‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 127 sur 472 · CHAPITRE XLY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLY

NKVROSES CONGESTIVES DE L'ENCÉPHALE

Je vais aborder un sujet dont les difficultés devraient peut-être m 'éloigner; mais

il est nouveau et son intérêt est si réel que je ne puis me défendre de le traiter avec quelques détails.

11 s'agit des nécroses congestices de V encéphale auxquelles se rattache la pseudo-méningite.

Depuis les nouvelles expériences de Pourfour Dupetit, de Legallois, de Claude Bernard, deSchilî, de Brown-Séquard, sur l'action qu'exerce le grand sympathique sur les circulations locales exagérées ou amoindries, on sait qu'en dehors de la pression du cœur, sous l'influence d'une hypersthénie ou d'une hyposthénie vasen laire locale, il se fait une anémie (ischémie) ou une congestion des tissus dans un organe ou dans une portion d'organe.

On sait aussi que, depuis les recherches de Claude Bernard, de Brown-Séquard et de Budge sur les anastomoses du sympathique avec la moelle et ses différents centres d'action réflexe, tels que le centre cilio-spinal, le centre thoracique, le centre génito-spinal, etc., les maladies de la moelle exercent sur les nerfs vasomoteurs et sur leur circulation respective une action variable dont l'effet est l'anémie, la congestion et l'inflammation des départements organiques sous la dépendance de tel ou tel îlot spinal.

En outre, d'après quelques expériences de Bell, de Magendie, de Claude Bernard, sur les mouvements réflexes, que les excitations d'un organe peuvent remonter a la moelle et se réfléchir sur un organe de manière à constituer certaines sympathies morbides telles que des convulsions, des paralysies et des contractures vaso-motrices. Cela a été dit aussi par Barthez (1), qui savait unir les connaissances physiologiques très-précises à la plus haute philosophie.

Enfin, dans la chlorose et l'anémie, qui agissent beaucoup sur L'innervation du grand sympathique, tous les médecins savent qu'il y a des vertiges plus ou moins violents, des paralysies sensoriales telles que l'analgésie ou l'anesthésie, des congestions passagères de la face, des hémorrhagies nasales, des congestions pulmonaires qui prédisposent à la phthisie, quelquefois des hémorrhagies utérines de menstruation, d'autant plus redoutables qu'elles affaiblissent des malades qui n'ont pas besoin de l'être. Dans cette maladie, se montrent, plus que dans toute autre, de tels troubles dans les circulations locales, qu'il y a une anémie générale compliquée d'anémie ou d'ischémie plus grande sur certains points, tandis qu'il y a de l'hyperhémie passagère sur d'autres organes.

Pour celui qui est au courant de ces observations, aussi curieuses que réelles, la réflexion lui montrera bien vite tout le profit que la clinique peut en retirer. Brown-Séquard en a tiré bon parti à l'occasion de quelques paraplégies dites réflexes, et, à mon tour, je l'ai fait pour beaucoup d'autres maladies, notamment pour différents cas de pseudo-méningite par névrose congestive de V encéphale dont la relation a été publiée par la Gazette des hôpitaux.

Deux jeunes filles presque pubères, mais non réglées, ayant des signes de chlorose avec de la gastralgie, sont prises de violentes douleurs de tète, de vomissements, de fièvre, et l'une de constipation, tandis que l'autre avait une incontinence stercorale et urinaire. Dans un de ces cas, les douleurs de tête étaient si violentes que, pendant plusieurs jours, l'enfant poussait des cris à empêcher de dormir tous les malades. Au reste, voici ces deux observations :

Observation I. — Xévrose congestive de Vencéphale et pseudo-méningite, névrite optique. — Jeanne D..., Agée de quatorze ans, entrée le 2 mars 1869, au n° 24 de la salle Sainte-Catherine, à l'hôpital des Enfants malades, service de M. Bouchut.

Cette enfant, fort développée, pubère, mais non réglée, n'a jamais été malade, a ■été prise il y a quatre jours de maux de tête avec vomissements, un peu de eonstipa-

(1) Barthez, Nouveaux éléments de la science de ïltomme. 3e édit. Paris, 1858.

