‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 75 sur 147 · RÉTINE, NERF OPTIQUE ET FONCTIONS VISUELLES. S · texte numérisé non relu

RÉTINE, NERF OPTIQUE ET FONCTIONS VISUELLES. S

Lilas. — ,1e lui en ai montré trois échantillons, un lilas type, le second bleuâtre et le dernier tirant sur le rose : il a toujours indiqué avec précision la couleur lilas.

Violet. — Violet, teinte de rouge, bleu ou noir : ces deux derniers seulement quand le violet est foncé.

Gris. — Gris, vert, brun.

Noir. — Noir bleuâtre, noir.

Ces diverses indications montrent combien il est difficile d'arriver à préciser les erreurs que commet un daltonien. Ce que le cas de M. M*** présente de très intéressant, c'est que le lilas a été reconnu, ce qui est en désaccord avec tous les autres faits observés (1). On peut indiquer comme généralement ou toujours reconnues les couleurs suivantes : blanc, jaune, rouge franc, bleu franc; on pourrait peut-être y ajouter l'orangé, qui est la seule couleur où M. M"* ait été indécis entre le rouge et le jaune, ce qui a eu lieu à chaque essai avec des échantillons divers, l^paraît que les couleurs très foncées, du moins le vert, le violet et le noir, sont peu distinctes les unes des autres pour lui. Je regrette de n'avoir pas eu le temps de faire une seconde série d'essais à la lumière artificielle, d'autant plus que M. M*** y a mis une complaisance remarquable. M. M*** n'avait que 10 ans quand il perdit son père; il sait cependant que celui-ci avait de bons yeux, tandis que de ses deux frères, l'un était myope et l'autre louche; quant à sa mère, elle voyait bien les couleurs. M. M*** n'a eu que des soeurs, au nombre de quatre, et une d'entre elles, qui n'habite pas Montpellier, est aussi affectée de daltonisme, sans que son frère ait pu me donner de renseignements précis à son sujet. Dans la parenté de M. M"* se trouve un haut fonctionnaire public, qui paraît présenter des mouvements continuels des yeux (nyslagme?). Les deux fils et les deux filles de M. M*** voient bien les couleurs, ainsi que leur mère; souvent même ils doivent redresser les erreurs que commet leur père, qui s'occupe de sciences naturelles et est souvent embarrassé quand il trouve certaines couleurs mentionnées dans la caractéristique des objets de ses collections.

5° Le singulier phénomène d'unir l'idée de couleurs à des classes d'objets auxquels cette idée ne se rattache pas à l'état normal, mérite de trouver place ici: M. Cornaz aproposé de l'appeler hyperchromatopsie; il a été observé par un albinos instruit.

Obs. 526. — Le docteur Sachs (2) offrait le singulier phénomène de lier habituellement l'idée de couleur à un grand nombre de classes de choses, principalement à celles qui forment des séries, comme les nombres, les lettres de l'alphabet, les notes de musique, les jours de la semaine, les époques de la vie; il en était de même d'autres objets, par exemple, des diverses villes. Dans cette vision anormale, les couleurs claires étaient le plus distinctes, et les foncées l'étaient le moins; le noir ne se rattachait pour lui qu'aux lettres i et u. Les exemples suivants sont tirés de son ouvrage: a et e sont rouges pour lui, mais le premier tire plus sur le vermillon, le second sur le rose; i est noir, o orangé, u (ou des Français) noir, itou ue {u des Français) blanc ;c d'un gris-cendré pale, d jaune, /'d'un blanc sombre (« obscure canum »), h d'un gris-cendré tirant sur le bleu; k a une teinte verte, obscure et incertaine; m et n sont blancs, s d'un bleu sombre, w brun. Chacun des dix chiffres arabes lui présentait une couleur : les nombres composés de plus d'un chiffre avaient surtout celle du chiffre supérieur; cependant, plus un nombre avait de chiffres, plus sa couleur était indistincte, à moins qu'un d'entre eux ne se répétai, ce qui en rehaussait l'éclat; quelques nombres de plus d'un chiffre avaient une couleur particulièrement vive, par exemple, 4000, qui, au lieu d'être blanc comme 1, est jaune, exceplé dans là chronologie, où il reprend la première de ces couleurs. Les époques de la vie se rapprochaient beaucoup, par leurs couleurs, des chiffres en général, etc.

6° La photophobie congéniale. — Nous n'avons trouvé qu'un seul cas de celte nature, indépendant de l'albinisme, de l'iridérémie, ou de tout aulre abnormité congéniale des

(1) « Le lilas peut servir, dit le professeur Eue Wartmann, à l'exclusion de toute aulre « couleur, à décider de l'étal de la vision d'une personne quelconque. »

(2) Hist. nalur. duor. Icucœthiop. particul. duce, Erlangen, 1812, p. 81 et suiv. — Cornaz. De l'hyperchromatopsie, Annales d'Oculislique, t. XXV, p 5-9.

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