RÉTINE, NERF OPTIQUE ET FONCTIONS VISUELLES
mériteraient beaucoup de volume pendant le crépuscule, moment où elle verrait mieux que pendant le jour, pour tomber ensuite dans un degré assez développé de cécité pendant la nuit. Ce fait paraît tenir à de la myopie qui complique son état. — Louise Grand, qui est, si je ne me trompe, l'avant-dernier des neuf enfants vivants, a la chevelure brune ainsi que les iris. Par sa vue longue et par le degré de cécité dont elle est affectée pendant la nuit, elle se rapproche de son frère Louis, mais elle entend bien et jouit d'un caractère enjoué et d'une intelligence normale. La mobilité de ses iris est régulière. — Aucun des parents de ces trois enfants ne parait avoir présenté ce vice de naissance. 11 existe dans le canton de Vaud (Suisse) une famille Simon qui offre des caractères analogues : le docteur Recordon connaît l'existence de quelques-uns de ses membres à Aubonne, à Yens et à Morges. — Un individu du sexe masculin, habitant Boudry (canton de Neuchâtel), passe aussi pour perdre la vue à la tombée de la nuit.
M. Sliévenart (1) a recueilli l'observation suivante d'héméralopie héréditaire :
Obs. 523. — L'aïeule maternelle de M. X..., morte à l'âge de 74 ans, était atteinte 'd'héméralopie. Elle a eu dix enfants, dont cinq sont nés avec celte affection. Un de ces cinq héméralopes, la mère de M. X..., s'est marié, et a vécu jusqu'à 74 ans. De ses trois enfants, le premier et le dernier, qui existent encore, cessent de voir à l'arrivée du crépuscule. L'un d'eux, M. S..., n'a pas eu d'enfants; sa sœur, quiétaitla seconde née, avait la vue très bonne.
M. X... s'est marié deux fois. Sa première femme, morte en couche, lui a donné un garçon affecté comme lui d'héméralopie. Il a eu de sa seconde femme quatre enfants : les deux premiers sont morts d'angine couenneuse à peu de jours d'intervalle ; le troisième enfant, âgé aujourd'hui de 4 ans, est atteint de l'infirmité de son père; le quatrième, né il y a deux ans, n'a aucun défaut de la vue. J'ai constaté que l'héméralopie des quatre membres encore vivants de ces deux familles existe au même degré. Ils cessent de voir à la chute du jour; mais la vision se rétablit au moment où ils entrent dans un appartement bien éclairé. Au spectacle, ils voient comme tout le monde; leur vue est toutefois un peu courte. Leurs yeux ne présentent rien d'anormal, ni dans leur volume, ni dans leur forme, ni dans le diamètre ou la mobilité des pupilles. Je dois ajouter que l'aïeule de M. X... n'a jamais mis au monde, de suite, deux enfants atteints d'héméralopie. Cette particularité s'est aussi représentée pour lesenîantsde son petits-fils. L'héméralopie ne s'est point montrée parmi les enfants issus des garçons et des filles de cette dame, qui n'en n'étaient pas affectés.
Voici un autre cas qui appartient à M. Donders (2) :
0/?s.524. Il y a quelque temps, un jeune homme, âgé de 16 ans, s'est présenté chez moi, se plaignant de nyclalopie à un degré peu prononcé. Il pouvait sortir seul par un beau clair de lune ou à la faveurd'une lumière assez vive. Mais il ne voyait plus rien dès que l'obscurité étail profonde ou qu'il régnait une brune légère, alors que les autres pouvaient encore aisément se reconnaître. L'étal torpide était surtout prononcé près de l'axe visue1 et peutêtre seulement en ce point. Ainsi, quand noire jeune homme marchait vers un arbre ou un poteau, il lui arrivait de s'y cogner faute de les apercevoir; mais du moment où il les dépassait, leur image tombait sur un des côtés de la rétine et y était perçue. Ce même état existe chez son père et deux de ses frères. Les trois autres enfants n'en sont pas affectés, pas plus que ne l'ont été les grands-parents. La maladie s'est donc déclarée spontanément chez le père, mais chez les trois enfants aînés elle est positivement innée et héréditaire.
M. Donders a cherché à s'assurer s'il y a dans celte affection une périodicité réelle, c'està-dire une torpeur del'appareil nerveux delà vue se manifestant seulement le soir et la nuit. Il s'esl convaincu du contraire, el il résulte de ses expériences que, dès que la lumière élail peu prononcée, à quelle heure du jour que ce fût, la vision s'exerçait mal. Son observation concorde avec celle de Cunier: «La maladie, dit-il, offre ceci de particulier à Vendémian,
(1) Annales ilOciilistique, t. XVIII, p 165-164.
