CHAPITRE XXV
SECTION p«.
Sijn — Myopie, de [iùw,/e ferme, etto^, l'œil; le [J.ûw<]/, ou individu affecté de myopie, ayant l'habitude de fermer les yeux à demi lorsqu'il essaie d'apercevoir les objets éloignés. Sliortsigliledness. Near-sightedness. Over-refraelion, Angl. Vue basse, Fr.
Pourvoir les objets le mieux possible, il faut qu'ils soient situés à une certaine distance de l'œil, qui est le point delà vision distincte. Ce point varie pour les différents individus et parfois même pour les deux yeux de la même personne. Il est en moyenne situé à une distance de quinze à vingt pouces anglais de l'œil, et la limite extrême pour les yeux ordinaires ne descend pas en dessous de sept à huit pouces. Les personnes qui ne peuvent voir distinctement les objets qu'à la condition de les tenir plus près de l'œil qu'à cette dernière distance sont dites myopes. Celles, au contraire, qui sont obligées, pour bien les voir, d'éloigner les objets au delà de la distance ordinaire, sont diles presbytes. Chez les unes comme chez les autres, on peut dire qu'il y a dérangement du foyer.
On attribue généralement ces deux imperfections de l'œil à quelque particularité des milieux transparents cle l'organe. On suppose que, dans l'œil myope, ou bien les rayons lumineux éprouvent une réfraction trop forte, de façon à se réunir en foyer au-devant de la rétine ; ou que l'axe de l'œil est plus long qu'à l'ordinaire, de sorte que la rétine, reportée trop en arrière, ne peut recevoir les impressions avec la perfection nécessaire à la vision distincte. On admet que l'œil presbyte offre des conditions opposées. Ainsi, ou l'axe en est trop court, ou le pouvoir réfracteur en est trop faible ; de sorte que les rayons qui parlent des objets pour pénétrer dans l'œil, tendent à se réunir en foyer, non sur la rétine, comme il le faudrait, mais derrière elle. La vision parfaite ne peut, en effet, s'exercer qu'avec le degré de réfraclion ou une forme de l'œil qui permeltentaux rayons lumineux, émanant des corps placés à la distance ordinaire de l'observateur, d'être rassemblés en foyer sur des points correspondants ou presque correspondants de la rétine. Que l'image tombe au devant ou au delà de celle [i. 53
membrane, elle sera diffuse dans l'un et l'autre cas, et il n'en résultera qu'une impression imparfaite. Pour obvier à ces inconvénients, la personne affectée de myopie amène l'objet à la dislance convenable pour que l'image puisse en être portée jusqu'à la rétine, tandis que
Fig. 140.
Supposons que r dans la fig. HO représente un point rayonnant : si les rayons qui s'en échappent tombent sur un œil normal, leur foyer sera en /sur la rétine; s'ils rencontrent au contraire un œil myope, leur loyer sera en /'" au devant de la rétine ; et si l'œil est presbyte, le loyer sera en /'" derrière cette membrane ; dans l'un et l'autre de ces deux derniers cas, l'image de r sur la rétine occupera l'espace ss\ et sera par conséquent fort diffuse.
le presbyte, en éloignant l'objet à une certaine distance de son œil, en amène l'image au-devant de cette membrane ou sur elle.
Symptômes. — 1 . Symptômes objectifs. — Les yeux des myopes sont fréquemment proéminents et leurs cornées offrent une convexité exagérée ; il y a en eux quelque cbose qui se rapproche de l'hydrophthalmie, la chambre antérieure étant plus profonde que d'ordinaire; la pupille est généralement large sans être très vive ; le globe de l'œil est résistant, et les paupières souvent douloureuses.
2. Symptômes subjectifs. — Comme l'œil myope a, ainsi que l'œil parfait, son point de vision distincte, les personnes atteintes de cette affection au plus haut degré amènent tous les objets qu'elles désirent voir distinctement, à la distance de deux ou trois pouces, ou même d'un pouce de leur œil ; celles qui l'ont à un degré moins prononcé peuvent jouir d'une bonne vision à la distance de six ou même de neuf pouces. On peut considérer comme myope tout œil qui ne voit rien distinctement au delà de dix pouces. Une personne qui se trouve clans ce cas ne peut masquer son infirmité lorsqu'elle essaie de lire ou d'examiner attentivement de petits objets. Lorsqu'elle dirige son attention vers des objets placés à une grande distance, il devient évident ou que ceux-ci ne produisent aucune impression sur la rétine, ou que, s'ils y en produisent une, elle est obscure et mal définie. Elle ne peut distinguer la physionomie des acteurs sur la scène, ni le sujet de tableaux placés à quelques pieds au-dessus de sa tête ; elle ne peut lire ni les avis, ni les enseignes placés sur les portes ou les maisons, ni reconnaître les personnes d'un côté à l'autre de la rue; si elle entre
dans un grand appartement, où se trouvent plusieurs personnes, elle ne peut facilement distinguer celles qu'elle connaît.
On a remarqué que les myopes ne regardent pas les personnes avec qui ils conversent, parce que, ne pouvant distinguer les mouvements des yeux et de la physionomie, ils se bornent à écouter attentivement; qu'en lisant, ils tiennent le livre obliquement près de leurs yeux, ce qui les aide à mieux voir, probablement parce que la lumière éclaire alors mieux les pages ; qu'ils voient plus distinctement et un peu plus loin à une forte lumière qu'à une lumière faible, parce que la contraction de la pupille, qui se produit alors, empêche l'entrée des rayons les plus directs, et conséquemment diminue la confusion apparente ; qu'en vertu du même principe, lorsqu'ils essaient de voir distinctement un objet éloigné, ils ferment presque complètement leurs paupières, et qu'à travers une carte percée d'un trou d'épingle, les objets leur paraissent plus clairs et mieux définis qu'à l'œil nu.
Les myopes ont une écriture petite et fine, et préfèrent lire de petits caractères, parce que l'agrandissement de l'angle visuel, dû à la proximité de l'objet, le leur permet.
Lorsque la lumière est peu intense, ils voient communément mieux que les personnes dont la vue est normale ; la cause en est due à la grande dimension de leur pupille. Les myopes voient sans effort les objets rapprochés, tandis que les personnes qui ont une vue ordinaire sont obligées pour cela de contracter les paupières et la pupille , et reçoivent par conséquent moins de lumière lorsque l'éclairage est d'intensité moyenne et que l'objet est rapproché.
Les personnes myopes attribuent d'ordinaire une plus grande dimension aux objets éloignés que celles qui ont une vue ordinaire. La raison en est que, tandis que dans un œil normal les images distinctes se forment à l'intersection des rayons lumineux qui parlent de l'objet, dans un œil myope, au contraire, la rétine ne reçoit ces rayons qu'après leur intersection, et conséquemment dans un point qui occupe une plus grande étendue.
La vue d'un myope s'améliore beaucoup lorsqu'il regarde à travers un petit trou, comme celui fait à travers une carte au moyen d'une épingle. Un œil myope aperçoit distinctement les objets rapprochés, parce que les foyers des rayons réfractés sont sur la rétine. Il ne voit qu'indistinctement les objets éloignés, parce que, la rétine étant au delà des foyers, l'image de chaque point s'étale sur elle, sous la forme d'un halo circulaire; et comme les images des points voisins empiètent les unes sur les autres, il en résulte nécessairement une vision confuse. L'aire du halo formé par chaque point dépend du diamètre de la pupille; plus le diamètre de celle-ci est grand, plus l'autre est étendue. D'où il suit évidemment qu'en diminuant rouverlure à travers laquelle la lumière est admise, le halo aura moins d'étendue, et les images des
points voisins seront plus distinctes, ou, en d'autres ternies, la vision sera plus nette (1).
Lorsqu'un myope regarde la flamme d'une bougie placée à un yard ou deux de distance, elle lui paraît trouble et agrandie, et le nombre lui en semble doublé, triplé ou quadruplé. Cette multiplication dans l'œil myope regardant des objets éloignés, doit provenir de ce que chaque surface des milieux dioptriques donne successivement lieu à la formation d'une image. Les yeux ordinaires voient aussi ces images multipliées, lorsqu'en regardant un objet éloigné, ils sont adaptés par un effort volontaire à la vision rapprochée. Ainsi, lorsqu'une personne qui a une vue ordinaire adapte ses yeux pour voir à 10 pouces, et qu'elle regarde la flamme d'une bougie placée à la distance de six pieds, elle aperçoit plusieurs images qui empiètent en partie l'une sur l'autre. Ceci semble indiquer que, dans l'adaptation de l'œil aux distances, il s'effectue un changement dans les courbures relatives des milieux dioptriques. Si l'on admettait la théorie qui ne veut pas que l'œil possède la faculté de s'accommoder aux distances, on ne devrait voir en pareil cas qu'une seule image mal limitée et agrandie.
Une question qui se présente tout naturellement lorsque Ton s'occupe de la myopie, c'est celle de savoir si cette maladie consiste seulement dans un excès de la puissance réfractive, et si elle n'est pas compliquée aussi d'un défaut dans la puissance d'accommodation de l'œil aux distances. Le docteur Smith est d'avis que l'œil myope conserve encore la faculté de faire varier la puissance réfringente. « Si les personnes qui ont la vue courte, dit-il, peuvent lire distinctement un petit caractère à deux distances différentes, dont la plus éloignée est double de l'autre, et je crois que la plupart d'entre elles le peuvent, il s'ensuit qu'il s'opère dans leurs yeux d'aussi grandes altérations de forme qu'il en survient dans les yeux parfaits pour voir à toutes les distances intermédiaires entre l'infini et la plus grande des deux distances que nous avons supposées. Et c'est pour cette raison qu'un myope peut voir distinctement à toutes les distances avec un seul verre concave de forme convenable ; sans quoi il lui aurait fallu des verres différents pour des distances différentes. La cause de la myopie ne dépend donc pas de l'absence de la faculté de faire varier la forme de l'œil et sa puissance réfringente, mais de ce que cette puissance de réfraction est toujours trop grande pour la distance qui existe entre la rétine et la cornée (2). »
Il est rare que deux yeux, alors même qu'ils appartiennent à un seul individu, jouissent d'un égal pouvoir réfringent. Le gauche, peut-
(1) On Vision through a pin-hole ; voyez Physiology of Vision par Mackenzie, p. 153; London, 184-1.
(2) Complète System ofOplics, vol. II, p. 2; Cambridge, 1738.
être en vertu de cette propension générale à la faiblesse et à la maladie qu'affecte ce côté du corps, est fréquemment un peu myope. Peu de personnes connaissent l'inégalité qui existe entre leurs yeux, tant qu'une circonstance accidentelle ne les a pas amenés à en faire un essai comparatif, et il n'est pas rare de rencontrer des gens qui, en faisant cette épreuve , s'aperçoivent qu'un de leurs yeuxest beaucoup plus faible que l'autre, ou même complètement privé de la vue. M. Wardrop (1), fait remarquer que le plus souvent c'est l'œil droit qui est le meilleur, et que fréquemment aussi une personne semble regarderies objets des deux yeux, alors qu'un seul, le meilleur des deux (ordinairement le droit), est seul dirigé sur l'objet.
Pour s'assurer du fait, l'observateur n'a qu'à couvrir avec le bout d'un de ses doigts un point situé à quelques yards de distance, et essayer de le regarder des deux yeux à la fois. S'il ferme l'œil dont la vue est la plus courte, et que nous pouvons supposer être le gauche, le doigt continuera à couvrir le point donné et conservera la même position par rapport à lui que lorsque les deux yeux étaient ouverts ; mais s'il ferme l'œil droit et qu'il ouvre le gauche, la situation du point par rapport au doigt se trouvera changée : ce point ne sera plus couvert, ce qui prouve qu'en dirigeant le doigt pour couvrir le point, l'œil droit seul avait été employé. M. Wardrop a rencontré plus fréquemment la myopie à gauche qu'à droite; M. Ware, d'un autre côté, dit que la plupart des personnes myopes avec lesquelles il a eu occasion de s'entretenir de cette question, avaient l'œil droit plus affecté que le gauche, et il pense que l'on peut avec vraisemblance attribuer ce fait à l'habitude que l'on a de se servir d'un seul verre concave monté en lorgnon, que l'on applique d'ordinaire devant l'œil droit, ce qui contribue à le rendre plus myope que l'autre (2).
Causes efficientes. — On a attribué la myopie à diverses causes efficientes dont plusieurs peuvent exister ensemble.
1° Convexité trop grande de la cornée. — Comme c'est avant d'atteindre le cristallin que les rayons lumineux éprouvent leur plus grande réfraction , il est évident qu'une cornée plus convexe qu'à l'état normal les réunira en foyer avant qu'ils arrivent à la rétine. Dans quelques cas de myopie grave, la cornée, bien qu'offrant un diamètre normal, forme une saillie plus considérable que de coutume; mais cette saillie n'est point constante, et elle n'est pas même fréquente dans cette maladie. Lorsqu'elle existe, elle s'accompagne évidemment d'une surabondance de l'humeur aqueuse, et quelquefois l'iris est refoulé en arrière, de façon à présenter une concavité en avant au lieu d'être plane.
2° L'épaisseur trop considérable de la cornée tend certainement à
(1) Morbid Anatomyoflhe Human Eye ; vol. II, p. 229 ; London, 1818.
(2) Philosophical Transactions, vol. CI 1 1 , p. 54; London, 1815.
faire converger les rayons plus qu'ils ne le devraient ; mais il n'est pas probable que la cornée ait jamais, dans l'œil adulte, une épaisseur assez considérable pour être à elle seule cause de myopie. Il est vrai qu'à la naissance, la cornée est très épaisse proportionnellement au volume de l'œil; et c'est à cette particularité que Petit a attribué en partie la confusion de la vision chez les très jeunes enfants (1).
