Ascalombricoïde
(Moquin-Tandon)
Aubrun a rapporté l'histoire d'une disposition vermineuse considérable :
Observation II. — Diarrhée vermineuse. — Une petite fille de vingt-deux mois, ayant ses vingt dents, élevée au biberon, et revenue de la campagne depuis peu de temps. La nourrice prétendait que l'enfant avait des vers, parce qu'elle se frottait
(1) Voyez Boudin, Traité de géographie médicale. Paris, 1857, t. I, p. 322.
(*) a, extrémité céphalique avec les trois nodules et la bouche; b, extrémité caudale du mâle avec les deux spicules; c, étranglement génital de la femelle avec l'orifice sexuel; d, œaf frangé à la circonférence. (Moquin-Tandon.)
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souvent le nez. Depuis que cette petite fille était à Paris, le changement de nourriture avait occasionné un peu de diarrhée, dans le cours de laquelle elle rendit, un beau jour, un ver lombric. Un biscuit vermifuge détermina l'expulsion de neuf lombrics. Le lendemain, un second biscuit en chasse quarante-huit autres, et, le troisième jour, cinquante nouveaux suivirent l'ingestion d'un troisième biscuit. Encouragé par ces résultats, M. Aubrun fit prendre un quatrième biscuit à l'enfant, et, chose étonnante, l'ingestion de ce biscuit fut suivie encore de l'expulsion d'un nombre incalculable de petits vers que notre confrère évalue à plus de cent cinquante. Les plus petits pouvaient avoir 1 centimètre et la grosseur d'une plume de corbeau; les plus longs étaient d'un pouce et demi et plus.
Quelquefois, lorsque les ascarides existent en nombre très-considérable et se rassemblent dans un point circonscrit du tube digestif, il en résulte un obstacle au cours des matières qui produit les symptômes de l'iléus ou de l'invagination, c'està-dire d'un étranglement interne, et la mort peut en être la conséquence. Ce sont là des faits excessivement rares. Daquin (1) en a rapporté un exemple et Halmagrand (2) un autre. Voici le résumé de ce dernier fait, qui est très-curieux.
Observation III. -«- Entérite vermineuse; étranglement interne; hémorrhagie intestinale ; mort (Halmagrand). — Un enfant de six ans, atteint de bronchite, souffrant de l'abdomen autour de l'ombilic, éprouvait quelques coliques sourdes depuis trois jours. Tout à coup il fut pris de vomissements verdàtres et rendit trois ascarides, et eut quelques selles légèrement sanguinolentes. Le ventre était douloureux, ballonné. Son faciès était profondément altéré, cholérique, mais il n'y avait pas de démangeaison des ailes du nez, ni de dilatation des pupilles. Le pouls était petit, concentré, et la peau froide, glaciale et livide.
Dans la journée, il y eut une selle abondante liquide, entièrement formée de sang, et la mort eut lieu aussitôt après, c'est-à-dire trois jours après le commencement de la maladie.
Nécropsie. — Le péritoine est dans l'état normal, contenant peu de sérosité. La vessie est fortement rétractée et cachée derrière les pubis. L'estomac et le gros intestin ont leur aspect ordinaire, mais l'intestin grêle, surtout l'iléum, est météorisé; il présente une coloration rouge très-tranchée et des arborisations. La rate et le foie sont dans l'état normal. Le poumon droit est injecté et moins crépitant que le gauche. Le cœur n'offre rien de remarquable ; ses cavités gauches sont vides et les droites contiennent un sang non coagulé.
L'intestin, dans la portion injectée, résistait au doigt et offrait une sorte d'intumescence inégale et bosselée. Cette portion intestinale était littéralement oblitéré'' par un paquet énorme devers dont on appréciait les circonvolutions à travers l'épaisseur des parois intestinales. Cette masse de vers intriqués les uns dans les autres, comme feutrés, faisait un tout dans. la longueur de 10 centimètres au moins, distendant l'intestin, et le bouchant complètement. Ces vers étaient tellement enlacés les uns dans les autres, qu'il a suffi de saisir l'un d'eux avec une pince pour soulever toute la nias--' sans qu'ils se dissociassent. 11 y en avait dix-huit de la plus forte espèce.