(2) Nederland. Lancet, mai et juin, 1851 ; et Annales d'Oculislique, I. XXXIV, p. 270 et suiv.
que ceux qui en sont affeclés y voient pendantla nuit lorsque des flambeaux sont allumés, et parfois à la lueur de la lune quand elle brille très vivement. Descendent-ils dans une cave pendant la journée, ils perdent instantanément la faculté de voir. »
4° Le daltonisme {dyscliromâtopsie et acliromatopsie, ckromatopseudopsie, chromatodysopie, chromatometablepsie, chrupsis, acyanoblepsie, acyanopsie, anérytfopsie acritochromacy) (Dixort) est presque toujours congénital. Dans certains cas extrêmement rares, les personnes affectées de daltonisme ne peuvent distinguer que la lumière (le blanc), les ténèbres (le noir) et divers degrés intermédiaires (le gris): c'est P 'acliromatopsie proprement dite. Dans d'autres cas, les malades perçoivent diverses couleurs et en confondent d'autres. La dyscliromâtopsie est souvent héréditaire; elle est extrêmement rare chez les femmes. Ce n'est pas ici le lieu de s'étendre sur cette singulière anomalie qui est incurable lorsqu'elle est congéniale; nous nous bornerons à en donner une observation et à renvoyer aux sources indiquées ci-dessous ceux qui voudraient approfondir le sujet (1).
Obs. 525. — M. M*** est âgé de 42 ans : ii a les cheveux et la barbe d'un brun roux, les iris d'un bleu grisâtre avec leurs cercles pupillaires un peu plus jaunâtres que l'extérieur. Dans son enfance, il prenait des leçons de peinture, sans que son maître parût aussi satisfait de lui que son zèle l'eût mérité : devant un jour peindre une rose, dont le modèle lui était commun avec un de ses camarades, il ne comprit pas trop pourquoi celui-ci délayait du bleu sur sa palette; il en lit néanmoins de même, et ayant, comme son condisciple, usé de celte couleur pour rendre les ombres de sa rose, il fut très-étonné des louanges que son maître lui prodigua pour la première fois : c'est à dater de ce jour qu'il eut une idée de son état, qu'il masque généralement assez bien, en s'abstenant de se prononcer sur les couleurs qu'il confond.
Les erreurs les plus saillantes que commelle M. M***, c'est de confondre entre eux le vert clair, les bruns très-clairs (cale au lait, tourterelle), le rose, le gris clair; puis, d'un autre côté, les verts et les bruns plus foncés, le rouge sale et divers rouges faux, les gris plus foncés. Voici, au resle, les données fournies par les essais auxquels il a été soumis; le premier nom de couleur est le nom réel, ceux qui suivent et en sont séparés par un trait sont ceux qu'il a indiqués :
Diane. — Diane (excepté un blanc sale, qu'il prit pour la couleur du nankin).
Jaune. — Jaune. (H l'a reconnu dans toutes ses nuances.)
Dieu. — Dieu. (Il l'a reconnu également dans toutes ses nuances, sauf un bleu faux, pris à du papier d'emballage; il ne pouvait affirmer si c'était du violet ou du bleu; il reconnaît également l'indigo.)
Douge. — Généralement bien nommé quand il est bien franc; dès qu'il tire sur le rose, sur la couleur lie de vin, M. M*** le confond avec les diverses teintes qu'il prend pour le vert clair ou pour le vert foncé.
Orangé. — Il est toujours resté indécis s'il voyait du rouge ou du jaune.
Drun clairet vert clair. — Café au lait, tourterelle, vert, rose, lilas, gris.
Dose. — Gris, lilas, rose.
Drun foncé et vert foncé. — Gris, vert, rouge sale, bois, brun cuivré.
Vert très-foncé. — Ardoise, noir.
(1) Diction, des scien. médic, t. XXXIX, p. 152, art. Rétine. — Autènrietii, Handb. der Physiolog., I III, Tiibingen, 1802, § 971. Ualton, Memoirs of Ihe Liltera. Sociel. of Mancbesler, t. V, 1, 1798. — Coi.quiioun. Glasgow Med. Journ., Mars, 1829. - Gall. Analo. et pliysiol. du syst. nerveux en gén. et du cerveau en particul.; Paris, 1819, t. IV, p. 98. - Gôtiik. Farbenlehre, t. Il, p. 150. — Hiddard. Philos. Transactions, 1777, p. 260. - DTIombres Firmas. Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, t. XXX. n° 15, Paris, 1850. — JCngkkn. Rust's Handb. tler Cliirurg., 1. 1,(1850) p. 252-254.— Meckel. Archiv f. Physiol.,I.V, p. 260.— Witik.ock Niciioll Med. Cbiriir. Trans. of London, t. VII, 2" part, de 1816, n° 14, et t. IX, p. 559. — Pi rkin.ie. Berlin, medi. encykl. Wôrterb., t. 1, p. 259, 1828. — Bognetta. Traité philos., etc., p. 65'i-655. — Sommer. Journ. f. Cliirur. u. Anaenlieilk.., t. V, Ier livr.. p. 55. — James Wardrop, an Essay on Morb. Anal, of Ihe Eye, l. Il, p. 197; London, 1818. — Elie Wartmamv. Mém. de la Société de pliysiq. et d'hisl. nat. de Genève, 1845 et 1849. — Cinier. Annales d'Oculistiqiie, I. I, p. 417-420. — Szokalski. Ibid., t. III, p. 20,97 et 115. — D'IIombres Firmas. Ibid., t. XXII, p. 70-74, et t. XXIII, p. 127-129. — W.H. Tyadall et Wilsox. Ibid., t. XXX, p. 145-146. - G. Wilson. Monihly Journal of Ihe Médical Science, 1855-1854.