‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 311 sur 472 · ENCÉPHALOPATHIB ALBUM IN U RI QUE ET URÉMIE · texte numérisé non relu

ENCÉPHALOPATHIB ALBUM IN U RI QUE ET URÉMIE

Vingt attaques semblables se succèdent ainsi dans la journée et dans la nuit, et je lui fais prendre la potion suivante:

Hydrate de cliloral 3 grammes.

Sirop de groseille GO —

L'enfant dormit paisiblement quelques heures, et il n'y eut plus de convulsions.

A ce moment, voulant utiliser les recherches de cérébroscopie auxquelles je me livre depuis sept ans, j'examinai les yeux à l'ophthalmoscope et je pus constater un œdème névro-rétinien sans phlébectasie rétinienne qui me permit de conclure à l'existence d'un œdème des méninges et du cerveau! Voici ce qu'on trouvait : La papille est confuse, voilée par un nuage blanchâtre rosé qui en fait paraître les contours tout diffus; les veines rétiniennes sont petites et sans dilatations, ce qui démontre qu'il n'y a pas de compression intra-crânienne ni de gène à la circulation des sinus ou du cerveau.

Une seconde journée, avec emploi d'une nouvelle dose de trois grammes d'hydrate de chloral, se passe sans éclampsie, et ce matin, début de la troisième journée, la malade est plus éveillée, moins irritable; elle répond mieux et son pouls, devenu régulier, marque 120. Ses papilles offrent la même apparence d'oedème comme la surface du corps, mais l'anasarque a diminué. Il n'y a pas eu d'autre vomissement ni d'évacuation alvine. Les urines sont plus claires et plus transparentes; leur dépôt est moins coloré, et elles précipitent moins d'albumine.

Voilà le fait curieux et rare dont je viens de reproduire les circonstances principales. Maintenant, quelle signification doit-il avoir? Comment doit-on l'interpréter? Quel est le diagnostic à établir ? Quelles sont les complications de la maladie et quel traitement faut-il instituer? Voilà ce qui me reste à dire.

S'il ne s'agit que de ce qu'on voit, je dirai : Anasarque avec albuminurie et éclampsie consécutive. Mais le vrai médecin va au delà des phénomènes sensibles: après avoir vu, il juge.

L'anasarque que présente cette enfant ne dépend ni d'une maladie du cœur, faisant obstacle a la circulation rénale,- ni d'aucune lésion pulmonaire hépatique ou splénique, car le cœur, les poumons, le foie et la rate sont dans un état complet d'intégrité. Elle ne dépend pas d'une scarlatine ayant agi sur les reins, car la mère soutient que l'enfant n'a pas eu de fièvre éruptive, et je n'ai trouvé sur le corps aucune trace de desquamation épidermique.

Cette anasarque, accompagnée d'albuminurie, dépend donc d'une maladie primitive.

Est-ce une néphrite interstitielle, c'est-à-dire une néphrite occupant la trame cellulo-vasculaire du rein? Assurément non.

Il s'agit ici d'une néphrite parencJnjmateuse primitive ou néphrite calarrhale, ou néphrite desquama lire, maladie assez rare d'emblée chez les enfants. C'est une maladie de Bright, âgée de un mois, à l'état aigu, dans la période d'augmentation de volume des reins, avec dégénérescence graisseuse de la substance corticale, desquamation épithéliale graisseuse des tubes urinifères, sans exsudation fibrineuse de ces mêmes tubes.

Unsi comprise, je n'ai plus qu'avons parler'de l'éclampsie albuminurique qui accompagne cette néphrite desquamalise ayant produit l'œdème général, et à voir si, comme on Ta dit, cette éclampsie résulte de l'urémie ou au contraire de l'œdème des méninges, révélé par l'œdème rétinien et par l'anasarque de la peau.

