‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 213 sur 472 · ANGINES GANGRENEUSES ET COTONNEUSES · texte numérisé non relu

ANGINES GANGRENEUSES ET COTONNEUSES

bromure de potassium , le chlorate de potasse par Th. Herpin; le borate de soude , Veau de chaux et tous les sels alcalins ont été mis en usage depuis quelques années, comme traitement général et local, dans le but de modifier la composition du sang, de cicatriser les ulcères de la gorge et de dissoudre les fausses membranes. Le dernier de ces médicaments se donne à la dose de 4 grammes pour 120 grammes d'eau sucrée. Une dose plus forte a besoin d'une plus grande quantité d'eau. Quant au chlorate de potasse, il a été beaucoup trop vanté; ce médicament ne réussit bien que dans l'angine ulcéreuse, dans la stomatite ulcéromembraneuse et dans les angines pultacées simples. Proposé presque comme spécifique dans toutes les affections couenneuses, il a échoué tant de fois qu'on ne croit plus guère à son efficacité. C'est un tort, et sans nier les vertus du remède, il faut savoir qu'il n'est vraiment utile que dans les différentes variétés de stomatite.

Polygala. — Le polygala, mis d'abord en usage par Archer, a joui un instant d'une vogue accrue par l'approbation que Bretonneau a donnée à son emploi.

"2f Polygala sénéga concassé 10 grammes.

Eau de fontaine 140 —

Faire bouillir et réduire à 120 —

Une cuillerée à café toutes les six heures.

Ce médicament fait vomir et a une action très-prononcée sur les sécrétions de la muqueuse du pharynx et des voies aériennes. Tl peut être très-utile, mais il est aujourd'hui peu employé.

Excitants toniques. — L'adynamic est la plus fâcheuse des conditions créées par l'angine maligne, et il importe d'y remédier autant qu'il est possible de le faire. Dans ce but il faut donner, tout le temps de la maladie, de l'eau rougie, de l'eau et du vin mousseux, un peu de malaga, du vin de quinquina, du sulfate de quinine et ne pas cesser de nourrir les enfants. Des bouillons, du lait coupé, quelques biscuits sont nécessaires. On peut donner aussi des lavements de bouillon et de vin mélangés, qui ont des propriétés stimulantes incontestables.

Hémostatiques. — Non-seulement le perchlorure de fer a été employé comme topique, mais on y a eu également recours pour l'administrer à l'intérieur à titre d'antiputride et d'agent plastique ; Aubrun l'a donné à la dose de 8 à 15 grammes dans de l'eau sucrée, une cuillerée d'heure en heure. C'est un bon médicament à employer. — L'eau Brocchieri, qui n'est que de l'eau distillée de pin, et l'eau résineuse de Pagliari peuvent aussi rendre quelques services.

Topiques. — En même temps qu'on a recours à ces moyens généraux, des applications locales doivent être faites dans le fond de la gorge. — Des insufflations de poudre (V/iliiu et de poudre de tannin ont été conseillées par Loiseau. On a aussi employé l'aspiration d'eau pulvérisée tenant le tannin en solution; — les fumigations d'eau sulfureuse, — d'acide chlorhydrique, mais tout cela avec des avantages très-variables. — J'ai souvent employé, soit les applications A'acide *nlicylique, soit les injections d'acide thymique ;< "><> centigrammes par litre, d'acide phéniqueï 1 pour 1000, soit 1rs douches gutturales d'eau de coaltar saponiné au i<)% ou les gargarismes a\<r ce médicament; soit la glycérine pure en applications locales, avec un pinceau; en gargarisme si les enfants peuvent le f.iire; ou à l'intérieur a 15 et 30 grammes par petites cuillerées à café, de façon à lubrifier le fond du pharynx, et je m'en suis parfaitement bien trouvé. Dans quelques cas, l'amélioration se montre avec une promptitude extraordinaire.

On peut employer aussi les boissons d'eau froide où d'eau et de sirop de mûres;

les injections d'eau salée froide; les injections d'eau pure ou d'eau avec du borax; les insufflations de fleurs de soufre, etc., etc. Ce dernier moyen est la conséquence de cette idée émise par Jodin, que l'angine maligne ulcéreuse, gangreneuse et couenneuse estime maladie parasitaire; qu'un infusoire végétal venu de dehors est la cause de la phlegmasie spécifique si violente du pharynx et des amygdales; enfin, qu'en détruisant ce parasite par le soufre, on guérit du même coup la maladie qu'il tient sous sa dépendance. Ce sont des données encore à vérifier. J'ai souvent examiné les fausses membranes au microscope et je n'y ai jamais vu de spores ni de tiges de mycélium, et d'autres n'en ont pas vu plus que moi. Il n'est pas possible que cela soit, mais alors le parasite s'est développé consécutivement au sein de la matière organique sécrétée parla maladie, comme cela s'observe partout, et il n'est qu'un effet, mais non la cause de la maladie.

