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CHAPITRE VII

PHTHISIE PULMONAIRE CHEZ LES NOUVEAU-NÉS ET CHEZ LES ENFANTS A LA MAMELLE

On aurait une très-fausse idée de la phthisie des nouveau-nés et des enfants à la mamelle, si l'on croyait pouvoir se L'imaginer comme un diminutif ou une réduction de la phthisie des adultes. Dans le premier âge. la phthisie pulmonaire a des caractères et des symptômes tout particuliers; il n'y a que la phthisie de la seconde enfance qui puisse se rapprocher de la phthisie de l'adulte.

Causes. — La phthisie pulmonaire des nouveau-nés est le résultat de l'influence héréditaire, de la nourriture malsaine ou insuffisante, de la mauvaise qualité du lait d'une nourrice, du sevrage prématuré, du froid, de la misère et de toute> les s - débilitantes qui peuvent agir directement sur la nutrition. Elle peut également résulter de l'affaiblissement qui succède aux troubles de la nutrition par de fréquentes diarrhées: de la congestion chronique des poumons ( 1 > ; de la rougeole compliquée de pneumonie lobulaire et quelquefois de la pneumonie aiguë, mais dans ce cas. il y a toujours lieu de se demander laquelle des deux affections a précédé l'autre, si c'est la pneumonie qui est bien l'état morbide primitif, ou si elle n'est pas elle-même une affection secondaire. Pour moi. je pense que dans beaucoup de cas. chez des enfants prédisposés, c'est la pneumonie qui amène le développement de la phthtisie, et ici la chos e s:j passe comme dans la pathologie de l'homme adulte. Quand la phthisie résulte de la rougeole ou de la pneumonie, c'est le résultat de la réplétion des cellules pulmonaires par l'épithélium en desquamation ou par l'exsudation inflammatoire qui s'altère et entre en régression pour former l'état caséeux. Il y a la une action irritante délétère analogue a celle de l'absorption des poussières végétales ou minérales par le poumon, et. de même que ces poussières, agissant comme des corps irritants, amènent la tuberculose pulmonaire, la poussière animale des cellules d'épithélium qui résulte de la desquamation bronchique de la rougeole emplit les vésicules pulmonaires et produit le développement des tubercules. La phthisie enfin est peut-être chez l'enfant, dans sa forme granuleuse, une des manifestations de la syphilis héréditaire.

Formes. — La phthisie des enfants présente plusieurs formes anatomiques distinctes qui se réunissent quelquefois, et que j'ai étudiées avec Ch. Robin. Il y a : 1 la phthisie granuleuse, dont le caractère anatomique est la présence de granulations fibro-plastiques, et quelquefois, mais très-rarement, de granulations épithéliaies ; -2 la phthisie tuberculeuse, dont le tubercule jaune cru ou ramolli est le principal élément, et dans laquelle se rencontrent également des granulations nbro-plastiques : 3 la phthisie par pneumot use. Les deux premières formes anatomiques. reconnues par Bayle. ne sont, comme l'a dit Laennec. que les deux degrés d'une seule et même maladie, le tubercule jaune étant toujours la transformation de la granulation grise fibro-plastique ou épithéliale. Dans un certain nombre de cas, cependant, il n'existe que des granulations grises nbro-plastiques sans tuberculisation jaune ; et ailleurs, la maladie commence par

Voyei : Congsstioh des pochons, p. 328.

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le tubercule sans avoir été précédée de granulations grises. Sur ce fait repose la loi de pathologie générale suivante : Les produits morbides ne révèlent pas toujours la nature d'une maladie. En effet, on voit ici deux produits de structure différente qui dépendent de la même diathèse et sont de la même nature, tandis qu'ailleurs on voit la gangrène ou des produits ayant même structure, le pus, l'épithélium, le tissu fibro-plastique, les fausses membranes, etc., se produire sous l'influence de causes toutes différentes et dépendre de maladies n'ayant entre elles aucun rapport de nature et de causalité. Ce sont là des faits de la plus haute importance. — Quant à la phthisie par pneumonie caséeuse, c'est une consomption produite par l'ulcération inflammatoire chronique des poumons et la destruction caséeuse du parenchyme pulmonaire.

§ I. — Phthisie granuleuse.

Dans la phthisie granuleuse, les deux poumons sont plus ou moins remplis de granulations miliaires demi-transparentes, opalines, grisâtres, brillantes et nacrées. Ces granulations ont le volume d'une petite tête d'épingle à un grain de chènevis. Elles sont entourées d'une zone rougeàtre vasculaire de 1 à 2 millimètres, ou au contraire entourées de parenchyme sain, ce qui est plus rare. Elles sont dures, résistantes au doigt. Elles sont inégalement disséminées, mais sans préférence marquée pour le sommet des poumons, comme on l'observe dans la phthisie par pneumonie caséeuse.

