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CHAPITRE VIII

INCLUSION SCROTALE ET TESTICULAIRE

Les bourses sont quelquefois le siège de tumeurs formées par les débris d'un fœtus inclus dans le scrotum : Saint-Donat, Prochaska, Dietrich, Ekl, Vndré, Velpeau, Goodsir, Lucien Corvisart, Yerneuil, en ont signalé des exemples; c'esl une maladie très-rare et qui peut rester latente, et n'être connue qu'à un âge avancé chez l'adulte, ou découverte et opérée chez le jeune enfant. Yerneuil a rassemblé tous les faits relatifs à cet te question (1).

(1) Yerneuil, Archives île médecine.

Observation 1. — Un enfant observé par Proehaska était né avec une tumeur dans l'aine prise pour une hernie. Cette tumeur conserva le même volume jusqu'à l'âge de trois ans; mais alors elle commença à s'accroître avec une telle rapidité que, dans l'espace de quelques semaines, le scrotum distendu descendait jusqu'au niveau de la partie moyenne de la cuisse. Enfin l'inflammation se développa et amena la formation d'un abcès, d'où sortit une lymphe fétide mélangée de sang, avec diverses parties d'un fœtus, après quoi l'enfant se rétablit.

Observation II. — Un autre enfant, observé par le même auteur, offrait au moment de la naissance une tumeur semblable, mais d'un volume tel qu'elle descendait jusqu'aux genoux, de manière à cacher les membres inférieurs. Elle renfermait, outre une masse de liquide, une masse organique ayant la structure d'un fœtus monstrueux.

Observation III. — Dietrich (de Glogau) a vu un enfant de quelques mois affecté de tumeur inégale et froide au testicule droit descendant jusqu'au genou, pour laquelle on pratiqua avec succès la ligature. Cette tumeur renfermait une masse fétide au milieu de laquelle se trouvaient un fémur, le coccyx, les os du bassin encore recouverts de muscles, un morceau du sacrum avec la surface d'articulation de la dernière vertèbre lombaire, des rudiments de vertèbres, le tibia et le péroné droits avec le ligament interosseux, les os du pied cartilagineux, les orteils réunis et inclinés en arrière, enfin quelques duplicatures de la peau avec leurs glandes sébacées.

Observation IV. — Ekl, professeur à Landshut, a observé un enfant né avec une tumeur considérable du scrotum qui prenait chaque jour du volume. Vers l'âge de dix-huit mois la tumeur, longue de cinq pouces, fut ouverte, et il en sortit des côtes, le rachis, les deux orbites et les deux fémurs d'un fœtus. L'enfant guérit assez rapidement.

Observation V. — André (de Péronne) a vu un enfant de six ans né avec une tumeur du scrotum, opéré à dix-huit mois parla ponction, comme s'il s'agissait d'une hvdrocèle, et chez lequel la tumeur, restée très-volumineuse, devint le siège d'une inflammation suivie d'abcès fistuleux par où sortirent un fragment d'os et quelques poils. Au bout de six semaines, une partie de l'intérieur de la tumeur fit en quelque sorte hernie par l'ouverture fistuleuse du scrotum, elle fut liée, et après sa chute on vit qu'elle renfermait trois dents et un petit fragment d'os. L'enfant a guéri.

D'autres faits de ce genre ont été observés chez l'adulte par Verneuil et Velpeau, mais je n'ai pas à en parler ici; je me borne à transcrire ceux qui sont relatifs à la période infantile. Ceux qui ont été observés chez l'homme doivent servir à démontrer que les tumeurs d'inclusion fœtale du scrotum ne sont pas incompatibles avec la santé et qu'elles peuvent séjourner longtemps dans l'économie sans produire de graves accidents.

Observation VI. — Chassaignac met sous les yeux de l'Académie le spécimen photographique d'une tumeur énorme constituée par un fœtus anormalement développé, et enlevée avec succès par l'écraseur linéaire par le professeur Pancoast, de Philadelphie.

Le sujet, enfant de deux ans, présentait à la partie latérale gauche de la face et du cou une tumeur congénitale très-volumineuse. A la surface de cette tumeur, constituée par cinq lobules principaux, on distinguait, en première vue deux mains et deux pieds.

La dissection, pratiquée après l'ablation totale au moyen de l'écrasement linéaire, a fait découvrir dans la masse adipeuse une portion considérable de l'intestin, un estomac, un rectum, quelques pièces du squelette du bassin. Le professeur Pancoast, après avoir tassé autant que possible le pédicule de la tumeur, l'entoura avec une forte chaîne d'écraseur linéaire, et, faisant marcher l'instrument avec une sage lenteur, obtint la séparation totale sans effusion de sang. La plaie ne donna lieu qu'à une suppuration insignifiante, et la guérison survint sans aucun accident.

