‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 215 sur 472 · ABCÈS DU PHARYNX · texte numérisé non relu

ABCÈS DU PHARYNX

la rétrécir manifestement. Cette manœuvre rendit la respiration plus facile, de même qu'une pression sur les côtés du larynx fit porter cet organe en avant. Des saignées, des émétiques, etc., amenèrent un peu d'amélioration ; mais le lendemain ; les accidents revinrent plus violents; l'enfant mourut dans la nuit.

Autopsie. — Le larynx, l'épiglotte et la trachée étaient blancs, exsangues el revêtus d'un mucus visqueux. La paroi postérieure du pharynx, qui n'était nullement enduit d'une fausse membrane, comme on l'avait cru voir pendant la vie, était blanche, tuméfiée et très-épaisse ; elle formait la paroi antérieure d'un abcès du volume d'un œuf de poule. Cet abcès, formé exclusivement par le tissu cellulaire, appuyait sur le corps des première, deuxième, troisième et quatrième vertèbres cervicales, et contenait une demi-tasse de pus épais, d'un jaune verdàtre floconneux. Les vertèbres n'offraient aucune trace de maladie.

Observation IL — Abcès rétro-pharyngien. (M. Bouchut.j — Le jeune garçon que j'ai eu à traiter fut pris d'un torticolis douloureux fébrile avec une si forte douleur cervicale, que je crus d'abord à un commencement de carie vertébrale. Ce n'est qu'au bout de quinze jours qu'en voyant une saillie au fond du pharynx, j'y constatai de la fluctuation, et j'appuyai intentionnellement avec une telle force que je fis crever un abcès au moment où j'allais recourir au bistouri.

Depuis lors d'autres faits oui été publiés en 1873 par Abelin (1) de Stockholm, par Schmitz (2), mais ils ne renferment rien de nouveau qui ne soit depuis longtemps connu en France. En 1870 Bockai a publié d'autres observations faites à L'hôpital de Pcstli. Cet auteur dit que dans une période de douze ans, 1854 à 187G, il a observé 144 abcès rétro-pharyngiens : 129 idopathiques; 3 consécutifs à des inflammations suppurées du cou; i a la suite de spondilites; 7 après la scarlatine; 1 autour d'un corps étranger ; 102 ont été ouverts parle bistouri, 5 par la pression du doigt, 19 se sont ouverts spontanément et 11 ne se sont point ouverts.

Dans ce nombre il y a eu 11 morts, 1:22 guérisons et 13 malades sortis pendant le cours du traitement.

Quelle fréquence en Hongrie pour une maladie si rare à Paris. Faut-il admettre une prédisposition de climat. C'est bien invraisemblable? Quoi qu'il en soit, en trente ans à l'hôpital des Enfants, j'ai vu G cas de ce genre et à Pesth en douze ans u\w seule personne en a observé 1 H.

Causes. — Les abcès du pharynx, ou rétro-pharyngiens, existent chez les enfants comme chez l'adulte. Ils dépendent de causes très-variées : soit d'une carie vertébrale, et alors ils sont symptomatiques, — soit d'une phlegmasie aiguë du pharynx à la suite d'un aphthe isolé ou d'une inflammation de la muqueuse. — Dans ce dernier cas ce sont des abcès phlegmoneux. — Chei quelques sujets ils se développent à la fin d'une maladie aiguë, principalement d'une fièvre grave ou d'une adénite cervicale comme l'a observé Ilambursion en Belgique. Dans ce cas relatif à un enfant de trois ans l'on avait cru à un œdème de la glotte, et c'est en voulant scarifier les replis arythéno-épiglottiques que l'on tomba sur un abcès latéro-pharyngien, et l'évacuation du pus sauva reniant d'une asphyxie imminente.

s>m|>foiiM-s. — Chez les enfants, l'abcès phlegmoneui du pharynx débute par de la Gèvre, des malaises, mal à la gorge et difficulté d'avaler; les amygdales, le pharynx, sont rouges, tuméfiés, puis il se montre «le la gêne respiratoire, du sillle-#

ment, de la dyspnée, de l'enrouement et une difficulté plus grande d'avaler.