On sait (pie les reins séparent du sang une quantité d'urée qui sort avec l'urine et qui est au maximum de trente-huit grammes par litre et au minimum de douze grammes. C'est l'état normal. Dans l'état pathologique créé par la néphrite albumineuse, la quantité d'urée qui sort avec les mines n'est plus, au cou-

traire, que six à dix grammes par litre. Tout ce qui ne sort pas reste, dit-on, dans le sang, et c'est à cette rétention, appelée urémie, qu'Addison, Frerichs (1), et à leur suite une foule de nos compatriotes, rapportent les accidents nerveux spasmudiques et convulsifs.éclamptiquesde l'albuminurie. D'après Frerichs, l'urée n'agirait qu'en se transformant en carbonate d'ammoniaque sous l'influence des ferments du sang.

Pour Challan, ce ne serait pas la rétention de l'urée dans le sang qui serait la cause des accidents éclanmtiques, mais l'accumulation dans ce liquide d'une trop grande quantité de matières extractives.

Donc, urémie ou accumulation de matières extractives dans le sang, voilà, pour la majorité des médecins de notre temps, la cause incontestée de l'éclampsie albuminurique. Je ne nie pas qu'il en soit ainsi, mais je dis que cela n'est pas démontré, et, puisque cela n'est pas démontré, ce n'est qu'une hypothèse. Nous n'avons pas le droit de faire des hypothèses. La science s'amoindrit par des suppositions de cette nature, et elle ne s'élève que par la précision et par l'exactitude.

C'est une hypothèse, ai-je dit. Je vais le prouver.

D'ahord, si l'urémie résulte de l'albuminurie, qui n'extrait plus du sang toute l'urée qui doit sortir, l'urémie est aussi fréquente que l'albuminurie, et cependant, dans l'albuminurie, l'éclampsie est assez rare.

Ensuite, si l'urémie est la cause de l'éclampsie, on devrait, en injectant de Forée dans le sang, a des doses non massives, produire l'éclampsie. Or, des injections d'urée qui ne sont pas excessives sont parfaitement innocentes.

Enfin, d'après Wurtz et Berthelot, le procédé de Liebig, par le nitrate acide de mercure, suivi jusqu'à ce jour pour les analyses quantitatives de l'urée dans le sang, étant défectueux, tout ce qui a été dit à ce sujet est mis à néant, toutes les théories élevées sur ces mauvaises analyses doivent être considérées comme non avenues. — Après ces affirmations négatives, j'ajouterai enfin que dans ces trois cas d'albuminurie, avec accidents comateux réputés urémiques, les deux chimistes que je viens de citer n'ont pas trouvé dans le sang plus d'urée que dans tout autre état fébrile.

Comme on le voit, l'urémie, considérée comme cause d'éclampsie, n'est qu'une hypothèse, et, à cet égard, la question est entièrement à reviser.

D'ailleurs, qu'est-ce encore qu'une urémie, maladie générale du sang égale dans toutes les parties du fluide nourricier qui produirait chez les uns le coma, chez les autres l'éclampsie ; ailleurs l'asthme (Hérard), la laryngite asphyxique * exigeant la trachéotomie (Cristensen) ; les vomissements répétés (Frerichs), etc. Je ne comprends pas une urémie comateuse, une urémie convulsive, une urémie dyspnéique, une urémie croupale, une urémie gastro-intestinale. Toutes ces formes diverses de la névropathie par l'œdème albuminurique ne peuvent dépendre d'une même altération du sang, la même dans les différentes parties de l'arbre circulatoire; elles s'expliquent beaucoup mieux anatomiquement par des lésions diverses des méninges, de l'encéphale et de l'origine des nerfs pneumogastriques. Cela me conduit à exposer ma théorie anatomique de l'éclampsie par œdème albuminurique, et j'espère démontrer sa supériorité sur la théorie humorale que je viens de combattre.

Dans ma pensée, l'éclampsie albuminurique, le coma, le délire, la dyspnée, la suffocation laryngée, le vomissement opiniâtre qui s'observent quelquefois avec

ili Frerichs, Traité pratique des maladies du foie, trad. par Pillagot et '.)" édition.

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