‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 104 sur 472 · DE LA PSEUDO-MÉNINGITE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

DE LA PSEUDO-MÉNINGITE PRIMITIVE

exempte de complications appréciables, et èfle constitue à elle seule tout l'état morbide. J'en ai déjà indiqué L'existence sous le nom de poussée méningitique{i),

en parlant des lésions du nerf optique et de la rétine par la méningite (2). C'est un fait connu de tous les médecins qui s'occupent des maladies des enfants.

Dans quelques cas, en effet, on voit des enfants offrir la plupart des symptômes du début de la méningite, et, après quelques jours de durée, l'amélioration arrive et l'enfant guérit provisoirement, quitte à avoir de nouveau, un peu plus tard, de nouveaux accidents semblables, qui vont plus loin et produisent la mort. Ce sont des méningites guéries ; mais il est si contraire à l'observation de voir cette maladie se terminer favorablement, que ces cas sont souvent considérés par quelques médecins comme étant dus à des erreurs de diagnostic.

Je ne crois pas qu'il faille interpréter ces cas de cette manière. Outre que la méningite grave à sa troisième période peut guérir exceptionnellement, il n'eSt pas rare de la voir s'arrêter à ses débuts sans qu'il y ait erreur de la part du médecin, et la preuve, c'est qu'une seconde attaque se reproduit un peu plus tard, et que, si par hasard la mort arrive accidentellement après la guérison de la première attaque par convulsions, rougeole ou une autre maladie aiguë, on trouve sur le cadavre la trace de la méningite avortée.

J'admets donc que la méningite peut s'arrêter dans sa marche lorsqu'elle n'est qu'a la première période, c'est-à-dire à l'état de congestion inflammatoire, n'ayant pas encore produit beaucoup de pus ni une grande quantité d'épanchement ventriculaire.

C'est au milieu de ces faits, d'une appréciation difficile, que l'on doit placer les cas de congestion méningée non inflammatoire donnant lieu à des symptômes de méningite, et se terminant d'une manière favorable. Leur diagnostic se confond avec celui de la méningite, et ce n'est que l'arrêt des accidents et la guérison qui les séparent. On se dit alors que, puisque l'enfant a guéri, c'est qu'il n'avait qu'une congestion sans véritable méningite, et, il faut bien le dire, la marche habituelle des choses autorise à penser ainsi. C'est à ces cas qu'il faut réserver les noms de congestion méningée, de poussée méningittque, ou enfin de pseudoméningite. J'en ai publié huit observations (3).

Observation Y. — Pseudo- méningite primitive. — Oplithalmoseope. — Marie X...., qui a perdu cinq de ses frères ou sœurs soit du carreau, soit de convulsions ou de lièvre cérébrale, est alïectée de vitiligo et prurigo.

A l'hôpital elle a été prise de céphalalgie, de vomissements et de ralentissement, avec irrégularités du pouls. Un peu de constipation pendant trois jours, puis les vomissements ont cessé, ainsi que la douleur de tête, et, seule, l'intermittence du pouls a persisté pendant huit jours, l'enfant semblant bien portante d'ailleurs.

A ce moment l'ophtliahiioscope permettait de constater dans l'œil gauche la netteté de la papille, mais une des veines supérieures de la rétine semblait obstruée, noire au niveau de la choroïde et rose, au contraire, au niveau de la papille. Les autres veines ne présentaient pas la même altération. Rien à l'œil droit.

Cette enfant a guéri et je l'ai perdue de vue.

Observation VI. — Méningite avortée ou pseudo-méningite primitive. — Eugénie Rousseau, âgée de deux ans et demi, entrée le 3 avril ISO1.». Celte enfant, Irès-chétive et très-maigre, entra à l'hôpital pour une rougeole suivie de pneumonie et de diarrhée.

(I) Bouchut, Traité de diagnostic des maladies au système nerveux par ro]>hUialmoscope. Paris, 1865.

(i) Voir les observations n° 9, n° 11, n° 17 et n° 28, et les observations 2, :!, i H "20 .l'un mémoire publié en 1808 dans la Gazette médicale sous le titre suivant : Du diagnostic de ta méningite par iophtlialmoscope.

