HUMEUR AQUEUSE, CORPS VITRÉ, COURONNE CILIAIRE ET CRISTALLIN
déviant la lumière. Quand ce malade regardait une bougie, il avait la perception autoptique de son cristallin, qu'il voyait sous la l'orme de cercles concentriques retournés, c'està-dire ayant leur convexité tournée en dedans.
Obs. 518. — Le docteur Berkund (1) a aussi décrit le cas d'un jeune garçon chez lequel on aperçut dès la naissance le cristallin droit dans la chambre antérieure. A l'âge de quatre ans, cet organe avait une couleur d'ambre et sa forme était arrondie, sauf une lissure triangulaire qu'il présentait à son bord inférieur; il remplissait la chambre antérieure.
La duplicité du cristallin n'a été rencontrée que chez des cyclopes, et son absence, exempte de complications, est pour le moins extrêmement rare.
L'anomalie la plus intéressante que nous ayons à mentionner dans celte section est la cataracte congéniale (2) dont l'étude, au point de vue de l'anatomie pathologique, serait bien plus avancée si l'on n'avait souvent confondu les cas dans lesquels la maladie s'est développée dans la première enfance avec ceux dans lesquels la cataracte est réellement congéniale. Aussi est-elle moins fréquente qu'on ne le croit ordinairement. C/est une des abnormités congéniales où l'hérédité se montre le plus souvent (Adams, Pellier, Carron du Villards, Dupuylren, Lusardi, Maunoir, Saunders, Schindler, Weller, etc.). Les complications que l'on observe conjointement avec elle sont: i'iridérémie, le colobome de l'iris, la décoloration de cette membrane, la dyscorie, le microphthalmos, l'enophthalmos (œil enfoncé dans l'orbite), l'omphalocèle, le bec de lièvre, la lissure congéniale du palais, le pied -bot, etc.
Waltlier (3) prétend qu'il n'y a que trois formes de cataractes réellement congéniales, qui ne seraient toutes trois que des arrêts de développement du cristallin : la cataracte lactée, état primitif du cristallin sans cellules; la cataracte visqueuse à noyau dur, période de développement du cristallin succédant à l'état primitif; enlin la cataracte centrale qui, comme preuve de son origine, est généralement accompagnée de microphthalmos. Arnold, Ollmann, Werneck, etc., sont partisans de cette opinion. D'autres auteurs, tels que Von Ammon, Barens, Danz, liinmerl, Haller, Petit, Seiler etZinn, affirment que le cristallin est transparent dès l'origine, et le premier d'entre eux attribue à des maladies de l'artère centrale la plupart des cas de cataracte congéniale. Nous n'en dirons pas davantage sur celte éliologie qui repose encore sur bien des hypothèses; ajoutons cependant que Von Ammon (4) a trouvé deux enlozoaires, \edisloma et \efitaria ocidi huinani, dans des cristallins cataraclés de naissance, et c'est aussi sur un enfant affecté du même vice de naissance que Gescheidt (5) a trouvé, entre la rétine et la choroïde, Y echinococcus hominis.
Sans nous livrer ici à une revue critique, qui n'est guère possible dans l'état actuel de la .-cience, nous nous bornerons à dire que divers auteurs prétendent avoir observé les formes suivantes de cataracte congéniale:
Cataracte centrale; (capsulaire, capsulo-lenticulaire et lenticulaire) ; C. lactée (lenticulaire ou capsulo-lenticulaire); C. visqueuse à noyau dur; C. pyramidale (capsulaire et capsulo-lenticulaire); C. totale de la capsule antérieure; C. totale de la capsule
(1) Nordamerik Monalsberichl, t. IV, G1' cali.
(2) Von Ammon. Klin. Darslellungcn, I. Ill.pl. XIV, et Zcitsclirift, t. III, p. 70-99. — Béer, das Auge; Wieri, 1813, p. 59-60. — Giovanni Bertalozzi. Dissertatione sopra nna eieea nala guarita in cui tratlali .li una rara specie di calaraita connala. Verona, 1781. — Castelain (de Lille) Disert, sur la cataracte congéniale ; Paris, 185G. — Wiiiti; Cooper. London Journal ol'Medieine, June, 184-9. — Jacob Daviel, dans k. Sw. Wctt. Acad., 1759. — CM. Lusardi, mém. sur la catar. cong., 3l; édil. ; Paris, 1827. — Middlkmore. London Med. and Physical Journ, June, 1833. Seiler. Op. cit., (ig. H.— UllmaNn, Berlin, med. Encyklop., t. XVII, 1831, p. 129 et suiv. , et la plupart des traités d'ophtlialniologie et des mémoires étendus sur la cataracte.