Àphorismes.

234. Les phlegmasies de Farrière-gorge, des amygdales et du pharynx qui gênent la déglutition, connues sous le nom d'armes, engendrent des produits anatomiques différents qui, sous la mêmeforme, donnent à la maladie un caractère de simplicité ou de malignité très-différent.

235. Il y a des angines catarrhales, phlegmoneuses, gangreneuses et couenneuses. 230. Les angines gangreneuses et couenneuses sont bénignes ou malignes.

237. L'angine gangreneuse et couenneuse bénigne, observée à l'état sporadique ou dans le cours de quelques scarlatines également sporadiques, guérit avec facilité.

238. Les angines gangreneuses et couenneuses épidémiques sont ordinairement malignes et accompagnées d'un état général adynamique très-grave dû à des embolies causées par l'endocardite végétante ou à la résorption des produits septiques, gangreneux ou autres, formés sur la muqueuse ulcérée.

239. La nature gangreneuse des angines est révélée autant par l'ulcération et le spliacèle de la gorge que par la présence de lésions semblables sur les plaies cutanées qui se couvrent de points de sphacèle noirâtres au milieu de quelques fausses membranes.

2i0. C'est le caractère des maladies diathésiques de produire des lésions semblables dans les différents tissus et sur les parties du corps éloignées les unes des autres.

241. Le danger des angines gangreneuses et couenneuses n'est pas toujours dans leur lésion anatomique, mais dans l'état général qui en résulte et qui est dû aux embolies d'endocardite et à l'infection de l'éconcmie par l'absorption des produits gangreneux et septiques.

212. Le produit anatomique de l'angine couenneuse n'est par lui-même dangereux que s'il se propage dans les voies aériennes, pour constituer le croup et causer l'asphyxie d'une façon toute mécanique, comme le ferait un autre corps étranger.

243. Un élément matériel anatomique ne caractérise jamais la nature d'une maladie, et en effet on peut dire : il y a fausse membrane et fausse membrane, comme il y a pus et pus, etc.

244. On fait des fausses membranes à volonté, de toutes les dimensions, chez un individu parfaitement sain et qui restera sain; l'angine maligne et les inflammations gangreneuses seules en sécrètent qui soient capables d'engendrer des accidents mortels.

245. L'angine maligne suivie de croup qui tue en infectant l'organisme ne porte

PHARYNGITE ET ABCÈS RÉTRO-PHARYNGIENS. 5'2l

aucune atteinte a la sensibilité, tandis qu'il y a en même temps obstacle mécanique à la respiration par des fausses membranes laryngées, elle engendre une anestliésie pins on moins évidente.

-2 if). L*infection générale de l'économie par l'angine maligne gangreneuse ou couenneuse, produit par leucocytose aiguë, la desquamation des tubes urinifères, l'albuminurie, le purpura, l'endocardite végétante, de petits noyaux d'apoplexie pulmonaire, des embolies et quelquefois de petits abcès métastatiques du poumon, du tissu cellulaire sous-cutané et du pourtour des ongles.

247. L'intoxication produite par l'angine maligne est l'analogue de l'infection purulente.

248. La fièvre, l'adynamie, les ulcérations, la gangrène et les fausses membranes de l'arrière-gorge, avec ou sans odeur, accompagnées de dysphagie, d'engorgement cervical ganglionnaire, de bubons cervicaux et d'infection de l'organisme, caractérisent l'angine maligne.

249. Quand l'angine maligne s'accompagne de toux et de sifflement laryngé appréciable a distance, avec ou sans diminution de la sensibilité, il y a lieu de craindre la formation du croup.

250. Le^ angines ulcéreuses, gangreneuses et couenneuses se montrent à l'état sporadique ou à l'état épidétnique, mais dans ce dernier cas elles sont toujours malignes.

251. Oui a vu dans les petites localités l'angine maligne aller de commune à commune, et d'un hameau à l'autre sur les pas de leurs habitants pour former des épidémies nouvelles, ne saurait douter de ses propriétés contagieuses.

252. L'angine maligne sé\it moins chez les adultes que chez les enfants, mais de ces derniers elle passe quelquefois à leurs parents, et la famille tout entière disparait.

253. L'angine maligne peut tuer en vingt-quatre ou quarante-huit heures et sa marche est d'autant plus rapide que les enfants sont plus jeunes.

254. Veut-on échapper à l'angine maligne, il faut, comme a dit Carnevale, partir rite, aller loin et ne revenir que le plus tard possible.

256. Si l'on peut détruire complètement sur place la première manifestation de l'angine maligne par une cautérisation bien faite ou par l'ablation des amygdales, on empêche l'infection de l'organisme et le mal est rite guéri.

257. Une fois l'angine maligne établie, la guérison est difficile et la' mort a lieu par infection ou par l'asphyxie consécutive du croup.

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