‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 69 sur 147 · MEMBRANES EXTERNES DE L'OEIL · texte numérisé non relu

MEMBRANES EXTERNES DE L'OEIL

une forme hémisphérique très-remarquable, qui paraît être, dans le plus grand nombre des cas, le symptôme le plus marquant de l'hydropisie antérieure de l'œil, ou hydrophthalmos antérieur. Il rappelle un peu celui qui existe dans la vie utérine, où la cornée est beaucoup plus étendue qu'elle ne doit l'être par la suite : on sait que cette membrane forme un segment d'un cercle plus petit que n'est celui de la sclérotique. La cornée hémisphérique fait partie d'un cercle encore plus petit, et peut, à cause de cela, représenter plus ou moins exactement la moitié d'une sphère; au surplus, il n'est pas bien prouvé que ce soit l'hydropisie antérieure de l'œil qui se forme la première, et il faudrait peut-être retourner la proposition et dire que, lorsque la cornée est trop voûtée, l'humeur aqueuse augmente en quantité, ainsi que cela a lieu dans bien des cas analogues dans notre organisme. L'iris a parfois, comme complication de cette anomalie, la forme d'un entonnoir : ce qui a très probablement une influence heureuse sur la vision, la pupille se trouvant souvent, par suite de ce déplacement du voile irien, un peu au-dessus de sa place habituelle (corectopie symptomatiqué); Von Ammon a aussi observé une iridodonèse (oscillation* d'avant en arrière de Viris).

La seconde forme de cornée conique (1) paraît être plus souvent encore de nature congénitale : la cornée, bien transparente et ne ressemblant nullement par sa couleur à la sclérotique, s'avance sous la forme d'un pain de sucre, ou mieux, d'un cône, dont le sommet, parfois plus ou moins aplati, correspond ordinairement au centre de la cornée. Au bout de quelques années (souvent 9 à 10 ans), par suite du frottement continuel qu'il éprouve, le sommet de ce cône, plus pointu qu'à la naissance, s'obscurcit peu à peu. L'iris est en général normal, parfois légèrement concave; l'œil, vu de côté, offre ordinairement un reflet opalin, qui parfois yre sur le jaune ou le rouge : cette abnormité présente, du reste, assez souvent des complications, telles que l'amaurose congéniale, la cataracte, le nystagme, la myopie, qui est consécutive, et le strabisme. Heuzschel l'a observée chez un individu affecté d'aniridie : il affirme qu'on trouve parfois en pareil cas de la diplopie et même de la polyopie: cependant, cela a probablement lieu pour les individus chez lesquels celte anomalie s'est formée depuis la naissance, et dont la cornée a par là changé soudain de forme à un degré très considérable; mais, dans les cas congéniaux, il paraît peu probable qu'il en soit ainsi et il serait difficile de le démontrer. Autant la description de cette forme est simple, autant l'explication de ses causes présente de difficultés ; et ici, comme dans bien d'autres cas, tôt capita, tôt sensus; aussi la nomenclature s'en ressent-elle et trouvons-nous le grand nombre de synonymes suivants: conicité de la cornée (Stœber), conicité diaphane de la cornée, cristallisation conique de la cornée, conophthalme, cornée conique (Wardrop et Von Ammon), hyperkératosis (Himly), kératoconus (Von Ammon), ochlodes (Taylor), procidentia cornece (Helling) prolapsus corneœ (Benedict), slapliylôme conique pelhtcide ou transparent de la cornée (Lyall, Scarpa), staphylôme diaphane (Mauchart). Lawrence ne l'a vue que congéniale et accompagnée de cécité complète; cependant elle a été aussi observée comme maladie acquise, et n'est point nécessairement accompagnée d'amaurose. Cette forme, très rare sur le continent, paraît être assez fréquente en Angleterre; elle se montre de temps en temps simultanément chez plusieurs enfants d'une même famille, et est plus fréquemment unique que bilatérale. La cornée est ordinairement épaissie dans sa totalité; cependant, Radius et Adam l'ont vue épaissie au centre, d'où elle s'amincissait à mesure qu'elle approchait de la circonférence. et Jaeger a vu le contraire, c'est-à-dire un épaississement des bords allant en diminuant,

(1) Von Ammon, Op. cil., pi. 7, Berlin, encvkl. Wôrlerbucli,p. 17, t. XVII, 1838 ; et Zeitsehrïft, t. 1, p. 122-124; dans Oken's Iris, vol. XXI, p. 548, 1828; et Hecker's Annalen, janvier 1829, p. 86; — Béer, das Auge-, Wien, 1815, p. 60 ; — Gesciieidt, Ammon's Zeilsclirift, t. Il, p. 459- 485-484; — Himly, Biblio. oplitIialm.,p. 548, et Krasik, u. Misbild. des Auges, t. II, p. 74etsuiv.

— Carl Sciimidt, ùber die Hyperkératosis, Dissert., Erlanjrœ, 1850 ; — Sciion, Handbuch der pathol. Analom. des mensclil. Auges, p. 101, Hamburg, 1858; et Rust's Magazin, t. XXIV, p. 150 .

