NÉVROSES CONGESTIVES DE L'ENCÉPHALE
Observation IV. — Aménorrhée. — Hallucinations. — Demi-syncopes par nécrose congesttve de l'encéphale. — Cérébroscopie. — Forte hyper émie du nerf optique. — Le 29 octobre 1808, le docteur Pouliot m'envoya une jeune iiJle de quatorze ans qui, depuis deux ans, avait de temps à autre des évanouissements précédés de courbature Lrès-douloureuse et d'étreintes anales avec obnubilations et tintoin, quelquefois des hallucinations diaboliques, constamment de la céphalalgie frontale, parfois de la gastralgie, de la pneumatose stomacale et des éructations.
Le nerf optique, fortement congestionné, se voyait à peine au fond de l'œil, el les veines étaient fortement distendues.
Comme cette fille n'était pas formée et avait eu des lombrics, je lui fis prendre 5 centigrammes de calomel tous les jours, de l'infusion de safran avec sulfure de carbone et des bains antispasmodiques.
Son état en fut très-amélioré, mais il n'y eut pas de guérison, et je n"ai pas eu d'autres nouvelles de la malade.
Dans cet état névropathique d'une jeune fille pubère, mais non réglée, se manifestant par des troubles cérébraux fonctionnels graves, avec forte hyper hé mie du nerf optique, cachant presque complètement la papille, je crois qu'il faut voir autre chose qu'un simple trouble fonctionnel. — La congestion du nerf optique prouve qu'il y a également congestion du cerveau, mais il faut déterminer quelle en est la nature.
Est-ce une congestion sympathique de l'affection vermineuse ou de l'aménorrhée? Les deux choses sont également possibles, et il aurait fallu suivre la malade plus longtemps que je n'ai pu le faire pour résoudre ce problème. Mais si l'on ne peut ici préciser la cause de la congestion encéphalique, son existence ne saurait être mise en doute, et pour l'instant, c'est tout ce que je voulais établir.
Os observations ont tant d'analogie entre elles, et, malgré quelques différences dans leurs symptômes, elles ont une telle similitude que, sous le rapport du diagnostic et du traitement, ce que l'on dira de l'une pourra s'appliquer à l'autre.
Il me suffira donc de discuter le diagnostic d'une façon générale pour motiver à leur égard l'opinion que je viens d'émettre sur Vexistence d'une nécrose congestive de V encéphale donnant lieu a des symptômes de pseudo-méningite.
La maladie ne peut être, en effet, qu'une méningite, qu'une congestion névropathique, qu'une névralgie ou qu'une aménorrhée compliquée de chlorose.
Il est bien certain que l'aménorrhée chez les liiles de quatorze ans, assez, développées d ailleurs pour avoir les attributs physiques de la femme, a joué un rôle considérable dans la genèse des accidents morbides.
Chez Jeanne D..., ce n'était pas une méningite aiguë, malgré la somnolence, la céphalée, les vomissements, la constipation et la fréquence du pouls suivie de son abaissement, car ces phénomènes n'ont duré que peu de jours el ont rapidement fait place à l'état presque normal. Il ne restait que de la gastralgie, sans fièvre, et l'enfant restait debout toute la journée. — Ce qui aurait pu faire croire à une méningite, c'est l'étal de la papille et de la choroïde, dont les capillaires étaient ■ de sang ; mais comme il n'j avait pas de dilatation ni «le stase des- veines rétiniennes, j'en ai conclu qu'il n'\ avait pas de stase méningée, et, par suite, qu'il n\ avait pas de méningite. L'hyperhémie chloroïdienne et papillaire était une congestion hyposthénique due à une paralysie vaso-motrice représentant un étal semblable des méninges. — D'ailleurs l'enfant a guéri rapidement, autre raison, et des meilleures, pour croire qu'il n\ avait là qu'une pseudo-méningite t ou, continu je l'ai dit quelquefois, une poussée méningitique 1 1 ).
I 1; luchut, Du diagn tstic des maladie» du système nerveux par Vophihalmoscopie. Paris, 1865, et Atlas {Tophthalmoscopie médicale el de cérébroscopie Paria 1876.
