‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 12 sur 472 · HE LA PHYSIONOMIE · texte numérisé non relu

HE LA PHYSIONOMIE

La critique a été sévère envers ceux qui ont cherché à lire sur la physionomie ce qui se cache au fond de l'âme. Il n'y a rien là qui doive étonner, quand on connaît les habitudes de ceux qui, ne pouvant rien faire par eux-mêmes, semblent n'avoir d'autre moyen de s'illustrer qu'en s'attaquant aux œuvres d'autrui. Elle n'a pas été moins injuste envers les médecins qui, sans négliger les autres moyens d'exploration, ont cru pouvoir deviner l'existence d'un certain nombre de maladies

n PATHOLOGIE GENERALE ET SEMEIOTIQUE DE L ENFANCE.

d'après l'inspection do la physionomie, de l'attitude, du geste, etc. Cela peut surprendre davantage, quand on pense que la plupart des médecins les pins expérimentés se laissent guider par leur inspiration et jugent souvent d'une maladie sans adresser aucune question au malade. Mais, en médecine surtout, la critique sérieuse n'existe pas, et le soin d'éclairer l'opinion est presque absolument dévolu à des complaisants ou à des méchants qui feraient mieux de s'abstenir. — Dans mon opinion, c'est une grande faute que de ne pas accorder à la physionomie des malades toute l'attention nécessaire, et je crois que le langage naturel n'est inintelligible que pour ceux qui ne veulent pas faire d'efforts pour le comprendre.

Hippocrate, Galien, Avicenne, Boerliaave, nous ont laissé de nombreux documents relatifs aux altérations de la physionomie dans les maladies de l'adulte; mais ils ne nous ont donné qu'un petit nombre d'observations applicables aux enfants. 11 en est de même de Stahl (1), de Quellmaltz (2), de Thomas Fyens (3); ce dernier, quoique renfermant plus de détails, ne contient rien qu'on ne trouve déjà dans Galien et dans Hippocrate.

Les auteurs modernes renchérissent à qui mieux mieux pour détruire les résultats obtenus par quelques médecins dans leurs études sur la physionomie morbide. Il n'y a guère que Underwood (4), Jadelot et Billard qui aient compris l'importance de ces études quand elles ne sont pas exclusives, et qui se soient décidés à leur donner la place qu'elles méritent.

Jadelot, qui n'a jamais rien publié de ses recherches, a cependant contribué plus que personne à répandre ces connaissances aujourd'hui si négligées. 11 excellait dans l'art difficile de scruter la physionomie des enfants pour y découvrir la nature, l'intensité, la marche et la gravité de leurs maladies. D'après ce médecin, ce serait surtout depuis l'époque de la dentition jusqu'à la puberté qu'on pourrait tirer quelques secours de la séméiologie physionomique.

Toutefois, si Jadelot est arrivé à saisir facilement et nettement les modifications souvent aussi mobiles que rapides imprimées par les maladies au faciès des enfants, il a peut-être eu tort de vouloir les traduire en ternies concis, d'une signification trop absolue ou trop restreinte. Un portrait ne s'écrit pas, on le peint; malheureux celui qui remplace le pinceau par la plume dans la description d'un visage. Le portrait sera toujours inférieur au modèle.

L'aptitude à juger les physionomies dépend beaucoup de l'inspiration. La nature a richement favorisé certains hommes à cet égard ; il en est qui possèdent ce talent au suprême degré, mais je crois que l'habitude et l'expérience peuvent encore beaucoup pour ceux qui ont été moins bien partagés. Aussi ferai-je mes efforts pour traduire clairement les résultats de mes observations sur la physionomie morbide chez les enfants à la mamelle. J'y mettrai d'autant plus de soin que Jadelot et son commentateur, Eusèbe de Salle, n'ont étudié les altérations de la physionomie que dans la seconde enfance, en déclarant très à tort que, dans la première,, c'est-à-dire chez les enfants à la mamelle, la figure n'avait point de traits arrêtés. et qu'il était impossible d'y rien découvrir au point Mie séméiotique. C'est une lacune que ces auteurs m'ont laissé à combler, et je m'estimerai très-heureux si je puis la remplir convenablement.

