‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 68 sur 147 · MEMBRANES EXTERNES DE LOEIL · texte numérisé non relu

MEMBRANES EXTERNES DE LOEIL

Comme nous avons déjà parlé précédemment des vices congéniaux de la conjonctive oculaire, il ne nous reste à signaler qu'un petit nombre d'abnormités congéniales intéressant la coque externe de l'œil.

§ I. — Cornée.

1. Opacités congéniales de la cornée. Elles ont été étudiées en dernier lieu dans leur ensemble par M. Fronmiiller (de Fiirth) (1), au travail de qui nous emprunterons lapluparl des détails qui vont suivre: — On sait qu'il est un moment de la vie intrà-utérine pendant lequel la cornée ne se distingue point de la sclérotique : si cet état persiste, l'enfant vient au monde avec une cornée opaque dans toute son étendue; si l'arrêt de développement a lieu plus lard, l'opacité n'est que partielle.

1. Opacité lencomateuse congéniale de la cornée (scléropbthalmos){%. Elle est toujours totale; la cornée opaque, blanche ou nacrée, présente la même courbure que la sclérotique, dont elle se rapproche aussi par la structure, car elle n'est point, comme d'ordinaire, lamelliforme : cet état, qui correspond à celui que l'on trouve dans le troisième mois de la vie fœtale, s'accompagne de microphlhalmie et est toujours incurable.

2. Opacité nébuleuse congéniale de la cornée. Ici cette membrane n'offre plus le même degré de courbure que la sclérotique; le siège de l'affection est dans i'épithélium externe de la cornée, dont les parties profondes sont normales; la teinte de la membrane est généralement bleuâtre. L'arrêt de développement remonte à une époque plus avancée de la vie intrà-utérine. A celte forme appartiennent les variétés suivantes :

a. Opacité nébuleuse totale (3), dans laquelle on a quelquefois vu l'opacité disparaître spontanément, en partie ou même en totalité.

(1) Prager Vierteljahrschrift, t. XLV, p. 57-70 et pi. I, 1855. - Voy. aussi Wilde, op. cit., p. 48-59. — V. Mayor, thèse, p. 14-15.

(2) Les faits connus se trouvent dans : Himly, Ophth. Beob. — Franck, 1801, lcrcah.,p. 113. — Béer, das Auge, Wien, 1813, p. 57-38, (cas cité ailleurs comme suite d'ophlhalmie et compliqué d'ankyloblepharon). Gesciieidt, Ammon's Zeitsclirift, t. Il, i™ livr. 1832. p. 264, et dans Klinkosch , Programma, 1700, et Alla* Burns, cité par Wardrop, Op. cit., Loiulon,

(3) Samuel Farar, Med. Communicalions, vol. II, p 463, London, 1790. Il s'agit de trois enfants provenant des mêmes parents. Tavignot, Annales d'Oculislique, t. XVIII, p. 21-23.— Walker, llie Lancet, Juillet 8, 1840, p. 715. — James Ware, Trans. of the London Med. Society,

b. Opacité nébuleuse centrale (1). C'est la forme dont le pronostic est le plus favorable; la guérison spontanée s'en effectue souvent avec une rapidité surprenante. La forme de l'opacité est ronde, ovale, lozangique, etc. Les contours en sont tantôt nettement marqués, tantôt irréguliers.

c. Opacité périphérique large (2). {Klérophthalmos de Kieser). Forme très rare et dans laquelle le centre seul de la cornée est transparent.

d. Opacité périphérique en anneau (3). (Embryotoxon, de Walther; arc fœtal, de Von Ammon; annulus juvenilis de Wilde ; macula arcuata ; gerontoxon congénital de quelques auteurs.; L'anneau opaque est toujours contigu à la sclérotique, et la teinte en est d'un blanc-bleuâtre , caractères qui distinguent ce vice de naissance de l'arc sénile ou gerontoxon. L'arc fœtal peut être complet et alors il est parfois plus prononcé en baut et en bas que sur les côtés; d'autres fois il ne constitue qu'un demi-cercle qui occupe tantôt la partie supérieure, tantôt la partie inférieure de la cornée ; on l'a vu double, et alors le plus interne, tout naturellement, n'est point contigu à la sclérotique; l'altération occupe plus souvent les deux yeux qu'un seul : on fa rencontrée chez les animaux (4). 11 paraîtrait que ce vice de naissance, si peu frappant et si peu gênant que bien des personnes en sont affectées sans s'en douter, peut disparaître avec l'âge (o). Wardrop l'a vu héréditaire dans une famille, et Kieser rapporte le cas d'une mère qui en était affectée et qui mit au monde un enfant atteint de la forme de cette affection pour laquelle il a proposé le nom de klérophthalmos.

