CHAPITRE II
NÉPHRITE ALBUMIXEUSE
La néphrite albumineuse est une affection organique des reins, accompagnée d'urines albumineuses. C'est une maladie très-commune chez l'adulte et qu'on
NEPHRITE ALBUMINEUSE.
ne connaît bien que depuis les travaui de Bright, ChristisoD, Martin-Salon, Rayer, etc. (1).
§ I. — Néphrite albumineuse chez les nouveau-nés.
Elle se montre quelquefois chez les jeunes enfants a la mamelle, mais le fait
est rare, quoique Charcelax ait avancé le contraire a propos du sclérème qu'il
mine une néphrite albumineuse. Je ne partage pas cette opinion, et je
maintiens que cette maladie est peu commune dans la première enfance. On l'y
rve néanmoins, et je vais en donner la preuve un peu plus loin en donnant
textuellement les deux observations dont j'ai connu les malades.
symptômes. — Cette maladie s'annonce par la décoloration des téguments, l'œdème des pieds et des mains, le gonflement du ventre par suite d'un épanchement séreux abdominal, la bouffissure du visage, et enfin par le passage du sang ou de l'albumine dans les ni
On reconnaît cette altération rénale par celle de la sécrétion urinaire en ajoutant quelques gouttes d'acide nitrique à l'urine altérée, ou en la faisant bouillir dans un petit tube de verre après l'avoir acidulée. D'une façon comme de l'autre, un précipité blanchâtre, granuleux, décèle la présence de l'albumine qui est devenue solide sous l'influence de la chaleur et du réactif.
Rayer a vu plusieurs entants de six mois à un an déjà affectés de cette maladie, et il m'a donné a examiner les urines sanglantes et albumineuses d'un enfant de neuf mois. Le docteur Noël m'a communiqué l'observation d'un enfant de dix-huit mois qui devint bouffi pendant la durée d'une entérite chronique, dont les urines précipitaient par l'acide nitrique et la chaleur, et qui mourut après plusi de souffrances. Grisolle en a vu un exemple dans son service à l'hôpital Saint- Antoine, et ce fait est des plus curieux, car la néphrite albumineuse. chez un enfant de quelques semaines, n'a occasionné que des accidents passagers d'hydropiâe non >uni> de mort. Voici cette observation :
Observation I. — Charles Désiré, garçon, demeurant rue Saint-Pierr cinq semaio la Maternité, entre le 13 décembr B l'hôpital Saint-An-
toine.
Sa mère a été bien portante pendant sa grossesse : la couche n'a rien de particulier. Elle a commencé à nourrir son enfant : du ni jour, elle avait peu de lait; sou enfant était gros et gras au mome-.it de sa naissance. La mère sortit an bout de onze jours de couches, et fut habiter un garai où elle souffrit du froid et de la faim; elle se trouva souffrante, fnt prise de frissons ; ses lies s supprimèrent, furent remplacées par des llueurs blanches, et elle entra à l'hôpital autant pour elle que pour son enfant qui avait une ophthalmie.
La veille, la mère ayant laissé -on enfant seul dans une chambre sans feu. pendant plusieurs heures, le trouva en rentrant roideel bien do froid.
I s s >n entrée à l'hôpital, elle Gl - que son enfant avait la main
garni. On prit peu garde à st qu'au bout de quelques
jours, qu'avant remarqué que l'enfant maigrissait, dépé ss t, et qu'il était devenu affamé, on le démaillotta, »-t l'on remarqua que tout le membre pelvien gauche
s ■ mou, blanc, qui s'étendait jusqu'à la partie gauche des bour-
ses. L1 si légèrement trouble, de couleur citrine foncée, et précipite fortement
}<ar l'addition de l'acide azotique.
I lendemain, même essai, même résultat.
I fier, fer réduit par l'hydrogène, I r,20, en deux fois.
Du 5 an 13. l'œdème, q - - ilemenl déprimei - t qui
I) B reùu et t/es- alièralioi
y laisse une empreinte pendant une ou deux minutes; il est variable dans son intensité et dans son siège, tantôt prédominant aux mains, tantôt aux jambes et aux bourses. Il a existé pendant vingt-quatre heures au menton et aux paupières. Pas de lièvre; respiration normale, un peu de toux.