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tion et fréquence du pouls sans irrégularité. Les douleurs de tête venaient par moments irréguliers, et surtout la nuit; les vomissements étaient très-fréquents; l'enfant ne pouvait rien garder et vomissait cinq fois par jour.

A l'hôpital, elle a vomi plusieurs fois, et elle a conservé des maux d'estomac avec un peu de fièvre; — un peu d'appétit; — constipation très-forte; une selle depuis huit jours. Elle est pâle, a de fréquentes palpitations, et un bruit de souffle carotidien à double courant. Pouls, 62.

Dans les deux yeux, hvperhémie extraordinaire de la choroïde et de la circonférence du nerf optique, à ce point que les contours sont presque effacés ; le centre du nerf optique est extrêmement blanc, avec excavation, et les vaisseaux sont déjetés sur le côté externe ; les veines et les artères sont très-pàles.

Les douleurs de tête ont continué pendant quinze jours, ainsi que les douleurs d'estomac, mais les vomissements ont cessé — et les garderobes se sont rétablies.

A ce moment, les maux de tète ont disparu, mais il y avait toujours de la gastralgie et un peu de constipation, pas de fièvre.

Traitement. — Sulfate de quinine, 20 centigrammes et opium 1 centigramme avant chaque repas.

Les yeux perdirent peu à peu leur congestion, mais ils la conservaient en partie.

Chez cette enfant, les phénomènes du début faisaient craindre une méningite. En effet, douleurs de tète vives; vomissements continuels; constipations depuis huit jours; une fièvre suivie de ralentissement du pouls et avec cela une névrite optique, on pouvait hésiter.

Cependant, sous l'influence du sulfate de quinine, les douleurs de tète ont cessé, et lorsqu'il ne resta plus que la gastralgie, l'opium à 1 centigramme avant chaque repas en fit justice. En quinze jours l'enfant fut guérie. Ce n'était donc pas une méningite, et cependant que pouvaient être ces accidents cérébraux de pseudoméningite? Une congestion cérébrale chlorotique, c'est-à-dire d'une névrose COHgestive de F encéphale f Peut-être, mais cela est à discuter.

L'enfant pubère, mais non formée, était relativement à ses apparences physiques faite en état d'aménorrhée.

De plus elle était pâle, chlorotique, ayant une gastralgie continuelle et des névralgies irrégulièrement périodiques de la tète.

En présence de ces symptômes, j'ai pensé que sous l'influence de l'aménorrhée et de l'étal chlorotique, il s'était fait une congestion locale des méninges et du cerveau, se traduisant parles phénomènes cérébraux, de céphalalgie, de vomissements et de constipation avec ralentissement du pouls. J'en ai trouvé la preuve par la cérébroscopie, qui m'a permis de constater l'hyperhémie du nerf optique annonçant l'hyperhémie des capillaires cérébraux, tandis qu'il y avait pâleur des artères et des veines rétiniennes, ce qui eût été le contraire en cas de méningite.

Observation IL — Xévrose conr/estive de l'encéphale. — Pseudo-méningite. Cris hydr encéphaliques . Névrite <>i>Hque. — Camille 1»..., treize ans, entrée le 10 novembre 1867. — Cette enfant a passé un mois à l'hôpital, il y a deux mois (août), pour une gastralgie chlorotique, puis elle esl allée À la maison de convalescence pendant cinq semaines, où elle s' était rétablie, et à peine rentrée chez elle, au bout de trois jours, elle a eu des douleurs d'estomac, quelquefois t\t>* vomissements plusieurs fois par jour, et des douleurs de tête à crier.

Etat actuel. — Enfant très-pâle, amaigrie, avec douleurs de tète extrêmement vives. In peu d'appétit, pas de vomissements, garderobes naturelles, involontaires;

urines également involontaires, L'enfant ne tOUSSe pas, n'a rien de particulier dans la poitrine; ventre souple, indolent ; l'enfant a une somnolence presque continuelle; peau chaude ; pouls régulier, 116.

