CHAPITRE XLI
HÉMORR1IAGIE DES MÉNINGES. 00 APOPLEXIE MENINGEE
On donne le nom d'apoplexie méningée à l'épanehement de sang qui se forme sur l'une ou l'autre face des membranes qui enveloppent le cerveau.
Cette maladie est plus commune chez les enfants que chez les adultes et les vieillards. On l'observe surtout chez les nouveau-nés, et plus rarement pendant les premières aimées de la vie : c'est du moins ce qui parait résulter des intéressantes recherches de Dugès. de Cruveilhier et de Legendre.
Causes. — L'apoplexie méningée succède souvent à la parturition et à l'état de mort apparente. Elle se manifeste soin eut sans cause appréciable. Elle apparaît quelquefois après une violente congestion cérébrale, occasionnée par un accès de colère, par l'insolation, plus souvent par une thrombose des sinus de la dure-mère, etc.
BÉMORRHAGIE DES MÉNINGES, 00 APOPLEXIE MÉNINGÉE. 249
Dans un cas, je l'ai vue être la conséquence de la rupture des veines méningées dues ii une compression de la veine jugulaire au cou sous un amas de ganglions caséeux. J'ai parlé de ce fait longuement (l). On la rencontre aussi bien enété qu'en hiver. Chez les enfants, le jeune âge paraît être une prédisposition à son développement. \in>i presque tous les exemples de cette maladie, observés par Legendre, ont été recueillis chez des enfants nouveau-nés ou de moins de un à trois ans.
Lésions anatomiques. — L'hémoi rhagie méningée se forme presque toujours dans la grande cavité de l'arachnoïde ; très-rarement hors de cette séreuse, soit du côté de la pie-mère, soit du côté de la dure-mère, si ce n'est dans les cas de fracture du crâne. Elle s'observe dans l'arachnoïde qui tapisse les ventricules ; mais c'est ordinairement a la surface des hémisphères qu'elle existe. L'hémorrhagie couvre toujours les deux hémisphères. Jl y a peu d'exceptions à cette règle.
Le sang épanché se présente avec des caractères fort différents suivant l'âge de la maladie. Au début, le sang est fluide ; mais, vers le quatrième ou cinquième jour, il s,, coagule, la sérosité disparaît peu à peu, et il reste des caillots plus ou moins épais qui contractent des adhérences avec le feuillet séreux pariétal et nui subissent ultérieurement des transformations importantes.
Ces caillots sont rapidement recouverts sur l'une et l'autre face par une membrane mince et lisse, de nouvelle formation. Le feuillet supérieur contigu à la dure-mère, facile a reconnaître dans les premiers jours de la maladie, s'affaiblit graduellement et contracte des adhérences intimes avec la séreuse qui revêt cette méninge. Le feuillet inférieur ne tarde pas a prendre les caractères d'une membrane séreuse ; il se confond sur les l)ords du caillot avec l'arachnoïde pariétale, de telle sorte que l'on pourrait croire a l'existence de l'hémorrhagie extra-arachnoïdienne produite par pachyméningite. M. Baillarger a démontré toute la fausseté de cette supposition. Il a fait voir qu'il était toujours possible d'isoler le caillot et de montrer la séreuse pariétale placée au-dessus de lui.
Le caillot, d'abord mou, se raffermit graduellement. Il perd chaque jour une partie de son volume.
L'intérieur est formé par la fibrine noirâtre qui perd la sérosité, laisse échapper peu à peu sa matière colorante, et devient d'un rouge pâle. Il diminue ensuite par degrés, et passe enfin à l'état de lamelle fibrineuse blanchâtre qui présente quelquefois les caractères du tissu fibreux.
Dans quelques circonstances, ce caillot disparaît entièrement, et il reste entre les deux membranes qui le recouvraient un espace rempli par de la sérosité roussâtre. Ces k\stes sur lesquels Legendre a appelé l'attention sont, d'après lui, l'un des modes de réparation de cette maladie. On les voit prendre quelquefois un développement fort considérable. Ils renferment 3 à 1(10 grammes de liquide et constituent une espèce nouvelle d'hydrocéphalie dont on n'a point encore donné la description jusqu'à ce jour.
ailleurs on trouve une véritable organisation des caillots qui, après avoir perdu une partie de leur volume, vivent aux dépens des tissus à l'aide des vaisseaux de nouvelle formation développés dans leur intérieur.
On observe en même temps une assez forte congestion de la pie-mère et de l'encéphale. Le> ventricules sont un peu dilatés el renferment une petite quantité de sérosité limpide ou ciliïne, mais toujours transparente.
Chez les jeunes enfants, le cerveau n'est point déprimé par l'épanchement sanguin. Les os du crâne, n'étant point réunis, s Ventent et empêchent la compression
1 Voyez l'article Adéhopathie bronchique.
des hémisphères cérébraux. — Si l'épanchement était plus souvent borné à un seul hémisphère, la dilatation partielle du crâne pourrait devenir un signe important pour le diagnostic. Il perd une grande partie de sa valeur du moment où nous savons que les lésions anatomiques existent ordinairement des deux eôtés du cerveau.
