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CHAPITRE ni

Le croup est une phlegmasie aiguë du larynx, caractérisée par l'exsudation d'une fausse membrane à la surface de la muqueuse laryngée. C'était déjà, en 1808, l'opinion de Vieusseux, de Valentin (2), etc. Aujourd'hui, c'est l'idée universellement admise.

Le croup se rattache intimement à la diphthérite dont je donne plus loin la description et à Y angine couenneuse que j'ai décrite à propos des maladies du pharynx. — Il faut consulter ces deux chapitres, pour bien comprendre celui-ci dont ils sont le complément nécessaire.

On peut discuter sur la nature, sur le siège et sur l'étendue de la fausse membrane, mais il n'est plus possible de dire avec Guersant (3) : sur 171 cas de croup, il y en a eu 21 sans fausses membranes. Ces 21 croupes réputés tels, malgré l'absence d'exsudation couenneuse dans le larynx, sont autant d'erreurs de diagnostic. Cette maladie tue par asphyxie, lorsque les fausses membranes sont assez épaisses pour obstruer le larynx, ou par empoisonnement, lorsque la suppuration de la muqueuse ulcérée ou couverte de fausses membranes est résorbée et portée dans le sang. Dans le premier cas, il y a de Yanesthésie, et le second s'annonce en général par une albuminurie plus ou moins forte.

Fréquence. Le croup est surtout une maladie de l'enfance. Il est assez rare de la naissance à un an. Billard et Dewes en ont cependant observé des exemples chez des nouveau-nés. J'en ai vu un sur une fille de huit jours et un autre sur une enfant de six mois que nous avons opérée avec Lenoir. C'était la fille d'un de nos confrères de Paris. Il est un peu plus fréquent dans la seconde année de la vie, plus commun de deux à sept ans, et il est de moins en moins répandu à mesure qu'on

(1) Allain-Dupré, Travaux de la Société méd. d'Indre-et-Loire.

(2) Valentin, Recherclies historiques et pratiques sur le croup. Paris, 1812.

(3) Guersant, Dictionnaire de médecine en 30 volumes, t. IX. Paris, 1835, p. 334, article Croup.

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s'approche de l'âge adulte. Son maximum de fréquence est de deux à six ans, et on l'observe, quoique très-rarement, dans l'âge viril et jusque chez le vieillard. Washington en est mort à soixante-huit ans.

Il est un peu plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Ainsi, dans une statistique que j'ai faite, sur 7430 cas de décès par le croup signalés en vingt-huit ans, à Paris, de 1826 à 1853 inclusivement, il y en a eu 3834 sur les garçons et 3596 sur les filles.

On l'observe surtout dans les pays du Nord, dans les climats froids et humides, exposés à de grandes variations de température et à des froids rigoureux, mais le génie épidémique, qui modifie tant nos convictions thérapeutiques, change également nos idées sur la topographie des maladies. Le croup, presque inconnu dans le midi de la France et dans l'Italie, commence à se montrer çà et là dans quelques localités, et le mal qui se généralise ici tend également à s'établir dans nos provinces méridionales les plus favorisées sous le rapport de la clémence du ciel.

Le croup ne frappe ordinairement qu'une seule fois le même individu, et l'on comprend qu'en raison même de sa grande mortalité, ses récidives soient trèsrares. Il récidive cependant , et j'ai opéré sans succès une enfant qui, l'année précédente, plus heureuse, avait une première fois échappé aux périls de la trachéotomie. Bergeron a également perdu un enfant qu'il avait quelques semaines auparavant guéri une première fois sans opération sanglante. Au reste, Home (1), Vieusseux, Jurine, nous ont déjà transmis des exemples incontestables de ces récidives, et l'on peut considérer cette question comme définitivement résolue.

C'est une maladie sporadique, épidémique ou intercurrente et liée à des maladies antérieures, principalement à l'angine maligne ulcéreuse, couenneuse ou gangreneuse, et aux fièvres éruptives. Je l'ai rencontrée cinq ou six fois à la suite de la rougeole, mais c'est surtout pendant ou après la scarlatine qu'elle peut apparaître. La coïncidence de cette dernière fièvre avec le croup a été signalée par tous les auteurs, et il n'est personne qui ne l'ait observée au moins un certain nombre de fois. On peut même dire qu'il y a un rapport intime entre ces deux maladies, car si l'on voit souvent la scarlatine suivie d'angine ulcéro-membraneuse et de croup, on rencontre également le croup suivi de scarlatine. De nombreux exemples de ce genre se sont offerts à mes yeux, en 1858 et 1859. Je dirai même que l'épidémie de croup à laquelle nous avons assisté est la suite de l'épidémie de scarlatine qui a régné toute l'année précédente et au commencement de cette année à Paris , tant le rapport entre ces deux maladies me paraît intime. D'abord c'était la scarlatine sans le croup, puis des cas de scarlatine compliquée de croup, un peu plus tard des croups suivis de scarlatine, et enfin le croup tout seul, sans éruption searlatineuse. La présence de l'albuminurie dans les deux tiers des cas de croup confirme encore ce rapprochement que l'observât ion attentive des maladies avait fait naître.