Le 13, œdème beaucoup moindre. L'urine est complètement incolore, un peu muqueuse. Aucun précipité par l'acide azotique; la chaleur bouillante lui communique une très-légère teinte opaline sans flocons. Les urines étaient d'abord obtenues par la mère, qui déshabillait l'enfant au froid, le portait brusquement au poêle; l'enfant urinait. Plus tard, ce moyen ayant échoué, on enveloppait les parties dans un cordon.
Le 16, il n'y a plus d'œdème que sur la face dorsale des pieds. L'enfant a repris; il est moins affamé.
Le 25, l'œdème n'a plus paru. Sueurs abondantes depuis quelques jours. Urine insensible à l'acide et à la chaleur.
Le 29, l'enfant est plus gai, son cri plus fort ; il est toujours un peu maigre. Disposition au rachitisme. Suspension du fer. Deux cuillerées à café d'huile de foie de morue.
Le 3 février, urine insensible aux réactifs.
Le 5, exeat.
Le 13, revu l'enfant, qui a engraissé ; l'œdème n'a pas reparu.
Le 2 avril, la mère annonce que l'enfant, qui avait repris et engraissé, a été emporté en quelques jours par une maladie convulsive.
Observation II. — Tubercules du poumon, desganglions bronchiques, des méninges et des reins; méningite, ramollissement cérébral ; albuminurie. — Fille de vingtsept mois, ayant ses vingt dents, généralement bien portante, et ayant de la diarrhée, de la fièvre, chaque fois qu'une dent devait sortir.
Il y a quatre mois qu'elle est à l'hôpital, salle Sainte-Thérèse, n° 11. Elle venait de percer sa vingtième dent; elle eut de la fièvre, du dévoiement pendant quelques semaines ; elle portait une éruption sur les lèvres.
Elle eut mal aux yeux pendant longtemps. Elle eut ensuite un catarrhe qui se transforma en coqueluche au bout de quelques jours. Une pneumonie du côté gauche la fit cesser; puis elle reparut, et a persisté jusqu'aujourd'hui. Chaque soir, elle avait la fièvre.
Depuis huit jours les quintes ont cessé, la lièvre est passée au type continu, et le ventre est douloureux. La toux est petite, sèche; on ne trouve rien dans la poitrine.
Aujourd'hui, 29 novembre 18 il, elle est dans l'état suivant :
Abattement, somnolence; les yeux sont continuellement fermés; résolution générale. Peau chaude, face colorée; pouls, 142. Toux sèche, rare: rien dans la poitrine; respiration puérile en arrière; un peu de sibilance en avant. Ventre gros, paraissant indolent; plusieurs selles. Urines foncées, albumineuses. Le foie est très-volumineux.
Le 30, la prostration continue. Hier soir, cette enfant a eu une syncope, puis a grincé des dents et s'est mordu les doigts. Toux rare, sèche; rien d'anormal dans la poitrine. Le ventre est toujours dur ; deux selles en dévoiement. Langue rouge, sè- ■ che; lèvres sèches. Peau chaude; pouls fréquent. 142. Eau de fécule ; lait.
Le 31, même état. La faiblesse augmente lorsqu'on veut soulever l'enfant ; elle se trouve mal. Décubitus dorsal; les yeux sont fermés; résolution complète; pouls, 136. Eau de fécule; deux pastilles de calomel.
Le 1er février, deux pertes de connaissance; grognements, grincements de dents, petits mouvements convulsifs des bras et des jambes. La pupille droite est plus dilatée que la gauche ; la tète est portée en arrière, et on lève l'enfant d'une pièce en la soulevant par l'occiput. Fièvre vive le soir; ce matin, peau bonne. Organes digestifs sains; pas de vomissements, deux selles. Pouls, 136. Eau de fécule ; trois pastilles de calomel.
Le 2 février, deux selles ; grognements, mouvements convulsifs des bras et des jambes. La sensibilité s'amortit dans le bras qu'elle peut retirer. Même inégalité des pupilles; roideur générale, pas encore d'injection des yeux: assoupissement, décubitus dorsal, tète inclinée à droite. Peau chaude; par moments, chaleur très-vive : pouls régulier, 140. Trismus ; respiration irrégulière, intermittente, suspirieuse.