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Observation VII. — Chassaignac a employé le même procédé avec un succès complet dans un cas de tumeur congénitale formée par un molluscum énorme développé à la partie supérieure de la poitrine, et descendant jusqu'au niveau des parties sexuelles, chez un homme de quarante-neuf ans. Le pédicule me m bran if orme, occupant une étendue transversale de 4 à 5 pouces, dut être subdivisé en trois portions, sur chacune desquelles fut appliquée la chaîne d'un écraseur distinct.

De chacun des quatre premiers espaces intercostaux la tumeur recevait une branche artérielle du volume de la radiale.

.Malgré cette énorme vascularité, la section de la tumeur ne fut suivie d'aucune hémorrhagie. La malade jouit aujourd'hui d'une santé parfaite.

Observation VIII. — Un enfant de vingt mois, nommé Berrot, né avec quelque chose de particulier aux bourses, offrait, lorsqu'on le présenta à M. Nélaton, une tumeur du volume d'un œuf de pigeon dans le scrotum droit. Une ponction ne lit point sortir de liquide. On enleva la tumeur et l'enfant guérit.

La tumeur ne renfermait pas de testicule. Elle était composée de graisse, de kystes séreux, dans un plus gros kyste, de poils, et à côté deux os triangulaires, un os long accolé à deux autres os longs, comme si c'étaient deux omoplates, un humérus attaché au cubitus et au radius. Il y avait encore d'autres os dont la nature a été trèsmal déterminée.

Observation IX. — Un enfant de huit ans fut opéré par les docteurs Duncan et Goodsir d'une tumeur congénitale du scrotum, dans laquelle on trouva le testicule transformé en une masse ovoïde du volume de la dernière phalange de l'index et renfermant du tissu fibreux, de la graisse et des granulations arrondies jaunes, dures comme les tubercules ; près de la réflexion de la tunique vaginale sur la surface du testicule étaient fixés deux appendices en massue, d'un demi-pouce de long, formés de tissu cartilagineux, avec ses corpuscules, et de tissu osseux évident. Ces appendices étaient couverts d'une portion de peau semblable au tégument ordinaire, garni de poils et doublé de tissu adipeux sous-cutané.

Le plus curieux de tous ces faits, le mieux observé et le plus étudié à la fois, est celui de Verneuil, recueilli dans le service de Guersant.

Observation X. — Un enfant de deux ans, né avec une tumeur du scrotum, est présenté à l'hôpital des Enfants. Alors la tumeur scrotale avait environ le volume d'un petit œuf de poule, couverte de téguments mobiles, très-sains. Elle n'offrait aucune bosselure ou irrégularité. Elle était entièrement indolente. On ne sentait ni testicule ni épididyme, et, après deux ponctions inefficaces, la castration fut pratiquée avec un plein succès. Une incision à la partie postérieure du scrotum permit d'énucléer la tumeur et de faire la ligature du cordon en masse.

Le pédicule de la tumeur est formé par le cordon, dans lequel se trouvent le canal déférent, les vaisseaux spermatiques et les vestiges du corps de Wolf; à son extérieur se voit le testicule aplati et atrophié, ayant 2 à 3 millimètres sur 12. La tumeur ellemême, molle, enkystée, lisse, bosselée, offre :

1° Au centre, une grande cavité anlractueuse, à parois vasculaires et recouvertes par une matière grise pulpeuse qui n'est autre que de la substance grise cérébrale avec des vaisseaux capillaires, des tubes nerveux, des corpuscules de substance grise et de la matière amorphe.

2° Plusieurs autres cavités indépendantes les unes des autres, remplies les unes de liquide transparent et filant, les autres d'une bouillie avec du sébum et des poils libres ou adhérents à la paroi. Un de ces kystes renferme des éléments qu'on a reconnus pour être ceux du pigment choroïdien; un autre, ceux de la peau avec ses papilles, ses poils, ses glandes sébacées, les noyaux du réseau de Malpighi et les écailles épidermiques. Enfin, on trouvait, ça el là, dans l'épaisseur de la masse, du tissu adipeux el des noyaux cartilagineux dont les éléments étaient parfaitement caractérisés.