5° L'excès de convexité du cristallin produit incontestablement la myopie, que cet excès de convexité occupe l'une des faces seulement de cette lentille ou toutes les deux. Une semblable conformation a été regardée comme constituant une des causes les plus fréquentes de la myopie; et, malgré le témoignage de Percy et de Réveilîé-Parise (2), qui affirment avoir examiné un grand nombre de cristallins provenant d'yeux myopes sans y avoir jamais découvert d'excès de convexité, on doit admettre non-seulement la possibilité de cette cause, mais même la probabilité de sa fréquence.
J'ai déjà mentionné l'inégalité de puissance des yeux chez la plupart des hommes. Je ne puis m'empêcher de croire qu'elle dépend de différences dans la puissance réfringente des cristallins, surtout si l'on tient compte de ce fait, établi par Meckel, que les cristallins provenant des yeux d'une même personne ont quelquefois une forme très différente (5).
4° L'excès de densité d'un ou de tous les milieux transparents de l'œil produit infailliblement la myopie, et doit se présenter quelquefois. J'ai observé que les yeux myopes, même chez les jeunes gens, sont beaucoup plus durs au toucher que les yeux normaux. Ceux qui supposent que l'adaptation de l'œil pour la vision rapprochée s'accomplit au moyen d'une pression que subit le cristallin, par suite de laquelle la convexité de ses surfaces varie, sont portés à croire que cette pression fréquemment exercée, par suite de l'habitude d'examiner souvent et longtemps de petits objets, rend le cristallin plus dense que d'ordinaire à son centre, et que la myopie en est la conséquence. Telle est l'opinion de M. Smith (4) qui croit que la capsule est musculaire, ce qui est complètement inexact. Toutefois, le résultat pourrait être le même, si, comme le pense le professeur Forbes, la forme du cristallin se trouvait changée, par suite de l'action que les muscles extérieurs exercent sur la masse entière du globe oculaire, pression transmise au cristallin par l'intermédiaire des humeurs (5).
5. V allongement anormal du globe de l'œil, d'où résulte une plus grande distance entre la cornée et la rétine, détermine la myopie ;
(1) Mémoires de l'Académie Royale des Sciences, pour 1727, p. 34-6 ; Amsterdam, 1752.
(2) Reveillé-Parise. Hygiène oculaire, p. 52; Paris, 1816.
(3) Meckel. Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique, traduit par Jourdan et Breschet, t. III, p. 244 ; Paris, 1825.
(4) Philosophical Magazine, July, 1853, p. 12.
(o) Transactions of the Royal Society of Edinburgh, vol. XVI, p. 6; Edinburgh, 1849.
cette cause de la maladie a même été considérée comme la seule admissible. On a supposé que, dans certains cas, celte forme de l'œil était congéniale, que dans d'autres elle était la conséquence du fréquent exercice de la vue sur de petits objets. Lorsqu'elle est congéniale, on l'a attribuée au raccourcissement naturel des muscles droits, et lorsqu'elle est acquise, à la contraction anormale de ces mêmes muscles et des muscles obliques.
[C'est par le fait de cet allongement que les personnes atteintes de sclérotico-choroïdite postérieure sont toujours plus ou moins myopes. Dans cette affection, le diamètre antéro-postérieur du globe de l'œil est allongé, parce que le segment postérieur, cédant à l'action des muscles par la résistance moindre que son état de maladie y oppose, prend une forme plus convexe en arrière, jusqu'à revêtir celle qui constitue le staphylôme postérieur. (T. pp. xxxv et 64.) T. W.]
6. L'excès de la puissance inhérente à l'œil de s'accommoder à la vision des objets rapprochés, peut être considéré comme une cause de myopie. On ne saurait révoquer en doute l'existence de cette faculté dans l'œil; mais par quel mécanisme l'adaptation s'opère-t-elle? c'est là une question sur laquelle règne une grande diversité d'opinion (1). D'après ce qu'a calculé Olbers, si la distance du cristallin à la rétine pouvait varier d'une ligne, cette faculté suffirait pour nous mettre à même d'apercevoir les objets avec la même netteté à la distance de quatre pouces qu'à la distance la plus éloignée à laquelle porte la vue bumaine. Il suffirait, pour obtenir le même effet, que la lentille put se déplacer d'une demi-ligne, pourvu que le rayon de la cornée put lui-même varier de deux cinquièmes de ligne. Si donc nous supposons qu'il existe une suractivité dans les organes à l'aide desquels ces changements ou d'autres s'opèrent dans les milieux dioptriques, suractivité déterminée par l'application trop fréquente des yeux sur des objets rapprochés, et dégénérant en habitude, nous aurons trouvé une cause possible de myopie, qui est rendue probable par le succès qui accompagne certains essais méthodiques et continus pour corriger et vaincre cette habitude (2).
7. La grandeur de la pupille, qui accompagne presque toujours la myopie, a généralement été placée parmi les causes de cette affection, tandis qu'elle n'en est vraisemblablement que l'effet. Lorsque la vue est parfaite, et à plus forte raison lorsqu'elle est presbyte, la pupille a fréquemment l'occasion de se contracter pour aider à voir plus distinctement les objets rapprochés : c'est ainsi que peut se produire un certain degré habituel de myopie. Mais il n'en est point ainsi chez les personnes qui ont la vue courte, car elles voient nettement les objets
(1) Sur l'adaptation de l'œil aux distances, voyez la physiologie de la vision par Mackenzie, chnp. XI.
(2) Bertiiold. London Médical Gazette, August 28, 1840, p. 867.
rapprochés et ne doivent point pour cela contracter la pupille ; c'est probablement pour cette raison que cette ouverture se maintient dans un état habituel de dilatation.
Lorsqu'on concentre les faisceaux lumineux destinés à aller frapper la rétine, comme on le fait en regardant à travers un trou d'épingle, l'œil myope voit plus distinctement les objets éloignés, parce que ce moyen équivaut à un allongement de son foyer. Le même résultat serait produit par toute cause susceptible de provoquer la contraction de la pupille de l'œil myope, telle que l'introduction d'une goutte de vin d'opium entre les paupières, des frictions sur le sourcil avec la teinture concentrée de gingembre ou de poivre, faits dont se prévalent les charlatans qui ont la prétention de guérir la myopie.
Prédispositions. 1. Age. — Les jeunes gens s'aperçoivent rarement avant l'âge de la puberté que leur vue est courte. Lorsque la myopie se déclare tout à coup, on peut la confondre avec quelque affection plus sérieuse.
Obs. 543. — Une jeune personne, âgée de 16 ans, devint tout à coup myope, après s'être appliquée, dans une pension d'Edimbourg, à la peinture des fleurs et à la broderie. L'effort qu'elle faisait pour voir à la dislance ordinaire, et même pour lire, provoquait de la douleur dans ses yeux. Les pupilles offraient la lenteur de mouvements qui accompagne fréquemment la myopie. On consulta un médecin distingué, qui diagnostiqua une. amaurose. 11 fit appliquer des sangsues, administra le mercure, et conseilla un vomitif et des vésicaloires. Lorsque la malade me fut amenée, je reconnus qu'elle voyait parfaitement bien à travers un verre concave de 48 pouces de foyer, et j'appris que plusieurs de ses proches parents étaient affectés de myopie.
Beaucoup de personnes arrivent à l'âge de trente à quarante ans, sans savoir qu'elles ont la vue courte; elles s'en aperçoivent seulementlorsque, regardant par hasard à travers les verres concaves portés par une autre personne, elles reconnaissent avec autant de plaisir que de surprise qu'elles aperçoivent les objets éloignés avec une netteté et une finesse de contour dont jusque-là elles n'avaient jamais eu l'idée. Elles avaient bien remarqué que, d'un côté à l'autre de la rue, ou bien au théâtre, elles n'y voyaient pas aussi bien que les autres; mais, comme elles lisaient les petits caractères aussi bien que qui que ce fût, elles ne s'imaginaient point qu'elles eussent quelque imperfection de la vision, ni que celle-ci pût être améliorée à l'aide de verres d'aucune sorte.
Bien qu'en général la myopie suive une marche croissante à partir de la puberté jusqu'à l'âge de vingt à vingt-cinq ans, on observe néanmoins des cas où elle existe chez des enfants, ou survient brusquement chez des adultes qui jusque-là avaient vu distinctement à la distance ordinaire (1). Lorsque des enfants, vers l'époque où on les envoie à l'école, sont supposés myopes, on doit examiner soigneusement l'aspect que présente la pupille, car très souvent alors (V. page 491) on
(1) Voyez Henry, Memoirs of the Literary and Pliilosophical Society of Manchester, vol. III, p. 182 ; Warrington, 1790.
trouve qu'il existe une cataracte centrale. Le raccourcissement brusque de la vue chez des adultes qui jusque-là avaient joui d'une bonne vue, doit porter à soupçonner la conicité de la cornée, l'hydropisie de l'humeur aqueuse, ou même quelque affection de la rétine ou du cerveau.
Le vulgaire croit généralement à tort que, par l'âge, les yeux myopes deviennent plus susceptibles de distinguer les objets éloignés. Cette erreur paraît dépendre de ce que ceux qui, étant jeunes, avaient une vue ordinaire, deviennent presbytes par les progrès de l'âge qui amène l'aplatissement de la cornée ou d'autres changements dans la structure de l'œil. On en a conclu que la myopie, par suite de changements analogues, devait se corriger avec le temps. Il n'en est rien. La myopie, bien loin de diminuer tend ordinairement à s'accroître par les progrès de l'âge; et si elle vient à se compliquer d'un état glaucomateux du cristallin, la personne qui en est atteinte se trouve obligée d'amener très près de ses yeux tout ce qu'elle veut voir distinctement.
[Il y a cependant des exceptions. Ainsi, M. Hays (1) cite le cas de feu le colonel Pickering de Boston, qui, ayant été affecté d'une myopie très prononcée pendant la plus grande partie de sa vie, put, quelques années avant sa mort qui survint à un âge avancé, renoncer à l'usage des lunettes; il voyait et lisait parfaitement sans le secours d'aucuns verres. T. W.]
2. Position sociale et profession. — La myopie est beaucoup plus commune dans les rangs élevés de la société que dans les rangs inférieurs et parmi les personnes que leurs occupations obligent à examiner attentivement de petits objets que parmi celles qui n'essaient presque jamais délire, d'écrire, ou de se livrer à des occupations analogues. M. Ware fait remarquer que les personnes d'un rang inférieur ont rarement recours à des moyens artificiels pour remédier à ce défaut de la vision lorsqu'il est léger et que vraisemblablement chez elles la maladie est assez souvent guérie par l'accroissement des efforts que fait l'œil pour arriver à distinguer les objets éloignés. Les personnes d'un rang élevé, au contraire, lorsqu'elles s'aperçoivent qu'elles distinguent moins promptement et moins correctement que d'autres les objets distants , s'empressent , plutôt par mode que par nécessité, de recourir à l'emploi des verres concaves; il en résulte qu'en peu de temps leur myopie est tellement confirmée qu'il devient difficile de la faire disparaître.
Quant à la proportion des myopes dans les rangs de la société, M. Ware a réuni à cet égard des renseignements puisés dans des catégories d'individus appartenant à la même position sociale. Ainsi il a pris des informations près des chirurgiens des trois régiments desgardes à pied, dont l'effectif est d'environ dix mille hommes et il a
(1) Édition américaine de Lawrence, etc., p. 657.
appris que la myopie est presque inconnue parmi eux et que, dans le cours de près de vingt années, six hommes seulement avaient été réformés et six recrues refusées, à cause decelte affection. A l'École militaire de Chelsea, où se trouvent treize cents enfants, aucun ne s'était jamais plaint de myopie avant que M. Ware eût appelé l'attention sur cette affection ; alors même on ne découvrit que trois enfants qui en étaient atteints, et encore à un degré peu prononcé. îl fit la même enquête dans plusieurs des collèges d'Oxford et de Cambridge, et trouva la myopie très commune dans ces diverses institutions. Dans un collège d'Oxford, sur cent vingt-sept étudiants, trente-deux portaient des lunettes ou faisaient usage d'un lorgnon, quelques-uns sans doute pour se conformer à la mode. M. Ware pense néanmoins que le nombre de ceux-ci n'était pas considérable, comparé à celui des élèves que les lunettes aidaient réellement, bien qu'ils eussent pu s'en passer aisément, sans l'habitude qu'ils en avaient contractée (1).
Causes prédisposantes et excitantes.— \ . Rarement congéniale, mais ayant souvent une tendance héréditaire, la myopie reconnaît pour principale cause prédisposante ou excitante, l'habitude de trop exercer pendant l'enfance, la vue sur des objets petits et rapprochés. Henke attribue la myopie à l'horizon trop étroit que présentent à la vue les salles où l'on élève les enfants (2).
2. L'usage des verres concaves produit ou accroît si notoirement la myopie, qu'en France on les a souvent employés pour se rendre impropre au service militaire et échapper ainsi à la conscription. Il paraît que l'on commençait par se servir de verres un peu concaves, puis qu'on en employait successivement d'autres qui l'étaient de plus en plus, jusqu'à ce qu'enfin la vue devenait assez courte pour n'être plus propre qu'à distinguer les objets rapprochés (5).
Traitement général. — Il est rare que le praticien soit appelé à donner des conseils à des personnes chez qui la myopie n'est point encore confirmée, et puisse par conséquent prescrire le traitement propre à faire disparaître les symptômes commençants de cette très grave imperfection de la vision. S'il est vrai que, dans le plus grand nombre des cas, elle est engendrée par l'application trop prolongée des yeux sur de petits objets, (lecture, écriture, couture, peinture en miniature, gravure et autres occupations semblables), on en obtiendra probablement la guérison en s'abslenant pendant un certain temps de ce genre de travail, en n'employant pas les verres concaves, et en exerçant principalement sa vue sur des objets volumineux et éloignés. Il est probable que la méthode consistant à éloigner graduellement le
(1) Pliilosophical Transaclions, vol. OU, p. 31 ; London, 1813.
