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II

542 ABN0RM1TÉS CONGÉNIALES DU GLOBE OCULAIRE, ETC.

yeux. Aussi croyons-nous devoir rapporter textuellement la description qu'en donne M. A. Guépin (1).

Obs. 527. — Mme P. m'a consulté dernièrement pour sa petite fille qui, sans être le moins du monde albinos, a une photophobie congéniale. Mme P. a eu un autre enfant qui présentait le même phénomène à un degré plus élevé. Cet enfant est mort du croup. La petite fille en question est âgée de quatre ans, délicate, très lymphatique; ses cheveux sont bruns: elle était vouée au blanc par sa mère, et comme celte couleur paraissait la fatiguer, j'ai demandé un changement en bleu, le vert ne pouvant être -proposé.

11 n'y a jamais eu chez la petite P., qui voit, du reste, parfaitement bien, la moindre maladie de la cornée ou de l'iris. L'œil est très sain, mais la photophobie est plus prononcée que chez les albinos que j'ai eu l'occasion de voir jusqu'à ce jour-

Qu'il nous soit permis de mentionner simplement ici trois vices fonctionnels que l'on doit avoir observés à l'état congénial : la myodésopsie (mouches volantes), la myopie et la presbyopie.

SECTION VI

1° Le mégalophthalmos ou buphthalmos (hypertrophie congéniale du globe de l'œil, en allemand Ochsenauge, Elephantenange), n'est pas fréquent. Toutes les parties de l'œil sont augmentées de volume, et cet organe ne trouve plus, par conséquent, dans l'orbite la place qui lui est nécessaire ; la cornée est généralement trop bombée. C'est ici qu'on doit rattacher les cas d'hydrophthalmos général, d'où le nom (Vhydi-omégalophthalmos aussi employé : toutefois, il paraît qu'il y a des cas de mégalophthalmos sans hydropisie- Ce vice de naissance est plus souvent double qu'unilatéral.

Huschke et Seiler admettent qu'il existe primitivement dans l'œil un canal qui communique avec les ventricules du cerveau; ils considèrent le mégalophthalmos comme dû en partie à un arrêt de développement en rapport avec cette particularité embryogénique.

Obs. 528. — Himly (2) a observé un homme qui n'avait qu'un œil trop volumineux, et qui en voyait distinctement ainsi que de son autre œil : une des mains de cet homme avait dix doigts, et un de ses pieds six orteils. Von Ammon (3) a représenté l'œil droit d'un enfant de 10 ans, dont l'œil gauche était normal; ce mégalophthalmos offrait une cornée très bombée, une sclérotique bleuâtre, une pupille immobile et un iris dont la surface antérieure s'avançait en forme de cône dans la chambre antérieure: l'individu ne voyait point de cet œil. Benedict a aussi observé un cas de mégaloplilhalmos. Demours a décrit et fait dessiner un des yeux d'une dame, âgée de 30 ans, affectée de cette anomalie; ses yeux, bleus, avaient environ deux pouces de trop en diamètre et une cornée très considérable (4).

Obs. 529. — Von Ammon (5) a fait également dessiner un cas analogue: c'est celui d'une jeune fille qui paraissait en avoir hérité de sa mère, atteinte de la même affection ; la cornée présentait un léger degré d'opacité. M. Cornaz a vu, à l'hospice des aveugles à Berne, une jeune fille d'une dixaine d'années dont les yeux, à iris bruns, présentaient ce vice de naissance avec complication d'amaurose complète (ft).

L'hydrophthalmos est souvent héréditaire d'après Grellois : Carron du Villards dit con-

(1) Annales d'Oculistique, t. VII, p. 185.

(-2) Ophthalm. Beobacht. uncl Untersuchungen, p. 110.

(3) Klin. Darstell., t. III, pi. III, fig. 6.

(4) Demours. Op. cit., pi. LX1I, fig. 2.

(5) Op. cit., t. 111, pi. 111, fig. 7.

(6) Cornaz. Des aiiiiorniilés congéniales des yeux, p. 156, 1848.

naître plusieurs cas de ce vice de naissance qui serait fréquent chez les veaux et les moutons. On trouve aussi parfois les yeux trop grands chez des cyclopes, des hémicéphales et des hydrocéphales. Seiler a pu disséquer un cas de celte nature. Les yeux étaient un peu trop grands, la choroïde brunâtre dans sa partie postérieure, noire dans sa portion ciliaire, ainsi que la zone ciliaire ; la rétine manquait et le corps vitré était remplacé par un liquide tout à fait clair.