3 Bouchut, De la pseudo-méningite (Union médicale).

Dans la convalescence de cette maladie, qui avait produit un grand état de faiblesse et de cachexie, l'enfant tomba dans une somnolence profonde, comateuse, avec une apparence d'immobilité de sommeil semblable à un repos de mort ; elle vomit tout ce qu'elle prit pendant trois jours et n'alla pas à la garde-robe ; elle gémissait bruyamment, rougissait par intervalles, et son pouls s'était considérablement ralenti en devenant intermittent.

Les deux papilles étaient rouges et diffuses sur le côté externe, avec faible dilatation des veines rétiniennes.

Cet état dura trois jours et se dissipa graduellement, de manière à permettre le retour à la santé. Le sommeil disparut, ainsi que les vomissements, ei l'intermittence du pouls. L'appétit revint un peu et l'enfant, plus gaie, se mit à jouer sur son lit.

Elle guérit complètement. Plus tard, sans doute, elle aura quelque nouvelle poussée congestive des méninges qui aboutira à la méningite; mais, pour Je moment, elle revint à la santé.

Observation VII. — Pseudo-méningite primitive ou méningite avortée. — Marie Dumont, âgée de trois ans, entrée le 12 juin 1869.

Celte enfant, petite, maigre, délicate, ayant vingt dents, est triste et maussade, sans appétit depuis quinze jours. Elle a vomi plusieurs fois depuis trois jours et a un peu de diarrhée.

A son entrée à l'hôpital, je la considérai comme ayant de l'entérite ; mais, une foi* dans la salle Sainte-Catherine, elle n'eut plus de diarrhée. Elle était triste, abattue, somnolente et très-irritable. EUe ne toussait pas, ne vomissait plus et resta constipée, ayant mal à la tète, et poussant des cris avec respiration suspirieuse fréquente. Son pouls était ralenti, inégal, intermittent, 64 par minute, et la température axillaire 37,5. Les deux papilles étaient rougeàtres, un peu ditïuses, sans dilatation des veines rétiniennes.

Elle resta ainsi pendant huit jours, traitée par les révulsifs et par l'iodure de potassium (50 centigrammes), puis elle reprit de la gaieté, de l'appétit, et elle se mit à jouer sur son lit. Le pouls reprit de la fréquence (80 pulsations), conserva ses irrégularités, puis elle guérit et sortit de l'hôpital le 12 décembre 1809.

En général, voici comment se passent les choses : un enfant a do la tristesse, avec somnolence, de la céphalalgie, quelquefois des vomissements ou de la constipation, de la photophobie, un peu de fièvre, avec ou sans irrégularités du pouls; puis, au bout de trois ou six jours, tout cela disparaît graduellement, et l'enfant recouvre la santé.

A l'ophthalmoscope, on ne voit qu'un peu de congestion de la papille et de la choroïde, avec réplétion des veines rétiniennes, mais pas d'oedème papillaire ni de diffusion grisâtre du nerf optique.

Tels sont les phénomènes. A quelle cause faut-il les attribuer? Pour moi, la réponse n'est pas difficile, et ces accidents sont le résultat d'une congestion non inflammatoire des méninges due à un trouble local de la circulation dont je vais essayer de caractériser la nature.

Pourquoi donc, après tout, les méninges et le cerveau ne pourraient-ils pas être chez l'enfant, comme le poumon ou les autres organes, le siège d'une congestion passagère par excitation directe ou par trouble primitif de l'innervation vasomotrice? Rien n'autorise à penser le contraire, et il n'y a que la cause de l'hyperhémie qui soit douteuse. Mais, qu'il y ait stimulation méningée produisant l'hyperhémie, ou paralysie vaso-motrice primitive des méninges, le fait de la congestion méningée résulte de l'observation clinique. Il est certain qu'il y a un état morbide, primitif, caractérisé par des symptômes de méningite, et que, s'il n'y a pas là une vraie inflammation des méninges conduisant à la formation de pus et à la mort, il y a au moins une congestion de ces membranes simulant l'invasion de cette ma-

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