‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 103 sur 472 · DE LA PSEUDO-MÉNINGITE DANS L'ANÉMIE ET DANS LA CHLOROSE · texte numérisé non relu

DE LA PSEUDO-MÉNINGITE DANS L'ANÉMIE ET DANS LA CHLOROSE

névroses ischémiques el congestives, des congestions, et quelquefois des hémorrhagies pulmonaires, nasales et utérines.

Malgré l'anémie générale extérieure, il y a souvent des parties qui sont le siège d'une congestion sanguine locale, \insi, chez quelques chlorotiques, les pommettes sont 1 îès-colorées; il y en a qui ont de fréquents saignements de, nez on des règles très-abondantes, ce qui les affaiblit de pins en pins ; chez quelques-unes, il y a des congestions pulmonaires chroniques, on même des hémoptysies qui sont L'origine d'une phthisie pulmonaire par pneumonie caséeuse; ailleurs, ce sont des congestions du larynx passagères avec toux sèche passagère, des névralgies de la cinquième paire avec larmoiement, gonflement et rougeur des paupières, des vertiges ischémiques on congestifs, des névralgies de toute espèce, etc.

Sans comparer en quoi que ce soit les troubles de la circulation capillaire des chlorotiques à ceux qu'on observe dans la véritable pléthore, il est certain que, sinon dans leur cause, mais dans leur expression symptomatique, les troubles cérébraux chlorotiques ou anémiques ont la plus grande analogie avec les mêmes .troubles produits par la pléthore. C'est ce qui fait journellement commettre tant d'erreurs par ceux qui, ne voyant que la pléthore globulaire dans le vertige anémique, saignent des malades qu'il faut, au contraire, traiter par les toniques et les préparations arsenicales.

Quoi qu'il en soit, il y a des troubles fonctionnels cérébraux déterminés par la chlorose et par l'anémie : cela est admis. La clinique en a fourni les preuves. Mais, s'il y a des troubles cérébraux chroniques par anémie ou par ischémie cérébrale, par fausse pléthore ou pléthore séreuse, existe-t-il des troubles semblables se présentant sous la forme aiguë fébrile? Je le pense, et je vais le démontrer par quelques observations de pseudo-méningite sympathique de l'anémie. C'est ce que l'on peut appeler aussi une nécrose congestive de l'encéphale (1). Seulement, chez quelques malades, comme cette congestion névropathique donne lieu à des phénomènes de méningite qui n'aboutissent pas, elle mérite assez bien le nom de pseudo-méningite.

Chez des sujets chlorotiques ou anémiques, ayant de la gastralgie habituelle, il se produit quelquefois des vomissements, de la constipation, des douleurs de tête avec cris hydrencéphaliques, de la somnolence, de la fièvre avec irrégularités et intermittences du pouls; chez une malade même, j'ai vu l'incontinence momentanée des matières fécales et des urines compliquant cette situation.

Cet état dure huit à quinze jours, avec des alternatives d'exacerbation ou d'affaiblissement, puis il disparaît, et les malades restent dans leur état de chlorose comme avant l'attaque congestive de pseudo-méningite.

Maintenant, dira-t-on, dans ces cas, y a-t-il quelque chose qui autorise à affirmer L'existence d'une congestion cérébrale, alors qu'à l'extérieur la peau est pale, et qu'il \ aurait plutôt lieu de conclure à une anémie qu'à un état eongestif? Oui; d'abord il existe quelquefois un gonflement avec rougeur des paupières et des conjonctives, qui indique uu certain degré d'hyperhémie d'une partie de la tète. Or, s'il \ a congestion névropathique des paupières^ pourquoi n'y aurait-il pas congestion des méninges et, par suite, trouble fonctionnel de l'encéphale?

Ensuite, ei cette preuve est la meilleure, par la cérébroscopie on découvre dans l'œil les caractères évidents de la congestion méningée.

On sait, en effet, depuis 180:2, par la publication de mes recherches, qu'en dehors des maladies primitives du globe oculaire :

il) Voirie chapitre sur ce sujet et un article clans la Gazette des hôpitaux du 11 mai 1869

La congestion de la papille indique la congestion des méninges et du cerveau.

L'hyperhémie des veines rétiniennes distendues et remplies de stases ou de caillots indique la réplétion des sinus et les thromboses des veines méningées.

Les hémorrhagies rétiniennes indiquent une compression veineuse.

Les anévrysmes des artères de la rétine indiquent une lésion semblable des artérioles cérébrales.

L'œdème papillaire indique les thromboses des sinus ou des veines cérébrales.

L'atrophie choroïdienne pointillée indique une atrophie générale incomplète du cerveau.

L'atrophie du nerf optique indique la sclérose des couches optiques, et quelquefois des cordons antéro-latéraux de la moelle.

Les exsudations celluleuses et granuleuses du nerf optique indiquent la sclérose du nerf et de ses origines.

Les tubercules de la rétine et de la choroïde indiquent la tuberculose des méninges ou la tuberculisation générale, etc.

En somme, dans la plupart des cas où les fonctions du système cérébro-spinal sont troublées, on peut voir dans l'œil quelque chose d'analogue à ce qui se passe dans le cerveau.

Ici, devant des apparences plus ou moins sérieuses de méningite, en présence de symptômes embarrassants capables de faire croire au début de cette maladie, que trouve-t-on dans le fond de l'œil ? Une congestion du nerf optique sans coloration choroïdienne et sans distension des veines de la rétine, c'est-à-dire une lésion qui signifie congestion cérébrale et méningée sans inflammation aiguë des méninges. En effet, s'il existait une vraie méningite, il y aurait dans la rétine, ou de l'œdème péripapillaire, ou la distension, la varicosité, la stase et la thrombose des veines de cette membrane.

Donc, si l'on consulte à la fois les symptômes et la cérébroscopie, il y a, chez des anémiques ou chez des chlorotiques, des troubles cérébraux qui n'ont que les apparences de la méningite, et ne sont qu'un résultat de la congestion névropathique des méninges, c'est-à-dire un trouble du système vaso-moteur de l'encéphale.

J'ai recueilli de nombreuses observations, et il y en a cinq publiées (1) que l'on pourra consulter.

La pseudo-méningite chlorotique et gastralgique n'a pas de plus fâcheuses conséquences que les autres formes de la pseudo-méningite. Elle ne va pas au delà de ce qui résulte de l'état congestif aigu. Elle disparaît en laissant après elle de la céphalalgie ou de la gastralgie, et différents troubles de chlorose; mais je ne sais pas quelles sont ses conséquences éloignées. N'y aurait-il pas, dans cette congestion chlorotique des méninges, l'origine de certaines bizarreries de caractère et d'esprit qu'on observe chez les femmes longtemps atteintes de chlorose ? Cela est possible, mais je ne pourrais pas en fournir de preuves directes. Sans doute, les perversions morales et intellectuelles de la femme chlorotique et hystérique peuvent dépendre d'un trouble de la circulation cérébrale capillaire, mais il n'y a là que des probabilités, et je n'ai pas vu ces désordres succéder à une pseudo-méningite. Cela suffit, quant à présent, pour ne pas donner plus d'importance qu'il ne faut aux observations que je viens de publier.

§ IV. — De la pseudo-méningite primitive.

A côté des pseudo-méningites dues à l'action sympathique réflexe des vers intestinaux ou des maladies aiguës, il y a une pseudo-méningite primitive. Elle est

(1) Gazette des Jiôpitaux, 11 mai 1869.

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