D'après tous ces faits, si conciliants et si bien étudiés pour la plupart, Verneuil établit que les tumeurs formées d'une inclusion scrotale ou lesliculaire sont plus

fréquentes à droite qu'à gauche. Elles se développent dans les couches sous-cutanées en dehors du testicule qui reste sain, ou à côté du testicule qui est atrophié, ou dans la glande elle-même qui disparaît alors presque complètement. Dans quelques cas. elle est primitivement étrangère au scrotum, et naît dans une connexion intime avec le testicule avant sa descente, de manière à constituer une sorte d'inclusion abdominale. Toujours congénitales, c'est-à-dire évidentes au moment de la naissance, les tumeurs par inclusion, qui n'ont été reconnues qu'à une époque plus avancée de la vie, étaient restées inaperçues jusqu'au jour où une circonstance accidentelle est venue favoriser leur développement.

Elles sont anatomiquement constituées par des portions du fœtus plus ou moins développées, telles que des fragments de squelette avec ou sans leurs parties molles, mais jamais de fœtus complets ; des morceaux d'os déformés rendus méconnaissables, des cartilages, des ligaments réunissant des pièces osseuses, rarement des fibres musculaires qui se détruisent trop rapidement, du tissu adipeux, des dents, des yeux, des poils flottants ou agglutinés, libres ou adhérents, des fragments de peau avec son épidémie, des glandes sudoripares et sébacées, de la matière nerveuse et des nerfs, ce qui est très-rare. — Outre ces parties solides, elles renferment de petites collections de liquide séreux ou sanguinolent enkysté à l'intérieur, où leur masse baigne elle-même dans le liquide plus ou moins abondant d'une hydrocèle de la tunique vaginale.

L'inclusion testiculaire est souvent difficile à reconnaître et peut simuler des tumeurs d'une tout autre nature. Elle offre même des caractères différents suivant la période à laquelle elle est arrivée. A part la congénitalité, qui n'est qu'une présomption, ses caractères n'ont rien de pathognomonique.

Au début, la tumeur est latente dans le scrotum, la région inguinale ou iliaque ; on ne s'aperçoit ordinairement pas de sa présence ou, si on la reconnaît, comme elle est peu volumineuse et sans douleur, on l'abandonne à elle-même. Quelques années plus tard, trois, quatre, dix, vingt-cinq ans, sous l'influence d'une excitation, elle prend du volume, devient vasculaire et douloureuse; il s'y fait un travail intérieur, des inflammations, des abcès, des fistules, etc.

C'est une tumeur généralement dure, d'une consistance ferme, tantôt régulière, ovoïde, lisse, tantôt inégale et bosselée. Sa texture parait d'autant plus serrée qu'elle est récente. Elle est quelquefois fluctuante sur un point ou dans sa totalité, si une hydrocèle l'entoure, et alors elle peut être transparente; sans cela elle ne l'est jamais. Elle est quelquefois le siège d'inflammations suivies d'abcès et d'ouvertures iistuleuses par lesquelles sortent des poils ou des fragments organisés ; ce qui est d'une importance extrême.

La présence de ces tumeurs ne cause jamais de bien vives douleurs, ni de symptômes généraux graves. Toute la maladie est locale, et Ton n'a jamais vu comme complication que l'engorgement des ganglions inguinaux voisins.

Le pronostic des inclusions testiculaires et scrotales n'a rien de sérieux. La maladie est locale, ne détermine jamais d'accidents graves, elle est dans une région accessible au chirurgien, et elle n'entraîne que la perte d'un testicule. L'opération est son plus grand danger, puisqu'elle peut être mortelle, aussi ne faut-il y recourir qu'a la dernière extrémité. Abandonnées à elles-mêmes, ces tumeurs, entièrement bénignes, restent stationnaires ; aussi, tant qu'elles ne sont point enflammées, il n'y a point d'opération à faire : ce n'est que lorsqu'une inflammation suivie d'abcès s'y est établie que l'on peut songer à les enlever, puisqu'elles ne sauraient guérir d'ellesmêmes.

Traitement. — Si l'inclusion scrotale est indépendante du testicule et que la

tumeur soil dore, il faut en faire l'extirpatioD el laisser la glande; si, au contraire,

sticule est le siège de l'inclusion, alors il faut enlever toute la tumeur. Dans 1.

fistule, quelques médecins ont cherché à retirer les débris du fœtus, et ©nt

ré attendre patiemment la guérison que de recourir au procédé plus expéditif de l'incision. C'est une lenteur qui n'est pas compensée par de réels avant ag -

quand la tumeur e<t liquide, on peut faire une incision, vider la poche de ce qu'elle renferme, et panser la plaie comme si elle était le résultat d'un simple ah

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