La muqueuse de l'intestin grêie, ayant été lavée, était ramollie, se déchirant par lambeaux, et criblée d'ulcérations, dont la plus grande avait la largeur d'une pièce (li; '1 francs. Une de ces ulcérations fixa notre attention par sa profondeur, et l'on trouva les vestiges de vaisseaux ouverts qui avaient donné lieu à l'hémorrhagie intestinale qui survint peu de temps avant que le petit malade rendit le dernier soupir.
Accidents généraux. — Les symptômes généraux provoqués par la présence des lombrics sont : la perte de l'appétit, l'étal blanchâtre de la langue, l'acidité de
l'haleine, etc. La face est pâle, le teint plombé, les yeux entourés d'un cercle bleuâtre et les pupilles fort dilatées, il \ a de fréquentes démangeaisons aux narines.
(I> Daquin, Journal de médecine cl <h> chirurgie, 1 7 7< ». t. XXXIV, p. 651.
(2) Halmagrand, Union médicale, l<s.".t;.
On observe quelquefois la cécité, la surdité temporaire, les convulsions partielles ou générales, de la chorée,du délire, de l'agitation pendant le sommeil, un hoquet grave et persistant (1), des symptômes de pseudo-méningite, ce que j'ai vu à plusieurs reprises et ce qui a été également observé par d'autres médecins. On croit avoir affaire à une méningite tant les symptômes sont semblables, puis au bout de quelques jours tout cesse si l'on emploie des vermifuges (2). Chez quelques enfants enfin, c'est un dépérissement continu. Les convulsions surtout sont indiquées comme étant le résultat ordinaire de l'affection vermineuse, mais cela est rare. En voici un curieux exemple publié parle docteur Culinann (de Forbach).
Orservation IV. — Convulsions vermineuses. — Un enfant du sexe masculin présentait tous les symptômes de la cliorée la plus violente; convulsions répétées à trèscourts intervalles et qui intéressaient tout le côté gauche du corps, se faisant même remarquer dans le côté gauche de la face par des spasmes répétés, saccadés, de tous les muscles, sans jamais franchir la ligne médiane. La convulsion commençait ordinairement par les doigts de la main gauche, puis s'étendait de proche en proche à l'avant-bras, qui se fléchissait violemment sur le bras, à la nuque et enfin à la face. L'extrémité gauche inférieure se convulsait en même temps que la face, toujours un peu après le bras. Cette attaque ressemblait quelque peu à une attaque d'hystérie dans laquelle on remarque également cette progression de bas en haut des phénomènes convulsifs.
Au plus fort de la crise qui durait de vingt à vingt-cinq minutes et se renouvelait jusqu'à quinze fois dans la même journée, ce petit garçon présentait un aspect lamentable : ses membres s'agitaient avec une violence extrême et son visage grimaçait horriblement ; toutefois, au milieu de tout ce trouble de l'innervation, l'intelligence était parfaitement conservée. Dans l'intervalle des crises, le bras gauche était paralysé incomplètement, l'enfant avait perdu dans ce membre la faculté d'associer les mouvements, et quand on lui disait, par exemple, de le porter à la tête, il exécutait une série de mouvements incohérents avant d'arriver au but qui lui était désigné, le dépassant même plusieurs fois avant d'y arrêter la main.
Après différents essais infructueux de la médication antispasmodique pour guérir celte maladie qui durait depuis huit jours, le docteur Culmann fut appelé auprès du petit malade ; les symptômes n'étaient devenus aussi violents que dans les deux derniers jours seulement. Alors à une de ses visites les parents lui apprirent que l'enfant venait de rendre beaucoup de petits vers blancs, et il conseilla une médication anthelminthique, consistant en calomel répété à la dose de 20 centigrammes trois fois par jour, et en lavements de décoction d'absinthe marine, deux par jour; sous l'influence de ces remèdes, l'enfant expulsa successivement cinquante-cinq lombrics et une quantité prodigieuse d'oxyures vermiculaires, et se trouva radicalement guéri de sa chorée trois jours après le commencement de ce traitement.