Symptôme». Les symptômes de rhémorrhagie méningée, chez les enfants à la mamelle, sont fort obscurs et se confondent presque complètement avec ceux de la phlegmasie des méninges ou du cerveau.
Voici dans quels termes Legendre en fait l'exposition :
« Après un ou deux vomissements, ou même sans vomissement préalable, les enfants étaient pris de fièvre et de quelques mouvements convulsifs ayant le plus ordinairement pour siège les globes oculaires et laissant à leur suite un peu de strabisme; l'appétit était perdu, la soif vive; les évacuations étaient naturelles ou faciles à provoquer. Bientôt se manifestait une contracture permanente des pieds et des mains, suivie bientôt elle-même d'accès convulsifs toniques ou cloniques. Pendant ces convulsions, la sensibilité et la connaissance étaient abolies, et la face, habituellement injectée, prenait une coloration plus foncée.
» Dans l'intervalle de ces accès, il existait de l'assoupissement, qui, léger les premiers jouis, augmentait à mesure que la maladie faisait des progrès ; la fièvre persistait pendant tout le cours de l'affection, et devenait plus forte à mesure qu'on approchait du terme fatal. Enfin, les convulsions, séparées d'abord par des intervalles plus ou moins longs, se rapprochaient de plus en plus et devenaient presque continues dans les derniers moments. »
La mort est souvent hâtée par l'apparition de phlegmasies thoraeiques intercurrentes. Sans cette complication, la maladie pourrait guérir ou passer à l'état chronique. C'est ce que l'on a observé chez les enfants atteints d'hydrocéphalie arachnoïdienne, et qui, plusieurs mois auparavant, avaient éprouvé tous les symptômes d'une hémorrhagie méningée.
Si l'enfant échappe aux premiers accidents et que la maladie se termine par la formation d'un kyste rempli de sérosité , dont la quantité augmente chaque jour, on observe les symptômes de l'hydrocéphalie chronique.
Avec les troubles nerveux et les phénomènes que nous connaissons (1), la tête prend une forme spéciale qui est en rapport avec cette variété d'hydrocéphalie. La déformation n'est pas générale. Elle n'est pas très-considérable. Elle s'accomplit d'un côté ou de l'autre suivant la position du kyste. On peut , en réfléchissant sur la forme de la tète et sur la marche des phénomènes morbides , établir la nature des accidents.
Marche, durée, terminaison. L'invasion de la maladie est soudaine , et sa durée est en rapport avec la quantité de sang épanché. Lorsque l'hémorrhagie est considérable, une terminaison prompte et funeste en est la conséquence. La vie se prolonge an contraire dans les cas plus favorables. La réparation des désordres s'effectue progressivement jusqu'à l'entière disparition des caillots, ou jusqu'à la formation d'un kyste qui devient l'origine d'une hydrocéphalie arachnoïdienne.
L'hémorrhagie méningée n'est pas une maladie assez fréquente pour que l'on puisse encore établir d'une manière rigoureuse, par l'observation clinique , quelle doit être sa terminaison. Elle est presque inévitablement mortelle, ou bien elle passe à l'état chronique. Il y a encore très-peu d'exemples de guérison bien constatée. Tous les malades, au nombre de sept, observés par Legendre, sont morts,
(li Voyez Hydrocéphalie.
HYDATIDES ET CYSTICERQUES DU CERVEAU. 251
mais plusieurs ont succombé à la suite d'affections aiguës de poitrine. La guérison ne me paraît cependant pas impossible, si l'hémorrhagie est peu considérable et formée par unv petite portion de cruor mêlée à beaucoup de sérosité.
Diagnostic. Cette maladie peut être facilement confondue au début avec une autre affection des méninges , la méningite tuberculeuse par exemple. Cependant l'invasion soudaine de l'hémorrhagie méningée suffira pour les faire distinguer l'une de l'autre. On sait, qu'il n'en est ordinairement pas ainsi de la méningite granuleux', qui succède à une période de symptômes précurseurs assez évidents (période de germination). En outre, dans l'hémorrhagie méningée, les vomissements ne sont pas constants et la constipation n'existe pas, tandis qu'elle est opiniâtre dans la méningite granuleuse.
Traitement. Il faut , chez ces enfants, au début de l'affection, détourner la fluxion encéphalique qui est l'origine de l'hémorrhagie. L'application à une ou plusieurs reprises de deux sangsues derrière les oreilles , suivant la force des malades, la saignée au bras, l'emploi des ventouses sèches sur le dos et sur la poitrine, peuvent concourir utilement à ce résultat.
On peut aussi employer les réfrigérants directs sur la tète ; mais il ne les faut mettre en usage qu'avec les précautions dont nous avons parlé (1).
On doit, en outre, assurer la liberté du ventre par de légers purgatifs, le sirop de fleur de pécher, le sirop de chicorée, le calomel, etc., médicaments dont l'action révulsive peut s'opposer à la marche progressive des accidents.