DU GESTE ET DES ATTITUDES
Tous ceux qui ont étudié la physionomie humaine ont nécessairement dû consacrer un chapitre au développement des signes fournis par les gestes et les attitudes différentes des individus; ces signes ne trompent que bien rarement. La démarche \ive et assurée d'un homme qui porte fièrement sa tête, dont la poitrine esl large, et dont les membres supérieurs se meuvent avec mesure, en impose autant que le dur aspect d'un visage dont les traits sont effilés, les lèvres minces et le regard méchant. L'attitude trahit souvent celui qui veut rendre sa physionomie impassible; aussi fournit-elle à l'observateur des signes qu'il ne faut pas négliger. — Si ces signes ont, dans l'état physiologique, une grande valeur, leur importance n'es! pas moindre dans l'état morbide.
(1) E. Bouchut, Mém. sur la paralysie de la troisième paire. [Union médicale, ÎSOG.)
(2) Paul ^Eginète, liv. IV, chap. lmi.
(3) Avicenne, liv. III.
(4) Th. Fyens, Semeiotice, sire de signis medicis. Lyon, [664
Il PATHOLOGIE GÉNÉRALE ET SÉMÉiOTIQUE DE [/ENFANCE.
Les onfaiits malades cherchent instinctivement, dans chaque maladie, l'altitude la plus favorable el la moins douloureuse. Quant aux mouvements du corps et aux gestes, comme ils sont arrachés par la souffrance, et soustraits à l'influence de la volonté, il en faut tenir Compte, car ils peuvent éclairer le médecin dans ses recherches.
On a dit, avec une apparence de raison, que les enfants à la mamelle, escla\es dans les linges de leur maillot, n'étaient pas libres de prendre l'attitude qui leur était convenable, et qu'ils restaient dans la position qu'on voulait bien leur donner. Puis, de là, on a conclu à la nullité des signes fournis par l'attitude des enfants. \utant vaudrait dire que la physionomie n'a pas d'expression chez les peuples qui ont la coutume de se \oiler le visage.
Il ne faut pas raisonner ainsi. On étudie l'expression de la face, quand on s'est placé dans la position la plus convenable pour examiner les traits, c'est-à-dire lorsque le visage est découvert. — Laissez les enfants en liberté, et vous pourrez apprécier les gestes et l'attitude qui trahissent la souffrance de tel ou tel organe.
Attitude dans la méningite. — Ainsi, lorsqu'on observe un jeune enfant atteint de méningite au début, pendant la période de germination, on l'entend tout à coup jeter les hauts cris; sa main s'élève, en frappant l'air, ou en tiraillant sur un endroit de ses vêtements ou des linges qui le recouvrent, comme pour enlever un objet qui l'épouvante. Ces gestes sont caractéristiques, et, chez les enfants plus avancés en âge, la parole leur venant en aide, ils appellent leur mère à leur secours contre leurs hallucinations, pour les délivrer de la bête qu'ils aperçoivent devant eux.
Quelquefois, à ce moment, le corps prend une attitude étrange; la face exprime la frayeur ; les enfants se lèvent sur leur séant et s'agitent pour fuir l'objet de leurterreur.
A une époque plus avancée de la maladie, dans la période convulsive ou comateuse, les gestes et l'attitude sont différents. Les mouvements sont automatiques; ici la main, égarée sur la couverture, travaille pour en arracher le duvet; ailleurs les membres sont agités de mouvements convulsifs généraux, ou sont contractures. Enfin, chez quelques malades, le corps est dans la prostration la plus profonde : l'un de ses côtés et frappé de paralysie, et se trouve dans la résolution la plus complète ; l'autre reste seul capable de se mouvoir. Ailleurs, l'enfant est immobile, doit sans faire un mouvement. On le croirait mort.
Attitude de la dentition laborieuse* — Dans les maladies de la bouche, au moment de la dentition, lorsque la muqueuse buccale est fortement enflammée, ulcérée peut-être, des gestes particuliers viennent indiquer le siège de la souffrance que cause l'évolution des dents. Chez quelques enfants, les lèvres restent écartées par effort, la salive s'écoule, et les quatre doigts de l'une ou de l'autre main se portent continuellement dans la bouche pour être incessamment pressés entre les arcades dentaires.
Attitude du croup. — Durant les maladies du larynx, dans le croup, les enfants ne peuvent rester entièrement couchés; ils suffoquent et s'agitent jusqu'à ce qu'on les ait placés sur leur séant, appuyés sur des oreillers qui les maintiennent dans cette position. Ils veulent être incessamment tenus sur les bras, parce que, dans cette attitude verticale, ils trouvent un point d'appui qui facilite leur respiration.
Dans la dernière période du mal, au moment des crises d'étouffement et des accès de dyspnée qui déterminent l'asphyxie, on les entend pousser des cris étouffés, sourds, rauques, et quand ils sont couchés, on les voit faire de violents efforts pour se lever. Aussi, dès qu'on leur présente la main, ils la saisissent dans un