‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 34 sur 472 · MOYENS DEXPRESSION. — CIRCULATION ET POULS · texte numérisé non relu

MOYENS DEXPRESSION. — CIRCULATION ET POULS

Billard qui a trouvé les différences les plus considérables; en effet, sur trente-neuf enfants d'un à dix jours, le terme inférieur fut 80 et le chiffre extrême 180. S'il n'y a pas eu erreur, ce résultat peut avoir une immense portée, connue nous le verrons plus loin. Les chiffres publiés par Trousseau se rapprochent un peu de ceux de Gorham ; il indique en minimum % et en maximum 152 chez des enfants de quinze à trente jours.

De telles différences dans les observations d'hommes également recommandables semblent difficiles à expliquer, .le ne crois pas qu'il y ait erreur de la part de ces médecins, car Haller, Sœmmering et Billard n'ignoraient pas que dans la numération du pouls, il faut tenir compte de la fréquence causée par l'émotion intérieure, l'agitation, les mouvements musculaires, l'alimentation; enfin, par tant d'autres circonstances dont nous savons tous apprécier la valeur, et qu'il est inutile d'indiquei ici. Ils savaient tenir compte de ces influences dans leurs observations chez l'adulte ; pourquoi les auraient-ils négligées chez les enfants ? Je crois donc à l'exactitude des chiffres indiqués par ces auteurs suffisamment éclairés pour n'être pas, sans injustice, regardées comme des observateurs superficiels ou inattentifs.

Si ces différences sont réelles, et l'on ne peut en douter, il faut les rapporter à l'âge même des enfants, et croire qu'à cette période de l'existence les pulsations artérielles ne sont pas encore réglées comme elles le seront plus tard. C'est au reste ce qui doit ressortir des faits qu'on va lire.

Jacquenier, Lediberder ont calculé la fréquence des pulsations du cœur chez des fœtus er.core dans le sein de leur mère au dernier terme de la grossesse, chez des fœtus au moment de la naissance, et chez des enfants au premier jour de la vie. Sur 51 sujets de la première catégorie, c'est-à-dire sur des fœtus encore dans le sein de leur mère, Jacquenier a trouvé de 108 à 100 pulsations par minute, et de 96 à 151» chez des enfants âgés de près de vingt-quatre heures. Ces résultats sont à peu près les mêmes que ceux de Naegele, dont la moyenne, tirée de 000 observations, fixe à 135 le chiffre des battements cardiaques du fœtus.

Lediberder a compté le pouls dans la première minute de la vie sur six enfants, et il a trouvé qu'il variait de 7:2 à 04 pulsations. Ce nombre augmenta rapidement après la naissance, sans doute sous l'influence de l'établissement des fonctions. 11 s'élevait, à la quatrième minute, au chiffre énorme de 140 et de 208.

Smith, médecin de l'asile des Orphelins de New- York, a fait de nouvelles recherches sur le pouls des enfants en santé pendant la première année. Et sur 57 observations d'enfants nouveau-nés, pendant la première heure de U vie, le pouls ou plutôt les battements du cœur se sont éle\és, après un accouchement normal, de 96 à lOi, moyenne 136, durant le deuxième quart de la première minute aprèsla naissance; de 134 à 160, moyenne 15-2, pendant les quinze secondes suivantes; et de 108 à 17-2. moyenne 1 i5, durant le dernier quart; soit une moyenne totale de I 13 dans ces quarante-cinq dernières secondes de la première minute de la vie. Cette proportion esl bien supérieure à celle obtenue par Lediberder, qui, ayant compté le pouls de la radiale, ce qui esl très-difficile dans la plupart des cas el même impossible pendant la première semaine de la vie, a ainsi compté inexactement La svstole ventriculaire est si faible immédiatement après la naissance, ci les extrémités du s\stème artériel battent si librement, (pie le poids ne peut être compté exactement ni aux membres, ni à la fontanelle antérieure. I. 'auscultation ou la main placée sur la région précordiale, ou bien la pulsation du cordon, peuvent seulement donner une évaluation exacte à ce sujet.