Chez Camille 15..., la maladie fut plus longue, et la violence si terrible de la céphalalgie accompagnée de fièvre , de vomissements et d'incontinence fécale et urinaire fil croire, en raison des symptômes antérieurs, à l'existence d'une méningoencéphalite. Ce diagnostic était d'ailleurs corroboré par l'existence d'une hyposthénie des capillaires de la papille produisant la diffusion grisâtre de cette partie sans qu'il y ait de stase dans les veines rétiniennes. — Si j'avais bien pensé que ce défaut de stase rétinienne devait écarter l'idée de la méningite, j'eusse évité l'erreur; mais, il y a deux ans, je n'avais pas encore l'expérience de ces études aussi développée qu'aujourd'hui, et j'ai pris alors la diffusion grisâtre de la papille, sans dilatation phlébo-rétinienne, pour une probabilité de phlegmasie méningée, ce qui n'est pas exact. — Enfin l'enfant a guéri par le sulfate de quinine , et est restée chlorotique avec une double névralgie de la cinquième paire , ce qui écarte encore L'idée de méningo-encéphalite aiguë.
Si ces deux enfants n'ont pas eu de véritable méningite et n'ont offert que des symptômes de pseudo-méningite , que signifient ces symptômes ? Sont-ce là des phénomènes constituant une entité morbide de simple congestion cérébrale primitive, ou bien ne serait-ce pas, au contraire, l'indice d'une congestion cérébrale par chlorose ? Est-ce l'aménorrhée qui a produit la chlorose et avec elle de la gastralgie occasionnant ces troubles sympathiques, la circulation cérébrale? Cela est possible, mais la question vaut la peine d'être discutée avec soin. C'est là une question clinique de premier ordre sortant de la pathologie de l'enfance et comprenant une face toute nouvelle de la pathologie relative aux sympathies et aux actions réflexes morbifiques.
Tout d'abord je dois constater, comme un fait accepté de tous, le rapport des névropathies avec l'anémie et avec la chlorose , ainsi que le fait des hémorrhagies produites par l'aménorrhée. Cela est incontestable. Yoilà comment s'explique l'apparition des névralgies variées, des spasmes des convulsions, des paralysies sensorielles, musculaires ou vaso-motrices de la convalescence des maladies aiguës, de l'anémie et de la chlorose, ou bien la production d'une hémorrhagie nasale et utérine ; chez d'autres la présence d'un flux incommode, etc. J'ai d'ailleurs déclaré, en commençant, que les troubles d'un organe pouvaient remonter à la moelle ou au cerveau par le grand sympathique et y produire une anémie ou une congestion capable d'en altérer les fonctions. C'est le cas des maladies de l'utérus produisant la gastralgie, le vomissement , la névralgie lombaire et la paraplégie , le nervosisme cérébral et la folie, la toux nerveuse et les hyperhémics pulmonaires vaso-motrices, les névralgies de la cinquième paire, etc. Que le résultat de cette affection réflexe sympathique soit une ischémie des organes affectés ou , au contraire , une congestion par hyposthénie des capillaires, le trouble fonctionnel n'en existe pas moins, et c'est à en discerner la nature hyposthénique ou hypersthénique que doit s'appliquer le médecin.
Ici, nous avons , dans les observations I et II , deux enfants pubères atteintes d'aménorrhée , consécutivement à ce défaut de menstruation ; il y a eu de la gastralgie avec inappétence et chlorose bien marquée chez Camille B..., un peu moins évidente chez D... Puis, après les douleurs d'estomac, ont paru les maux de tête excessifs dans un cas, plus modérés dans l'autre, mais dans tous les deux ils furent accompagnés de vomissements avec fièvre. Au même moment, Jeanne D..., avait de la constipation et l'autre était frappée d'incontinence.
En l'absence d'une méningite, qui ne voit là les conséquences d'une aménorrhée, suivie de chlorose, de gastralgie temporo-frontale et d'affection du cerveau indiquée par les vomissements. Si ce n'est pas là une névralgie chlorotique, c'est une ma-