Malgré des faits aussi probants, quelques médecins croient se donner une réputation d'esprit exempt de crédulité en niant la réalité des accidents vermineux. C'est un positivisme ridicule, car nier ce qu'on ne sait pas observer est précisément une preuve d'incapacité réelle. Ainsi Guersant (3) ne croyait pas aux maladies vermineuses, et il a dit n'avoir vu qu'un seul cas dans lequel des convulsions mortelles aient été déterminées par la seule présence d'ascarides lombricoïdes. Après l'avoir raconté, il ajoute que, dans un assez grand nombre de circonstances analogues, il aurait pu se méprendre et attribuer aux vers lombrics des accidents nerveux indépendants de l'influence exercée par ces animaux et provoqués par une maladie cérébrale, pulmonaire ou gastro-intestinale. Cette manière de voir est exagérée, car,
(1) Voyez l'article Hoquet, et Cavasse, Gazette des hôpitaux, 1867, p. 425.
(2) Lebon, Journ. des conn. méd., 1835. — Bouchut, De la pseudo-méningite (Gaz. des hôpitaux, 1869).
(3) Guersant, Dictionn. de méd. Paris, 1846, t. XXX, p. 669, art. Vers intestinaux
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encore une fois, je me plais à le répéter, nous sommes dans une mauvaise localité pour apprécier les accidents vermineux. Nous ne les observons pas aussi souvent que les confrères qui exercent en d'autres lieux, surtout dans les campagnes. Il faut tenir compte de cette circonstance, et ne pas se hâter d'accuser leurs récits d'exagération.
Je conviendrai si l'on veut que le plus ordinairement les lombrics déterminent quelquefois peu d'accidents, mais ils peuvent en produire et de très-graves. La plupart des enfants les rendent sans souffrir et sans que leur santé soit troublée. Ce n'est que lorsque leur nombre est très-considérable, et que les actions sympathiques se mettent en jeu qu'ils deviennent la source de lésions intestinales plus ou moins sérieuses.
On leur a supposé la puissance de perforer l'intestin et de provoquer des abcès vermineux ou des péritonites; s'il fallait croire tous les récits publiés à cet égard, il n'y aurait aucun méfait dont les ascarides ne pussent se rendre coupables, et l'on va en juger par le récit suivant, empreint d'une telle exagération qu'il en devient presque incroyable (1).
Observation V. — Abcès vermineux, par le docteur Van der Espt. — La fille D..., âgée de douze ans,|des environs de Courtray, fut prise, au commencement de 1862, d'un violent mal de ventre, avec fièvre et vomissements bilieux. Huit jours après, la douleur cessa, si ce n'est dans un point très-circonscrit, où l'enfant accusait une tension douloureuse continuelle; puis, trois semaines après, la région inguinale de droite se tuméfia, et un médecin consulté déclara qu'un abcès se formerait dans cet endroit, dont il fallait attendre l'ouverture spontanée. C'est alors que, ne s'ouvrant pas, on vint me demander quinze jours après. J'observai alors une tumeur de la paroi abdominale, près de la région inguinale droite, à un travers de doigt de l'arcade de Poupart, tumeur si tendue, que l'on ne pouvait y déterminer Ja lluctuation. Je diagnostiquai un abcès des parois abdominales, dont la cause restait inconnue, car l'enfant ne se rappelait pas avoir reçu de contusion dans cette partie.
J'incisai la tumeur, et, à mon grand étonnement, je vis sortir avec une quantité considérable de pus un ver lombric long de 18 centimètres, roulé sur lui-même; le pus n'exhalait pas d'odeur particulière; l'abcès se détergea rapidement, et la guérison eut lieu.
La vive douleur qui s'est manifestée au début était-elle produite par le passage de l'entozoaire dans le péritoine, ou celui-ci a-t-il percé l'intestin ramolli par l'inflammation?... Comme le pus n'exhalait pas d'odeur caractéristique, il est rationnel de penseF avec l'auteur que la perforation a dû être active, et que l'inflammation n'est survenue qu'à la suite du passage de l'entozoaire dans le péritoine (2).
Observation VI. — Des lombrics auraient disséqué tout le système nerveux et vasculaire de l'abdomen d'un jeune enfant mort à l'hôpital, avant qu'on ait pu se procurer aucun renseignemenl sur sa maladie.