Durant la deuxième minute, les battements ont varié de |0«X à 164, movenne

132. De la deuxième à la troisième minute inclusivement les variations extrêmes ont été de 124 à 164, moyenne 145; et pendant les vingt minutes suivantes, de 100 à 156, moyenne 130.

Donc, les pulsations du cœur, très-fréquentes dans le cours de la vie fœtale, diminuent beaucoup au moment de la naissance et se relèvent un peu dans le premier jour de la vie.

Chez les enfants plus avancés en âge, il faut, pour faire la numération du pouls, choisir des sujets bien portants; il faut les prendre dans un moment de calme, longtemps après l'allaitement, distraire leur attention par la vue d'un objet qui les intéresse, et empêcher ainsi toute accélération momentanée de la circulation. Il faut aussi observer à part les enfants éveillés et les enfants endormis ; enfin, si l'on voulait un tableau entier, il faudrait connaître la fréquence du pouls chez les enfants qui s'agitent, qui toussent et qui pleurent ou crient avec opiniâtreté.

Valleix n'a parlé d'une manière précise que des enfants âgés de deux à vingt et un jours ; et dans la seconde partie de son mémoire il a très à tort réuni dans une seule classe des enfants de sept mois et ceux de six ans. Or, quand on veut apprécier l'influence de l'âge sur l'accélération du pouls il faut procéder différemment, et prendre à part, dans autant de catégories particulières, les enfants de six mois, d'un an, de deux ans, et ainsi de suite. Il est vrai que. Valleix a cru se dispenser de ce travail en prenant la moyenne de l'âge de tous les enfants soumis à son observation et en calculant la moyenne des pulsations du cœur. Mais cette méthode est vicieuse et doit nécessairement conduire à des erreurs. L'auteur dont je parle observait 33 enfants de sept mois à six ans ; il prit la moyenne de l'âge, qui fut égale à vingt-deux mois cinq jours, et il obtint pour moyenne des pulsations du cœur le chiffre de 124,20 centièmes de pulsation.

Il est impossible de défigurer davantage les faits. Il est évident que pas un de ces enfants n'avait, au moment de l'observation, vingt-deux mois cinq jours, et qu'aucun d'eux n'a pu avoir 124,20 centièmes de pulsation.

Quant aux résultats relatifs aux pulsations des nouveau-nés, ils diffèrent de tous les résultats connus. Sur 13 enfants, Valleix a trouvé les chiffres extrêmes de 76 et 104, et pour moyenne 87 pulsations. Ces résultats sont trop extraordinaires pour être acceptés, et l'erreur qui s'y trouve dépend de la mauvaise méthode employée dans leur recherche.

Trousseau a pris soin de ranger les enfants par âge et par sexe, afin de réunir en sa faveur toutes les conditions d'exactitude désirable. Sur un grand nombre d'enfants de huit jours à deux mois, il a trouvé les chiffres extrêmes de 96 et de 164, et sur d'autres âgés de deux mois au moins et de vingt et un mois au plus, les chiffres 96 et 160. Les moyennes de ses calculs sont 137 pulsations dans le premier mois et dans le deuxième ; 128 de deux à six mois ; 120 de six mois à un an ; 118 de un an à vingt et un mois.

Donc, le maximum de la fréquence du pouls se trouve dans le premier mois de la vie, et le minimum dans les derniers mois de l'allaitement.

Le sexe n'a définitivement aucune influence sur l'accélération du pouls, qui est, au moment de la naissance, à peu près aussi fréquent chez les filles que chez les garçons. A partir du troisième mois, le pouls prend, relativement au sexe, la teneur qu'il conservera toute la vie, c'est-à-dire qu'il est notablement plus fréquent chez les filles que chez les garçons.

Mais, comme le dit Trousseau, si l'influence de l'âge est si peu considérable ; si celle du sexe l'est un peu davantage, l'influence de l'état de veille et de l'état de sommeil est telle, qu'elle ne doit jamais être perdue de vue par le médecin

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