Vers le quatrième jour, le pharynx fait saillie en avant, et, au sixième jour, il

arrive jusque sur la base de la langue, comme je l'ai observé sur deux de mes

(i) Ali- -lin, Nordish med. arkiv, n« -2\, 1*7::. I sdimitz, Jahrbuch fur Kinderheilk., H. .!, 1873.

5"2i PATHOLOGIE SPÉCIALE DE LA PREMIERE ENFANCE.

petits malades. — En le touchant; il offre une élasticité et une fluctuation qui révèlent la présence du pus.

A mesure que le foyer se forme, la fièvre augmente et avec elle la gène des mouvements du cou, la dyspnée, la dysphagie ; il y a quelquefois du sifflement laryngé avec expiration facile, de la cyanose du visage, des accès de suffocation et danger de mort.

Chez quelques sujets, le pus descend derrière l'œsophage dans le médiastin (Louis) : il reste sur les côtés du pharynx (Priou) ; il presse sur l'ouverture du larynx et ferme la glotte (Ballot, Carmichael), il vient faire saillie à l'angle de la mâchoire (Abelin) ou il détermine la suffocation et la mort (Besserer, Peacock). — Des trois enfants que j'ai eu l'occasion de traiter, l'un a eu son abcès restant à la partie supérieure du pharynx, tandis que chez les deux antres, il était venu fermer à demi l'ouverture laryngée ; ce qui amena des accès de suffocation fort graves et probablement mortels si je n'eusse incisé l'abcès.

Les abcès rétro-pharyngiens amenant la suffocation de l'enfant peuvent être pris pour un croup, ainsi que cela s'est vu (Belot) sur un enfant de quatre mois qui a été trachéotomisé sans succès, et sur un enfant de sept mois qui est mort de suffocation ; mais si l'on fait attention qu'il n'y a pas ici de sifflement laryngo-trachéal, on évitera cette erreur.

Traitement. — Contre la pharyngite aiguë, il faut appliquer une ou deux sangsues sur les côtés du cou et les arrêter avec le perchlorure de fer au bout dîme heure. — Une fois l'abcès formé, il faut l'ouvrir soit au dehors s'il fait saillie sous la mâchoire, soit dans le pharynx, avec un bistouri pointu enveloppé de linge jusqu'à 1 centimètre de sa pointe et percer la partie la plus saillante. Comme les enfants ne se prêtent pas du tout à l'opération et même résistent au médecin, il faut maintenir la bouche ouverte de force avec un coin de bois ou mieux avec mon doigtier de métal placé sur l'index gauche et enfoncé sous les molaires, de façon que le bout du doigt puisse abaisser la base de la langue. — Cela fait, le bistouri porté par la main droite ouvrira l'abcès.

Cette incision suffit pour guérir les abcès rétro-pharyngiens aigus et empêcher une suffocation mortelle. — Si l'on ne peut la faire, il faudra recourir à la trachéotomie. Une fois ouvert, l'abcès se vide peu à peu, son contenu est rejeté par l'expectoration ; mais clans quelques cas l'ouverture se referme et il faut presser avec le doigt sur le pharynx pour amener la rupture du foyer.

Sur J5 cas cités par Schmitz 13 ont guéri, 2 ont été suivis de mort. — Dans 7 cas, l'incision a été faite par le pharynx, dans 3 cas par la région cervicale et dans les 5 autres par le pharynx et par la surface cutanée cervicale.

Quant aux abcès rétro-pharyngiens symptomatiques d'une carie des vertèbres cervicales, le traitement local est le même, mais il faut y joindre l'emploi des moyens orthopédiques et d'un traitement général antiscrofuleux (1).

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