CHAPITRE XVI
CORPS étrangers de l'urèthre
Bien des enfants s'amusent à s'introduire des bouts de bois, des épingles et des corps étrangers dans l'urèthre. Il leur arrive quelquefois de les lâcher, eUe corps étranger s'aventure plus ou moins loin. C'est la source d'accidents graves auxquels on ne remédie que par l'extraction.
Voici un cas qu'on a fort rarement l'occasion d'observer dans la pratque : il me paraît utile de le consigner ici.
Orservation. Épingle engagée dans l'urèthre d'un enfant de sept atf; extraction par le procédé de M. Boinet; par le docteur Michel Ticier. — Jeudi drnier, 19 mai, le sieur Maurin, propriétaire à Cabanac, canton de Cadours (HautfGaronne), vint
(1) Torres, Journal des connaissances méd. et pharmac, n° 29, 1857.
IIKMORRHAGIE VULVAIRE ET MENSTRUATION PRECOCE. i 11
réclamer mon ministère pour son fils, âgé de sept ans. Le petit Pierre, sur les conseils d'un écolier plus âgé que lui, s'était introduit, la veille, dans le canal de l'urè- Ihre, une grosse épingle, qui avait tout à fait disparu. Je me rendis aussitôt au domicile de ce père désolé, situé à quatre kilomètres de ma résidence. Le gamin était étendu sur son lit. La muqueuse du méat était rouge et boursouflée ; la verge et le périnée étaient légèrement enflés. Pierre souffrait peu, lorsqu'il restait immobile. Mais s'il s'agitait, s'il essayait d'uriner, il accusait une vive douleur du côté du périnée. Au reste, la miction avait été impossible pendant la nuit ; la vessie, remplie, était saillante au-dessus du pubis.
Je constatai que l'épingle introduite par le gros bout était engagée profondément dans l'urèthre bien au delà de la portion droite de ce conduit excréteur. Comment l'extraire? Je confesse que ce ne fut point sans embarras que je me posai cette question. Fort heureusement je me souvins avoir lu jadis, dans quelque revue médicale, une observation du docteur Boinet, qui fit l'extraction d'une épingle chez un jeune homme par un procédé auquel on doit laisser son nom. Ce procédé consiste à perforer le canal de l'urèthre de dedans en dehors, à l'aide du corps étranger aigu engagé, de le faire ensuite basculer, et de l'extraire enfin par le méat urinaire.
J'introduisis l'indicateur de la main droite dans le rectum, dans le but de m'en servir comme point d'appui, et de découvrir aussi la situation de la tête de l'épingle, qu'il m'avait été impossible de sentir à travers les parties molles de la région périnéale. Je sentais seulement la pointe au devant du scrotum. Il ne me fut pas facile d'atteindre le but de mon exploration. Prenant alors fortement avec l'extrémité de mon index la partie antérieure du rectum, pressant aussi, d'arrière en avant, avec le pouce sur le périnée, je fis buter la pointe de l'épingle contre la paroi inférieure du canal urèthral ; redressant alors brusquement en haut la verge prise entre l'index et le pouce de la main gauche, la pointe de l'épingle perfora le canal. Je la saisis avec les pinces et je retirai les trois quarts du corps étranger au dehors. Je dirigeai ensuite la pointe vers la racine de la verge; en poussant d'arrière en avant, je ne tardai pas à prendre la tête qui se présenta au méat. L'épingle extraite avait 5 centimètres de longueur.
On mit l'enfant dans un bain, où il urina facilement. Des compresses froides furent maintenues sur la verge et le scrotum. Le 21 mai, j'ai rencontré Pierre Maurin guéri.
Comme le dit justement le docteur Ticier : — Voilà certes, un moyen simple et peu douloureux, à l'aide duquel on peut, sans aucun instrument, extraire les corps étrangers aigus du canal de rurèthre. Le procédé de Boinet est fort ingénieux, et il nous a rendu un signalé service.