Ces granulations sont formées d'éléments particuliers, tantôt de noyaux de tissu fibro-plastique, ce qu'on appelle à présent des cellules embryonnaires de tissu connectif, tantôt de cellules épithéliales, ce qui est exceptionnel. Elles peuvent rester longtemps sous cette forme, et chez des enfants qui succombent, il n'y a quelquefois pas d'autres corps étrangers dans le parenchyme pulmonaire, que les granulations dont je viens de parler. Chez d'autres sujets, elles offrent un point jaunâtre central qui est le commencement d'une transformation en tubercule jaune cru, et elles sont entourées dans le même poumon par des granulations tuberculeuses, de sorte que les deux altérations sont réunies sur le même eufant.

Voici d'ailleurs la structure histologique de ces granulations, telle que, pour première fois, Ch. Robin et moi lavons déterminée , et ces recherches me paraissent avoir d'autant plus d'importance que nos résultats ont été confirmés depuis par Liegard (de Caen) (1), par Luys (2), par Virchow et par tous les histologistes.

Granulations fibro -plastiques. — Les éléments constitutifs de ces granulations sont 1° de la matière amorphe parsemée de granulations moléculaires formant une grande partie de la masse; 2° des éléments ûbro-plastiques en minime quantité; 3° quelquefois des corps granuleux; i" des fibres du tissu cellulaire généralement très-rares et pouvant manquer, des éléments élastiques du poumon qui manquent encore plus fréquemment ; 5° çà et là des cellules d'épithélium pulmonaire.

I" La matière amorphe est assez, abondante et présente une consistance variable, pins grande dans les petites que dans les grosses granulations ; elle est semée de fines granulations moléculaires grisâtres, à contours indéterminés. Dans quelques granulations, la masse de celle matière amorphe L'emporte sur la proportion des

1 1 1 Liegard, thèse inaugurale.

(2) Luys, Études d'histologie pathologique sur Je mole <T apparition et révolution des tubercules dans le tissu pulmonaire, thèse inaugurale. Paris, 1857.

autres éléments. Quelques-unes sont noires comme des granulations pigmentaires. Cette substance est importante en raison de sa densité qui gène beaucoup la dilacération des autres éléments.

2° Les éléments fibro-plasliques se présentent là avec leurs trois variétés : noyaux, cellules et fibres fusiformes. Les noyaux sont les plus nombreux, et peuvent être ovoïdes avec leurs formes caractéristiques ; quelques-uns sont sphériques et pins petits que les noyaux ordinaires. Les cellules sont moins nombreuses que les noyaux et sont généralement ovoïdes; quelques-unes ont des prolongements à leur contour, ce qui les rend irrégulières ; elles renferment un noyau ovoïde caractéristique ; quelques-unes peuvent renfermer un noyau spbérique pareil à ceux dont nous venons de parler pins liant. Il n'est pas rare de trouver des cellules ayant deux noyaux, fait plus commun dans cet état du poumon que dans les autres productions fibro-plastiques. Les granulations incluses dans les cellules fibro-plastiques sont toujours très-fines et uniformément distribuées ; aussi cette variété des éléments offre-t-elle toujours une grande transparence. Les fibres fusiformes sont moins

Fie. 51

Éléments fibro-plastiques ordinaires (*).

FiG. 52. — Éléments de la granulati grise du poumon (**).

nombreuses que les éléments qui précèdent ; elles sont pâles et transparentes, peu granuleuses, leur longueur est variable, on en trouve de courtes comme celles des granulations de la péritonite et de la pleurésie chronique. Il n'est pas rare de les rencontrer avec une extrémité tronquée près du noyau. Ce dernier est généralement ovoïde, mais quelquefois on le trouve avec la forme sphérique.

3° Ce tissu diffère un peu du tissu fibro-plastique ordinaire, ainsi qu'on peut le voir dans la figure 50, où se trouvent les éléments ordinaires de ce tissu.

4° Les fibres du tissu cellulaire manquent souvent ; quand elles existent, elles sont englobées dans les éléments ci-dessus. Les fibres du tissu jaune élastique existent plus fréquemment que celles du tissu cellulaire.

5° Les cellules d'épitbélinm pulmonaire ont conservé leur aspect normal, présentent quelquefois des cils vibratiles comme dans la planche que j'ai dessinée (fig. 51), et elles viennent des parois de petites bronches non encore détruites par le dépôt fibro-plastique.

(') a, noyau; b, extrémités pointues du corps fusiforme quelquefois très-prolonjées et Irès-minces, quelquefois très-courtes et larges à pointes obtuses, ou bien très-courtes, étroites, aiguës et plus ou moins droites et recourbées; d, extrémité hifurquée. (Robin.)

(**) On remarque des granulations moléculaires, noyaux fibro-plastiques, cellule fibro-plastique irregulière, cellule Gbro-p'astique fusiforme et une cellule épithcliale à cils vibratiles. (Bouchut.)

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