RÈGLES GÉNÉRALES CONCERNANT LA FORMATION D'UNE PUPILLE
5. Cet état de l'œil dans lequel l'humeur aqueuse est remplacée par un fluide jaunâtre coagulable, ressemblant au sérum du sang, estime complication fâcheuse qui indique l'existence d'une inflammation longtemps prolongée de l'iris et des parties voisines. Lorsqu'on ponctionne la cornée, le fluide inflammatoire dont nous venons de parler s'échappe, et l'iris, qui auparavant était jaunâtre ou verdâtre, reprend un peu de sa coloration normale ; mais lorsqu'on essaie de le saisir ou de l'inciser, on le trouve, d'ordinaire, si ramolli que l'on ne peut y réussir. D'un autre côté, il est presque certain qu'une réaction inflammatoire succédera à l'opération.
6. On ne doit point pratiquer de pupille artificielle lorsqu'il existe des granulations sur la conjonctive , des vascularisations de la cornée avec nébulosité, une dilatation variqueuse des vaisseaux sanguins externes, un amincissement de la sclérotique, un ramollissement ou, au contraire , un endurcissement de l'œil , une hydropisie , une atrophie de l'organe, une microphlhalmie, du strabisme ou d'autres accidents semblables.
7. Nous n'opérons pas non plus lorsque la rétine n'est pas suffisamment sensible. S'il s'agit d'une tache de la cornée, on dilate la pupille avec la belladone , et si le malade ne voit pas mieux qu'auparavant, il est probable que l'humeur vitrée et la rétine ne sont pas saines, et que, lorsque l'on tentera de pratiquer une pupille artificielle, l'humeur vitrée fera irruption au dehors, ou qu'alors même que l'opération aura le mieux réussi, l'état amaurolique s'opposera à tout exercice de la vision. Si la pupille est close et que l'iris altéré dans sa coloration a revêtu une teinte sombre et fait saillie en avant vers la cornée, surtout lorsque cet état est la conséquence d'une iritis syphilitique, il est probable que la rétine n'est pas saine. L'iris, en pareil cas, est généralement fort épaissi et saigne plus qu'à l'ordinaire lorsqu'on l'incise.
8. Il arrive parfois, mais à cet égard il faut s'en rapporter au hasard, que la formation d'une pupille artificielle rétablisse la vision sur un œil qui paraissait incapable de distinguer la lumière de l'obscurité. On considère généralement comme une condition indispensable au succès de l'opération, que l'œil ait conservé la faculté de percevoir les gradations de la lumière. On peut néanmoins concevoir que, lorsque la pupille est complètement oblitérée, l'iris épaissi, qu'il y a de la lymphe accumulée dans la chambre postérieure, et que le cristallin et sa capsule sont opaques, le malade puisse ne distinguer que d'une façon incertaine la lumière de l'obscurité, bien que la rétine soit susceptible de reprendre ses fonctions. Ponitz, le traducteur allemand de l'ouvrage d'Assalini sur la pupille artificielle, dit qu'il a opéré deux fois avec succès des malades qui ne pouvaient distinguer la lumière la plus éclatante. Comme un pareil résultat est contraire à ce
qu'enseigne l'expérience générale , on ne peut s'empêcher de penser que les épreuves destinées à constater la sensibilité de l'œil , n'ont pas été conduites avec tout le soin désirable ; car, alors même que la cornée est complètement stapbylomateuse et doublée par l'iris qui y adhère, la lumière peut être perçue à travers la sclérotique lorsque la rétine est saine.
9. On rencontre parfois des malades dont les deux yeux réclament la formation d'une pupille artificielle ; mais l'un d'eux présente à l'extérieur moins d'altération que l'autre, et c'est celui que l'on se trouvera vraisemblablementporté à choisir pour l'opération. Un examen attentif m'a néanmoins quelquefois révélé que l'œil qui paraissait le plus mauvais distinguait la lumière de l'obscurité, tandis que le meilleur en apparence était complètement amaurotique.
10. On ne doit que rarement, ou même jamais, tenter la formation d'une pupille artificielle sur un sujet scrofuleux avant l'âge de la puberté, surtout si l'état morbide de l'œil, qui rend l'opération nécessaire, doit son origine à une ophthalmie scrofuleuse qui s'est développée indépendamment de toute cause traumatique. Lorsqu'on opère sur de pareils sujets, il se développe presque inévitablement une ophthalmie scrofuleuse , qui souvent entraîne la destruction de l'organe. On peut agir avec beaucoup plus de sécurité quelques années après la puberté.
11. L'opération de la pupille artificielle échoue plus souvent par le mauvais choix des sujets qu'on opère que par toute autre cause. Lorsqu'on y a recours pour des altérations morbides survenues dans la cornée ou l'iris, à la suite d'affections spécifiques, comme la scrofule, la syphilis ou la goutte , elle échoue généralement. 11 y a plus de chances lorsque les altérations sont dues à quelqu'une des ophthalmies puro - muqueuses , et encore davantage lorsqu'elles ont une origine traumatique. Si c'est l'ophlbalmitis sympathique qui a déterminé dans l'œil un état tel qu'il n'y ait d'autre espoir de rétablir la vision que l'élablissement d'une pupille artificielle, les chances du succès sont très douteuses.
12. On doit établir la pupille artificielle aussi près que possible du centre de la cornée, ou, en d'autres termes, dans le lieu le plus rapproché de celui occupé par la pupille normale. « Je regarde la position centrale comme si importante, dit M. Bowman, que j'établirai plutôt une pupille, dans cette situation, derrière une portion delà cornée un peu nébuleuse, que sur un point de la circonférence où la cornée serait parfaitement transparente (1). »
15. Si la pupille ne peut être pratiquée au centre ou près du centre de l'iris , et que l'opérateur a le choix entre le côté temporal et le
(1) Médical Times and Gazette, January ô, 1833, p. 12.