MOYENS D'EXPRESSION. — DE LA PHYSIONOMIE
Quelqu'un a-t-il jamais pu se tromper devant un jeune enfant, dont la tête est énorme relativement à la face, dont le front s'élève et se projette en avant, dont la bosse frontale d'un côté proémine notablement plus que celle du côté opposé, dont le regard est enfin rendu divergent par la dilatation de la base du crâne au-dessus des orbites? Assurément non; d'autres signes, du reste, viennent appuyer la valeur de ceux qui précèdent ; mais, en allant à leur recherche, le médecin court à la vérification d'une hypothèse formée dans son esprit à la première vue du malade.
Faciès rachitique. — La disproportion de volume du crâne et de la face chez un enfant intelligent qui ne peut marcher et qui a les articulations volumineuses et déformées, caractérise le rachitisme. En cas de doute, chez l'hydrocéphale, il faut avoir recours à L'ophthalmoscopie.
Faciès pneumonique. — La pneumonie est une des maladies qu'il est plus aisé de reconnaître par les signes extérieurs. L'examen des narines suffit souvent pour indiquer son existence, et l'altération des traits, qui l'accompagne, est un de ses meilleurs caractères. A chaque inspiration, les narines se dilatant avec un effort considérable, les sourcils se rapprochent, et quelquefois, mais c'est à une période très-avancée, les lèvres s'écartent pour faciliter la respiration. Ces signes, tels que je viens de les indiquer, seraient insuffisants, si l'on n'observait en même temps la respiration et le cri des jeunes malades. Vinsi, placé près d'un berceau où se trouve un enfant qui pousse un gémissement plaintif et saccadé, suivi d'une inspiration et d'un temps de repos, dont les narines se dilatent avec force, dont les côtes se dépriment latéralement avec violence au moment d'une saillie considérable du ventre, ce qui caractérise la respiration expiratrice, le médecin peut supposer qu'il y a pneumonie. Il lui est difficile le tomber dans l'erreur.
La pleurésie chez les enfants à la mamelle ne présente aucun de ces signes. On les rencontre quelquefois dans la bronchite capillaire 1res- intense, mais il faut convenir qu'il est difficile de la distinguer de la pneumonie lohulaire, même à l'aide de l'auscultation.
Faciès c/oupal. — L'angoisse peinte sur le visage d'un enfant dont les muscles respiratoires sont mis en jeu, dont le teint est blafard ou cyanose sur les lèvres, dont la respiration est sifflante, et dont la sensibilité es! affaiblie ou détruite, annonce le croup ou une laryngite aiguë suffocante.
Faciès cardiaque. — La bouffissure et la cyanose des yeux el du visage, dont les muscles respiratoires sont mis en jeu sans bruit laryngé, annoncent une maladie organique du cœur.
Faciès abdominal. — Les maladies du ventre sont de nature à exercer la sagacité du médecin physionomiste. Il en est quelques-unes qui se manifestent sur le visage par des caractères qu'il est impossible de méconnaître; d'autres, au contraire ne laissent aucune empreinte à sa surface.
L'entéro-colitc aiguë, aussi appelée entérite choléHforme OU choléra infantile, est accompagnée par une évidente et prompte déformation des traits, indiquée par quelques médecins comme caractéristique d'un ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac. .Mais cette maladie se confond avec celle dont je parle ( I ) : il n'y a donc rien d'étonnant de trouver entre elles la similitude des traits que je \ais énumérer.
Dans le court espace d'une nuit, la face devient blême, froide el maigrit rapidement, les lèvres se décolorent, le nez se pince, les joues tombent: les veux s'excavent, perdent leur éclat et s'entourent d'un sillon sous-orbitaire, profoll-
(I) Voy. ENTÉRO-COLITE.
démeiît creusé. Quoi de plus caractéristique et de plus spécial à la fois ! Il u'est aucune autre maladie qui offre de tels signes.
Vient-il des coliques, et elles sont fréquentes dans cette maladie, l'enfant ne peut les indiquer; il est cependant possible de les reconnaître. Sur ce visage ainsi altéré passe une contraction significative de la douleur; les traits se contractent^ les sourcils se rapprochent, les yeux se ferment à demi, les narines s'élèvent en formant une ride sur la joue; les lèvres, un instant agitées, s'écartent et des cris se font entendre. En même temps, le jeune enfant fléchit ses cuisses sur le ventre, qu'il tend avec effort; il se tortille avec violence; puis le calme reparaît, tout revient à l'état ordinaire.
Dans la gastrite et dans l'entéro-colite chroniques, on trouve sur la face d'autres caractères qui n'ont pas moins de valeur. L'amaigrissement rapide du visage, constaté dans l'entéro-colite aiguë, se fait ici très-lentement, mais il augmente de jour en jour et donne au visage un aspect prématuré de vieillesse. La peau, dépourvu de de son tissu cellulaire, reste molle, flasque et ridée sur les muscles qui la tirent dans tous les sens.
Les enfants se présentent alors avec une figure d'aspect terreux, amaigrie; elle est décharnée; tous les os sont saillants; des rides nombreuses la sillonnent sur le front et autour des yeux, sur les joues, autour des lèvres, sur le menton et sur le cou. Les enfants ressemblent à de petits vieillards près de s'éteindre, et ils ont une certaine ressemblance avec le visage sardonique, osseux et ridé du vieux Voltaire. ils ont ce qu'on appelle la face voltairienne,
Mais, dira-t-on, si cette apparence est le résultat de l'amaigrissement, elle doit se retrouver dans toutes les autres maladies chroniques. Cela est vrai, mais en pareille matière les faits doivent seuls juger la question, il n'est pas, chez les enfants à la mamelle, de maladie chronique autre que l'affection inflammatoire ou tuberculeuse chronique des intestins, qui soit capable de faire disparaître ainsi tout le tissu cellulaire de la face et la tonicité de la peau, pour donner aux enfants ce caractère de vieillesse prématurée dont je parle. Les tubercules pulmonaires euxmêmes, maladie chronique par excellence, ne produisent pas ce résultat; car ce sont les accidents aigus de pneumonie, et non la consomption, qui mettent un terme h l'existence.
La pneumonie chronique est la seule affection qui prolonge assez longtemps la vie pour communiquer à la physionomie l'apparence bien caractérisée de la décrépitude. H faut alors demander si des évacuations alvines, assez nombreuses pour spécifier l'entéro-colite consécutive, ne sont pas venues compliquer cette pneumonie, afin de faire la juste part d'influence de l'une et de l'autre de ces affections.
Faciès cholérique, — L'amaigrissement rapide du visage avec excavation des yeux et des joues, l'amincissement du nez qui se refroidit, et la coloration bleuâtre des paupières et des lèvres qui perdent leur élasticité, indiquent le vrai choléra.
Faciès vermineuoo. — Il est une dernière maladie des voies digestives, qu'on a voulu juger jadis d'après l'inspection de la face ; c'est peut-être la seule qu'il soit impossible de reconnaître de cette manière : je veux parler de l'affection vermineuse.
Les enfants atteints de cette affection offrent, d'après quelques auteurs, le teint gris plombé, les conjonctives bleuâtres, les pupilles fort dilatées, et ils contractent incessamment leurs narines, à cause d'une démangeaison assez vive de cette partie du visage. Thomas Fyens, Signa a naso, s'exprime ainsi : « La démangeaison du nez, dans les maladies aiguës, indique le délire; si elle n'a pas de cause évidente et manifeste, comme un poil qui le pique, elle annonce la présence de vers dans les intestins, surtout chez les enfants. »