse plus dense vers la pupille qui est encore plus obscurcie qu'à la dernière visite; la pupille gauche s'éclaircit rapidement et le contour en devientplus régulier. — 4mars. Les choses se sont améliorées depuis trois jours; la circonférence externe de l'iris droit devient de plus en plus apparente; la partie la plus dense de la fibrine se voit flottante dans la pupille ; l'œil gauche est presque complètement bien. — 11 mars. L'iris a repris sa couleur et sa texture naturelles, excepté en haut, près du bord externe de la pupille, où l'on aperçoit quelques veines dilatées, et un petit caillot sanguin extravasé dans les fibres de l'iris; la marge pupillaire est dentelée et adhère dans toute son étendue à la capsule qui est recouverte d'une couche opaque de fibrine d'un jaune pâle; au centre, ce dépôt forme un petit noyau saillant : l'œil gauche est bien, la pupille claire et circulaire, la vue bonne. —25 mars. L'œil gauche est toujours parfaitement sain, et il est survenu de grands changements à droite ; une grande partie de la fibrine qui obstruait la pupille est absorbée; il n'en reste plus, au-devant de la capsule, qu'une couche très-mince et unie; l'ouverture pupillaire a perdu son aspect frangé; le cristallin est projeté en avant, de manière à diminuer l'étendue de la chambre antérieure ; les veines de l'iris sont encore visibles ça et là; la santé générale est très-bonne, et la peau perd la teinte sombre qu'elle offrait au début du traitement. Continuation du mercure à la chaux, un grain deux fois par jour.

Obs. 389. — Mary Ann W., âgée de trois mois, me fut amenée de Croydon le 13 novembre 1848. A sa naissance, cette enfant paraissait robuste et bien portante; mais sept semaines plus tard, une éruption écailleuse d'un rouge brun apparut sur la plus grande partie du corps ; le médecin que l'on consulta, la considéra comme syphilitique et prescrivit le mercure à la chaux et un dixième de grain d'iodure de potassium deux fois par jour. Quinze jours environ après la manifestation de cette éruption, la mère remarqua que son enfant qui, jusque-là, avait bien vu, paraissait aveugle et que ses deux pupilles offraient une couleur gris de perle. Voici dans quel état je le trouvai : Les deux yeux sont en mouvement et roulent légèrement d*un côté à l'autre. Il n'y a pas de rougeur de la sclérotique; tous les cils sont tombés. L'iris gauche (gris) est parsemé, dans toute sa moitié inférieure, de petites masses d'un blanc grisâtre, semblables à des grains de sable épais; la portion interne de cette membrane est striée de lignes verticales de même couleur, comme si de la fibrine avait coulé sur ce point en laissant des traces après soi. La pupille est contractée et bordée de franges de la même nature que celle du dépôt de la face antérieure de l'iris; le bord pupillaire paraît adhérent à la capsule, du moins l'atropine qui a dilaté la pupille droite ne produit point d'effet à gauche. Le cristallin paraît un peu nuageux. L'iris droit semble sain et le cristallin transparent; mais sa capsule présente une tache blanche en forme de croissant qui borde l'ouverture pupillaire; il n'y a cependant point là d'adhérence,

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