Carron du Villards a prétendu que dans l'hydrophthalmos acquis, la cornée était toujours transparente, tandis qu'elle serait ordinairement opaque dans les cas congéniaux. Il est douteux qu'on puisse établir ainsi un diagnostic différentiel qui, surtout lorsque le vice de naissance n'occupe qu'un seul œil, peut être fort embarrassant (1).

2° Le microphthalmos (2) (atrophie congéniale du globe oculaire, micrommatos, micropsie), beaucoup plus fréquent, est presque toujours accompagné de cécité et de diverses anomalies congéniales. Dans quelques cas, il y a décidément disposition héréditaire; dans d'autres, l'anomalie se montre simultanément chez deux frères ou sœurs; enfin, souvent elle est sporadique. L'affection existe beaucoup plus fréquemment aux deux yeux qu'à un seul, et même alors le second œil est ordinairement un peu trop petit. Le microphthalmos n'est que très rarement libre de toute complication : d'après Radius, il est plus fréquent chez les femmes que chez les hommes (dans le rapport de 8 à 6), à l'œil droit qu'au gauche (comme 7 est à 2).

Le microphthalmos paraît être beaucoup plus fréquent chez les animaux que chez l'homme, et il paraît que souvent alors chez eux l'orbite n'est point séparé du cerveau par une paroi osseuse.

Gescheidt a proposé la classification suivante : 1° avec iridérémie (jamais vu par Von Ammon); 2° avec colobome de l'iris; 3° sans ces complications, mais souvent avec une coreclopie, des abnormités dans la structure ou la couleur du voile jrien, et ordinairement un développement trop peu considérable du segment postérieur de l'œil.

La première et la seconde de ces classes seraient, d'3près Von Ammon, de simples arrêts de développement, et la troisième, une suite d'oph thaï mie; de là sans doute la fréquence des cataractes et le synizésis observé par Himly.

Les mouvements de l'œil ne sont pas gênés, ils sont parfois même très vifs. Il est malheureux qu'une cécité congéniale accompagne souvent le microphthalmos, surtout dans les cas où l'intérieur de l'œil présente un haut degré de désorganisation. D'autres individus ne voyaient que peu, quelques-uns assez bien. Quelquefois l'œil présente un développement rapide après la naissance (Weller, Gescheidt etPonitz). Assez ordinairement, quand il n'y a pas cécité, il survient avec les années un changement quelconque, fâcheux ou avantageux; ainsi, le premier exemple de Gescheidt a présenté une diminution sensible de la vue (3).

(1) Voyez, oulre les sources déjà cités .- Benedict. Berlin, encykl. med. Wôrlerbuch , t. V., p. 194. — Otto. Monstr. sexcent. descripl. anal. Vralislav., 1842, n°s 48 et 51. — Wilde. Op. cit., p. 52, 55 et 56. — Grellois. Thèse, Paris, 1836. — J. Bellivier. Consid. génér. sur la cécité, thèse; Paris, an xn, p. 19-20.

(2) Journ. der Chirurg. u. Augenheilk.; t. IV, p. 620.

(3) Béer. Das Auge; 1813, p. 56. — Chélujs. Traité de chirurg. (Irad. française), t. H , p. 516-518. — Escher, 1. A. ub. d. angeb. u. gânzl. u. tlieilw. Mangel der Iris; Eriangen, 1850.

— CE. Fischer. Hufeland's Journ., 1827, suppl. Helï., p. 27. — Gescheidt. Ammon's Zeilsehrift, t. II, p. 257 et suiv. et Ammon's Monatschrift, t. I, p. 551. — Graefe, dans Cornaz quelques observ., etc., p. 31-35. — Gijrlt Lelirb. d. palh. Anal., t. II. p. 103 ; et dans Magaz. f. d. ges. Thierheilk., l. I, p. 17. — Himly. Krank. u. Wisb. des Auges, t. I. p. 528 et suiv. — M. Jaeger. Ammon's Zcitschril't, t. V,p. 8-10 et 529-550. —Otto. Op. cit., nos 140, 459, 461, 497 et 560. — Pônitz. Zeitsch. f. Nat. u. Heilk., heransg. v. d. Prof, zu Dresden, 1822, t. Il, p. 60.

