SQUIRRHE DU GLOBE DE L'OEIL
quefois suivie d'un succès complet, bien qu'on doive encore redouter de voir le squirrhe attaquer consécutivement les paupières, la substance cellulaire de l'orbite, ou les muscles de l'œil. Dans la seconde, dans les cas nombreux que j'ai observés sur des enfants, jamais l'extirpation n'a été suivie d'un succès permanent; une excroissance fongueuse provenant du nerf optique a, dans tous ces cas, fatalement reproduit la maladie, et la plupart du temps dans l'espace de quelques mois.
SECTION 1
SQUIRRHE DU GLOBE DE l'oEIL.
Fig. Dalrymple, pi. XXXV.
Le squirrhe du globe de l'œil est toujours précédé d'une inflammalion oculaire de longue durée, qui souvent doit son origine au froid, survient chez les femmes à l'époque de la cessation des règles, s'accompagne de douleurs atroces dans l'œil et la tète, et est bientôt suivie d'obscurcissement de la vision, puis de la cécité complète de l'œil affecté. A ces symptômes viennent s'ajouter la déformation et la dureté de l'œil ; la cornée est devenue opaque, déformée et ratatinée, la sclérotique est d'un jaune sale, et irrégulièrement proéminente; les vaisseaux extérieurs sont variqueux et la conjonctive quelquefois épaissie ou même tuberculeuse. L'œil est le siège de démangeaisons, d'une sensation de chaleur brûlante et de douleurs lancinantes; il s'inonde de larmes pour peu qu'on l'ouvre et ne peut supporter le moindre contact. Une hémicrànie intense, qui s'aggrave pendant la nuit, empêche complètement le sommeil, prive le malade de tout appétit et le rend impropre à toute occupation qui exige quelque action du corps ou de l'esprit. Un des traits les plus caractéristiques de la maladie, c'est la longueur du temps qu'elle peut durer sans affecter les parties voisines et sans déterminer d'ulcération. A la fin, néanmoins, les paupières et le tissu aréolaire de l'orbite sont envahis par l'inflammation carcinomaleuse; les paupières se tuméfient, rougissent et s'indurent; l'œil ne peut plus se mouvoir; les ganglions lymphatiques de la face et du cou s'engorgent et deviennent douloureux; la conjonctive commence à s'ulcérer et laisse échapper une matière acre et ténue ; l'ulcère s'étend et devient profond; les parties se détruisent les unes après les autres, comme dans le cancer des paupières, et le malade est graduellement usé par la fièvre et la douleur.
Si l'on extirpe l'œil avant que la maladie ait marché aussi loin, on Irouve la sclérotique, surtout près du nerf optique, fortement épaissie, dure, presque cartilagineuse et, lorsqu'on l'incise, elle présente des
bandes blanchâtres que Ton considère comme caractéristiques du squirrhe ;. les muscles de l'œil sont affectés de la même façon; le globe oculaire est déformé : tantôt il est revenu sur lui-même, tantôt augmenté de volume; son contenu normal est absorbé, ou, s'il en reste quelque portion, elle est presque méconnaissable; une substance blanchâtre ou jaunâtre, d'une consistance moins ferme que la sclérotique malade , mais divisée comme elle par des cloisons membraneuses, occupe la place de l'humeur vitrée (1).
Pronostic et traitement. — Aucun médicament interne, aucune application externe, n'ont le pouvoir d'arrêter les progrès cle cette affection. Elle résiste à tout traitement, mais, à cause de la lenteur de sa marche, elle peut durer des années avant d'entraîner la mort.
Dans la première période, c'est-à-dire tant que la maladie est bornée au globe de l'œil et que celui-ci reste mobile dans l'orbite, on doit en pratiquer l'extirpation, comme offrant des chances de succès. Si la conjonctive, les paupières ou les tissus qui remplissent l'orbite sont affectés à un degré quelconque, on ne peut conseiller l'extirpation avec autant de confiance, à raison de la tendance qu'a le mal à récidiver. On doit toutefois recourir à l'opération, à moins que, par suite de l'immobilité complète de l'œil, on ait de fortes raisons de supposer que les muscles, la capsule oculaire et tout le tissu aréolaire de l'orbite, et peut-être même le périoste, sont envahis par la dégénérescence squirrheuse.
Si le malade se refuse à l'extirpation de l'œil, ou si, d'après l'état général dans lequel se trouve le sujet, ou la période avancée de la maladie, le chirurgien pense que toute opération est conlre-indiquée, il faut recourir aux palliatifs pour calmer la douleur et diminuer les troubles généraux. On obtiendra beaucoup sous ce rapport en veillant attentivement à ce que les intestins exécutent bien leurs fonctions, en recommandant au malade un régime doux et nourrissant et l'abstention de tout ce qui peut fatiguer le corps ou surexciter l'esprit. Il faut employer les narcotiques, à l'extérieur d'abord, au moyen de fomentations ou sous d'autres formes, et si ces moyens échouent, administrer l'opium en lavement ou par la bouche. Dans les cas avancés de cancer cle l'œil ulcéré, il est indispensable de prescrire de fortes doses d'opium pour adoucir les souffrances du malade.
(1) Voyez pour les caractères microscopiques du squirrhe: Paget"s Lectures onSurgical Palliology ; vol. Il, p. 297; Lontlon, 1855. [et Lkblrt. Physiologie pathologique, t. Il, p. 278. Paris, 1845. — Ib. Du cancer et des caneroïdes, Paris, 1852.]