— Seiler, Op. cit., p. 41 et lia;. 12-15 : — Wilde, Op. cit , p. 65-66 ; — Wimmer, dissert, de Hyperkcratosi, Lipsiœ, 1851, cum figuris.

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de sorte que le sommet était plus mince que ne l'est habituellement la cornée': Gescheidt, enlîn, a trouvé dans les yeux d'un fœtus, qui présentaient cette anomalie, la cornée également épaisse dans toute son étendue. Un phénomène remarquable et sur lequel Von Ammon a appelé l'attention, accompagne souvent la cornée conique: je veux parler d'une l'orme particulière du crâne qu'il désigne sous le nom de tête pointue (spitzkopf), et qui consiste en ce que le crâne est très élevé, comprimé latéralement ela un os frontal tropaplati, pendant que les pariétaux et l'occipital s'avancent plus en arrière et en haut que dans une tète normale. Souvent une amaurose congéniaie existe en même temps que la cornée conique, surtout quand le crâne a la forme que je viens de mentionner; enfin on comprend facilement qu'une cornée ainsi conformée entraîne, quand il n'y a pas cécité, un haut degré de myopie. Quand le sommet du cône est obscurci, ce qui arrive ordinairement au bout d'un temps relativement court, il se produit peu à peu un strabisme qui a pour effet d'empêcher que le point de la cornée qui se trouve entre la pupille et le champ de la vision, soit la place obscurcie.il est peu de sujets de fophthalmologie qui aient autant occupé que celui-ci les observateurs et les monographes, et, néanmoins, nous ne savons rien de positif sur la production de la cornée conique. Wimmer y voit un arrêt de développement, et s'appuie surtout, dans celte opinion, sur l'autopsie d'un embryon de deux mois faite par Gescheidt; ce à quoi Seiler objecte avec raison que ce cas offrait déjà un état anormal de l'œil. On a tenté d'expliquer cette abnormilé en la donnant comme la suite d'une hydrocéphale, opinion que vient appuyer la forme particulière que présente souvent le crâne; mais alors, pourquoi celle inégalité observée souvent dans le degré d'épaisseur de la cornée; pourquoi pas une forme arrondie delà cornée comme dans la forme précédente? Himly y voit un ramollissement de la cornée, surjout à sa partie centrale.

On a proposé divers moyens pour guérir cette affection; mais lorsqu'elle est congéniaie, elle paraît incurable: probablement qu'en éloignant une partie de l'humeur aqueuse on ne ferait que hâter l'obscurcissement du sommet du cône, ou que l'on occasionnerait même un affaissement de la cornée d'où pourrait résulter la perte de la vue.

La cornée cylindrique de Wilde {œil cylindrique de Wharlon Jones) est une affection souvent congéniaie, dans laquelle la convexité horizontale de la cornée est moins prononcée que la verticale, ce qui produit une réfraction irrégulière mentionnée pour la première fois par Airy (1), sous le nom d'astigmatisme.

M. Sichel (2) a observé, sur un enfant naissant, un slaphylôme opaque de la cornée haut d'un demi-pouce, suite d'une ophthalmie qui s'était développée pendant la vie fœtale. Cloquet (3) dit avoir observé quelque chose d'analogue chez un fœtus hydrocéphale. Graefe (4) en a publié un troisième cas.

Au reste, il paraît qu'il n'est pas sans exemple que des ophthalmies survenues pendant la vie intrà-utérine produisent des altérations qui se révèlent à la naissance. Ainsi, Demours (5) a soigné un jeune enfant qui vint au monde avec les paupières gonflées; pendant plus d'un mois, une matière épaisse sortit des yeux et il fut impossible d'examiner l'état des globes oculaires. Quand les paupières s'entr'ouvrirent, cet observateur trouva la cornée droite ulcérée, déformée, formant une protubérance dans laquelle l'iris était enlraîné, et la cornée gauche tachée en différents points. Béer a observé sur la cornée d'un œil gauche une tache blanche, couleur de perle, qui était aussi la conséquence d'une ophthalmie fœtale. Il y avait de ce côté un ankyloblépharon, tandis que l'œil droit offrait une espèce de pannus également congénial ((3).

M. Rivaud-Landrau a communiqué, au mois de février 1857, aux Annales d'O.culis tique,

(1) Ainv, Trans. of the Cambridge Philosoph. Soeiely ; — W. Jones, Cyclop. of Praclical Surgery, art. Cornea, p 852 ; — Wilde, Op. cit., pp 66-67.

(2) Sonnenmayer, die Au'genentz. der Neugeb., IS59, p. 552.

(3) Bulletin de la Faculté de médecine, I. V, p. -576 et suiv.

(4) Archiv fur Ophthalmologie, t. I, 1854, p. 351.

(5) Traité des maladies des yeux; Paris 1818, t. IF, p. 146-147.

(6) Das Auge; Wien 1815, p. 57-38.

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