‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 310 sur 472 · ENCÉPHALOPATHIE ALBUMINURIQUE ET URÉMIE · texte numérisé non relu

ENCÉPHALOPATHIE ALBUMINURIQUE ET URÉMIE

Il se produit tant d'hypothèses chimiques et histologiques dans la science médicale, qu'il est bon, de temps à autre, de rappeler les vrais principes de l'observation clinique. Il s'agit de Yéclampsie albuminurique et des explications contradictoires qu'on peut en donner par Yurémie ou par Y œdème cérébro-méningé.

L'urémie est d'origine allemande; et il n'est pas besoin d'en dire davantage pour expliquer sa faveur auprès de nos jeunes savants. La théorie de l'œdème cérébroméningé est toute française et repose sur des faits anatomiques précis que tout le inonde peut vérifier. A ce titre, je la défends encore et je vais essayer de faire prévaloir cet avis.

Avant d'aborder cette discussion, je vais raconter un fait qui lui servira de base. De cette manière, toutes les circonstances qu'il présente étant bien présentes, on pourra plus aisément me suivre dans mon argumentation et dans mes considérations <le diagnostic différentiel.

Observation I. — La petite fille nommée X..., âgée de dix ans, entrée le 7 juin 1876 dans mon service, est malade depuis quelques semaines et n'a jamais eu précédemment de maladie grave. Sa constitution est bonne, mais elle est grandement affaiblie. La maladie actuelle date d'un mois ; elle a paru lentement et elle ne succède pas à la scarlatine. Cette remarque est importante, puisqu'il s'agit d'une anasarque albuminurique.

Il y a un mois, cette enfant a paru fatiguée, triste, abattue, somnolente; elle était sans force et sans appétit; elle se plaignait un peu de la tête et des reins, mais elle jouait encore avec ses compagnes.

Telle est la première phase du mal.

Il y a quinze jours, la maladie a changé d'aspect, s'est aggravée. Au mal de tête persistant et à la douleur des reins se sont joints des vomissements opiniâtres, aqueux, répétés plusieurs fois par jour et tous les jours jusqu'à l'entrée à l'hôpital. Il s'est montré de l'anasarque; il a fallu prendre le lit, et comme elle ne pouvait rester davantage chez elle, où elle était peu soignée, on nous l'a conduite dans l'état suivant :

Faciès pâle, terreux, bouffi, exprimant l'hébétude. Tout le corps est le siège d'une anasarque prononcée.

Prostration considérable, fièvre assez forte ; 'pouls inégal, irrégulier, intermittent, 136 pulsations.

Langue blanchâtre; soif fréquente; vomissements aqueux, inodores, répétés : une évacuation stercorale liquide, provoquée par un purgatif de la veille, mais avant le purgatif, évacuations naturelles.

Le cœur et les poumons ne présentent aucun trouble fonctionnel appréciable, mais les urines sont troubles, légèrement rougeâtres, avec dépôt muqueux brun considérable. Au microscope, ce dépôt est formé de globules de sang et de cellules épithéliales granuleuses et graisseuses. On n'y trouve pas de tubes urinifères complets ni de cylindres iîbrineux compactes. Traitées par la chaleur et par l'acide nitrique, elles donnent un précipité abondant d'albumine.

Une heure après son entrée à l'hôpital, l'enfant perd connaissance; sa face rougit, la bouche écume et tout le corps est le siège de convulsions violentes plus prononcées à gauche qu'à droite, avec persistance d'un certain degré de sensibilité.

Cette attaque d'éclampsie cesse au bout de quelques minutes, pour faire place à la somnolence; puis elle revient au bout d'une heure sous la même forme; mais l'état convulsif se trouve cette fois plus marqué à droite qu'à gauche.

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