‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 37 sur 472 · MOYENS D'EXPRESSION. — CALORIFI CATION · texte numérisé non relu

MOYENS D'EXPRESSION. — CALORIFI CATION

rique et conservent une température propre indépendante du milieu environnant. Ils pensent que c'est en vertu de eelte propriété que l'homme peut lutter avantageusement contre le froid et la chaleur, et a le pouvoir de résister à cette grande loi de L'équilibre du calorique qui est celle de tous les corps inanimés.

La caloricité est en effet une propriété générale des corps vivants, en vertu de laquelle ils conservent une température propre indépendante de celle du milieu qui les entoure. Cette température est un effet des combustions lentes opérées au sein des organes pour leur nutrition, et l'intensité de cette combustion seule reste sous l'influence de la vie.

L'homme adulte a une température profonde, toujours la même dans l'état de santé, et il résiste facilement à la chaleur et au froid de l'atmosphère. Sa température superficielle est modifiée par cette double influence.

Il n'en est pas tout à fait de même des jeunes enfants. Dans les premiers jours de leur vie, la caloricité leur donne bien une température propre à peu près égale à celle qu'ils doivent offrir plus tard; mais ils diffèrent des adultes, sous ce rapport, que leur résistance au froid est infiniment moins marquée et qu'un refroidissement mortel est facile et possible, s'ils ne sont pas suffisamment protégés contre cet accident par une alimentation convenable et par les soins de leur mère ou de leur nourrice.

Outre cette influence de 1 âge sur la caloricité et sur la force de résistance au froid, il y a aussi une autre influence, quelquefois considérable, exercée sur cette même propriété par les maladies. C'est du moins ce qui résulte des recherches de Haies, Hunter, Despretz, de Becquerel et Breschet, Bouillaud, Donné, Andral, Mignot, etc. Disons quelques mots de ce qui est spécial aux jeunes enfants.

Il faut distinguer, dans l'étude de leur température animale, ce qui est relatif à la température superficielle du corps, c'est-à-dire à la température cutanée, trèsvariable, d'avec ce qui est relatif à la température propre des enfants, c'est-à-dire leur température profonde, prise sous l'aisselle ou dans le rectum, qui, dans l'état physiologique, reste toujours, à peu de chose près, la même.

Rien n'est mobile comme la température cutanée des enfants. Elle s'élève et s'abaisse sur les parties découvertes autant que s'élève et s'abaisse la température extérieure, et cela d'une manière très-différente suivant les diversités de Vidiosyncrasie infantile. Il n'y a rien à dire sur ce point qui ne soit bien connu de tout le monde. Ce sont les enfants les plus faibles et les plus délicats qui se refroidissent le plus facilement ; quelquefois aussi celte température est modifiée dans l'horripilât ion de la lièvre et d'une manière locale, dans certains cas de gangrène, toutes circonstances parfaitement indiquées.

Ce qu'il importe surtout de connaître, ce sont les modifications de la température profonde par le fait même de l'âge ou de la maladie. Cette température se mesure à l'aisselle ou dans le rectum au moyen du thermomètre. Celle de l'aisselle est toujours de 1 degré au-dessous de celle de l'anus, du moins che/ l'adulte et dans la seconde enfance. Mais, che/ 7 nou\ eau-nés a terme, René de Nanrx a \u au contraire qu'elle était supérieure 1:2*2 fois sur 155 observations, et 103 fois sur 140 chez (') entants nés avant terme.

Longtemps on a cru pouvoir dire, d'une manière générale, que la température des animaux nouveau-nés était moins élevée que celle des adultes. Cela résultait, en effet, de plusieurs observations de Haller, deVillermé et II. Milne Edwards (h, de Despretz; mais cette conclusion est prématurée, et il n'y a pas de loi à poser à cet

(li Villermé et Milne Edwards, De l'influence de la température sur la mortalité îles enfants noureau-nés (Annales d'hygiène publique, Paris, IS-2;>, t. n, p. ^Jlj.

