‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 138 sur 472 · II Y P N 0 T 1 S M E S P 0 N T A N É · texte numérisé non relu

II Y P N 0 T 1 S M E S P 0 N T A N É

Certains cas de névrose extraordinaire, dans ce qu'ils ont d'exceptionnel, se rattachent à des questions où le merveilleux l'a pendant longtemps disputé au naturel. On en a désormais l'explication anatomique et physiologique. Ce sont les cas d'hypnotisme spontané. J'eu ai vu deux exemples dus à un petit travail d'aiguille trop fatigant pour les yeux.

Voici l'un de ces faits singuliers :

Observation. — La petite fille X..., âgée de dix ans, d'une bonne santé habituelle, née de parents sains, n'a jamais eu de crises nerveuses d'aucune espèce.

Placée en apprentissage il y a cinq mois pour coudre des gilets d'homme, c'est ce métier qui l'a rendue malade. Au bout d'un mois d'un travail assidu, qui n'avait rien d'exagéré, au moment où elle faisait une boutonnière, elle perdit connaissance et dormit une heure. Revenue à elle, et reprenant son ouvrage, le même accident eut lieu et. depuis lors, chaque fois qu'on lui donnait une boutonnière à coudre, il survenait une nouvelle perte de connaissance ou, si l'on veut, une nouvelle attaque de sommeil. il y avait là quelque chose de magique, qui rappelait ces histoires de sorcellerie où l'on pensait qu'un objet pouvait être ensorcelé par quelque mauvais génie. En effet, tout autre travail que la confection des boutonnières pouvait être fait impunément, l'enfant pouvait coudre en long, faire des ourlets, enfiler des perles, etc., sans tomber et sans dormir. Seules, les boutonnières avaient un pouvoir hypnotique vraiment merveilleux.

Ces accidents se renouvelaient huit à dix fois par jour ; la mère était désolée, et c'est dans ces conditions qu'elle m'a prié d'admettre son enfant.

Dans la salle, je lui ai fait coudre des boutonnières devant moi, et voici ce qui est arrivé. A peine avait-elle fait trois points, une minute après avoir commencé, qu'elle tomba lourdement de sa chaise sur le sol, se frappant sans précaution, et elle était complètement endormie. Le phénomène se produisit subitement, sans excitation préalable. Relevée par nous, elle avait de la catalepsie des bras et des jambes, la pupille dilatée, le pouls ralenti, et elle était tout à fait insensible. On pouvait la pincer et la piquer sur différentes parties du corps sans lui faire éprouver de douleur.

Ce sommeil anesthésique dura trois heures, puis l'enfant revint à elle et ne ressentit rien de particulier.

L'épreuve fut tentée le lendemain avec des résultats identiques, mais le sommeil dura seulement une heure. On lui fit coudre alors un ourlet, et enfiler des perles, mais il ne se produit rien de semblable.

Pour varier, je lui fis regarder avec attention et fixement un crayon d'argent placé à 10 centimètres de la racine du nez, et les mêmes phénomènes de sommeil anesthésique eurent lieu.

Lue fois éveillée, l'enfant n'avait aucune souffrance à la tête, pas de trouble auditif ou visuel, pas de désordre d'estomac ou d'intestin et rien de particulier au cœur.

En réfléchissant sur la nature de cet état morbide, j'ai d'abord songé au vertige épileptique, mais ce n'est pas cela, car si le vertige prend subitement au milieu des occupations du malade, il passe de même, dure quelques secondes, et n'est pas suivi de sommeil. Ce n'est pas davantage de Yépilepsie, car il n'y a pas de mouvements convulsifs, et l'on ne voit là aucun des caractères de l'attaque hystérique. Peut-être y a-t-il là des symptômes d'hystérie future; mais, actuellement, la névrose que nous offre cette petite malade a des caractères propres qui constituent une véritable entité morbide.

C'est, en dehors de l'hystérie, une névrose toute spéciale caractérisée par du sommeil, de l'anesthésic et de la catalepsie. A ces caractères, on distingue Yhyp-

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