CHAPITRE VI
PHARYNGITE CT ABCÈS RÉTRO-PHARYNGIENS
L'inflammation aiguë phlegmoneuse du pharynx est chose très-rare chez les DOUYeau-nés et chez les enfants à la mamelle. C'est ;i peine, s'il \ eu a quelques exemples dans les différents recueils scientifiques, l'en ai vu quatre cas : le premier chez une petite fille de deux ans, qui eut, dans la convalescence d'une rougeole hémorrhagique, des parotides suivies d'abcès rétro-pharyngiens avec résorption purulente et abcès pulmonaires sums de la mort ; l'autre sur un garçon, qui eut un abcès rétro-pharyngien ouvert dans le pharynx et suivi de guérison: le troisième SUT une petite fille de l'hôpital < 1 « s Enfants qu'on amenait pour un abcès de suffocation attribué au croup et que je guéris instantanément par l'incision du pharynx.
Voici le quatrième :
Léon Rouvier, trois ans, rue Riquier, vu le 5 avril 1871. Cet enfant est malade depuis deux mois, il tousse, avale difficilement, étouffe la nuit et fait entendre un bruit respiratoire sifflant très-considérable. Il offre au-dessous de l'amygdale et sur le plongeon une petite tumeur grosse comme un œuf de pigeon élastique et molle. Au bout de quinze jours, les étouffements augmentent avec gêne et dysphagie, l'enfant paraît près d'étouffer. Une ponction faite sur la tumeur en fait jaillir à 4 mètres de distance un flot de pus sans odeur. Quinze jours après on ramène l'enfant qui ne présente plus de tumeur, qui boit, mange bien et semble guéri.
Un de mes amis, le docteur Séguin, en a vu trois cas terminés par suppuration, et Besserer (1) en cite un autre exemple fort curieux et qui m'a paru devoir prendre ici sa place. En voici le résumé, je rapporterai ensuite l'observation tout entière.
Un enfant de quatre mois fut pris de fièvre, de toux rauque et fréquente, de gêne de la respiration et de difficulté dans la déglutition. Au bout de quarante-huit heures, l'enfant ne pouvait plus boire, l'anxiété était considérable, et le doigt porté dans barrière-bouche sentait une tumeur saillante au devant de la colonne vertébrale. Au dixième jour, la tumeur avait pris un volume considérable, mais on ne pouvait pas bien l'examiner, car toute tentative de ce genre amenait des accès de suffocation. On crut à un croup et l'enfant succomba.
Il n'avait rien au larynx, mais il avait au devant de la colonne vertébrale, derrière la paroi postérieure du pharynx, un abcès gros comme un œuf de poule, renfermant une demi-tasse de pus, qu'une petite incision aurait aisément fait couler au dehors.
Observation I. — Abcès de la paroi postérieure du pharynx chez un enfant de quatre mois. — Un enfant de quatre mois appartenant à une famille scrofuleuse présenta, le 2i novembre 1810, les symptômes suivants : lièvre médiocre; peau chaude, sèche ; toux facile, grasse, peu fréquente ; râles muqueux, abondants dans le larynx et dans la trachée. La cavité buccale et l'arrière-gorge étaient remplies de mucosités filamenteuses et visqueuses. La paroi postérieure de la gorge paraissait être recouverte d'une fausse membrane. La base de la langue était épaissie et revêtue d'une couche blanche. La respiration était accélérée, la déglutition manifestement difficile, l'enfant ne prenait le sein que rarement. On crut a l'existence d'une diphthérile avec catarrhe laryngien et trachéal, et l'on prescrivit un émétique. Le 23, les symptômes, surtout ceux du côt'é des voies respiratoires, étaient plus graves. La respiration était trèsdifficile, quelquefois avec d'assez longues intermittences, surtout dans le décubitus dorsal ; la toux était rauque et fréquente. Les râles étaient très-forts ; il y avait beaucoup de mucocités dans l'arrière-gorge. Le doigt, porté dans la bouche, trouva la paroi postérieure du pharynx saillante et tuméfiée. L'enfant était très-agité et dans un état d'anxiété très-grand ; il ne voulut pas prendre le sein, et il laissa couler de sa bouche le peu de lait qu'on lui avait fait boire. On donna de nouveau un émétique et l'on mit trois sangsues au cou. A la suite de vomissement, il y eut un peu d'amélioration : on donna alors le calomel à la dose d'un demi-grain toutes les deux heures, et l'on prescrivit l'application d'un vésicatoire. Les symptômes restèrent stationnaires jusqu'au 1er décembre, seulement l'enfant s'affaiblissait ; ils revinrent brusquement et avec violence dans la nuit du 1er au 2. Il y eut surtout d'appréciable un certain bruit qui semblait être celui d'une pellicule qui se rompait sous l'effort, après avoir longtemps empêché la respiration. Toute tentative pour examiner le pharynx déterminait des accès de suffocation. M. Besserer, croyant avoir affaire à un croup, presorivitle sulfate de cuivre. Le soir, il trouva l'enfant la tête fortement portée en arrière, la face pâle, couverte d'une sueur froide, et dans un état d'angoisse extrême. Le doigt, porté dans l'arrière-gorge, y trouva une tumeur tendue qui ne paraissait pas
(I) Besserer, Mediûnische Rhein. und Westphàlische Correspondenz-bl, 1811, n° -2-2.