CONTUSION ET COMMOTION DU CERVEAU
l'habile direction de mon collègue, assisté de cet autre non moins habile et excellent confrère qu'on appelle Nature.
Observation III. — l'u jeune garçon de La rue de la Lingerie, jouant chez ses parents, se heurta violemment le front sur l'angle d'une table, et se fit une plaie du sourcil droit. Le lendemain, l'enfant fut pris de convulsions violentes avec perte de connaissance, coma très-profond et fièvre violente.
I. s yeux, examinés à l'ophthalmoscope, ne présentant aucune altération, je pensais qu'il n'y avait que commotion du cerveau et non pas de contusion ou de compression de l'encéphale. Je pensais même, en raison de la fièvre, que la convulsion ne dépendait pas de la chute sur la tète, mais pouvait résulter d'une complication inflammatoire encore latente. L'événement m'a donné raison. C'était un érysipèle de la face qui se déclara dans la journée autour de la plaie, érysipèle bénin qui dura quatre jours et dont l'enfant guérit parfaitement.
Dans ce cas, au moment de la convulsion, deux de mes collègues dans b:s hôpitaux, qu'il est inutile de nommer ici, avaient porté le pronostic le plus grave, et avaient déclaré que rien ne pouvait sauver l'enfant. Je fus au moment même d'un avis opposé, et j'affirmai la guérison, d'une part, parce que, le nerf optique étant sain et la circulation rétinienne normale, il ne pouvait y avoir de lésion du crâne ou du cerveau, et, de l'autre, parce que j'ai écrit cet aphorisme, que : « Chez un enfant, une convulsion subite suivie de fièvre est toujours l'indice d'une maladie aiguë franche et non d'une affection aiguë du cerveau. »
OBSERVATION IV. — Chez un jeune garçon du pensionnat Saint-Nicolas, qui était tombé sur le front et s'était coupé le sourcil à l'angle d'un mur, il s'était développé des accidents comateux accompagnés d'une double névro-rétinite avec thromboses des veines rétiniennes. J'en conclus à un épanchement du cerveau avec thrombose de sinus de la dure-mère. L'autopsie m'a montré cette thrombose avec hydrocéphalie aiguë et abcès de la partie inférieure du lobe frontal.
Jusqu'à présent, tons les faits que j'ai observés permettent de conclure de la même manière. Plusieurs se trouvent publiés en 1865(1 I et ceux qu'on vient de lire sont semblables aux premiers.
Toutes les fois qu'un sujet tombé sur la tète a perdu connaissance et semble paralysé, il y a toujours à se demander si ce n'est la qu'un étourdissemeul pasdû a la commotion du cerveau, ou bien, au contraire, s'il y a contusion de la substance nerveuse ou compression de cette substance par un épanchemenf sanguin ou séreux.
L'ophthalmoscopie, que j'ai employée pour la première fois il y a douze ans pour éclairer ce diagnostic, donne sur ce sujet les résultats les plus importants.
S'il n'y a que commotion du cerveau, le nerf optique conserve sa forme, sa netteté et ses couleurs habituelles, et les veines rétiniennes, ainsi que la rétine, ne présentent aucune modification.
S'il y a contusion du cerveau, avec ou sans inflammation consécutive, ou bien s'il y a épanchement séreux ou sanguin avec ou sans fracture du crâne, le nerf optique et la rétine sont malades.
Le nerf optique est gonflé, paraîl aplati, d'ww rose uniforme, parfois plus vasculaire; ses contours sont moins nets, et il est le siège d'une suffusion séreuse partielle ou générale qui s'étend a la rétine voisine s >us forme de teinte opaline transparente qui \oile plus ou moins le bord papillaire.
Les artères diminuent quelquefois de volume si la suffusion a gagné la gaine du nerf optique, et les veines rétiniennes plus ou moins dilatées indiquent, par la gêne de leur circulation, une gêne semblable dans la circulation du crâne.
'lj Bouchut, Traité de diagnostic des maladies du système nerveux par Vophthatmotcope. Paris, 1865.