— Schôn. Ammon's Zeitscbrift, t. I. p. 515-518. -- Seiler. Beobacb. urspr. Fehler, etc., p. 507 et suiv. — Hillwg. Hannov. Annal., t. I, p. 489. — Weller. Die Krankh. des menschl. Auges ; Berlin, 1850, p. 255. — Wutzer. Miiller's Archiv f. Anat. u. Physiol., 1850, p. 179-181.— Walther. System der Chirurgie, t. IV, p. 259-210. - Wilde. Op. cit., p. 29-52 et 61-71. - Voir

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3» Uenophthalmos (œil trop enfoncé dans l'orbite) et Yexophthalmos, vice opposé, paraissent avoir été observés tous deux à l'état congénial, mais très rarement et probablement jamais sans complications; dans le premier cas il y a généralement microphthalmos, et dans le second mégalophthalmos.

4° La position respective des yeux (1) offre parfois des abnormités congéniales : ils peuvent être trop éloignés ou trop rapprochés l'un de l'autre; l'un d'eux peut se trouver plus baut que l'autre : parfois, au lieu de former une seule ligne droite, les axes horizontaux de leurs orbites forment un angle dont le sommet est plus souvent en bas (physionomie chinoise) qu'en haut. Une des principales causes du rapprochement des yeux est le manque d'un ou de plusieurs os, et cet état passe insensiblement à la cyclopie qui nous occupera bientôt. Les deux yeux peuvent aussi être placés trop haut ou trop bas.

Il faut compter comme de vraies monstruosités diverses ectopies des yeux, qui du reste n'ont été observées que très rarement et seulement chez des individus non viables: le front, le sommet de la tête, l'occiput, les épaules, les aisselles, la poitrine et les cuisses sont les endroits où l'on dit avoir observé des yeux (Bartholinus, Denys, Fincelius,Isenflarnm, Lampagnenus, Licetus, Ambr. Paré, Pline, Rosenmiïller, Sclienk, Spielenberg, Sybel); toutefois, presque toutes ces observations datent des temps anciens, où l'on transcrivait souvent assez à la légère les contes les plus absurdes et où l'anatomie pathologique n'était que peu ou point cultivée.

Il en est évidemment ainsi de l'observation adressée au Messager de la Haute-Vienne et signée Bavot, d. m. p., dans laquelle ce médecin prétend avoir vu naître d'une fermière des environs de Langres, un enfant du sexe féminin, portant à l'extrémité inférieure de la colonne vertébrale une sorte d'appendice charnu d'environ 15 centimètres et terminé par un œil véritable recouvert d'une épaisse paupière et avec pupille contractile(2).

5° La polyopie, ou augmentation du nombre des yeux, appartient également en partie au domaine des fables, mais en partie aussi à des monstres doubles à têtes réunies, nommés souvent Janus. Hoffmann, par exemple, cite le cas d'une paire d'yeux surnuméraires placée au-dessus de la paire normale ; Home, une tumeur ou seconde tête à deux yeux au-dessus de la vraie tête; enfin, Guérin dit avoir vu une petite fille qui avait trois yeux. On peut, avec Schôn (3), diviser les cas de polyopie comme suit : 1° une tête, trois yeux (Conradi, Guérin, Heyland, Hoffmann, Lycosthenes, Rowley, Scbelbafen, Schenk, Sommering, Vallisnieri) : un des yeux est ordinairement alors cyclopique; 2° une tête, quatre yeux (Cassebohm, P. Lampagnenus, Pigné, Plancus, Zacutus Lusitanicus); 3° deux têtes, trois ou quatre yeux, vrais Janus (Geoffroy-St-Hilaire, Home, Monro, Otto, Prochaska). Les deux corps sont ordinairement plus ou moins séparés dans ces trois classes ; le cas de Guérin n'en présentait qu'un.

Obs. 530. — M. Danyau a communiqué à la Société de Chirurgie (1840) le portrait d'une femme de 22 ans dont le crâne était bien conformé. Elle avait cependant trois yeux, un au milieu, là où se trouve ordinairement la jonction des sourcils, et un de chaque côté. Cette femme avait deux rangées de dents à chaque mâchoire et deux nez ; mais chaque nez n'avait qu'une narine et était situé sous un des yeux latéraux. Les trois yeux fonctionnaient parfaitement; mais, voulant se débarrasser de celui du milieu, cette femme chargea de cette extirpation un charlatan qui passait un jour à Sarcelles, son pays natal. Quand M. Danyau la visita, elle était venue à la Maternité enceinte et pour y faire ses couches. Mais ne voulant pas se soumettre à tous les règlements de cet établissement, elle le quitta bientôt. M. Danyau a vu la cicatrice de l'œil extirpé (4).

trois observations de mierophllialmos : Annales d'Oeulislique, t. V, j>. 185; t. XIII, p. 51 ; t. XXIII, p. 21.