égard. La température propre des enfants, au moment de la naissance, varie autant que la force de constitution des enfants, et ici il n'y a que des imités de nature différente, dont on ne peut faire une addition. En effet, sur les tableaux de Henri Roger, nous voyons des enfants chélifs avoir seulement 3:2 degrés centigrades, d'autres 34 degrés ; d'autres 35°,52, ce qui est aussi le chiffre de Despretz ; puis 3.")°, 50, 30 degrés 36°,75, 37 degrés, 37°, 75, chiffre supérieur d'un degré à celui que présentait la mère (1). Il en fut de même aussi dans un certain nombre d'observations faites par Racle.

Elle a ses types bien décrits par Wun'lerlich, Traube, Hirtz (2), etc., à l'aide de tracés faits avec la température du matin et du soir. Ainsi, dans la pneumonie et dans les fièvres éruptives, elle atteint rapidement son apogée pour décroître ensuite, tandis que dans la fièvre typhoïde elle met sept à huit jours à s'élever au chiffre le plus considérable, puis elle se maintient avec des exacerbations nocturnes, et ensuite décroît à partir du quinzième ou vingtième jour.

Donc, au moment de la naissance, la température profonde des enfants est variable, en rapport avec Yidiosyncrasie. Inférieure à la température normale chez les enfants débiles, égale chez les enfants-bien développés, supérieure même, dans quelques cas, à la température normale ultérieure de l'enfant, et même à la température de la mère lors de son accouchement, il n'y a pas de fusion à faire entre ces divers résultats, pas de moyenne mathématique à déduire, et pas de loi à formuler.

Quelques minutes après la naissance, le nouveau-né se refroidit, il perd 2 ou 3 degrés de chaleur ; et cette réfrigération égalerait peut-être celle des jeunes animaux isolés de leur mère, si le sujet manquait des soins multipliés que réclament sa nudité et sa faiblesse. C'est ce que Edwards a vu sur de jeunes oiseaux de huit jours, tirés de leur nid : au lieu de 40 degrés et plus qui représentent le chiffre de leur température normale, ils n'avaient plus que 35 à 30 degrés ; isolés les uns des autres, ils perdirent 17 degrés dans l'espace d'une heure, et restèrent à 2 degrés au-dessus de l'air ambiant.

Dès le lendemain de la naissance, la température animale reprend son niveau physiologique, et elle s'y maintient, sauf de légères oscillations, tant que la santé persiste. Roger a trouvé pour moyenne normale , sur trente-trois nouveau-nés de un à sept jours, la moyenne de 38°, 08, et pour vingt-cinq enfants de quatre mois à quatorze ans, la moyenne de 37°,2 1.

Dans l'état de maladie, la caloricité reste quelquefois dans son état normal, mais plus souvent elle se trouve exagérée; alors la température profonde s'élève, ou au contraire, ce qui est plus rare, elle est diminuée, et la température profonde s'abaisse. —De là une division des maladies en trois groupes : maladies fébriles avec augmentation de température, maladies non fébriles avec température normale, et maladies algides avec abaissement de température.

Je ne veux pas entrer dans les détails des différents chiffres d'augmentation de température observés dans les maladies de l'enfant. Ces résultats se trouveront plus loin. Ils démontrent, et c'est là un fait de la plus haute importance en pathologie, ils démontrent l'exactitude de la loi, qu'il n'y a pas de fièvre sans augmentation de la température profonde. C'est là la conclusion de tous les faits d'élévation de température dans les maladies. Chez le nouveau-né comme chez l'adulte, quelles que soient la cause et la nature du mal, variole ou pneumonie , scarlatine

(1) Roger, Arch. de médecine, 4-e série, t. IV, p. 117 et suiv.

(2) Hirtz, Nouveau Dictionn. de méd. et de chirurgie pratiques. Paris, 1867, t. VI, p. 7v22, art. Chaleur.

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