De la coloration de la lace et des téguments. — la peau du visage et dit

([) Stahl, Dissertalio de faciei morborum indice. Halle, 1700.

(2) Quellmaltz, Dissertalio de prosoposcopia medica. Leipsig, ITiiv

(3) Th. Fyens, Semeiotice, sire de signis medicis. Lyon, 1664.

(A) Underwood, Traité des maladies des enfants, complété et mis sur un nouveau plan par Eusèbe de Salle, avec des notes de Jadelot. Paris, 1825, 2 vol. in-8.

MOYENS l> EXPRESSION. — DE LA PHYSIONOMIE. ï

corps oflre uuo couleur et des taches qui varient dans l'étal de santé et de maladie.

Coloration rouge des nouveau-nés, — Les enfants qui viennent de naître présentent à la face et sur le corps une coloration rouge de la peau qui reste telle durant quatre ou cinq jours environ. Pendant ce temps, si l'on presse sur les téguments, la coloration s'efface et la peau parait jaunâtre; puis, le sang revenant peu à peu dans les capillaires dont la pression l'avait chassé, cette nuance jaune est remplacée par la couleur rouge antérieure. Du cinquième au huitième jour, cette coloration disparaît; à ce moment, la peau présente une teinte générale jaunâtre, qui dépend de la résorption lente du sang infiltré dans les tissus au moment de la naissance.

Vprès le huitième jour, la peau prend une teinte blanchâtre, transparente, rosée, avec coloration plus a iv e sur les pommettes. Elle reste ainsi pendant le calme des enfants, mais elle change avec leur agitation.

Leur face rougit, se congestionne plus ou moins vivement, suivant les circonstances, dans les petits chagrins du premier âge, dans les efforts plus ou moins pénibles de la toux, et dans les maladies, etc.

Couleur jaune ou Ictère des nouveau-nés. — Quand la coloration jaune, plus ou moins intense, se montre sur la peau en même temps qu'elle existe sous la conjonctive et au-dessous de la langue, c'est alors \u\ véritable ictère qui dépend du passage de la bile dans le sang. Jl résulte d'une légère hépatite causée par l'inflammation de la veine ombilicale. C'est une véritable phlébite quelquefois très-grave.

Rougeur de la coqueluche. — Au moment des quintes de la coqueluche, la face devient quelquefois très-rouge, bleuâtre, et le sang s'échappe par les yeux, ce qui est très-rare, ou par les narines.

Rougeur pneumonique. — Dans la pneumonie aiguë franche, la pommette correspondant au côté du poumon malade est souvent très-rouge, et d'un ou deux degrés supérieure à l'autre (Hippocrate) ; mais dans certains cas c'est la pommette du coté opposé, ou alternativement l'une et l'autre des pommettes qui sont très-rouges.

Rougeur intermittente du visage dans la méningite aiguë. — Cette coloration est d'une immense importance dans les affections inflammatoires du système nerveux, \insi, la coloration rouge subite, fugitive et intermittente du visage est un signe certain d'affection cérébrale aiguë.

Cyanose cardiaque. — La cyanose chronique des musqueuses et de la peau révèle toujours l'existence d'une affection organique du cœur.

Cyanose asphyxique. — Dans les maladies du larynx assez intenses pour gêner l'hématose, on juge soin eut du degré de l'asphyxie par la coloration bleuâtre de la face et des lèvres, et c'est d'après celle coloration que l'on se décide quelquefois à employer un moyen extrême, devenu nécessaire, \insi, dans le croup, la teinte rosée iU\ visage change très-sensiblement; le fond n'est plus le même, de rose elle passe au bien pour s'accorder avec la teinte des lèvres, dont le coloris a disparu. La nuance augmente rapidement d'intensité avec la maladie; et Lorsque la cyanose devient évidente, lorsqu'elle s'accompagne de cet état d'anesthésie plus ou moins complète que j'ai fait connaître, et de cet aspect evanique particulier de la pupille et des yeux dont je reparlerai, nulle hésitation n'est plus possible: d'après ces signes de danger, il faut prendre une détermination énergique. La trachéotomie est indispensable.

