CHOLÉRA INFANTILE ET CHOLÉRÀ-MORBUS
lopper primitivement chez eux sous l'influence épidémiqoe, et se propager ensuite à la mère qui leur donne son sein ; ou, au contraire, débutant par la mûre, il frappe secondairement sur le nourrisson. Le choléra des enfants est donc épidémique, je crois même qu'il est contagieux; mais il n'y a rien de formellement établi à cet égard, car on cite des exemples de femmes nourrices atteintes de choléra, qui n'ont pas cessé de nourrir, la sécrétion lactée persistant chez- elles, et dont les nourrissons n'ont pas en le choléra.
Symptômes. — Le choléra épidémique débute par des coliques, de la diarrhée bilieuse, aqueuse, et quelquefois blanchâtre, riziforme ; des vomissements de matières aqueuses, inodores, qui n'ont rien de caractéristique comme dans le choléra épidémique des adultes. Les coliques sont quelquefois très-violentes et paraissent vivement faire souffrir les enfants, autant qu'on en peut juger par leurs cris. Des crampes générales, accompagnées de contractures permanentes dans les membres, les doigts et les orteils, arrivent ensuite ; le visage maigrit et s'affaisse ; les yeux s'excavent; la peau se décolore quelquefois et devient pareille à de la cire, tandis qu'ailleurs elle devient rouge, livide, bleuâtre, sans véritable cyanose; le refroidissement est peu marqué, la circulation languissante persiste à un faible degré jusqu'aux approches de la mort. Alors seulement le cri perd sa force et finit par s'éteindre. A cet instant aussi les crampes sont généralisées et accompagnées de secousses générales tétaniques. Elles durent jusqu'à la mort.
Je n'ai pas vu le choléra épidémique des jeunes enfants durer au delà de quarante-huit heures, et tous les sujets affectés en sont morts. Chez des enfants plus âgés et dans la seconde enfance, la maladie dure beaucoup plus longtemps, offre la période algide suivie de la période de réaction, de sorte qu'elle ressemble beaucoup au choléra des adultes. Un grand nombre de ces enfants guérissent, et cela dans la proportion de moitié comme chez l'adulte, ainsi que je t'ai observé dans mon service à l'hôpital Sainte-Eugénie.
A l'autopsie, je n'ai trouvé aucune altération dans la muqueuse de l'iléon et du gros intestin, pas même cette hypertrophie des follicules que l'on observe quelquefois chez l'adulte, et chez l'enfant dans beaucoup de cas d'entérite ordinaire.
En résumé, le choléra épidémique des enfants a la mamelle se présente avec la plupart des caractères ordinaires de cette maladie; il m'a paru différer notablement du choléra épidémique des adultes par la faible intensité de la cyanose, par la faible intensité du froid, par la nature aqueuse des déjections alvines et des vomissements, par une persistance plus soutenue de la circulation, et par une exagération des crampes dont l'étendue et la forme semblent les rapprocher beaucoup du tétanos véritable Il en diffère encore par une gravité plus grande que chez l'adulte, car tous les enfants qui en sont frappés meurent sans que rien poisse les guérir.
Le choléra épidémique de la seconde enfance ressemble entièrement au choléra des adultes, c'est un choléra en miniature. Les symptômes, la marche el la terminaison sont les mêmes. La moitié environ des enfants atteints guérissent quand ils sont convenablement traités et par une méthode rationnelle.
Traitement. — Le traitement du choléra de la première et de la seconde cil-
fànce réclame les indications suivantes : 1' arrêter les évacuations diarrhéiques el les vomissements; 2° rappeler la chaleur; 3* calmer les souffrances causées parles
crampes ou parles coliques; 4° modérer la réaction consécutive. S'il y a des phénomènes d'embarras gastrique avec état saburral de la langue, un
vomitif avec l'ipéca peut être très-utile.
Le thé, le café noir, la mélisse chaude, avec de L'eau-de-vie ou du rhum, le punch peuvent être employés en boisson. J'ai vu beaucoup déniants de cinq a dix
ans, chez lesquels l'ivresse alcoolique produite par le punch a été très-salutaire. Dans d'autres cas, la glace par fragments ou le punch glacé réussiront mieux pour suspendre les évacuations. J'ai employé avec succès la potion sulfurique de Lepetit, avec 1 gramme d'acide sur 125 grammes de liquide.
La teinture de Rousseau ou de Sydenham, par gouttes en nombre proportionné avec l'âge des enfants, pourra être employée par la bouche dans le même but. Je donne de deux à quatre gouttes toutes les deux heures dans une cuillerée de thé.
Des lavements amidonnés et laudanisés, des lavements avec 15 grammes de borate de soude, seront employés avec avantage.
Des frictions sur les membres avec un gant de laine ou de crin, des bains d'air chaud, des sachets de sable chaud, des bouteilles d'eau chaude autour du corps, serviront à rappeler la chaleur; mais je ne trouve rien de mieux à cet égard qu'un sac de laine fait avec une couverture et noué autour du cou, tenant les quatre membres et le corps nus enveloppés dans sa profondeur.