Le croup, ai-je dit, est une maladie sporadique, cela cm incontestable ; mais il se présente également sous forme d'épidémie, fait qui le rapproche encore des maladies générales , et par conséquent de la scarlatine. Le temps esl pas>é où l'on pouvait élever des doutes sur le caractère épidémique du croup à P. iris. Ce que l'on voit depuis vingt ans est la preuve du contraire. Vinsi, eu 1847, le croup a occasionné 740 décès à Paris, tant à domicile que dans les hôpitaux, et L'année 1858 figurera dans ce nécrologe pour le chiffre de 864. on en compte maintenant près de 1200 par an.

l l'. Borne, Recherches sur la nature, la < r"^' et le traitement du croup, tratl. ù<k l'anglais parRuettc. Paris, 180'J.

Dans les années ordinaires, d'après les tables de mortalité que j'ai fait connaître en compnlsant les tables de mortalité publiées par ïrébnchet (1), le chiffre de la mortalité annuelle de cette maladie varie entre 200 et 300. Il ne saurait donc y avoir de doutes sur la nature épidémique du croup, et nous sommes maintenant placés au milieu de la plus grave et de la plus terrible épidémie qui ait jamais sévi sur la population de Paris.

Vient enfin le fait de la contagion toujours fort difficile à établir, et qui n'est pas encore définitivement démontré, nonobstant les affirmations de plusieurs médecins. Si probable que soit la nature contagieuse du croup, analogue sous ce rapport à celle de l'angine couenneuse elle-même, ce mode de transmission n'est pas tellement démontré qu'on puisse le considérer comme incontestable. Rien ne prouve que la multiplicité des cas de croup observés dans le même lieu d'habitation ou dans une même famille ne soit aussi bien le résultat de l'infection que de la contagion, ni que la maladie n'ait été chez tous l'effet de l'influence épidémique. Si le croup était manifestement contagieux, il devrait infecter toutes les salles d'un hôpital, et se transmettre d'un lit à l'autre aux malades voisins; or, il n'en est rien, et je n'ai encore vu qu'un petit nombre de cas de croup développés dans ma salle des maladies aiguës. J'en ai vu tout autant se montrer à l'intérieur de l'hôpital, dans mon service des scrofuleux, chez des enfants qui se trouvaient précisément éloignés de ceux qui avaient le croup, qui couchaient et vivaient dans des salles différentes, et n'avaient été en contact immédiat avec aucune personne affectée de la même maladie. Si le croup était fortement contagieux, les cent quarante-quatre cas qui ont été admis dans le courant de 1858 à l'hôpital Sainte-Eugénie eussent dû en favoriser le développement à l'intérieur : et, je le répète, les cas développés dans les salles sont assez rares.

Malgré ces faits peu probants, qu'on ne se hâte pas de résoudre la question d'une façon contraire à la contagion, ce serait prématuré, et une pareille conclusion pourrait conduire dans une voie périlleuse, compromettante pour la science autant que pour la responsabilité médicale. Rien n'établit péremptoirement les propriétés contagieuses du croup, mais aucune observation ne prouve certainement le contraire. Comme, d'ailleurs, des faits douteux ont pu faire croire à la contagion, et que positivement la maladie se transmet par infection, c'est-à-dire au moyen de l'air contaminé, il importe de se conduire toujours, dans les familles où il y a plusieurs enfants, comme si la maladie était contagieuse au moyen du contact. Il faut se hâter d'éloigner les frères ou sœurs de l'enfant atteint, et il faut faire en sorte qu'il ne reste auprès de lui que les personnes nécessaires pour lui donner, sans crainte d'un danger qui n'existe en quelque sorte pas, tous les soins assidus que réclame sa position.

Lorsque sous l'action épidémique, par suite d'angine maligne couenneuse ou gangreneuse, de scarlatine ou d'une façon toute sporadique, le mal gagne le larynx pour former le croup, il se produit deux ordres de phénomènes, les uns matériels et les autres dynamiques. Les premiers constituent les lésions, dont je vais faire connaître la nature et l'étendue, et les seconds se révèlent par ce qu'on appelle des symptômes.

Lésions anatomiques. — La présence de fausses membranes dans les voies aériennes est le caractère essentiel et fondamental du croup. Sans le produit de formation nouvelle et rapide la maladie n'existe pas ou n'existe plus.

Ces fausses membranes se présentent sous forme de pellicules blanches, grisâtres,

^1) Trébuchet, Statistique des décès de la ville de Paris (Ann. d'hygiène, t. XLII ù L).

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