IR1TIS SYPHILITIQUE
car l'alropine dilate la pupille, et alors son bord s'éloigne de la tache. L'enfant a des aphthes dans la bouche et une éruption écailleuse à la face. Les membres inférieurs jusqu'aux genoux et la partie inférieure du ventre sont couverts de taches cuivrées avec desquamation de l'épiderme. Bien que les parents niassent tous deux avoir eu la maladie vénérienne, l'état de l'enfant ne me laissa aucun doute; j'ordonnai deux grains de mercure à la chaux, à prendre le matin et le soir.
20 novembre. L'éruption a presque disparu; plus d'aphtues dans la bouche ; les points blancs de l'iris gauche et la tache de la capsule droite paraissent diminuer. Deux grains de mercure à la chaux chaque soir et cinq gouttes delà liqueur de quinquina dans du lait. —27 novembre. Plus d'éruption ; l'enfant prend bien le sein ; l'aspect général s'est amélioré; les points et les lignes grises de l'iris gauche ont entièrement disparu, et la ligne blanche, trace de l'adhérence du bord pupillaire de la capsule, ne s'aperçoit qu'en haut eten dehors; à droite, la tache crayeuse est réduite à deux petits points indiquant les cornes du croissant. — 4 décembre. Santé excellente; la pupille droite, dilatée à l'aide de l'atropine, est légèrement irrégulière, ce qui est dû probablement à une petite adhérence de son bord externe à la capsule. Toute trace de la tache blanche qu'elle offrait a disparu, et la pupille est noire et claire. L'iris gauche paraît maintenant sain : néanmoins, la pupille est irrégulière et immobile, insensible à l'action de l'atropine, et le cristallin conserve une légère teinte laiteuse. L'enfant paraît avoir récupéré la vue à droite et suit les objets blancs, comme uneplume, du papier, qu'on agitedevanl elle. —1er janvier 1849. Deux grains de mercure à la chaux ont été pris chaque soir jusqu'à ce jour. La pupille gauche paraît encore plus petite que la droite, mais il n'y a point de traces de synéchie. L'enfant se porte bien et distingue bien les objets ; mais elle parait se servir plus de l'œil droit que du gauche. Les cils ont repoussé plus abondants que jamais. Continuation à doses décroissantes des médicaments pendant trois semaines — °25 mars 1850. L'enfant est bien venante et pleine de santé; point de traces de synéchie dans aucun des yeux; le seul reste de la maladie est un léger trouble dans le cristallin gauche. T. W.]
Causes excitantes. — Bien que celle affection soit indubitablement le résultat de l'action syphilitique et qu'elle débute souvent sans aucune cause excitante appréciable , elle est souvent amenée, comme d'autres symptômes secondaires et notamment l'ulcération de la gorge, par l'exposition au froid. Des coups légers sur l'œil, un excès de travail et l'intempérance semblent, dans d'autres circonstances, avoir aidé au développement de cette affection, qu'on peut, en conséquence, considérer, au moins dans beaucoup de cas, comme l'effet de causes externes agissant sur ; une constitution soumise à l'intoxication vénérienne.
Rechutes. — Lors même que l'iritis syphilitique se termine de la façon la plus favorable, l'œil resle pendant longtemps très sensible à l'action du froid et de l'humidité. Pour peu que l'on s'y soit exposé, on peut voir revenir le cercle inflammatoire de la sclérotique, la sensibilité de l'œil à la lumière et un écoulement abondant de larmes. Pour la même raison, lorsque les désordres laissés par l'iritis syphilitique exigent qu'on pratique une pupille artificielle, l'opération est le plus souvent suivie d'une nouvelle inflammation qui peut faire perdre tout espoir de rétablir la vision.
Traitement. — \. La saignée générale est le plus souvent nécessaire dans l'iritis syphilitique. L'opinion du docteur Montealh (1) sur
(1) Glasgow Médical Journal; vol. Il, p. 59. Glasgow, 1829.
ce point de pratique, a sa valeur. « L'expérience, dit-il, m'a conduit à différer complètement de l'opinion des médecins qui n'ont confiance que dans le mercure pour combattre cette espèce d'irilis, et qui négligent la saignée , les vésicatoires, etc. Dans ma pratique, j'ai vu la maladie marcher rapidement vers la formation d'hypopions dangereux, malgré Faction complète du mercure, alors qu'une large saignée du bras et l'application d'un vésicatoire à la nuque arrêtaient les progrès ultérieurs de la maladie. »
J'ai été obligé de répéter plusieurs fois la saignée du bras, et d'appliquer à diverses reprises des sangsues , avant de voir les symptômes s'amender suffisamment pour pouvoir espérer quelque avantage de l'emploi du mercure.
2. Régime. — Le malade doit s'abstenir de viande et de liqueurs fermentées. Lorsqu'il est affaibli et que sa constitution paraît délabrée par la cachexie syphilitique ou par d'autres causes, on est tenté de mettre le malade au régime animal et de lui prescrire en même temps de petites doses de mercure. Ce traitement pourra rétablir la santé générale , mais déterminera très probablement l'occlusion de la pupille.
5. Les frictions opiacées doivent être soigneusement pratiquées autour de l'orbite, une heure environ avant l'époque où l'on attend l'attaque de douleur nocturne; après quoi l'on recouvre l'œil d'une compresse de linge chauffée. Chaque fois que la douleur menace de revenir (et c'est surtout vers minuit), il faut répéter la friction opiacée. On choisira pour ces frictions, suivant les circonstances, le laudanum, une infusion d'extrait de belladone dans le laudanum, un mélange de laudanum avec la teinture de cantharides, l'opium humecté, l'onguent mercuriel opiacé, ou la teinture de tabac.
4. Mercure. — C'est dans ce médicament que nous avons surtout confiance pour arrêter l'inflammation syphilitique de l'iris et pour faire disparaître les changements morbides qu'elle peut avoir produits dans celte membrane et dans la pupille. Ce n'est point comme altérant que l'on doit l'employer. La constitution tout entière doit en être saturée et la bouche manifestement affectée. Dans beaucoup de cas, je n'ai vu d'effets se produire que lorsqu'il était survenu une salivation assez abondante. Je me rappelle un cas dans lequel le mercure avait été essayé par le médecin de la famille, qui l'avait abandonné parce qu'il ne produisait aucun effet. Lorsque l'on en eut recommencé l'usage, il ne produisit d'abord que peu d'amélioration ; mais le malade ayant pris pendant plusieurs jours de suite 10 grains de calomel et 5 grains d'opium par jour, la bouche s'affecta tout à coup , et alors l'iritis disparut comme par enchantement. C'était un cas très marqué d'iritis syphilitique ; le corps était recouvert d'une éruption cuivrée.