(2) Handbuchder Kinderkrankheiten, cilé dans Evanson et Maunsell: on llie .Management and Diseases of Children, p. 62 ; Dublin, 1842.
(5) Duval. Traité de lamaurose, p. 117, Paris, 1851.
livre jusqu'à ce que Ton puisse lire à la distance ordinaire, ou à faire lire à travers des verres convexes, ou d autres exercices du même genre produiront moins d'effet que l'exercice en plein air, les promenades à pied ou à cheval dans la campagne, et les voyages qui présentent sans cesse à la vue de nouveaux et intéressants tableaux. -
Si, au lieu de suivre la conduite que nous venons d'indiquer, on a recours à l'usage des verres concaves ; si l'on persiste dans les occupalions qui exigent l'application fréquente et longtemps continuée de la vue sur des objets rapprochés, non-seulement la maladie se confirme, mais s'aggrave même parfois sensiblement.
« Les enfants, dit Sir Charles Blagden, nés avec des yeux capables de s'adapter à la vision des objets les plus éloignés, perdent graduellement cette faculté dès qu'ils commencent à lire et à écrire. Les plus studieux sont ceux qui deviennent le plus promptement myopes; et si l'on ne prend aucune précaution pour s'opposer à cette habitude vicieuse, leurs yeux finissent par perdre sans retour la faculté de faire converger les rayons parallèles. J'en suis moi-même un exemple.
» Lorsque j'appris à lire, à l'âge ordinaire de 4 ou 5 ans, je pouvais lire très distinctement, d'un côté à l'autre d'une vaste église, un tableau sur lequel se trouvait peints, en leltres assez grandes, la prière du Seigneur et le Credo. Au bout de quelques années, c'està-dire, vers l'âge de 9 à 10 ans, après m'être beaucoup adonné à la lecture, je ne pouvais plus lire ce qui était écrit sur ce tableau; mais ma myopie était si peu prononcée qu'un verre de montre qui, ainsi qu'un ménisque, fait peu diverger les rayons, me suffisait pour pouvoir lire le tableau comme auparavant. Un an ou deux après, le verre de montre ne suffisait plus; mais, comme on me dissuada de l'usage des verres concaves, comme propres à me gâter la vue, je continuai à supporter les inconvénients d'un léger degré de myopie, jusque passé l'âge de 30 ans. Ces inconvénients, toutefois, allant en s'accroissant, lentement il est vrai, finirent par devenir assez marqués pour qu'à l'âge de 32 à 33 ans je me décidasse à essayer d'un verre concave. Je trouvai que les nos 2 et 3 me convenaient d'après les phénomènes si bien décrits par M. Ware; c'est-à-dire que j'apercevais assez bien les objets éloignés avec le premier de ces numéros, et encore mieux avec le second. Après m'èlre contenté un certain temps du n° 2, je l'abandonnai complètement pour le n° 3; et, dans l'espace de quelques années, j'en arrivai au n° 5, point auquel ma vue est restée stationnaire pendant 15 à 20 ans. Si j'avais eu recours plus tôt aux verres concaves, ma myopie aurait beaucoup augmenté, peut-être ma vue serait-elle descendue beaucoup plus tôt au point où elle en est actuellement. Si mes amis m'avaient persuadé de lire et d'écrire en tenant mon livre ou mon papier aussi loin que possible, ou si j'avais interrompu mes éludes de temps en temps, et que je fusse allé me distraire à la campagne, ou si je m'étais consacré à des occupations qui m'eussent forcé à examiner des objets éloignés, il est très probable que j'aurais pu ne pas devenir myope du tout (1). »
Exercice méthodique des yeux. — Comme la myopie peut, jusqu'à un certain point, être considérée comme une habitude due à l'application trop fréquente et trop continue des yeux sur des objets rapprochés, et comme le premier venu, en exerçant sa vue de cette façon, peut devenir myope, il est très logique de supposer que l'on peut beaucoup pour corriger ce défaut de la vision, en l'exerçant méthodiquement et avec persévérance d'une façon tout opposée. Le professeur Berthold recommande dans ce but l'emploi d'un pupitre correcteur, qu'il appelle myopodiorthoticon, dont le myope doit se servir chaque fois
(1) Pliilosophical Transactions, vol. CIII, p. 110.
qu'il veut lire ou écrire. De la partie postérieure du pupitre s'élèvent verticalement deux montants, un de chaque côté. Ces montants traversent et supportent une barre transversale, que Ton peut faire monter à l'aide de deux écrous situés au-dessous, et descendre ou maintenir fixe à l'aide de deux écrous placés au-dessus. Vers le milieu de la barre transversale se trouve un appui gradué destiné à supporter le front ; cet appui qui peut se mouvoir horizontalement d'un côté à l'autre, est aussi maintenu par un écrou. Par suite de la mobilité de la barre transversale sur les montants, et de celle de l'appui sur la barre transversale, on peut disposer la tête, relativement au livre que l'on doit lire ou au papier sur lequel on doit écrire, dans la position la mieux appropiée à la puissance visuelle. Parallèlement aux deux montants, se trouvent deux échelles verticales, divisées en dixièmes de pouce, et qui en haut traversent la barre horizontale. A l'aide de ces échelles, on adapte l'appareil à la grandeur des caractères du livre que l'on doit lire, et à l'extension graduelle de la vision à mesure que la cure marche.
Lorsqu'on a recours à cet appareil, il faut le disposer de façon à ce que la personne qui s'en sert puisse lire facilement les grandes lettres lorsqu'elle pose le front à partir de la racine du nez sur l'appui horizontal. Tous les deux, trois, ou quatre jours, on élève la barre verticale en tournant les écrous sur les vis horizontales, de façon à augmenter la distance entre l'appui sur lequel repose le front et le livre, par conséquent celle de la vision distincte, d'un vingtième à un dixième de pouce mesuré aux échelles ; distance qui ne doit jamais dépasser un point qui ne permette plus de lire avec facilité. On doit surtout éviter toute augmentation rapide de la distance, car la faculté d'adapter l'œil à la vision des objets éloignés ne s'acquiert que lentement. Pour lire avec cet appareil, on choisira, autant que possible, un livre dont les caractères soient nets et grands, et partout de même dimension. Comme on doit lire le même caractère pendant longtemps, il faut choisir un ouvrage en plusieurs volumes. Pour écrire, la distance des yeux au papier peut être un peu plus considérable que pour lire, surtout si l'individu a soin d'écrire en grandes lettres.
L'appareil du professeur Berthold est conçu sur un principe simple et exact; son emploi n'exige, de la part de ceux qui y ont recours, que de la patience et de la persévérance. La durée de son emploi est proportionnée au degré de la myopie: dans le jeune âge, on peut espérer une guérison plus rapide que dans l'âge avancé. La condition principale du succès consiste à ne faire varier que lentement mais progressivement, surtout au début du traitement, la distance à laquelle s'exerce la vision (1).
(I) Bekthold. Das Myopodiorlhoticon, oder r!er Apparat, die Kurzsichligkeit zu hcilen ;
Verres concaves. — Si les lunettes à verres convexes n'ont pas été inventées par Roger Bacon, elles étaient du moins bien connues vers l'époque de sa mort, en 1294 ; mais pas longtemps avant cette époque. Il est probable que l'usage des verres concaves pour les myopes succéda promptement à celui des verres convexes ; néanmoins, on ne trouve dans l'histoire de l'optique aucune trace indiquant l'époque de leur apparition. Maurolicus , dans son traité De lumine et timbra, écrit en 1554, considère le cristallin comme le principal instrument de la vision et comme transmettant au nerf optique l'image des objets ; il explique, par le plus ou moins de convexité des surfaces du cristallin, pourquoi certaines personnes ont la vue longue et d'autres courte démontrant que, dans le premier cas, les rayons ne sont pas encore rassemblés en foyer lorsqu'ils parviennent à la rétine, tandis que dans le second, ils ont déjà convergé avant d'y arriver. Il explique aussi comment la convergence peut être avancée chez ceux qui ont la vue longue, par l'emploi d'un verre convexe, et retardée, chez ceux qui ont la vue courte, par l'usage d'un verre concave. Ces observations de Maurolicus n'étaient point connues de Kepler lorsque son patron Dietrichstein lui proposa comme question à résoudre, celle de savoir de quelle façon les lunettes favorisaient la vision. La première réponse qu'il fit, ainsi qu'il le dit dans son Ad Vitellionem Paralipomena, publié en 1604, c'est que les verres convexes agissent en grandissant les objets. Mais son patron lui fît observer que, si les objets ne paraissaient plus distincts que parce qu'ils étaient grossis, personne n'aurait la vue améliorée par les verres concaves eux, qui diminuent les objets. La ressemblance frappante qui existe entre les expériences de la chambre obscure et la manière dont la vision s'accomplit dans l'œil, avait déjà été signalée par Baptista Porta, dans sa Magia Natnralis, publiée en 1560, et dans laquelle il compare la pupille au trou pratiqué dans le volet, mais où il commet l'erreur d'assigner pour office au cristallin la réception des images, comme le fait la muraille ou l'écran dans la chambre obscure. Kepler, dans l'ouvrage que nous venons de citer, fit voir le premier que c'est la rétine qui a pour office de recevoir l'image des objets extérieurs. Il donna alors cette explication claire de l'action des lentilles, tant de celles qui existent dans l'œil que de celles qui lui sont extérieures, qu'elles ont pour effet de faire diverger ou converger les faisceaux lumineux; il expliqua que les verres convexes favorisent la vision chez les presbytes, en changeant la direction des rayons lumineux qui partent en divergeant d'un objet rapproché, de telle sorte qu'ils viennent tomber sur l'œil comme s'ils provenaient d'un objet plus éloigné et que les verres concaves rendent le même service aux yeux myopes, en produisant un effet contraire sur les rayons divergents qui partent
Goltingen, 1840; Franz, London Médical Gazette, Augusl28, 1840, p. 8tJG ; December 11, 1840, p. 442.
d'un objet éloigné, et les font arriver à l'œil comme s'ils provenaient d'un objet rapproché.
Les verres employés d'ordinaire pour les myopes sont bi-concaves, offrant de chaque côté une égale courbure. Parfois, néanmoins, il y a inégalité de courbure entre les deux faces. Un verre piano-concave ou concave-convexe pourrait suffire. Le docteur Wollaston a inventé une espèce de lunettes qu'il a appelées périscopiques, à cause de la facilité qu'elles donnent d'apercevoir tous les objets environnants sans qu'il soit besoin de tourner la tète. Elles doivent cette propriété à ce que la surface qui se trouve près de l'œil est toujours concave, que les verres soient destinés à des myopes ou à des presbytes , la surface externe convexe faisant partie d'un segment de cercle plus grande que la surface interne concave pour les myopes , et d'une sphère plus petite pour les presbytes. Le champ de la vision s'agrandit en proportion de ce que la seconde surface se rapproche de la courbure de la cornée, aux dépens, toutefois, de la netteté de la vision, car ces lentilles accroissent à la fois l'aberration de réfrangibilité et de sphéricité (1).
« Quand nous regardons un objet, dit l'auteur de l'article Optics, dans The Edinburgh Encyclopœdia, de façon à l'apercevoir distinctement, nous n'avons la vision nette que de la petite portion sur laquelle l'axe de la vision est dirigé; tout le reste ne se voit que d'une manière confuse à l'aide de faisceaux obliques ou indirects. Par conséquent, pour lire ou examiner de petits objets, les lunettes périscopiques ne nous paraissent offrir aucun avantage; mais, d'un autre côté, lorsqu'on sort, elles rendent des services essentiels, soit pour voir un paysage, où les portions obliques constituent une partie essentielle du tableau, soit en nous avertissant de l'arrivée des objets qui s'approchent de nous de côté. »
Les personnes myopes sont extrêmement portées à adopter l'usage d'un seul verre; c'est une coutume contre laquelle nous devons les mettre en garde. Les lunettes sont toujours préférables, non-seulement parce qu'elles maintiennent l'action des deux yeux, et qu'ainsi la vue est conservée plus claire et plus facile, mais aussi parce qu'ainsi le travail de chaque œil se trouve diminué.
Les verres bi-concaves sont distingués par les nombres 1,2, 5, etc., en commençant par le foyer le plus long ou la concavité la plus prononcée (2). Nous recommandons aux personnes qui ont la vue courte
(1) Nicholson's Journal of Natural Philosophy, vol. VII, pp. 143, 192, 242, 291 ; vol. VIII, p. 58: London, 1804.
(2) On doit toujours distinguer les verres concaves par la longueur de leur foyer, et jamais par des chiffres, parce que les gradations de la concavité ne sont pas les mêmes pour tous; de sorte que ce qu'un opticien désigne sous le n° 1 constitue pour un autre le n° 2. M. Ramsden établissait le n° 1 de ses verres concaves de façon à ce qu'il fut l'équivalent d'un verre convexe de 24 pouces de foyer, c'est-à-dire, qu'en unissant un verre convexe de ce foyer à un verre
de se contenter du verre le moins creux, ou portant le n° le moins élevé qui leur permettra de voir. Si, par exemple, le n° 1 permet de distinguer nettement les noms placés aux coins des rues et donne des contours nettement dessinés aux objets dont la distance n'excède pas quarante pieds, il ne faut pas recourir au n° 2. On doit apercevoir clairement les objets à travers le verre que l'on a choisi; mais s'il les fait paraître plus petits, ou leur communique un aspect éblouissant ou étincelant, si l'œil se trouve fatigué après s'en être servi un certain temps, c'est que le verre est trop profond, et il faut en choisir un d'un numéro moins élevé.
