CHAPITRE PREMIER
On donne le nom de coryza à l'inflammation de la muqueuse des fosses nasales. I! j a diverses espèces de coryza : l# le coryza inflammatoire aigu ; 2* le co inflammatoire pseudo-membraneux ; 3 le coryza chronique ordinairement lié à la fuie, et I le coryza syphilitique.
Les altérations anatomiques de cett • maladie sont, pour le coryza inflamma- - m . la tuméfaction et la diminution de consistance du tissu de la membrane qui tapisse les fosses nasales. 11 ne faut pas (par le gonflement soit trèsconsidérable pour obstruer la cavité du nez. fort petite, comme ow le sait, riiez les jeunes enfants.
Dans le < i . on trouve ça et là des concrétions membraneuses
plus on moins étendues, quelquefois isolées les unes des autres. Elles présentent lires aui exsudations plastiques. La muqueuse qu'elles recouvrent est toujours tuméfiée, d'un rouge vif et saignant en certains endroits, kss souvent les fausses membranes ne sont pas placées dans l'intérieur des fosses nasales, mais seulement à l'orifices des narines. L'obstacle qu'elles apportent à l'exercice des fonctions respiratoires est le même, mais il est pins facile d'vn triompher.
Dans le coryza chronique scrofuleux, la muqueuse est pâle, épaissie en quelques endroits, et recouverte de pus et de croûtes plus on moins épaissies et desséchées. Ces croûtes s'aperçoivent surtout à l'entrée des narines. Là elles sont tares, formées par du sang < m ta renouvellent souvent, car Ten-
tant les arrache sans cess .
Le coryza, qui est toujours chez l'adulte une maladie légère, peut devenir trèsdangereux chez les enfants à la mamelle. Rayer (!) et Billard ont, des premiers, tracé fidèlement le tableau de cette affection.
Cette maladie résulte de l'action du froid, de l'air humide et du refroidissement des extrémités par l'urine des enfants, si l'on néglige de les changer souvent. Elle est produite par l'exposition à la chaleur d'un feu trop vif ou à l'action du soleil et par les brusques changements de température, lors des changements de saisons. Elle est enfin le résultat d'une diathèse syphilitique ou scrofuleuse produite chez l'enfant par la mauvaise santé des parents , lorsqu'il existe chez eux une diathèse de même nature.
L'enfant éternue souvent et rejette par les narines des mucosités filantes, claires, puis jaunes , verdâtres et purulentes. Son nez est rouge et tuméfié ; il dort la bouche ouverte, respire bruyamment, avec peine, et, quand l'obstacle est très-considérable, sa langue et ses lèvres sont entraînées en arrière par le courant d'air introduit de la bouche dans les bronches ; et il se trouve dans l'impossibilité de teter. Dès qu'on le présente au sein, il veut boire et il ne peut réussir, car la succion est difficile ou impossible, ce dont chacun peut se convaincre en simulant cet acte après s'être pincé le nez. L'enfant quitte le mamelon désespéré, poussant des cris violents et exprimant par ses gestes et par les mouvements de la physionomie la contrariété, la gêne et la douleur qu'il éprouve. Plus tard, pressé par la faim, et dans l'impossibilité de la satisfaire, l'enfant s'agite de plus en plus, il s'étiole, se décolore et se refroidit progressivement ; il meurt enfin de fatigue , de douleur et d'inanition, si l'on ne parvient pas à le faire respirer par les narines. En attendant qu'on ait réussi, il faut le nourrir avec du lait à la cuiller.
Cette position est, comme on le voit , assez inquiétante. Elle compromet la vie de l'enfant, qui risque de mourir de faim s'il est très-jeune. En quatre ou cinq jours, comme je l'ai vu, un enfant nouveau-né peut périr d'un coryza. Cette maladie est beaucoup moins grave chez les enfants plus âgés. Elle n'est dangereuse que lorsqu'il y a difficulté dans l'exercice de la respiration et de la déglutition. Cependant l'inflammation de la pituitaire peut quelquefois s'étendre aux membranes du cerveau et amener une hydrocéphalie aiguë , ainsi que Billard en a rapporté un exemple.
Une complication très-fâcheuse du coryza , parce qu'elle est susceptible de produire l'asphyxie, ce que j'ai déjà vu plusieurs fois, c'est l'aspiration et le retrait de la langue en arrière chez les nouveau-nés. L'air pénètre incomplètement par les narines, et passe surtout par la bouche restée béante à cet effet. Il entraîne la lèvre inférieure en arrière comme une soupape, il fait de même pour la langue qui se redresse, se recourbe et applique sa face inférieure sur le voile du palais de façon à obstruer la cavité buccale. Plus les enfants sont affaiblis et plus le phénomène est apparent. Il en résulte un obstacle à l'hématose qui s'ajoute aux effets produits par la difficulté de la succion des mamelles. Sous l'influence de cette double cause de dépérissement, les enfants maigrissent, deviennent pâles , blêmes , froids , perdent le pouls et ne tardent pas à succomber.
Voici un exemple de cette complication qui n'a encore été vue par personne et que je signale ici pour la première fois.