Aucun trouble visuel; les deux papilles sont pâles, aplaties, grisâtres, confnses.

Les vaisseaux veineux ne présentent point de dilatation et sont au contraire rares et amincis.

22 novembre. — Depuis quinze jours, l'enfant est à peu de choses près dans le même état. Elle a eu de temps à autre quelques vomissements, des urines involontaires, de la somnolence, et comme épisode caractéristique, des douleurs de tête horribles localisées dans la tempe gauche. Ces douleurs résultent d'élancements presque continuels, accompagnés de cris aigus. Par moment, le pouls est intermittent et irrégulier. L'enfant ne tousse pas et n'a rien dans la poitrine. Elle entend les battements de son cœur, qui sont accompagnés d'un faible bruit de souftle à la base et au premier temps.

La vue est légèrement brouillée et les papilles petites, un peu irrégulières, sont très-pâles, elles ont pris depuis quinze jours une teinte nacrée, plus brillante, et les veines sont extrêmement petites et rares.

Sulfate de quinine, 25 centigrammes.

6 octobre. — Le sulfate de quinine à cette dose pendant trois jours n'avait pas modifié la situation, on y joignit une injection hypodermique de morphine, qui ne soulagea que très-ineomplétement ; de temps à autre reviennent encore les crises les plus douloureuses dans le côté gauche de la tète, accompagnées de cris très-aigus. — Il y a eu encore quelques vomissements, des seiles régulières, de la lenteur avec inégalité du pouls.

La dose de quinine fut portée à 50 centigrammes.

Le lendemain il y avait une amélioration plus grande, et le jour d'après les douleurs de tète avaient complètement cessé. Plus de vomissements, bon appétit; selles naturelles; pouls ralenti, un peu inégal ; même état des yeux. L'enfant peut se lever. Sulfate de quinine, 50 centigrammes.

Le 20 janvier 1868. — Exeat

L'année suivante, 1860, C. B... revint à l'hôpital dans mon service, toujours non formée, très-pâle, ayant des douleurs d'estomac et une double névralgie de la cinquième paire tolérable, qui produisait une rougeur très-grande des paupières, sans gonflement, ni larmoiement, ni trouble visuel.

Le sulfate de quinine et l'opium avec du sous-carbonate de fer la guérit, et elle sortit le i avril 1869, pour aller passer un mois à la campagne dans notre Asile de convalescentes. — Celte fois ses yeux étaient à peu près dans leur état normal, et il n'y avait qu'une faible hyperhémie de la papille.

Voici maintenant le résumé de deux autres faits que j'ai observés il y a un an.

Observation III. — Névrose congestive de l 'encéphale. — La nommée U..., âgée de neuf ans, entrée a l'hôpital des Enfants, n° \ 4 de la salle Sainte-Catherine (M. Bouchut), le ]6 janvier 1868, est partie le 26 du même mois.

Cette enfant, habituellement bien portante et bien constituée, souffre de la tète à la région frontale depuis trois semaines. Elle n'a pas d'appétit, ne souffre pas de l'estomac, et elle vomit très-fréquemment, sans avoir de fièvre ni de modifications de pouls, et sans présenter de somnolence, de paralysie, de convulsions, ni aucuns des phénomènes cérébraux.

Elle a une forte congestion de la papille.

On lui donne des bains qui ne changent rien à la situation, et elle sort de l'hôpital dans le même état.

Chez cette enfant, ne pouvant admettre l'existence d'une migraine, en raison de la longue durée des accidents qui dataient de trois semaines, je pensai qu'il existait une simple névralgie frontale ou une névrose congestive du cerveau.

J'écartai l'idée de la névralgie en raison de son siège sur le front plutôt que sur le trajet du nerf frontal, et à cause des vomissements répétés, et l'examen à fophthalmoscope montrant une forte congestion de la papille, indice d'une hyperhémie cérébrale de même nature, j'en conclus qu'il y avait là une névrose congestive de l'encéphale.

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