Lorsqu'une personne myope veut choisir des verres concaves, le moyen le plus sûr et le plus simple est d'aller dans la boutique d'un opticien et d'en essayer une série. Il peut arriver néamoins qu'une personne habitant la campagne ait à écrire à la ville pour se faire adresser des verres d'un foyer convenable. On arrive à désigner ce foyer à l'aide de l'optomèlre tel que le docteur Young l'a perfectionné ; mais comme on n'a pas toujours cet instrument sous la main, voici quelques règles que l'on peut adopter :
1 . Si la personne myope désire des lunettes pour voir les objets éloignés, c'est-à-dire, situés à une distance déplus de 200 à 500 verges, la distance focale des verres qui lui sont nécessaires doit être égale à celle qui lui permet devoir distinctement à l'œil nu un petit objet. Si par exemple elle peut lire le caractère de ce livre à une distance.de 12 pouces, il lui faudra, pour voir les objets éloignés, des verres concaves ayant 12 pouces de foyer.
2. Si ce sont des verres pour lire ou examiner des objets rapprochés que l'on désire, il faut multiplier la dislance à laquelle on peut lire facilement à l'œil nu, soit 4 pouces, par la dislance à laquelle on
concave n° 1, on oblenait l'équivalent d'un verre plan, el que les objets vus à travers ces deux verres réunis ne paraissaient ni plus grands ni plus petits. Son n° 2 correspondait à un verre convexe de 21 pouces ; son n° 5 à un de 18, et ainsi de suite.
Voici quels sont, en pouces, les foyers d'une série de verres concaves que j'ai chez moi pour essayer la puissance des yeux myopes :
En Allemagne, le n° 1 a ordinairement un foyer de 2 ô à 5 pouces, et, dans chaque numéro suivant, le foyer augmente d'un pouce ou d'un certain nombre de lignes.
On peut s'assurer de la longueur du foyer d'un verre concave en faisant réfléchir par sa surface, sur un corps opaque, l'image de quelque corps lumineux très-éloigné, comme lesoleil, en remarquant le moment auquel limage devient, la plus petite, el en mesurant la dislance qui existe entre le centre de la surface réfléchissante et le corps sur lequel l'image est reçue : le double de cetledislance constitue la longueur de la distance focale de la lentille; elle est égale au rayon de courbure de ses surfaces, celles-ci ayant été polies à l'aide d'un même instrument. Les deux surfaces, toutefois, n'ont pas toujours été polies à l'aide d'un instrument de même rayon; de sorte que l'une est parfois plus profonde que l'autre.
désire pouvoir lire, soit 12 pouces, diviser le produit 48 parla différence qui existe entre les deux nombres qui ont concouru à le produire, et qui ici est 8 ; le quotient 6 est la longueur en pouces du foyer du verre concave dont on a besoin.
Une faute souvent commise par les personnes qui commencent à se servir de verres concaves, c'est de se fatiguer de ceux qu'elles ont choisis, et d'en prendre bientôt après de plus concaves. Les yeux, au moins pour un lemps, s'accommodent bien à cette pratique; mais, finalement, celui qui augmente ainsi graduellement la concavité de ses verres, arrive à n'en plus trouver que difficilement qui puissent lui rendre service, ou même amène l'organe de la vision à un état qui ne lui permet plus de se livrer à des occupations sérieuses. La myopie, ainsi que nous l'avons déjà établi, persiste généralement au même degré pendant la plus grande partie de l'existence. Le même verre peut donc continuer de servir pendant des années, et il ne faut pas en changer inconsidérément pour en prendre de plus concaves.
Le docteur Kitchener nous apprend qu'il avait environ quinze ans lorsqu'il découvrit pour la première fois qu'il ne distinguait pas les objets éloignés aussi distinctement que le commun des hommes.
« M'apercevant, dit-il, que je ne pouvais point voir ce que des personnes ayant des yeux ordinaires m'indiquaient souvent comme méritant de fixer mon attention, je me rendis chez un opticien, et j'achetai un verre concave n° 2. Après m'en être servi pendant un certain lemps, je regardai par hasard à travers un verre n° 3, et m'apercevant que ma vue en devenait beaucoup plus nette qu'avec le n° 2, je fis mettre à mes lunettes des verres du n° 3, qui me parurent alors me rendre tout le service que je pouvais en attendre. Après m'èire servi quelques mois du nn 3, il m'arriva encore par hasard de regarder à travers un verre n° 4, et je trouvai le même accroissement que précédemment dans la netteté de ma vision, lorsque, habitué au n° 2, j'avais regardé avec un n° 3. J'en conclus que mes verres n'étaient pas encore suffisamment concaves, et je me procurai le n° 4 ; bientôt, toutefois, ceux- ci ne stimulèrent plus le nerf optique mieux que ne l'avaient fait les nos 2 et 3. Je commençai alors à penser que la vue était soumise aux mêmes lois que celles 'qui gouvernent le reste de l'économie, c'est-à-dire, qu'un accroissement de stimulus cesse bientôt, par l'habitude, de produire un accroissement d'action. Je me résolus donc à ne plus me servir que de verres n° 2 ; je les porte depuis 31 ans, et ils me rendent presque autant de services que lorsque j'y ai eu recours pour la première fois (1). »
Le même auteur recommande aux personnes qui sont très myopes de faire usage, afin de ne pas être obligées de se pencher pour écrire, ou pour lire de la musique, etc., de lunettes ayant des verres assez concaves pour leur permettre de voir les objets à la même distance que les autres personnes, mais de se servir pour les objets éloignés, d'une petite lunette d'opéra, qui, ayant un foyer mobile, leur sera beaucoup plus utile, si elle grandit seulement deux fois les objets, qu'un simple verre concave, quelle qu'en soit la force, parce qu'elle sera susceptible de s'adapter exactement à toutes les distances.
(I) Economy of Ihe Eyes, Part. I, p. 111 ; London, 182G.
Lorsqu'une personne myope a une fois joui du plaisir de voir les objets éloignés avec la netteté et le brillant que leur donnent comparativement les verres concaves, il n'est pas facile de la déterminer à renoncer à leur usage. On doit néanmoins conseiller aux personnes qui ont la vue courte de ne pas porter constamment leurs lunettes, et d'en réserver l'usage pour les occasions où elles en ont le plus besoin. Lorsqu'on les a portées longtemps, on ne voit d'abord pas aussi bien lorsqu'on les ôte, qu'on ne le faisait avant d'en commencer l'usage; mais cela n'est que temporaire.
Il n'est pas rare de voir des personnes myopes, surtout celles chez qui cette affection se complique de nébulosités de la cornée, suite de cornéite, se servir de verres convexes pour examiner les objets rapprochés. Avec ces verres, elles voient les objets plus rapprochés qu'à l'œil nu; ils sont par conséquent amplifiés.
Myotomie. — L'opération que l'on pratique contre le strabisme ayant dans quelques cas fait disparaître la myopie concomitante, on a été conduit à proposer la division de certains muscles de l'œil dans des cas où la myopie était la seule affection.
M. Philips ayant remarqué que l'amélioration de la myopie était survenue dans des cas où il avait coupé l'oblique supérieur, a proposé d'essayer de la section de ce muscle. M. Guérin, dans ce qu'il appelle la myopie mécanique ou musculaire, par opposition à la myopie optique ou oculaire, attribue l'origine de l'affection à un défaut "de longueur ou à une rétraction active des muscles droits, et recommande la section de deux de ces muscles, le droit interne et le droit externe, ou l'obliquesupérieur et l'oblique inférieur. M. Bonnet arriveà cette conclusion, que la myopie est due à une élongation du globede l'œil qui se trouve comprimé entre les deux obliques, ce à quoi il remédie en faisant la section de l'oblique inférieur. Cette opération aurait donné entre les mains de M. Bonnet, ainsi qu'on peut le voir dans son Traité des sections tendineuses et musculaires , des résultats très remarquables. Toutefois, ce fait qu'il a trouvé la même opération également utile dans une maladie d'un caractère tout différent de la myopie, c'est-à-dire dans l'asthénopie, qui n'est rien autre que l'impossibilité de maintenir les yeux dans un état convenable d'adaptation pour la vision des objets rapprochés, doit nous faire hésiter à accepter ses conclusions, et nous porter à soupçonner que l'amélioration attribuée, dans la myopie, à la section de l'oblique inférieur, si elle n'est pas une pure illusion, peut bien n'être rapportée qu'à l'excitation temporaire produite tout à la fois sur l'organe opéré et sur l'esprit du malade.
SECTION II
PRESBYOPIE.
Syn. — Presbyopie, de Tipéaêuç, vieux, et w'i, œil; cet état de la vision survenant presque invariablement chez les sujets âgés. Long-siglitedness. Ear-sigliledness. Angl. — Vue longue. Diminution de la réfraction Fr.
Bien que celte altération de la vue, dont nous avons expliqué la nature générale au commencement de la dernière section, survienne parfois, ainsi que la myopie, brusquement et à tout âge, néanmoins, dans le plus grand nombre des cas, elle constitue simplement l'un des changements que le temps amène dans l'économie de l'homme. Le pouvoir réfringent des humeurs de l'œil devenant trop faible, ou l'axe de cet organe trop court, les rayons lumineux ne convergent plus assez pour être réunis en foyers sur la rétine. L'image est donc diffuse et la perception indistincte ; pour y remédier, l'individu éloigne de son oeil l'objet qu'il veut examiner, beaucoup plus que le point où existait auparavant pour lui la vision distincte; il contre-balance ainsi la tendance qu'ont les rayons lumineux partant de l'objet à voir, à se réunir en foyer non sur la rétine, mais derrière elle. (Fig. 140, p. 626.)
Symptômes. — 1. Symptômes objectifs. — Les symptômes objectifs qui accompagnent d'ordinaire la presbyopie sont: une diminution apparente du volume de l'œil, qui est aussi enfoncé dans l'orbite, l'aplatissement de la cornée, le raccourcissement de l'axe de la chambre antérieure et l'étroilesse de la pupille.
2. Symptômes subjectifs. — C'est en général vers l'âge de 45 ans qu'on découvre que l'on aperçoit moins nettement les objets rapprochés, surtout à la lumière artificielle, et que l'on se trouve dans l'obligation de les éclairer davantage et de les éloigner de l'œil plus qu'on ne le faisait auparavant. On découvre d'ordinaire que l'œil s'est ainsi affaibli par suite des progrès de l'âge, par la difficulté que l'on éprouve à lire les petits caractères, à tailler une plume, à enfiler une aiguille, etc. Lorsqu'on essaie d'examiner un objet très rapproché, les contours en paraissent obscurs, et il semble qu'on l'aperçoive à travers un brouillard; les très petits objets, comme les lettres d'un livre imprimé en petits caractères, ne sont point vus, ou ils paraissent obscurs, confondus l'un avec l'autre, ou doubles ; et si l'on persévère à considérer de semblables objets, on ressent promptement de la fatigue dans les yeux et de la céphalalgie. Les objets éloignés sont vus comme auparavant. L'individu peut lire une inscription éloignée, ou dire l'heure à l'horloge d'une église, alors qu'il ne peut lire un livre d'une impression ordinaire, ni distinguer les chiffres et les aiguilles d'une montre qu'il tient à la main.
PRESBYOPIE. G45
A mesureque l'âge avancera presbytie devient en général plus marquée, et l'œil perd de plus en plus la faculté de voir distinctement les objets rapprochés ; de sorte que le presbyte, à moins de recourir à l'emploi des lunettes, se voit forcé de renoncer à toute occupation exigeant l'examen attentif d'objets rapprochés; ou bien, lorsqu'il fait usage de lunettes, il est obligé d'en changer les verres de temps en temps à mesure que décroit le pouvoir réfringent de ses yeux. La marche de cette affection toutefois, diffère beaucoup chez les différents individus. Quelques yeux ont autant besoin de verres convexes à 50'ans, que d'autres à 50, et chez certains individus la vue est aussi parfaite à 50 ans qu'elle l'était à 30. Des jeunes gens de 20 ans ne peuvent ni lire ni écrire sans verres convexes de six à huit pouces de foyer, tandis que des vieillards de 80 ans et plus lisent sans lunettes et à la distance ordinaire, même de petits caractères. D'autres, après avoir commencé à se servir de lunettes, sont obligés d'en faire changer les verres pour en prendre d'un foyer plus court ; d'autres encore ne les changent qu'une ou deux fois pendant le cours d'une vieillesse prolongée, ou continuent même à voir d'une façon satisfaisante avec les mêmes verres pendant l'espace de 40 ans. Ces différences et d'autres analogues dépendent de l'état primitif des yeux, de la manière dont on s'en sert, de la santé générale et de la constitution de l'individu.
Le petit nombre de personnes qui peuvent lire tout aussi facilement à la lumière artificielle, après l'âge de 40 ans, qu'ils le faisaient auparavant, ont généralement la vue un peu courte de l'un des yeux ou de tous deux, et c'est la cause de l'avantage dont elles jouissent. Si elles essaient successivement de placer devant chacun de leurs yeux un verre légèrement concave, elles reconnaissent que les objets éloignés leur apparaissent avec un contour plus net et plus limité qu'auparavant. Une circonstance qui passe souvent inaperçue, c'est que l'un des yeux peut être presbyte et l'autre myope. En avançant en âge, certaines personnes se sont mises à faire usage de verres convexes, obligées qu'elles y ont été quelquefois par la nécessité de lire à dix-huit ou vingt pouces, comme les prédicateurs, les professeurs, etc. Après s'en être servies pendant quelques années, elles reconnaissent parfois accidentellement qu'elles peuvent s'en passer, et lire sans eux à la distance de six à huit pouces. Elles renoncent à l'usage des lunettes ; mais, bien qu'elles puissent s'en passer, elles continuent aussi à pouvoir s'en servir, ce qui prouve qu'un des yeux au moins est presbyte.