Chez quelques enfants, le visage reste pâle et il n'y a (pie l'aneslhésie qui puisse faire croire (pie l'asphyxie est très-avancée.

Pâleur diphthéritique. — Dans la diphthérite, lorsque la résorption diphthé-

ritique est très-considérable, il y a une pâleur spéciale, jaunâtre, en rapport avec la décoloration du sang et sa couleur sépia.

Pâleur laiteuse ulbuniiuurique. — La coloration du visage est singulièrement altérée dans la névrite albumincuse chronique où elle présente une teinte laiteuse évidente sur un œdème sons-cutané.

Coloration palustre. — La cachexie paludéenne a un aspect particulier, reconnaissante à sa nuance pâle, anémique, tirant sur le jaune.

Pâleur intestinale. — Dans les maladies des voies digestives, chez les enfants attaqués par le muguet, la gastrite et l'entéro-colite, il y a une pâleur caractéristique du visage, et l'on y observe une teinte plombée qui remplace l'éclat habituel de la peau. Alors tes yeux sont cernés, la face est blême, les lèvres sont pâles, décolorées, sans présenter la teinte bleue de l'asphyxie.

Coloration jaune ictérique. — l-es maladies du foie sont rares chez les enfants; on trouve, dans la coloration jaunâtre du visage et du corps, un indice précieux de leur existence. La peau, les conjonctives, la muqueuse de la partie inférieure de la langue, prennent une couleur jaune très-prononcée. La valeur de ce signe est d'autant plus importante, qu'il n'y a pas chez tes jeunes enfants d'ictère idiopathique, résultat d'une impression morale vive. Tous les faits d'ictère que j'ai vus chez les nouveau-nés avaient pour origine une affection du foie.

En poursuivant ces recherches, j'aurai à indiquer la coloration rougeâtre vultueuse de la face et des yeux chez les enfants menacés d'une fièvre éruptive (l), la coloration bleuâtre perlée des conjonctives chez les enfants tuberculeux (2), la teinte cuivrée de certaines taches du \isage d'origine syphilitique, la teinte rouge cuivrée, noirâtre, et la teinte noire, qui se manifestent successivement d'un côté de la bouche lors du sphacèle de cette partie, etc. En ce moment, ce serait entrer sur le domaine de la pathologie spéciale, et je n'insisterai pas.

Oes traits et de l'expression de la face. — Si l'on examine le visage d'un jeune enfant qui repose, on est ravi d'y trouver tant de calme et tant de sérénité. Aucun pli, aucune ride, n'en altère la surface. La respiration est lente et paisible, le pouls est faible et régulier.

La maladie, la douleur et la joie sont les mobiles qui vont bouleverser ce tableau: car les traits se rapprochent et se contractent dans la souffrance, ils s'épanouissent au contraire au moment du plaisir et des sensations agréables.

Jl n'est personne qui ne puisse interpréter ces signes qui traduisent les impressions de l'âme : mais ce qu'il importe au médecin, c'est de découvrir sur le visage des malades, dans la manifestation de leur souffrance et de leur douleur, des caractères qui indiquent son origine; or, c'est chose possible dans un grand nombre de circonstances.

Faciès méningitique. — Les enfants qui souffrent dans la tète, par suite d'une affection aiguë des méninges ou du cerveau, joignent a leur cri une altération des traits fort évidente. Tantôt c'est une paupière qui ne peut se lever, et laisse l'œil entr'ouvert; ou bien c'est te nez dont une narine reste abaissée; d'autres fois, c'est la bouche dont une commissure offre une déviation considérable; ailleurs, c'est du strabisme divergent ou convergent, des convulsions de la face, ou bien l'enfant est immobile dans un sommeil profond qui ressemble à l'immobilité delà mort.

Faciès hydrocéphalique. — Dans l'hydrocéphale, on trouve un aspect étrange du visage qui est occasionné par la disproportion du crâne et de la face, et que l'on peut considérer comme l'indice le plus certain qu'on puisse avoir de cette maladie.

([■ Vov. Rougeole, Scarlatine.

(2) Voy. PBTBISIE.

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