(1) Schôn. Handb. d. path. Anat. des Auges, p. 9-10.

(2) Annales d'Oculislique, I. XXII, p. 168, 184-9.

(3) Schôji. Op. cit., p. 8 et 9. — Voyez aussi Otto. Op. cit., n° 299-305, 525-328 et 359.

(4) Vidal (de Cassis), Traité de palhol. et de méd. opérât . i« éd., Paris, 1851, p. 7-8.

6° La réunion plus ou moins complète des deux yeux en un seul a reçu les noms de cyclopie (1 ) synopkthalmos (Hedinger), monophlhalmie imparfaite (Seiler), monopsie (Billard), rhinophthalmie (Emh y), rhinencéphalie (fiEowROY-ST-l\iLA\Ri&). Celte anomalie, observée plusieurs fois chez l'homme, est bien plus fréquente encore chez certains animaux, surtout chez les porcs, les veaux, les agneaux et les chiens, plus rare chez les oiseaux.

Quoiqu'ils vivent ordinairement lors de la naissance, presque tous les cyclopes, surtout dans l'espèce humaine, meurent au bout de peu de temps : Schôn n'a pu citer qu'un seul cas d'un cyclope âgé de 10 ans.

Obs. 531. — Le docteur Pugin a décrit à la Société Médicale du canton de Fribourg un fœtus monstrueux, affecté d'une hydropisie générale chez lequel une simple dépression, représentant un orbite, renfermait deux petits globes oculaires brillants et grisâtres, contenant chacun une masse analogue au cristallin, mais chez lesquels on ne pouvait distinguer la rétine ni la choroïde; d'ailleurs ces yeux si imparfaits n'avaient aucun nerf optique et n'étaient unis à l'orbite que par du tissu cellulaire (2).

7° Le monophthalmos (3) (monopsie, monophthalmie de Seiler) se distingue de la cyclopie, qui présente aussi un seul œil, en ce que, dans celte dernière, l'œil est situé sur la ligne médiane, tandis que, dans le monophthalmos, l'organe unique occupe sa position normale, celui du côté opposé manquant. Cette anomalie est très rare, mais elle n'est point spéciale à l'homme; ainsi, Otto l'a vue chez un poulet et sur un porc (4). L'œil existant peut être normal ou le siège d'abnormilés plus ou moins marquées. Celui qui manque est parfois remplacé par une masse rougeâtre, charnue, spongieuse ; tantôt l'orbite existe, tantôt il manque. Quand il n'y a aucune trace du second œil, on voit également manquer le trou. et le nerf optiques, ainsi que les autres nerfs de l'œil. Cette anomalie permet souvent à l'individu qui en est affecté de vivre, d'autres fois elle s'accompagne de complications trop graves pourqu'il en soit ainsi. Elle a été observée par Dressel, Fischer, J. F. Francis, Henerus, Klinkosch, Otto, Piringer, Retzius, Rudolphi, Ruete (dans le cas observé par lui, il y avait ankyloblépharon du même côté), et L.Walther.

8° Vanophthalmos (5) (anopsie ou absence congéniale des yeux, defeclus oculorum,

(1) On peut consulter avec fruit, à ce sujet, les ouvrages suivants : Andral. Précis d'anal, path., t. I, p. 129. — Billard, trad. de Lawrence, p. 457. — Gurlt. Berlin, med. eneykl. Wôrterb., p. 21-25. — Von Ajimon. Op. cit., t. III, pi. XIX et XX. — Himly, t. I, p. 59a. — Laroche. Op. cit., p. 58-44. — Raddatz. Diss. inaug. de Cyclopia, Berolini, 1829. — Otto. Op. cit., p. 5-7. — Vrolik. Over den Aard en vorsproug der Cyclopie ; Amsterdam, 1854. — Schôn. Op. cit. — Seiler. Op. cit. — L. Walther, ùb. Monopsie u. Cyclopie, Leipz., 1845, et dans Journ. f. Chirur. u. Augenh, nouvelle série — Walther. System der Chirurgie, t. IV, p 241-242. — J. CRUVEiLHiER.Anat.palh.dll corps humain, liv. 55; Paris, 1859. — Huschhe, Meckel's Archiv f. Anal. u. Physiol., t. VI, n>'" 1 et 2, p. 1-47. 1842. — Carus, Verhandl. des Kaiserl. Leop. Karol. Akad. der Nalur., t. XIX, div. 2 (1842) p. 456-468, et dans Burdach's Physiologie, t. VI ; Leipzig, 1840. — J. F. Meckel. Archiv f. Anat. u. Physiol., 1826, p. 258 ; et Handb. der pathol. anat., t. I, et descript. monstr. nonnull., Lipsite, 1826, cum tab. — Rosenstein, de cyclopia inler animalia observata, et dans Virchow's Archiv f. pathol. Anat., t. VII, 1852, p. 551-540. -J. F.TiEDEMANN,Zeitschriflf. Physiol., t. I, 1824.