On rencontre parfois des vieillards accoutumés à l'usage de verres convexes puissants, qui recouvrent, à l'âge de 80 à 90 ans, leur vue primitive et la faculté de lire sans lunettes. Le docteur Porlerfield attribue ce changement remarquable à la diminution de la substance adipeuse qui se trouve au fond de l'orbite; d'où résulterait que l'œil, privé de son support habituel, cédant à la pression latérale des mus-
cles prendrait une forme ovale qui aurait pour résultat de porter la rétine à une distance convenable de la cornée aplatie (1). M. Ware objecte à cette explication que Ton n'a jamais vu l'accumulation morbide de tissu adipeux dans l'orbite produire la presbytie, tandis qu'au contraire elle a parfois amené la myopie ; il croit plutôt que le changement remarquable qui nous occupe est occasionné par l'absorption d'une partiede l' humeur vitrée,, par suite de laquelle les parties latérales de la sclérotique seraient refoulées en dedans et l'axe de l'œil proportionnellement allongé (2). M. White Cooper regarde ce changement de la vision comme un avant-coureur du développement d'une cataracte dure (5)w
Bien que l'œil perde, après l'âge moyen de la vie, la faculté de distinguer avec netteté les objets rapprochés, il conserve ordinairement celle d'apercevoir les objets distants. Les presbytes n'ont donc généralement pas besoin de lunettes pour apercevoir distinctement les objets éloignés; au contraire, les rayons parallèles étant rendus suffisamment convergents par les milieux réfringents de l'œil lui-même, pour que leurs foyers respectifs viennent converger sur la rétine, les obligent à renoncer aux verres convexes pour examiner les objets à une certaine distance. Il ne manque cependant point d'exemples de personnes âgées qui ont besoin de l'assistance de verres convexes pour voir les objets éloignés aussi bien que ceux qui sont rapprochés ; la surface de leur œil s'est tant aplatie, ou leur pouvoir réfringent a tellement diminué, qu'elles ne peuvent plus faire converger sur la rétine, sans verres convexes, même les rayons parallèles.
Ainsi le docteur Wells nous apprend que, lorsqu'il avait vingt ans de moins, son œil gauche avait la faculté de faire converger en un foyer sur la rétine, les faisceaux lumineux provenant de tout objet éloigné de plus de sept pouces de la cornée; mais, lorsqu'il eut atteint l'âge de 55 ans, il s'opéra un grand changement dans ses yeux, sous le rapport de la facilité à distinguer nettement les objets rapprochés : il fut donc obligé de recourir à l'usage des verres convexes et d'en changer plusieurs fois pour en prendre successivement de plus forts. En examinant soigneusement l'état de la vision, avant de répéter quelques expériences d'optique, il reconnut, à sa grande surprise, qu'il avait complètement perdu la faculté d'adapter ses yeux aux distances des objets à examiner, ou en d'autres termes que l'état de réfringence de ces organes restait le même, soit qu'il regardât des objets rapprochés ou distants. Il trouva qu'il avait besoin, non-seulement d'un verre convexe de six pouces de foyer pour pouvoir faire converger en un point sur la rétine les rayons provenant d'un objet situé à sept pouces de
(1) Treatiseon Ihe Eye, vol. II, p. 70; Edinburgh, 1739.
(2) Pliilosophical Transactions, vol. Cil I, p. 42; London, 1815. (3; Association Médical Journal, November 11, 1855, p. 996.
, PRESBYOPIE. 645
dislance de l'œil, mais aussi d'un verre convexe de Irenle-six pouces de loyer pour amener au point les rayons parallèles (1).
Causes. — On ne saurait douter qu'il ne diminution de la puissance réfringente, en rapport avec les progrès de l'âge, ne soitla cause prochaine de. la presbytie. On a dit aussi qu'elle survenait plus fréquemment chez ceux qui a\ aient beaucoup exercé leurs yeux sur des objets éloignés.
Quant aux causes efficientes, l'aplatissement de la cornée, par suite de la diminution de l'humeur aqueuse et de l'humeur vitrée, est une de celles qui ont été le plus fréquemment mentionnées; on a supposé que cette diminution tenait à la langueur des sécrétions dans la vieillesse.
Toute diminution de densité de quelqu'un des milieux réfringents de l'œil, ou toute diminution dans la convexité de l'œil, constitue une cause de presbytie. Pour ce qui est du cristallin, on admet généralement que la densité s'en accroit avec l'âge, ce qui devrait contrebalancer la tendance à la presbytie due à l'aplatissement de la cornée ou à la diminution de l'humeur aqueuse ou de l'humeur vitrée. Toutefois, il se peut que l'augmentation de densité du cristallin s'accompagne d'un certain degré de retrait, par suite duquel sa convexité diminuerait, et partant sa puissance réfringente. Je pense que c'est à l'aplatissement du cristallin bien plus qu'à celui de la cornée qu'est due la presbytie.
L'opinion générale parait être que, avec une diminution dans la puissance réfringente, il existe aussi dans la presbytie une diminution de la puissance d'accommodation pour la perception des objets rapprochés. Que cette faculté dépende d'un changement dans la forme ou dans la situation du cristallin, ou de ces deux conditions à la fois, ou de quelque autre changement, il est facile de concevoir que la diminution ou la perte totale de cette faculté peut être le résultat de l'affaiblissement qui survient dans l'exercice de toutes les fonctions par les progrès de l'âge. Il est bien certain qu'à mesure que nous vieillissons la cornée perd son élasticité, en même temps que le cristallin devient plus dur et plus résistant.
Prophylaxie et traitement. — Bien qu'on ne puisse s'attendre à ce qu'un traitement quelconque puisse faire disparaître ou même diminuer la presbytie causée par les progrès de l'âge, il n'en est pas moins raisonnable de supposer que, en évitant de trop fatiguer la vue et en prenant toutes les précautions qui ont pour effet de retarder les progrès de la décrépitude, on empêchera dans une certaine mesure le développement de celte altération visuelle. Ce n'est qu'à de semblables influences, jointes à la force primitive de la constitution que l'on peut attribuer l'absence de presbytie que Ton remarque parfois chez des personnes qui n'ont jamais été myopes.
Dans la presbytie, on ne doit recourir ni trop tôt ni trop tard à
(1) Pliilosopliical Transactions, vol. Cl, p 380; Loiulon, 1811.
l'usage des verres bi-convexes. Beaucoup de personnes nuisent à leur vue, en adoptant brusquement l'usage de verres grossissants avant d'en avoir réellement besoin, tandis que d'autres, poussées probablement par le désir de cacher leur âge, s'abstiennent d'y recourir longtemps encore après l'époque où ils leur auraient non-seulement été d'un grand secours, mais auraient même contribué à leur conserver la vue. J'ai vu un professeur, âgé de 70 ans, se refusant, par quelque motif absurde, à l'usage des lunettes, obligé de placer six bougies à côté de son pupitre pour éclairer son manuscrit ; et, bien qu'il tint tout près de celui-ci l'une d'elles dont la flamme venait vaciller sur son papier, contraint de s'arrêter à chaque instant faute de pouvoir déchiffrer l'écriture. Une pareille conduite est aussi dangereuse pour la vision qu'elle est puérile. L'œil presbyte qu'on n'assiste point s'épuise à chaque tentative qu'il fait pour apercevoir les objets rapprochés, et souffre plus pendant quelques mois de ces efforts, qu'il ne souffrirait pendant un nombre égal d'années dans lesquelles il se serait aidé de verres propres à rendre l'exercice de la vision facile et agréable.
Il serait illusoire de vouloir fixer d'une manière absolue la période de la vie à laquelle on doit commencer à se servir de lunettes, et le moment où il faut prendre des verres plus puissants que ceux dont on avait d'abord fait choix ; mais on peut poser comme règle générale que lorsqu'une personne, âgée de 45 ans ou plus, est obligée d'éloigner les petits objets pour les apercevoir distinctement; lorsqu'elle se rapproche comme instinctivement de la lumière, pour lire ou travailler; lorsqu'elle tient son livre ou tout autre objet très près de la lumière afin de le voir plus facilement; lorsque les petits objets lui paraissent confus après qu'elle les a regardés attentivement pendant quelque temps ; lorsque ses yeux, après un léger exercice, éprouvent une fatigue telle qu'elle est obligée pour les soulager, de les diriger vers d'autres objets ; lorsque sa vue est très faible quand elle s'éveille le matin, et ne récupère sa force accoutumée qu'au bout de quelques heures ; c'est le moment, si elle n'a point encore fait usage de lunettes, d'y recourir, ou d'augmenter la force refractive de ses verres si déjà elle en avait fait usage.
Les verres bi-convexes améliorent la vision des presbytes, en diminuant la divergence des rayons lumineux qui émanent des objets rapprochés, et en en assurant la réunion en foyers sur la rétine. Les personnes presbytes se servent parfois de ce qu'on appelle un verre à lecture (reading glass) : c'est une lentille bi-convexe assez étendue pour permettre aux deux yeux de voir au travers. Les lunettes ont pour but de rendre les objets plus distincts à une distance donnée, mais le verre à lecture grossit les objets.
Comme un ménisque produit le même effet qu'un verre bi-convexe, tout en permettant à l'œil presbyte d'apercevoir avec netteté les objets rapprochés, et en offrant à la vue sans fatigue un champ plus
PRESBY0P1E. 647
vaste, le docteur Wollaslon a recommandé celte forme de verre pour les presbytes dans les lunettes périscopiques . Elles prêtent aux mêmes objections que les verres concavo-convexes de même espèce qu'il a recommandés pour les myopes; elles augmentent l'aberration de sphéricité et de réfrangibilité. (F. p. 638.)
On doit, pour le choix des verres convexes, suivre les mêmes indications que lorsqu'il s'agit de choisir des verres concaves ; c'est-à-dire que l'on doit donner la préférence à ceux d'une puissance moindre, ou du foyer le plus long qui permette un exercice convenable de la vision ; et, de même que les verres concaves des myopes ne doivent pas leur faire voir les objets plus petits, les verres convexes des presbytes ne doivent pas non plus les leur montrer plus grands qu'à l'ordinaire (1). C'est à la lumière artificielle que l'on doit choisir les verres convexes, car ceux qui suffisent à la lumière naturelle peuvent fort bien le soir ne plus remplir leur objet.
Les personnes qui ne peuvent se rendre chez un opticien, détermineront la longueur du foyer du verre convexe qui leur convient au moyen des indications suivantes :
1. Lorsqu'elles voient distinctement les objets modérément éloignés, elles n'ont qu'à multiplier la distance à laquelle elles voient le plus distinctement les petits objets, soit vingt pouces, par celle à laquelle elles désirent pouvoir lire, soit douze pouces, et diviser le produit 240, par la différence qui existe entre les deux facteurs, soit 8; le quotient 50 sera la longueur focale du verre cherché.
2. Si la distance à laquelle la personne voit le plus distinctement est très considérable, la distance focale des verres dont elle aura besoin sera égale à la distance à laquelle elle désire voir le plus distinctement les objets.
Les personnes ignorantes emploient souvent, sous le nom de conserves, et cela avant que leur vue ait atteint le degré de presbytie qui exige l'usage de lunettes, des verres convexes de trente pouces de foyer. Elles croient que les conserves ont la propriété d'arrêter la marche de l'affaiblissement de la vue, qui est la conséquence naturelle des progrès de l'âge.
Comme c'est principalement à la lumière artificielle que le presbyte
(1) On trouve chez les opticiens des verres convexes de tous les foyers, depuis iS ponces jusqu'à 6. L'âge de la personne ne saurait fournir de donnée absolument exacte sur la longueur focale du verre à choisir; toulefois, les approximalions suivantes peuvent être considérées comme assez satisfaisantes :
On peut mesurer le foyer d'un verre convexe en le tenant près du mur d'un appartement en face d'une fenêtre ou du soleil, et en le faisant allernalivement mouvoir en avant ou en arrière, jusqu'à ce que l'image de la fenêtre ou du soleil sur la muraille devienne aussi petite et aussi dislincte que possible ; la distance qui existe alors entre le verre et la muraille indique la longueur du foyer.
Age 4.0, 45, 30, 55, 58, 60, 65, 70, 75, 80, 85, 90, 100.
Longueur du foyer en pouces. . . 56, 50, 24, 20, 18, 16, 14, 12, 10, 9, 8, 7, 6.
s'aperçoit de l'affaiblissement de la vue, il devra, autant que possible, s'abstenir le soir de toute occupation qui exige une grande application de la part des yeux. Dès qu'il les sentira chauds et fatigués, pendant qu'il lit ou qu'il écrit, ou se livre à quelque occupation analogue, il devra profiter de l'avertissement et permettre à ces organes de se reposer.
On voit parfois survenir brusquement, chez des sujets âgés de moins de 40 ans, ou même chez des enfants, une perte de la faculté d'adaptation de l'œil à la vision des objets rapprochés, qui équivaut presque à la presbytie. J'ai vu cette affection succéder, chez les enfants, à l'influenza et à quelque inflammation des tonsilles s'accompagnant d'une fièvre intense. Les malades ne pouvaient point lire à la distance ordinaire ; ils tenaient leur livre à dix-huit pouces et plus de leurs yeux, et voyaient mieux avec des verres convexes. Dans quelques cas même, un brouillard couvrait les objets éloignés. J'ai obtenu une guérison complète à l'aide des sangsues aux tempes, des vésicatoires derrière les oreilles, et de petites doses de calomel suivies de l'usage de la quinine. Le docteur James limiter rapporte un cas dans lequel la guérison fut obtenue par les purgatifs (1).