(3) Cataractologie, Journ. f. Chir. u. Augenh., nouv. série, t. V, p. 294 et suiv. et 228. (4i Von Ammon. Klin. I)arslel.,t. III, pi. XIV, fig. 19, 21.
(5) Gescheidt. Ammon's Zcitsclirift, t. III, pp. 434, 435 et 445.
536 ABN0RM1TÉS CONGÉNIALES DU GLOBE OCULAIRE, ETC.
postérieure; C. dure (capsulo-lenticulaire, lenticulaire); C. lenticulaire case'euse; C. lenticulaire molle; C. stratifiée.
Renvoyant le lecteur à d'autres parties de ce traité (V. p. 490) pour la plupart des questions relatives au diagnostic différentiel, au moment à choisir pour l'opération, et aux indications opératoires des diverses formes de cataracte congéniale, nous nous bornerons aux remarques suivantes :— La cataracte centrale est presque toujours unie à un degré plus ou moins développé de microplithalmos, et s'accompagne souvent d'une forme particulière du crâne et d'autres anomalies. En général, elle gêne peu la vue, reste centrale pendant toute la durée de la vie, et se présente sous l'aspect d'une tache blanche, à bords nettement limités, du volume d'une tête d'épingle; toutefois, lorsque l'œil est peu développé, la vue s'en ressent considérablement, et les yeux sont le siège de mouvements involontaires continuels. La cataracte tachée gêne davantage la vue, et parait être bien plus fréquente. Dans la cataracte visqueuse à noyau dur, le cristallin est très mou, visqueux et ductile; aussi, pendant l'opération, s'attache-t-il à l'aiguille dont il ne se laisse alors presque plus détacher.
La cataracte congéniale occasionne souvent une cécité complète; d'autres fois le sujet est en état de lire ou de distinguer les couleurs vives, telles que le rouge et le vert.
SECTION V
RÉTINE, NERF OPTIQUE ET FONCTIONS VISUELLES. § I. — Rétine.
1° Le coloboma de la rétine, observé comme complication de ceux de l'iris et de la choroïde (1) dépend d'un arrêt de développement; Himly pense que si le foramen central de Soemmering est jamais autre chose que la conséquence d'une déchirure, ce doit être un coloboma de la rétine.
"2° Absence complète des vaisseaux de la rétine. Le docteur A. de Graëfe a observé un cas de ce genre dont voici les détails (2) :
Obs. 519. — Un enfant de dix ans, pour lequel l'auteur fut consulté, présentait à l'œil droit un strabisme convergent, qui devait exister depuis sa naissance. Cet œil, examiné avec soin, parut complètement privé de la faculté de voir. Les milieux réfringents ainsi que la choroïde, peu riche en pigment, étaient sains; l'insertion du nerf optique, au contraire, plus blanche qu'à l'ordinaire, semblait formée d'une substance tendineuse entièrement opaque. A son grand étonnement, l'auteur ne put rencontrer aucun vestige de vaisseaux, soit à cet endroit, soit dans toute l'étendue de la rétine.
Bien que l'absence complète des vaisseaux de la rétine doive être considérée comme une chose rare, leur développement incomplet ne semble pas l'être au même degré dans Pamblyopie amaurotique.
3" Absence congéniale de la rétine. Elle paraît n'avoir jamais été observée que sur des yeux très anormaux (Acharius, Arnold, Klinkosch, Malacarne). Cette membrane peut être amincie, offrir une consistance presque liquide, ou être épaissie et ridée (3). Dans un cas d'absence du corps vitré, Von Ammon (4) trouva une rétine qui, au lieu de s'épanouir pour tapisser la paroi interne de l'œil, s'étendait directement, sous la forme d'un sac, du
(1) Von Ammon. Klin. Darstell., I. III, pi. II, fig. 15.
(2) Archiv fur Oplithalm., t. I, 1854, p. 4.03-404, et Annales dOculistique, t. XXXIII, p. 144.
(3) Von Ammon. Klin. Darstell., t. III, pi. XV, fig. 10-1 1.
(4) Ibid., pi. XV, fis,'. 5.