(2) Annales d'Oculistique, t. XXXII, p. 140.

(3) Op. cit., n° 77 (poulet) et 187 (porc.)

(4) Schôn. Op cit., p. 228. — Ruete. Klin. Bei raege, Brannschweig, 1843, p. 161. — L. Walther, ùber Monopsie u. Cyklopie, Leipz., 1845, et Journal f. Chirur. u. Augenheilk., nouvelle série. — Walther. Syst. der Chirurg.,t. IV, p. 240-241.

(5) Le nombre des auteurs qui ont rencontré cette anomalie élant de plus de cinquante, nous ne pouvons tous les citer ici ; nous nous bornerons à indiquer : Benedict. Berlin, med. eneykl. Wôrterb., t. IV, p. 52.— Billard. Loc. cit., p. 453. — Carron du Villards. Op. cit., t. I, p. 488. — Chélics. Traité de chir., trad. franc., t. Il, p. 515-516.— Gurlt, art. Monslrum, Berlin, med. eneykl. Worlerb.— Himly. Op. cit., t. I.— Laroche. Op. cit., p. 44-46.— Hubert Dormangen, de anoplithalmiacongenita, Colonise Agrippinœ, 1854.— Rudolphi. Berlin, med. eneykl. Wôrterb., t. IV, p. 285. — Schôn. Op cit., p. 2-5. — ■ Wilde. Op. cit., p. 55-56. — Weitemveber. Oeslerr. Jahrb., Août, 1847.

anommatos} est beaucoup plus commun que le monophthalmos. On peut classer les cas observés comme suit: 1° pas d'yeux; les orbites manquent complètement; cas très rare; 2° un seul orbite, point d'yeux (monophthalmos cyclopique) ; quand cet orbite renferme un œil rudimentaire recouvert par la peau, on a la cyclopie anophthalmique ; 3° deux orbites, point d'yeux, mais des glandes lacrymales ; c'est de beaucoup le cas le plus fréquent; 4° yeux présents, mais très imparfaitement développés; 5° orbites manquant plus ou moins complètement; une masse de tissu cellulaire à la place de chacun des yeux. .

Tantôt on a ici un défaut de conformation primitive ou arrêt de développement, et alors il n'y a nulle trace de l'œil ; tantôt celui-ci a existé, mais a été détruit, probablement à la suite d'une ophthalmie ou d'une hydatide, et alors les nerfs, les vaisseaux sanguins sont encore là, et une masse amorphe remplace l'œil. Le système lacrymal et les paupières ne participent point nécessairement à l'absence des yeux, ce qu'explique suffisamment la formation indépendante de ces annexes de l'œil. 11 est curieux que néanmoins la caroncule lacrymale manque souvent ; nous avons aussi vu que la plupart du temps les orbites sont formés: souvent cependant ils sont trop petits. Les paupières sont parfois réunies : les nerfs optiques sont ordinairement présents, du moins jusqu'à leur commissure, mais en général très minces; par contre, la 3e, la 4e et la 5e paires des nerfs cérébraux manquent assez ordinairement ; tantôt le trou optique existe, tantôt il manque. L'absence du front, du nez, de sa fissure, de la bouche, du palais, le bec-de-lièvre, le manque de doigts du pied ou de la main, l'augmentation ou la diminution de leur nombre, l'absence ou les difformités des extrémités, et surtoutdes membres thoraciques, appartiennent aux complications observées.

Dans quelques cas de la quatrième classe, les individus avaient la sensation de la lumière; quelques-uns y voyaient, quoique très imparfaitement, car, dans cette classe, tantôt l'œil est simplement représenté par du tissu cellulaire ou par une masse charnue, tantôt il présente une sorte d'hygrome ou ne se montre que comme un rudiment, etc.