On ne peut guère douter que l'affection, chez ces enfants, n'ait été le résultat de la maladie fébrile dont elle avait été précédée ; elle parait avoir été plutôt la conséquence de quelque dérangement de la portion du système nerveux sous la dépendance de laquelle se trouve l'appareil d'adaptation, que de quelque changement survenu dans l'oeil et ayant pour résultat de raccourcir Taxe de cet organe, ou de faire varier les courbures ou la densité de ses milieux dioptriques.
Celte variété de presbytie, si nous pouvons la nommer ainsi, se distingue aisément de l'asthénopie, en ce que le dérangement de la vision est continu et persiste tant que le traitement médical n'en a pas triomphé ; tandis que, dans l'asthénopie, les accès de presbytie ne surviennent qu'après que les yeux ont été exercés pendant un certain temps, une demi-heure par exemple, ou plus, sur des objets rapprochés, et qu'ils disparaissent après un temps de repos assez court. Les cas que M. Ware(2) rapporte avoir observés chez des personnes jeunes paraissent se rapporter plutôt à l'asthénopie qu'à la presbytie.
SECTION III
Pour que la vision pût être parfaite, il faudrait que les milieux dioptriques de l'œil conservassent leurs courbures, leur densité et leur
(1) Edinburgh Médical and Surgical Journal, January 1840, p. 124.
(2) Philosophical Transactions, vol. CII1, p. 48; London, 1815.
position normales. Il est probable, toutefois, que les lentilles de l'œil, et particulièrement la cornée et le cristallin, sont sous ce rapport beaucoup plus fréquemment affectées d'irrégularité qu'on ne le suppose généralement, et que peu d'yeux sont complètement exempts de ces sortes de dérangements. Lorsqu'il s'agit d'une irrégularité légère, il en résulte que les objets, surtout ceux qui occupent une position telle que leurs rayons ne se réunissent pas en un foyer sur la rétine, et parfois aussi ceux placés à la distance de la vision la plus distincte, sont vus multipliés; symptôme auquel on a donné le nom de diplopie uni-oculaire. Mais, dans les cas graves, la vision est excessivement dérangée; et comme les rayons qui proviennent d'un point lumineux et tombent sur toute la surface de la pupille ne peuvent se trouver réunis à l'intérieur de l'œil en un point unique, mais convergent à différentes distances, de manière à former deux images linéaires qui se coupent à angle droit, l'imperfection visuelle qui en résulte a reçu le nom d'astigmatisme. Lorsque ces irrégularités de courbure sont très considérables, et surtout lorsqu'elles affectent la cornée, l'observateur peut parfois les découvrir en promenant la flamme d'une bougie au devant de l'œil du malade et en examinant l'aspect des trois images réfléchies. Le malade peut découvrir ces irrégularités en fermant un œil et en dirigeant l'autre vers un objet lumineux très étroit, bien limité, et pas trop brillant (le croissant de la lune lorsqu'il ne date que de deux ou trois jours), et en dirigeant la tète dans diverses directions-. Il apercevra alors une ligne multiple ou diversement contournée, et un examen attentif des aspects divers qu'elle offrira, suivant les circonstances, conduira parfois le malade à la connaissance de la conformation spéciale des surfaces réfringentes qui déterminent ces apparences et lui suggérera le remède à y apporter.
§ I. — Diplopîe uni-oculaire.
Une couche de mucus étendue, comme un solide mou , sur la surface de la cornée, et qui ne lui est point parallèle, peut déterminer la multiplication des images, exactement comme si l'œil regardait à travers un verre piano-convexe taillé à facettes. Le clignotement entraine en pareil cas le mucus, et la diplopie disparait.
Un effet analogue se produit quand les surfaces de la cornée ou celles du cristallin ne sont point parfaitement régulières. S'il existe quelque dérangement dans la position des diverses surfaces des milieux dioptriques, depuis la cornée jusqu'aux parties les plus profondes, ou si la pupille est remplie d'un réseau de filaments, résultant d'un épanchement fibrineux, les rayons lumineux qui pénètrent dans l'œil, au lieu de se réunir en un foyer unique, forment sur la rétine deux foyers et même davantage. Un œil myope aperçoit toujours plusieurs images
superposées de la flamme d'une bougie, lorsque celle-ci est placée beaucoup au delà de la portée de sa vision distincte; l'œil presbyte éprouve le même phénomène lorsque la bougie est placée près de lui. En s'en approchant dans le premier cas, et en s'en éloignant dans le second, on fait disparaître les fausses images; on obtient le même résultat en se servant d'un verre concave pour l'œil myope et d'un verre convexe pour le presbyte, ou, dans l'un et l'autre cas, en regardant à travers un trou du diamètre d'une épingle, ou à travers les mailles d'un tin tissu métallique (1).
Il est rare, sinon sans exemple, qu'un malade se plaigne de diplopie uni-oculaire, sans que l'œil qui n'est pas en cause soit assez affaibli pour être presque inutile. C'est alors que la diplopie devient gênante. Les deux centres de réfraction sont dans ces cas généralement plus ou moins obliques l'un par rapport à l'autre. Que l'œil soit myope ou presbyte, à mesure que le malade s'éloigne de l'objet qu'il regarde, la fausse image, qui est plus pâle et moins nettement dessinée que la vraie, s'en sépare de plus en plus dans une direction oblique en haut ou en bas, jusqu'à ce que, dans quelques cas, elle s'évanouisse et disparaisse. Lorsque la fausse image se montre en dehors et en bas, on peut en induire que la cause de la diplopie réside dans la partie supérieure et interne de l'œil.
La diplopie uni-oculaire est quelquefois un symptôme précurseur de la cataracte.
On n'a aucune notion positive sur la cause de la diplopie uni-oculaire. On a dit que, par suite d'un vice de conformation ou d'une maladie, les sommets de la cornée et du cristallin ont perdu leurs rapports normaux, ou que les pôles du cristallin ne sont plus sur une même ligne droite; mais ce sont là de pures conjectures.
M. Prévost, à l'âge de 81 ans (2), a publié son observation de diplopie uni-oculaire ; il pensait que celte altération de la vue pouvait être due à une fracture, une contusion, ou un aplatissement partiel du cristallin, ou à la séparation de ses lamelles. M. Prévost correspondait avec M. Babbage qui était affecté de diplopie de chaque œil; ce à quoi il remédiait, toutefois, en regardant à travers un petit trou pratiqué dans une carte, ou à travers un verre concave.
Tout ce que l'on peut faire pour remédier à la diplopie uni-oculaire, c'est de recourir, comme moyen palliatif, à l'emploi d'un verre concave ou convexe, suivant que l'œil malade est myope ou presbyte (5).
(1) Cranmore. Philosophieâl Magazine, June 1850, p. 4-85.
(2) Annales de Chimie et de Physique, t. LI, p. 210 ; Paris, 1852.
(5) Consultez sur la diplopie uni-oculaire : Heyfelder, Animons Zeitschrift fur die Ophthalmologie, vol. IV, p. 189; Leipzig, 1854 : Steifensand , Giaefe und Walther's Journal der Chirurgie und Augenheilkunde, vol. XXIII, p. 80; Berlin, 1855 : Szokalski, de la diplopie unioculaire; Paris, 1859. [Discussion à propos de celte dissertation enlre MM. Degmoi.le et Szokalski. Ann. d'Ocul., t. III. pp. 27, 150, 167.]
RÉFRACTION IRRÉGULIÉRE. 651
? II. — Astigmatisme.
De a privatif, et <7Tty[j.a, point.
On a rapporté de nombreux cas dans lesquels, par-suite de quelque altération de la réfraction , les rayons lumineux tombant sur l'œil sont plus vile réunis en foyer clans le plan vertical que dans le plan horizontal; de sorte que l'œil, considéré comme instrument d'optique, n'est point symétrique autour de son axe. On rencontre beaucoup d'yeux qui sont dans un état tel que, si une ligne droite, tracée en noir sur une feuille de papier, leur est présentée dans le sens vertical, elle leur apparaît double, tandis quelle parait simple dès l'instant où on la place dans le sens horizontal.
Le docteur Young (1) nous dit que « son œil, dans le regard vague, rassemble en un foyer sur la rétine les rayons qui divergent verticalement d'un objet placé à dix pouces de sa cornée et ceux qui divergent horizontalement d'un objet placé à sept pouces de distance. » C'est ce qui devrait arriver si la cornée, au lieu d'être une surface de révolution, dans laquelle la courbure de toutes les sections passant par l'axe est égale, avait une autre forme dans laquelle la courbure du plan vertical fût supérieure à celle du plan horizontal. Toutefois, le docteur Young pensait que la cause de l'altération visuelle qui existait chez lui était due à une obliquité de la cornée et du cristallin par rapport à l'axe visuel. Le même effet pourrait se produire si l'une ou les deux surfaces du cristallin étaient cylindriques, ou si la variation de sa densité n'était point symétrique.
Le professeur Fischer, de Berlin, remarqua que, lorsqu'il plaçait devant lui un certain nombre de lignes minces et parallèles, il pouvait aisément les compter à la distance de quinze à vingt pouces, tant qu'elles étaient dans une position horizontale, mais que, dès qu'il y donnait une position verticale, il ne pouvait plus les distinguer, à moins de les rapprocher de son œil à la distance de six à huit pouces. Lorsqu'il regardait les barres d'une fenêtre en maintenant la tête dans une position verticale, la barre transversale lui paraissait plus longue qu'elle n'aurait dû être; mais, lorsqu'il inclinait la tête vers son épaule, c'était la barre verticale qui lui paraissait allongée (2).
M. Airy, astronome royal, a rapporté un semblable cas de réfraction irrégulière existant dans l'un de ses yeux.
Obs. 544. — M. Airy découvrit qu'en lisant il ne se servait pas habituellement de son œil gauche qui lui était complètement inutile pour regarder les objets rapprochés; l'image qui se formait dans cet œil n'était point perçue, à moins que l'attention ne fût particulièrement dirigée sur elle. Supposant que cela n'était dû qu'à une habitude vicieuse dont il pourrait se corriger en se servant autant que possible de l'œil gauche, il essaya de lire, l'œil droit fermé ou recouvert d'un bandeau; mais il s'aperçut que, à quelque distance
(1) On tlie Meelianism of IheEye; Pliilosophical Transactions, for 1801.
(2) Gersojj. De forma corneœ, p. 17 ; GoUingaj, 1810.
qu'il plaçât son livre, il ne pouvait distinguer une seule lettre, au moins lorsque l'impression était petite. Quelque temps après, il remarqua que l'image formée dans son œil gauche par un point brillant, comme une lampe éloignée ou une étoile, n'était point circulaire comme celle perçue par un œil n'ayant d'autre défaut que celui d'être myope, mais elliptique, le plus grand axe de l'ellipse formant un angle d'environ 35" avec la verticale, et son extrémité la plus élevée étant inclinée à droite. En mettant des lunettes à verres concaves, qui lui permettaient d'apercevoir distinctement de l'œil droit les objets éloignés, il trouva que, pour son œil gauche, un point lumineux éloigné avait l'apparence d'une ligne bien délimitée, correspondant exactement pour la direction et presque pour la longueur au grand axe de l'ellipse dont nous avons déjà parlé. Il reconnut aussi qu'en traçant sur le papier deux lignes noires se croisant à angle droit, et en plaçant le papier dans une position convenable et à une certaine distance de son œil, l'une de ces lignes était vue très distinctement, tandis que l'autre était à peine perçue. En rapprochant au contraire le papier de son œil, la ligne vue distinctement disparaissait, et l'autre devenait bien distincte. Tous ces phénomènes indiquaient que la réfraction de l'œil était plus grande dans le plan presque vertical que dans celui qui forme avec lui un angle droit, et. par conséquent, qu'il n'était pas possible de rendre la vision distincte au moyen de verres à surfaces sphériques. M. Airy reconnut en effet qu'en tenant le verre concave obliquement, ou en regardant directement à travers une partie située près du bord, il voyait les objets sans confusion ; mais la distorsion produite dans chacun de ces cas était telle, qu'il ne pouvait espérer de se servir de son œil à moins qu'il ne trouvât quelque chose de plus efficace.
Le but de M. Airy fut alors de trouver une lentille qui réfractât plus puissamment les rayons lumineux suivant un plan que suivant un autre formant un angle droit avec le premier; sa première idée fut d'employer un verre à surfaces cylindriques et concaves, les axes des cylindres se croisant à angle droit, et leurs rayons différant. Pour démontrer que cette construction atteindrait le but, il suffit de se figurer une pareille lentille divisée en deux lentilles par un plan perpendiculaire à son axe : il est facile de voir que la réfraction de l'une ne serait pas sensiblement altérée par la réfraction de l'autre, et que la réfraction définitive serait une combinaison des deux autres. Les rayons, dans l'un des plans, seraient rendus complètement divergents par l'une des lentilles, et ceux de l'autre plan par l'autre lentille. Cette construction était donc suffisante; mais, afin de faciliter l'émoulage et de diminuer les courbures, on crut convenable de faire l'une des surfaces cylindrique, et l'autre sphérique, mais toutes deux concaves.
Pour découvrir les données nécessaires à la formation de cette lentille, M. A. pratiqua avec la pointe d'une aiguille un très petit trou à travers une carte noircie, qu'il fit glisser sur une échelle graduée; éclairant alors fortement une feuille de papier, et tenant la carte entre elle et son œil, il eut un point lumineux sur lequel il put faire ses observations avec facilité et exactitude. Appuyant l'extrémité de l'échelle sur l'os de la pommette, et faisant glisser la carte sur l'échelle, il trouva que ce qu'il apercevait comme un point lorsque la carte était contre son œil, apparaissait, lorsqu'elle était à la distance de 6 pouces, comme une ligne bien limitée, inclinée de 35 degrés environ par rapport à la verticale, et sous-tendant approximativement un angle de 2 degrés. A la distance de trois pouces et demi, apparaissait une ligne droite bien définie formant un angle droit avec la première et ayant la même longueur apparente. Il fallait donc que la lentille à construire put, lorsque l'un de ses plans faisait diverger les rayons parallèles à la dislance de trois pouces et demi, les faire diverger par l'autre plan à la dislance de six pouces.