e. Simple tache périphérique. Cette altération que l'on observe dans certains cas de coloboma de l'iris, mérite encore d'être citée ici, comme la forme rudimenlaire de l'arc fœtal et le degré le moins prononcé des opacités congéniales de la cornée (6).

Les diverses formes d'opacité congéniale de la cornée ont été observées avec certaines complications, entre autres le microphthalmos (habituel dans la première forme), le coloboma de l'iris, la blépharoptose (7).

La thérapeutique est impuissante contre ce vice de naissance; néanmoins, ainsi que nous l'avons déjà dit, la guérison en survient parfois spontanément, ainsi que le démontre une observation de Maclagan (8).

II. Cornée hémisphérique et cornée conique. Dans certains cas, la cornée est plus fortement voûtée qu'à l'état normal, état que l'on s'obstine à tort à appeler staphylôme transparent de la cornée. Nous conservons à l'une des deux formes sous lesquelles cette anomalie peut se présenter le nom plus convenable qu'y a donné Von Ammon (9), de cornée hémisphérique congénitale {cornea globosa congenita; megalocornea de Wilde; hypertrophie de la cornée de Vigoureux). La cornée, tout en restant transparente, présente

1810, el dans le Tracts on the Eve, de son fils, 1818. — Vos Ammon, Monatsçhrift, t. III, 184-0, j). 355, et Klin. Darstell., 5e partie, pi. 7, fig. 1-7. Lawrence, a Treatise on the Diseases of Ihe Eve, London, 1841, p. 561.

(1) Les cas connus se trouvent dans : Béer, loc. cit., p. 58. — P.W. SÎàclagan, Monthly Journal of .Médical Science, n° 55, juillet 1845 ; — F. Battersby, dans Wilde, Op. cit., p. 55 ; — Tavignot, Comptes rendus de l'Académie des Sciences de Paris, 12 juillet 1847 ; — Arlt, die Krankheilen des Binde-und Hornhaut, Prag, 1851, p. 252. — Fkonmùller, loc cit., p. 57-58 et fig. 1.

(2) Kieser, Ophthal. Bibliothek v. Himly u. Schmidl, t. III, 5<= livr. ; Jena, 1807, p. 79 ; — Poenitz, Dresden Zeitschrift fur Nat. u. Heilk, t. II, Ire livr., p. 60.

(5) Sybel, Disserl. dans ReiTs Archiv, 5e partie, p. 41 ; — Mohrenheim, Beobachtungen, Ire partie, p. 9 ; — Withusen. — Wardrop's Essays, vol. I, p. 85, London. 1808 ; — Von Ammon, Op. cit. passim ; — Kieser, chez la mère du sujet de robservalion rappelée dans le texte: — Stellwag von Carion, Zeitschrift der Aerzle zu Wien 1854, 1er cahier; — Wilde, Op. cit., p. 50-51, etc.

(4) Par exemple chez un agneau, Von Ammon, Op. cit., pi. 6, (ig. 14.

(5) Withusen dit l'avoir vu disparaître à 4 ans chez plusieurs individus.

(6) Von Ammon, Monatsçhrift, t. III, p. 515, et Klin. Darst. III, pi. 7, fig. 11.

(7) Tavignot. Opacité cong. de la cornée coïncidant avec un arrêt de développement de l'iris, Annales d'Oculistique, t. XVIII, p. 21.

(8) Archives générales de médecine, 4e série, t. XIII, février 1847, p 255-254.

(9) Von Ammon, Op. cit., pi. 7, fig. 15-15. Wilde, Op. cit., p. 61-65.

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