Cette anomalie a été observée un certain nombre de fois simultanément chez des frères et des sœurs, mais on ne trouve pas d'exemple où des enfants aient hérité de celte abnormité de leur père ou de leur mère, d'aulant plus que les anophthalmos adultes sont très rares, quoique ce vice de naissance soit parfaitement compatible avec la vie. On a observé le manque congénial des yeux chez divers animaux, tels que les chiens, les chats, les veaux, les poulains, etc. Carlisle a vu l'anophtbalmos cyclopique chez un mouton, et Meckel chez un fœtus de porc. Miram (1) cite le fait intéressant d'un âne dont l'œil gauche, masse noire, ne présentait que la sclérotique, la choroïde, la rétine, le corps vitré, taudis que le droit avait, en outre, la cornée et la zonule ciliaire. Aldrovandi, Otto, Rudolpbi, ont aussi observé divers animaux anophtlialmiques.

Obs. 532. — Absence congéniale des deux yeux. — Le petit Boinières, âgé de 15 à 18 mois, me fut amené en 1834. Les parents pensaient qu'il avait « les paupières soudées, » et qu'une opération pourrait lui rendre la vue. Je l'ai vu de nouveau en 1839 ou 1840. Cet enfant vient de mourir en 1842. Au premier aspect, on était frappé delà facilité avec laquelle on aurait pu faire sa charge, à la manière de Granville, au moyen d'une tèle de porc un peu modifiée ou humanisée, qu'on veuille bien me passer cette expression. Il n'y avait pas ankyloblépbaron, mais absence des yeux. En 1834, l'ouverture palpébrale était à peine large de huit millimètres; la cavité orbitaire était considérablement réduite et extrêmement sensible à l'impression de l'air extérieur, et l'on pouvait y voir à plus de 7 ou 8 millimètres de profondeur. A ma dernière visite, je trouvai l'enfant bien développé et très intelligent; les organes de l'ouïe, du toucher, du goût et de l'odorat avaient tous acquis, le dernier surtout, une très grande subtilité. L'intérieur des paupières était muqueux, mais bien moins humide que cinq années auparavant, ce qui me fit présumer que la glande lacrymale s'était atrophiée, si, toutefois, elle avait jamais existé (2).

(t) Ammon's Monatschrift, t. III, p. 113etsuiv.

(2) Guépin. Annules d'Oeulistique, t. VII, p. 18:1-183.

Obs. S.VS. — On présenta dernièrement à M. Williman une petite fille, âgée de 9 ans. C'était le dernier enfant d'une négresse qui avait élevé une famille remarquablement saine et bien portante.

On n'aperçut d'abord rien d'extraordinaire dans la ligure de l'enfant, si ce n'est une ferme adhérence qu'on reconnut des deux côtés entre les paupières, lorsqu'on fit pour la première fois un effort pour les ouvrir. Au bout de huit à dix jours, les paupières s'écartèrent spontanément de quelques lignes. Au moyen d'une légère traction, on en compléta la séparation, et l'on reconnut alors l'absence des globes oculaires.

Les paupières demeurèrent dès lors écartées ; on put donc s'assurer par l'inspection que la conformation en était parfaite, et que, pourvues de points lacrymaux et de cils, elles étaient, comme à l'ordinaire, couvertes par une conjonctive normale. Celte membrane s'étend sur la totalité de la surface interne de l'orbite et se réfléchit, intimement appliquée sur un tissu plus résistant, profondément situé, constitué peut-être par les rudiments de la sclérotique; mais aucune saillie n'apparaît sous lui, et un stylet parcourant sa surface n'y découvre aucune ouverture.

Le muscle orbiculaire existe évidemment; mais sa contraction renverse les paupières plutôt qu'elle ne les élève, à cause du manque du point d'appui qui, à l'état normal, leur est fourni par les globes oculaires. L'auteur, après un examen, renouvelé à plusieurs reprises, pensa qu'il y avait dans chaque cavité un liquide ressemblant aux larmes; la glande lacrymale occupait d'ailleurs sa position normale et pouvait y être reconnue par une légère pression. Les bords de l'orbite sont bien développés à la partie inférieure; mais à la supérieure, il y a un léger vide qui donne à l'arcade sourcilière une forme un peu déprimée, et à tout le front un caractère contracté, qu'on observe souvent chez des personnes dénuées d'intelligence. Cependant la jeune enfant, malgré la privation du plus important des organes des sens, manifeste pour tout le reste un singulier degré d'intelligence. Elle est d'une humeur gaie ; son ouïe est très fine, et elle a, à un degré remarquable, la propriété de distinguer les corps par le toucher (1).

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