M. Airy s'étant procuré une lentille sphérico-cylindrique dont le rayon de la surface sphérique mesurait 3 pouces et demi, et celui de la surface cylindrique un pouce déplus trouva qu'il pouvait lire le plus petit texte à une distance considérable, avec l'œil gauche aussi bien qu'avec l'œil droit. Il remarqua que la vision était plus distincte lorsque la surface cylindrique n'était point dirigée du côté de l'œil; et comme, lorsque la lentille s'en trouvait écartée, elle altérait la figure des objets en réfractant diversement les rayons suivant ses différents plans, il fit construire la monture de ses lunettes de façon à maintenir le verre assez rapproché de l'œil. A l'aide de ces précautions, il reconnut que l'œil qu'il avait d'abord craint devoir lui être inutile, pouvait, sous tous les rapports, lui rendre presque autant de services que l'autre.
« Je crois qu'il est généralement reconnu, dit M. Airy, que là où la direction de l'axe de l'œil est déviée, la vue de l'œil est troublée, mais non perdue. La déviation est attribuée par beaucoup d'auteurs au manque d'exercice de l'œil; conséquence du trouble visuel dont
il est le siège. Si l'on reconnaissait que le dérangement de la vision est semblable à celui que j'ai décrit, on pourrait parfaitement le corriger. La recherche du défaut visuel, à l'aide du moyen que j'ai indiqué en détail, est très facile; et il suffit de décrire exactement l'aspect que présente le point brillant à des distances différentes, pour que l'opticien, à l'aide de données théoriques, puisse construire un verre qui rende distincte la vision de l'œil affecté. Si le trouble résulte d'une insensibilité du nerf optique ou d'une opacité des humeurs, il n'y peut rien ; mais il a le pouvoir de corriger tous les défauts qui proviennent d'une altération des surfaces réfringentes (1). »
Ayant eu occasion, vingt ans après la première communication qu'il avait faite à la Cambridge Pliilosophical Society relativement au vice de conformation de son œil gauche, d'expliquer qu'un changement était survenu dans l'état de cet œil, M. Airy en profita pour dire que, comme le résultat de ce vice de conformation était d'empêcher les rayons provenant d'un point lumineux et tombant sur toute la surface de la pupille, de converger en un point unique à l'intérieur de l'œil et de les faire converger de façon à les faire passer par deux lignes se coupant à angle droit, le Rév. docteur Whewell avait donné à ce phénomène le nom d'astigmatisme. M. Airy ajouta que de 1825 à 1846, tandis que la myopie de son œil gauche avait diminué, l'altération qui produisait l'astigmatisme n'avait subi que peu ou pas de changement.
« En examinant l'œil droit de la même façon, dit M. Airy, je n'y trouve aucune altération perceptible. L'image d'un petit trou est un point lumineux très nettement dessiné. La distance à laquelle se maintient la netteté est presque aussi exactement que possible 4,7 pouces, la même que la distance la plus rapprochée à laquelle l'œil gauche perçoit, sous forme d'une ligne bien limitée, l'image d'un point. Il semblerait donc que la conformation normale des deux yeux fût la même et que l'altération qui existe dans l'œil gauche ressemblât à celle qui serait produite par une réfraction à travers un milieu dense cylindrico-concave, ou à travers un milieu rare cylindrico-convexe, surajouté à la réfraction normale (2). »
La publication du cas de M. Airy ayant attiré l'attention sur les troubles de la vision dus à des vices de conformation des lentilles de l'œil, on a recueilli divers exemples remarquables de semblables altérations. L'œil droit du docteur Goode constitue l'un de ces cas (5); un second a été observé clans les deux yeux d'un malade du docteur Jfamilton (4) , et un troisième dans les deux yeux d'un ecclésiastique de Philadelphie, dont l'observation, recueillie par lui-même, a été publiée par le docteur Hays (5). Chez le docteur (ioode, l'affection paraît avoir été héréditaire, sa mère ayant dans chacun de ses deux yeux un dérangement visuel de semblable nature. Le malade du docteur Hamillon, outre qu'il était myope et astigmalique, était de plus héméralope. Lorsqu'il regardait une horloge, il ne pouvait reconnaitre l'heure lorsque les aiguilles étaient verticales; mais il le faisait facilement lorsqu'elles occupaient une position horizontale (G). Dans chacun de ces trois cas, on remédia au dérangement visuel à l'aide de lentilles planes
(1) Transactions of the Cambridge Pliilosophical Society, vol. II, p. 267 ; Cambridge, 1827.
(2) Ibid-, vol. V11I, p. 561 ; Cambridge, 1849.
(5) Ibid., p. 4.93, and Monlhly Journal of Médical Science, April, 1848, p. 711.
(4) Ibid., June, 1847, p. 891.
(5) Lawrence. On Discases of the Eye, edited by Hays, p. 6G9 ; Philadelphia, 1854.
[(6) M. W., qui m'a consulté le 3 août 1835, voit distinctement les lettres disposées verticalement et confusément celles qui sont horizontales. Des brins de paille placés horizontalement sur le pavé le fatiguent. Il est un peu myope. Un verre concave diminue rastygmalisme dont il est atteint. 11 trouve que son affeelion est plus prononcée lorsqu'il a l'estomac dérangé. {Note de M. Mackcnzie.)]
d'un côté et concavo-cylindriques de l'autre. Lorsque Ton a trouvé une lentille d'une force convenable, elle corrige l'aberration visuelle à toutes les distances; ce qui prouve qu'elle est indépendante de l'état des organes d'adaptation. Lorsqu'une personne affectée d'astigmatisme est en même temps presbyte ou myope, la courbure nécessaire pour corriger l'astigmatisme peut être combinée avec celle que réclame l'état de myopie ou de presbytie de l'œil . Une lentille cylindrique ne détermine ni convergence ni divergence des rayons parallèles qui tombent dans le plan de son axe ; tandis qu'elle fait converger ou diverger les rayons qui tombent sur un plan rencontrant son axe à angle droit, comme le ferait une surface sphérique d'égale courbure. Si donc on réunit une surface cylindrique à une surface sphérique, le foyer de la surface sphérique n'éprouvera aucun changement dans l'un de ses plans, mais dans l'autre il se trouvera transformé en celui que donne une lentille sphérique, ajoutée à une surface sphérique de courbure égale à celle du cylindre (1).
La courbure à donner à la surface cylindrique doit être calculée au moyen des distances auxquelles la carte se trouve de l'œil au moment où se forment les deux lignes focales; mais on éprouve quelquefois de la difficulté à empêcher l'œil de changer son état d'adaptation pendant que l'on mesure les distances. Le professeur Slokes, de Cambridge, pour obvier à cet inconvénient, a construit un instrument propre à déterminer la nature de la lentille dont on a besoin ; il en a donné la description cà la réunion de 1849 de la British Association for the Advancement of Science (2);
SECTION IV
PHOTOPSIE.
Syn. — Pholopsie, de cçwç, lumière, et o^iç, vision. Mccptiapuy/] ; Hippocralos. Visus lucidus.
11 est évident que, dans l'état de santé, nous ne devons percevoir ni impression de sensations visuelles, ni éclairs lumineux par suite de changements internes survenus dans l'œil, ni fausse perception d'aucun genre; que nous devons voiries objets avec leurs couleurs naturelles, et non revêtus de teintes qui leur soient complètement étrangères, ou dont ils sont généralement exempts , et que nous ne devons avoir l'impression des objets extérieurs, que lorsque ces objets sont présents, et agissant actuellement sur les organes de la vision. Telle est néanmoins
(1) Herschel. Encyclopœdia Metropolitana , article Light, p. 398, § 559 : Airy et Goode, Op, cit. : Brewster, Edinburgh Journal of Science, October, 1827, p 525.
(2) Notices of Communications to the British Association, 1849, p. 10; London, 1850 : Cooper. On Near-Sight, etc., p. 219; London, 1855.
PHOTOPSIE. 655
la constitution de l'appareil optique que, par suite des dérangements divers dont il est passible, il peut faire éprouver beaucoup de sensations qui ne sont point la production de prototypes actuellement devant nous. Un simple affaiblissement de cet appareil donne fréquemment naissance à ces phénomènes.
Dans cette section, ainsi que dans les suivantes, nous aurons à noter de fausses sensations visuelles des plus remarquables. La première est ce qu'on appelle la photopsie.
C'est un fait vulgairement connu que des sensations lumineuses peuvent être excitées, indépendamment des impressions ordinaires produites par les objets extérieurs. L'éclair, produit par l'action d'éternuer, par une légère pression, par un coup brusque sur l'œil, par le passage d'un courant galvanique à travers diverses parties de la face, comme dans la simple expérience qui consiste à appliquer sur la langue un morceau de zinc et une pièce d'argent, et à les mettre ensuite en contact, suffit pour démontrer que la rétine peut être affectée de façon à donner des sensations lumineuses indépendantes de la présence de la lumière. Dans les trois derniers cas que nous venons de citer, l'effet se produit, que les yeux soient ouverts ou fermés, et que l'expérience se fasse au jour ou dans l'obscurité.
L'exemple le plus simple que l'on puisse citer de la photopsie, aussi bien que d'une autre fausse sensation appelée chrupsie ou vision colorée, est indiqué par Newton en ces termes dans la question 16, à la fin de son Optique : — « Lorsqu'une personne, plongée dans l'obscurité, comprime avec le doigt l'un ou l'autre coin de son œil et qu'il dirige cet organe dans un sens opposé à la pression, il aperçoit un cercle de couleurs semblables à celles des plumes de la queue d'un paon. Si l'œil et le doigt restent en repos, ces couleurs s'évanouissent en un instant; mais si l'on retire le doigt en y imprimant un mouvement de tremblottement, elles reparaissent de nouveau.» Cette expérience fournit à la fois un exemple de photopsie et de chrupsie, produites par une pression artificielle sur la surface convexe de la rétine (1).
(1) La production d'un spectre lumineux et coloré, que nous avons mentionnée dans le texte, a été appelée pho.iphène ( de cpak, lumière, et tpatvo), je fais paraître) par M. Serres d'Uzès, qui (a) a recommandé la compression brusque du globe de l'œil comme un moyen propre à faire distinguer les maladies de la rétine et du nerf optique de celles du cristallin, de Tins et des autres parties situées au devant de la rétine. Dans l'amaurose, le glaucome, et les autres affections des parlies nerveuses, les spectres s'affaiblissent en proportion de l'altération de la puissance nerveuse, cl ils manquent complètement lorsque toute sensibilité visuelle est perdue. Au contraire, dans les nombreuses affections oculaires dans lesquelles les rayons lumineux ne viennent plus former d'images sur la rétine, à cause de l'opacité des parlies qu'ils ont à traverser, les speclres sont aussi brillants que jamais. Ceci ne se rapporte qu'aux spectres produits par la pression sur le globe de l'œil ; car, ainsi que l'établit Mùller (Eléments of Physiology , traduits par Baly, vol. Il, p. 1072; Loudon, 1842), des spectres lumineux peuvent se produire dans l'amaurose complète, ou même après l'extirpation du globe de l'œil, par suite de causes internes affectant le cerveau. [ V. le chapitre spécial sur la rélinoscopie pliospbénienne. T. W.]
(a) Annales ilOculislique, t. XIX, p. 75; t. XXIV, pp. 31, 160, 247; t. XXV, p. 126; Bruxelles, 1818, 1850, 1851 ; Bulletin yéneral de thérapeutique, t. XLVI, p. 490, Paris, 1831.
0o6 ANOMALIES DIVERSES DE LA VISION.
Il y a aussi des sensations lumineuses qui sont le résultat de maladies de l'appareil optique. Des éclairs lumineux, des étoiles brillantes, un scintillement semblable à celui produit par d'innombrables -pointes d'aiguilles, ou les arêtes de nombreux prismes, et une multitude d'autres spectres lumineux, accompagnent la choroïdite (V. p. 60) et se montrent au début des diverses variétés d'amaurose congestive. Dans quelques cas spéciaux et très douloureux dhyperesthésie oculaire, le malade est tourmenté par une sensation semblable à celle qu'il éprouverait si ses yeux étaient dirigés vers des globes lumineux nageant et tournoyant devant lui, ou s'il regardait une mer d'or fondu.
Les tourments éprouvés par les malades affectés de ces fausses sensations varient beaucoup en intensité; mais, en tout cas, ces spectres lu-' mineux sont moins faciles à supporter que les spectres noirs ou semitransparents, fixes ou flottants, que l'on rencontre fréquemment, et que l'on a appelés mouches.
La photopsie peut être le résultat d'une irritation de toute portion de l'appareil optique nerveux, depuis sa terminaison périphérique à la rétine jusqu'à son origine centrale dans les corps quadrijumeaux. De même que la maladie du pont de Varole ou des ganglions de Gasser détermine une névralgie de la cinquième paire, de même le malade peut être troublé par des éclairs et des étincelles, lorsque le nerf optique, ou le point du cerveau d'où il tire son origine, est affecté de maladie.
Toute cause qui agit en produisant une compression légère de l'une ou l'autre surface de la rétine, détermine une sensation lumineuse; si l'on augmente beaucoup la pression, la membrane devient complètement insensible pendant un certain temps.
