CHAPITRE XV
L'ancienne médecine a beaucoup insisté sur ies accidents que détermine la présence des vers dans le tube digestif. Elle a tracé un tableau si effrayant de ces phénomènes, que l'on regardait comme sérieusement compromis les enfants qui avaient des vers. Cette croyance, évidemment exagérée, existe encore aujourd'hui dans l'esprit des gens du monde, et l'on aura beaucoup de peine à la détruire. Il n'est presque pas de maladies qu'on n'ait voulu, de près ou de loin, rattacher à l'influence de l'affection vermineuse.
Les médecins de notre époque et particulièrement les médecins de Paris ne croient pas beaucoup à la réalité de ces accidents, et, sans nier complètement les assertions de leurs confrères, ils pensent que, dans cette grande ville, les affections vermineuses sont rares, et surtout beaucoup moins dangereuses qu'on ne l'a dit.
Les maladies vermineuses sont comme les fièvres intermittentes, elles se développent dans certaines localités, et pas ailleurs. Elles présentent là de ces caractères qu'on ne retrouve nulle part; nom elle analogie avec les fièvres marécageuses. IM-:e qu'on étudie la fièvre intermittente a Paris? On ne peut \ étudier davantage les accidents \ermineux qui se présentent dans toute leur gravité en Suède, en Allemagne, en Hollande, en Suisse et dans quelques départements de l'ouest et du midi de la France (1).
Voila ce qui explique l'immense différence qui sépare les opinions de Kudolphi, de Brera (2), deBremser (3), des opinions de la généralité des médecins de Paris.
(1) Voyez, sur la distribution géographique des vers intestinaux, Boudin, Traité de géographie et de Statistique médicales. Paris, 1857, t. I, p. 322.
(2) Brera, Traité des maladies vermineuses. Paris, 1804.
(3) Breinser, Traité des vers intestinaux de V homme, traduit de l'allemand, avec des notes, par D. de Blainville. Paris, 1837, in-8, avec atlas.
Les uns ont observé dans les localités où les affections vermineuses sont endémiques et vraiment redoutables; tandis qu'elles sont plus rares, accidentelles en quelque sorte et peu dangereuses, là où les autres ont recueilli leurs observations.
Fig. 06. Ascaride lombricoïde.— a, ovule grossi 107 fois ; b, 340 fois. — Ces ovules expulsés avec los fèces sont d'un jaune brunâtre, mùriformes; souvent leur coque n'est plus visible à travers l'enveloppe extérieure albumineuse? (enveloppe transparente chez l'œuf pris dans l'oviducte) qui s'est imbibée des liquides intestinaux après la ponte, et qui est ainsi devenue plus ou moins opaque. — Longueur, 0ron,,075; largeur, 0"-,058.
Ces ovules sont expulses avec les garde-robes chez les individus atteints d'ascarides lombricoïdes adultes. On les trouve facilement.
Fig. 76. Tricocéphale dispar. —a, ovule grossi 70 fois ; b, 340 fois. — Longueur, 0"",053 ; largeur, 0a™,024. — On les trouve très-facilement et très-communément dans les selles.
I^Fig.68. Oxyure vermiculaire.— o.ovulegrossi 70 fois; b, 340 fois. — Longueur, O^.OSS ; largeur, 0mm,028. — Je l'ai cherché vainement dans les selles chez des individus atteints d'oxyures.
Fig. 69. Tœnia solium armé. — a, ovule grossi 70fois; b, 340 fois; c, même grossissement, traité par la solution de potasse caustique concentrée. — Diamètre, 0mm,033. J'ignore encore si les œufs de ténia se présentent dans les selles lorsque ce ver est intact : il doit en être ainsi dans les cas de Tœnia feneslrata; j'en ai trouvé chez un individu qui rendit des fragments déchirés. De nouvelles observations sont nécessaires pour qu'on sache ce que la recherche des ovules peut donner d'éclaircissements au diagnostic.
Fig. 70. Bothriocéphale large. — c.ovulegrossi 70 fois ; b, 340 fois ; c, traité par l'acide sulfurique concentré qui fait apparaître l'opercule— Longueur, lOmm,068; largeur, 0imn,044. — Mêmes remarques que pour le Tœnia solium.
Fig. 71. Dislome lancéolé. — a, ovule grossi 107 fois ; b, 340 fois ; c, traité par la potasse caustique qui rend la séparation de l'opercule plus facile. — Couleur brun noirâtre ; longueur, 0mm,04 ; largeur, 0"«>,02. — Ces ovules se rencontrent chez le mouton dans les matières fécales ; ils indiquent avec certitude la présence du distome lancéolé dans les canaux biliaires ou dans l'intestin. S'ils se rencontraient dans les garde-robes chez l'homme, ils seraient également un signe certain de la présence du distome lancéolé dans les voies biliaires ou digestives.
Fig. 72. DistomerJ\épalique, — a, ovule grossi 107 fois et traité par la potasse caustique pour en séparer l'opercule. — Longueur, 0mm,13; largeur, 0mm,09. — Mêmes remarques que pour le distome lancéolé.
Malgré ces différences d'appréciation, il est un point sur lequel il faut que tout le monde soit d'accord, c'est la réalité des maladies vermineuses. On pourra discuter sur leur fréquence, sur leur endémicité, mais le fait même de leur existence jie saurait être mis en doute.
Les vers intestinaux déterminent deux espèces d'accidents dans l'organisme : des
accidents locaux d'inflammation intestinale, de déchirure des intestins, d'obstacle au cours des matières, etc. ; des accidents généraux sympathiques dans le système nerveux, tels que contractures, convulsions choréiques, éclamptiques, épileptiformes, vésanies, paralysies, etc.
Le diagnostic des maladies vermineuses est excessivement difficile; mais, outre les commémoratifs et le fait de l'évacuation d'helminthes ou de fragments d'helminthes par les garde-robes, il y a encore un bon moyen de s'assurer de la présence des vers dans l'intestin : c'est l'examen des matières fécales au microscope. Si l'on y trouve des œufs d'ascarides, de trichocéphales, d'oxyures ou de ténias, on peut être sûr qu'il existe un entozoaire. — Davaine a démontré tout le parti qu'on pouvait tirer de cette recherche, et il a reproduit, dans les figures 66 à 7:2, les différentes formes des œufs de nos entozoaires (1).
Tous les ovules de la première colonne sont au grossissement de 70 à 107 diamètres ; ceux de la seconde et de la troisième colonne sont au grossissement de 340 diamètres.
J'emprunte encore à l'ouvrage de Davaine un tableau des divers cas d'affections sympathiques causées par les fers de l'intestin.