Autopsie. — Quelques vers furent trouvés çà et là. Les désordres qu'ils avaient causés étaient considérables, mais ils avaient opéré avec une finesse de dissection qui eût fait honneur au plus habile anatomiste.
Tout le grand nerf sympathique, admirablement prépare, selon l'expression de l'observateur, était détaché de ses liens celluloux, sans qu'aucun trouble «Mit été apporté dans ses rapports naturels; la série entière des ganglions llioraciques, leurs rameaux de communication, les innombrables filets qui forment les plexus oesophagien et pulmonaire, le réseau lin qui recouvre l'aorte, les nerfs splanchniques, depuis leur naissance jusqu'à la sortie de la cavité thoracique, avaient été l'objet de ce merveilleux travail.
Le système vasculaire de la région avait été disséqué avec tout autant d'exactitude
(1) Journal delà Société des sciences médicales de Bruxelles, novembre 1863.
(2) Gazetta medica italiana.
et de délicatesse ; l'aorte et les artères intercostales, la petite azygos avec ses collatérales, le conduit thoracique, étaient isolés et entièrement dépouillés de tissu cellulaire.
Un autre cas a été observé par G. de Dubcn :
Observation VII. — Perforation de l'appendice vermiculaire. — Enfant de trois ans et neuf mois, mort de péritonite, dans le cours d'une chronique tuberculeuse. On trouva l'appendice vermiculaire rongé par une large ulcération, offrant une longue ouverture par laquelle quarante-sept ascarides avaient passé dans le péritoine. Cette séreuse tapissée d'une exsudation séro-purulente était le siège d'une inflammation incontestable.
Quand les ascarides existent en même temps que la fièvre typhoïde ou toute autre affection, ils ne changent rien à la marche de la maladie, dont l'expression symptomatique est la même.
Diagnostic. — Quand on suppose que l'enfant a des lombrics, soit qu'il en ait rendu autrefois, soit que son état de souffrance fasse supposer l'existence de ces entozoaires, il y a un moyen de s'assurer du fait. Il faut examiner les matières fécales au microscope. Si l'on y trouve des œufs semblables à ceux dont j'ai précédemment indiqué la forme, on peut affirmer qu'il existe des ascarides, et diriger son traitement en conséquence. C'est là un excellent moyen de diagnostic.
Traitement. — Chez les enfants bien portants qui sont sujets à rendre des ascarides lombricoïdes, il faut éviter avec soin les aliments qui favorisent la génération de ces helminthes. Une nourriture convenable, animale et végétale tout ensemble, de laquelle on exclut les fruits verts et la trop grande quantité de laitage; une habitation salubre, au midi, l'insolation prolongée, conviennent à ces malades.
Si l'on observe des accidents que ne motive pas une affection des voies digestives, ou une autre lésion organique, et que d'ailleurs l'expulsion de lombrics ou la présence d'œufs dans les matières fécales (voy. les figures 120 et 126, p. 573, et la figure 128, p. 581) ait fait reconnaître leur existence, il faut recourir à l'emploi des anthelminthiques. On cherche d'abord à expulser les vers et ensuite à les empêcher de se reproduire.
Le semen-contra est très-employé et fait la base de tous les biscuits et de toutes les dragées vermifuges que l'on emploie dans le monde sans consulter le médecin, malgré L'inconvénient qui résulte du secret de la formule. Il a joui d'une grande vogue. On peut le donner de la manière suivante :
If Poudre de valériane 0'Jr,60 à 1 gramme.
Semen-contra 0gr,60 à 1 —
Calomel 0»r,05
Sucre blanc "2 grammes.
Mêlez. Pour faire quatre paquets de poudre : à prendre dans les vingt-quatre heures.
Cette substance a été quelquefois associée à la mousse de Corse :
IL Semen-contra : 0ar,60
Mousse de Corse 0ar,60
Sucre en poudre 1 gramme.
Pour quatre paquets : deux par jour dans une conserve de fruits.
Voici la formule d'un sirop que recommande beaucoup Cruveilhier. A lasuite de son usage, des enfants ont rendu jusqu'à soixante lombrics dans une matinée.