Observation. — Coryza aigu d'origine strumeuse; mort. — Un enfant de trois semaines m'est amené par sa mère sur la recommandation de M. Tourasse, élève en médecine. Cet enfant, dont le père et la mère sont très-délicats, et ont offert diffé-
(1) Rayer, Note sur le coryza des enfants à la mamelle. Paris, 1820, iu-8.
rentes manifestations de scrofule, est né un peu avant tenue ; il a présenté, dès le second jour de sa naissance, une ophthalmie calarrhale et un écoulement nasal, épais, jaunâtre, accompagné d'éternuments et de sifflement naso-gultural très-prononcé. Confié à une belle et forte nourrice, il ne tétait qu'avec peine et ne saisissait que trèsmollement le mamelon. 11 quittait le sein presque aussitôt après l'avoir pris, et, sans avoir le temps de boire, il se rejetait violemment en arrière pour respirer par la bouche. Lorsqu'on lui désobstruait les narines, il pouvait teter, mais jamais assez pour faire un bon repas. Quelque soin qu'on prit de lui laver le nez pour rendre la succion plus facile et pour favoriser l'allaitement, quelque précaution qu'on eût de lui donner un supplément de lait coupé, au verre ou à la cuiller, l'enfant finit par dépérir très-sensiblement. Les parents en furent alarmés, et vinrent réclamer mon avis.
Je trouvai cet enfant pâle, anémique, amaigri, ridé des pieds à la tète, la bouche béante, ayant encore un peu d'écoulement purulent, opalin, sur la conjonctive, le nez petit, très-obstrué par des croûtes presque sèches qui empêchaient incomplètement le passage de l'air. L'enfant était obligé de respirer par la bouche. Je le lis teter devant moi; il n'y réussi! qu'avec peine, mais il put faire quelque- mouvements de déglutition. Je conseillai l'usage extérieur des injections avec de l'eau et du lait tiède ; à l'intérieur, du sirop antiscorbutique à 15 grammes par jour, tous les matins, et pour régime du lait pur à la cuiller.
Trois jours après, l'enfant me fut de nouveau présenté dans un état déplorable : le visage altéré, le teint mat, les joues creuses, les lèvres pâles, froides ; le nez obstrué, froid; la bouche ouverte, la langue relevée en haut, se portant en arrière comme une soupape mobile entraînée par le courant d'air de la respiration. Dans cet état, la langue servait encore d'obstacle au passage de l'air et favorisait l'asphyxie. C t enfant avalait sa langue î Les extrémités étaient froides et le pouls avait presque disparu. Les mouvements étaient, rares et lents, la déglutition très-difficile, le cri impossible. Je conseillai de maintenir la langue abaissée avec une lamelle d'ivoire; je fis désobstruer les narines et ordonnai l'administration de 5 centigrammes d'iodure de potassium dans un julep goinineux.
Cet enfant mourut dans la journée.
L<- coryza est assez fréquent chez Les jeunes enfants lymphatiques. II est ordinairement peu sérieux. Il en est de même du coryza qui précède certaines fièvres éruptives, et en particulier la rougeole. Le coryza pseudo- membraneux et le coryza chronique scrofuleux ou syphilitique sont , au contraire, do maladie- Put grav<
11 faut débarrasser les narines des mucosités et des croûtes qui ferment leur ouverture, a l'aide de lotions de guimauve, de graine de lin, de sureau ou avec du lait sorti du sein de la mère ou de la nourrice. Il faut, dans le coryza pseudomembraneux, injecter avec une seringue de verre une solution de nitrate d'argent a lu centigrammes pour 30 grammes d'eau distillée, ou de sulfate de cuivre, 3 grammes pour 30 grammes d'eau, ou de sulfate de zinc a la même dose. Il vaut mieux encore toucher l'orifice des narines très-légèrement avec le crayon de nitrate d'argent et injecter ensuite un peu d'eau tiède.
Dans le coryza chronique, les mêmes opérations doivent être pratiquées, et l'on peut \ joindre, quand cela est possible, [es insufflations d'alun :
Alun i grain
Sucre eu poudre 8 —
Ou (die que je préfère et dont la hase est formée de calomel :
Calomel . . i grama
Sucre - —
M reniant est né de parents scrofuleux, et qu'il ait hérité de la diathèse scrofuleuse, il convient de lui donner du sirop antiscorbutique, I."» ou -2<i grammes par
jour ; do l'huile de foie de morue, 20 à 50 grammes ; de l'iodure de potassium, 5 à 10 centigrammes ; mais hélas ! que peuvent ces moyens généraux, si le coryza scrofuleux est assez grave pour empêcher l'allaitement et amener la mort des enfants par inanition ! Cette médication ne convient que dans les cas où l'on a du temps devant soi, lorsque le coryza est de médiocre intensité et ne compromet pas immédiatement l'existence.
Enfin, si l'obstruction nasale est telle qu'elle empêche absolument la respiration et la succion, le médecin pourrait, comme je l'ai fait sur un enfant que j'ai traité avec le docteur Veyne, essayer d'introduire dans chaque narine un petit tube d'argent de 2 millimètres de diamètre, ou 3 millimètres au plus, long de 5 centimètres, et légèrement recourbé d'avant en arrière à son extrémité gutturale, pour le fixer ensuite sous le nez avec le tube de la narine opposée. Ces deux canules provisoires permettent le passage de l'air et empêchent l'enfant de succomber, tout en donnant à la maladie le temps de se guérir.
Le coryza syphilitique se présente avec les mêmes symptômes et il entraîne les mêmes dangers ; sa nature seule est différente et réclame un traitement spécial. Je le décrirai plus loin en parlant de la syphilis des nouveau-nés.
Aphorismes.
110. Le sifflement nasal est le signe du coryza aigu et chronique grave.
111. Le coryza des nouveau-nés qui produit l'obstruction des fosses nasales est souvent mortel, en raison de l'obstacle qu'il apporte à l'allaitement.
112. Par l'étendue de ces lésions, le coryza syphilitique est la plus redoutable des inflammations de la muqueuse nasale ; mais, en revanche, il guérit plus facilement que les autres.