Lorsqu'on regarde 'fixement pendant quelques minutes un ciel clair, on commence à voir une multitude de petits points lumineux s'élançant dans toutes les directions dans le champ de la vision. Le mouvement qui anime ces points est réel et complètement indépendant de tout mouvement du globe de l'œil , et ressemble si exactement au mouvement de la circulation, tel qu'on le voit au microscope dans la membrane inter-digitale de la grenouille, que l'on ne peut guère douter que ces points ne soient dus au passage du sang à travers les vaisseaux soit de la rétine, soit de la choroïde.
La perception de ce spectre circulatoire, pendant l'exercice ordinaire de la vision, et lorsqu'on ne cherche point à le produire en regardant fixement le ciel, est, dans quelques cas, l'un des premiers symptômes del'amaurose; il dégénère graduellement en rayons lumineux, en étincelles de feu et en lueurs colorées. Au bout d'un certain temps, la compression de la rétine persistant et s'accroissant, ces apparences se transforment en d'autres d'un caractère tout opposé, que l'on connaît sous le nom de mouches fixes.
PHOTOPSIE. 657
Les personnes qui ont souffert d'ophthalmies internes sont souvent troublées par des sensations telles que celles d'un anneau lumineux tournoyant devant elles; celles prédisposées à l'apoplexie, lorsqu'elles relèvent la tête après s'être baissées, voient une pluie de spectres brillants; des éclairs lumineux sont souvent les précurseurs d'attaques convulsives comme l'épilepsie. Des sensations semblables surviennent cbez les sujets soumis aux inhalations d'éther ou de chloroforme, au moment où l'insensibilité va se produire. L'inhalation du gaz oxyde nitreux produit aussi des spectres lumineux. Le phrénitis s'accompagne de fausses impressions de la même nature, qui persistent souvent longtemps après que les autres symptômes ont disparu. Dans l'hypertrophie et la dilatation du cœur , les malades accusent fréquemment des éblouissements, aussi bien qu'une céphalalgie obstinée et d'autres symptômes cérébraux. Dans quelques cas, la photopsie n'est qu'un effet sympathique de quelque dérangement de l'estomac ou de l'ingestion de quelque substance vénéneuse. La digitale est bien connue pour produire cet effet. J'ai vu accuser de produire la photopsie le thé pris au déjeuner, et que l'on soupçonnait contenir les feuilles de quelque plante vénéneuse; le sujet éprouvait la sensation de lignes argentées décrivant des zigzags devant ses yeux, un obscurcissement de la vue, et le visus interruptus ; de sorte que par moments il ne voyait ni le mot ni la lettre qu'il regardait; symptômes qui disparaissaient au bout d'une heure ou deux. Après les fièvres ou tout autre maladie qui oblige le malade à conserver longtemps la position horizontale, on voit souvent survenir la photopsie ; mais elle disparait en général promptement dès que le malade peut se tenir debout.
Il est d'une grande importance de pouvoir, dans chaque cas, reconnaître la vraie cause de la photopsie et de la distinguer soigneusement de la photophobie. (V. t. I, p. 249, 792.) Cette dernière affection simule souvent la première, surtout chez les malades scrofuleux, hypochondriaques ou hystériques. La cause de la photopsie une fois découverte, on ne peut guère se méprendre sur la nature du traitement à y opposer. Sir David Brewster (1) rapporte le cas d'un malade qui éprouvait constamment la sensation d'un cercle lumineux placé devant lui, par suite dune excroissance située à la face interne de la paupière, et qui produisait une pression continue sur le globe de l'œil. Lorsque la photopsie est due à une congestion cérébrale, la saignée est nécessaire; quand c'est la dyspepsie qui en est la cause, les émétiques et les purgatifs, suivis de l'usage des toniques, sont indiqués.
Le cas suivant de photopsie, plein d'intérêt, est rapporté par M. Ware, qui reproduit les termes mêmes employés par le malade, qui était médecin :
(1) l'hilosopliical Magazine, Augusl, 1852, \i. 90.
Obs. 545. — Il y a environ dix ans, j'avais alors 48 ans, que j'ai éprouvé la première attaque de la maladie que je me propose de décrire; elle s'est depuis ce moment jusqu'aujourd'hui reproduite à des intervalles irréguliers. Le premier phénomène qui annonce le début de l'attaque est une sensation spéciale et indescriptible qui se manifeste au fond de l'œil; elle ne constitue point- une douleur, et elle est si légère que je ne saurais en déterminer l'existence, si mon attention ne se fixait particulièrement sur elle. Au bout de quelques secondes, les objets deviennent, dans un petit point situé presque au centre du champ de la vision, indistincts, et peu après invisibles.
Quelques secondes plus tard, c'est-à-dire environ une demi-minute après le début de l'attaque, le point qui était invisible devient lumineux; il ressemble à un point circulaire, d'un huitième de pouce de diamètre environ, et dans lequel une flamme jaune semble onduler du centre à la circonférence avec une rapidité égale à son éclat. Ce point s'accroît par l'extension de la flamme ondulante jusqu'à acquérir un diamètre d'environ trois quarts de pouce, ce qui arrive en général au bout de six à huit minutes. Le voile igné qui cachait les objets s'amincit au centre, et les objets deviennent visibles au travers de lui. La vision s'accroît jusqu'à ce qu'enfin il ne reste plus qu'un anneau lumineux qui semble se perdre en s'étendanl au delà du champ de la vision. Les retours de l'attaque ont été très irréguliers. Quelquefois elle est revenue journellement pendant huit à dix jours de suite; d'autres fois il s'est écoulé plus d'un mois sans qu'elle reparût. Pendant une matinée, 1 attaque revint presque à chaque heure ; dans ces derniers temps, les intervalles ont été beaucoup plus éloignés, et il y a maintenant plus de trois mois que j'en suis exempt. Il n'existait d'abord point de douleur; mais, pendant les douze derniers mois, un léger malaise siégeant sous le front et du côté opposé à l'œil affecté, s'est généralement manifesté pendant et après l'attaque. L'affection est commune aux deux yeux, bien qu'elle ne se manifeste jamais dans tous deux à la fois. Ma vue n'est point altérée, bien que la sensibilité de la rétine paraisse accrue d'une façon morbide; car un objet fortement éclairé produit une image plus brillante qu'il ne le faisait auparavant. Il y a six semaines environ que j'eus le déplaisir d'apercevoir un petit point circulaire noir qui, changeant de place à chaque mouvement de l'œil, me fit trouver parfaitement approprié le nom de musca volitans qu'on lui a donné. Je fus naturellement alarmé par l'idée que ce pouvait être un commencement de paralysie partielle, suite de l'augmentation morbide d'action qui s'était si fréquemment montrée dans la rétine ; mais, six semaines s'étant maintenant écoulées sans que ce symptôme ait reparu, je me suis rassuré à cet égard. La cause immédiate de mon affection me paraît avoir été un accroissement irrégulier d'action de la rétine, et les causes éloignées un excès d'exercice de l'intelligence, joint à l'emploi trop prolongé des yeux et à un étal de dérangement de l'estomac et des intestins.
Quant au traitement, quelque reproche que j'avoue mériter à cet égard, je dois dire que je n'en ai pendant longtemps employé aucun. Il y a trois ans environ, ayant été fatigué par la répétition à de courts intervalles, et quelquefois deux ou trois fois par jour, des attaques que j'ai décrites ci-dessus, je vins vous consulter, et sur votre conseil je pris cinq grains de calomel. A la suite de l'emploi de ce moyen, le spectre ne reparut plus pendant plusieurs mois; lorsque je le vis de nouveau, il céda à la répétition du même remède. L'année d'ensuite, ayant voyagé deux jours sans me reposer et pris une nourriture qui ne me convenaitpas,le matin du troisième jour les attaques se répétèrent si fréquemment, que je ne pus qu'avec difficulté continuer mon chemin. Je m'arrêtai donc, et pris ma dose de calomel; après quoi le spectre disparut immédiatement et fut plusieurs mois sans revenir. Les points noirs disparaissaient, tout comme les points lumineux, sous l'influence du médicament, et il y a maintenant longtemps que je suis exempt des uns et des autres (1). »
(1) Medico-Cliirurgiciil Transactions, vol. V, p. 274-; London, 18U. Voyez le cas de M. Savigny, Archives générales de médecine, Aoùl 1858, p. 4-95.
CHRUPSIE. 659
SECTION V
CHRUPSIE.
Syn. — Chrupsie, de^pûa, couleur, et odnç, vision. Visus coloralus. Vision irisée.
Les malades atteints d'amaurose incomplète se plaignent assez fréquemment que les objets lumineux, tels qu'une bougie allumée, leur apparaissent entourés des couleurs de l'arc-en-ciel. Ce symptôme, que l'on appelle chrupsie, peut dépendre de quelque dérangement des lentilles de l'œil, d'où résulte un trouble dans leurs propriétés achromatiques, ou de quelque irritation, par pression ou par toute autre cause, de la surface convexe de la rétine ou de quelque portion du nerf optique. Il existe donc deux variétés de chrupsie, l'une dioptrique et l'autre nerveuse.
On peut produire à volonté la chrupsie dioptrique en faisant arriver hors de sa distance focale sur la rétine l'image d'un objet extérieur. Si Ton place devant les yeux un objet blanc sur un fond noir, ou un noir sur un fond blanc, et qu'on le tienne plus rapproché ou plus éloigné que la distance pour laquelle les yeux sont accommodés dans ce moment, l'objet parait double, confus et entouré de franges colorées. Ces franges peuvent constituer le symptôme d'une affection de l'appareil d'adaptation, sans que la rétine ait éprouvé aucun changement. Millier (1) indique comme un exemple de ce phénomène le bord rouge qui environne les lettres d'un livre, lorsque la faculté d'adaptation est paralysée par la colère, une grande contention d'esprit, ou le besoin de dormir. La chrupsie dioptrique survient aussi lorsque nous suspendons la faculté d'adaptation et que nous dilatons la pupille au moyen de la belladone.
On peut mentionner comme une variété de chrupsie dioptrique la teinte jaune dont on voit les objets revêtus dans certains cas de jaunisse. Ordinairement, les malades atteints de cette affection n'aperçoivent aucun changement de couleur dans les objets qui les environnent; mais, lorsque les humeurs de l'œil et la cornée sont teintes profondément par la bile, alors tous les objets paraissent teints en jaune. Le docteur Mason Good a observé ce phénomène sur lui-même (2).
Un de mes malades, affecté d'un prolapsus de la portion nasale de l'iris à travers une plaie de la cornée, voit tous les objets revêtus d'une teinte verdàtre.
La chrupsie nerveuse présente aussi des variétés suivant qu'elle dépend d'une affection de la rétine ou du cerveau, ou suivant qu'elle
(1) Elemenls of Physioloey, iraduils par Raly, vol. II, p. 1161 ; London, 1842.
(2) Studyof Medicine, vol. I, p. 420; London', 1829.
communique aux objets une teinte non naturelle mais uniforme, ou qu'elle les fait voir bordés par les couleurs du prisme.
Une jeune dame que je soignais pour une sclérotite scrofuleuse, voyait des teintes brillantes de bleu, de vert et de rouge, voltigeant sur les objets qu'elle regardait, tels que la figure d'une personne assise devant elle, ou le mouchoir blanc qu'elle tenait à la main. Je pensai que ce phénomène était dû à une compression de la rétine.
Boyle (1) mentionne la vision irisée parmi les premiers symptômes accusés par les personnes infectées par la peste. Ce phénomène persistait pendant un jour et était habituellement enlevé par un vomitif. 11 rapporte aussi un cas de vision irisée, due à une chute sur la tête près de l'œil ; ce symptôme persista pendant cinq à six semaines (2).
Patouillat (5) rapporte l'observation de neuf personnes empoisonnées par des racines de jusquiame que l'on avait prises pour des panais. Traitées les unes par l'émélique, les autres par la thériaque, elles se rétablirent; mais pendant le premier jour de leur empoisonnement elles virent double, et pendant le second jour tous les objets leur parurent aussi rouges que de l'écarlale.
[La famille d'un teinturier, composée du père, de la mère et de plusieurs enfants adultes, prit une quantité assez forte de semencontrà, arrivé depuis peu et remarquable par sa belle couleur verte. Outre l'évacuation de nombreux vers intestinaux, ce remède produisit le phénomène de changer, pour chaque membre de celte famille, le rouge en orange et le bleu en vert; effet qui cessa dès le lendemain (4-).
Le docteur de Brenner raconte que, ayant fait prendre de la santonine à une jeune fille, à la dose de deux grains, de deux en deux heures, elle se plaignit, quand elle en eut pris dix grains, que tous les objets lui paraissaient jaunes. Le lendemain, ce phénomène avait disparu (5). T.W.]
Un malade du docteur Conolly lui dit que, pendant un certain temps après une attaque de paralysie, tout lui paraissait teint en vert (6).
Le docteur Parry (7) rapporte quatre cas dans lequels les malades voyaient les objets d'une autre couleur que celle qui leur était propre. L'un d'eux, un vieux général , voyait le soir, un peu avant le momentoù l'on allume les lumières, et pendant une heure le matin ens'éveillant, tous les objets blancs de couleur orange foncé, approchant de l'écarlale. Un autre, qui était une dame, voyait souvent les objets blancs d'un bleu brillant.
Obs. 546. — Dans le mois de juillet, une dame d'un âge avancé se rendit de Londres
(1) Experiments and Considérations loucliing Colours, p. 14; London, 1670.
(2) Ibid., p. 17.
(3) Philosophical Transactions, vol. XL, p. 446 ; London, 1741. [(4) Wittcke. Med. Zeitung f. d. II. in Preusse, 1852. n° 7.]
Q5) OEsterreichisehe Zeitsclirift fur praklische Heilkunde, 1855, nn 53, p. 500.]
(6) Inquiry eoncerning llie Indications of lnsanity, p. 258; London, 1850.
(7) Collections from the unpublislied Médical Writings of C H. Parry, M. D., vol. I, p. 560, 568 et 569; London, 1825.