VENTS ET TUMEURS ÉHECTILES
les faits que je viens de rapporter plus haut, dont je pourrais grossir le nombre en puisant aux archives des vaccinations de l'Académie de médecine, en sont la meilleure preuve. C'est par ce moyen qu'on devrait toujours commencer le traitement des naevus, réservant en seconde ligne, et dans le cas d'échec, les autres procédés que possède la science et dont je vais parler succinctement.
2° Inoculations de tartre stibié. — A défaut d'inoculation vaccinale, on a employé les inoculations de tartre stibié , qui produisent des pustules volumineuses, analogues aux pustules de vaccin, du moins quant à la forme.
C'est là une idée fort ingénieuse à laquelle je ne puis qu'applaudir, mais il m'est difficile de la juger définitivement, car je n'ai pas eu l'occasion de la réaliser, et elle n'a pas encore été mise assez souvent en pratique.
Un médecin anglais, Cumming (1), dit avoir employé huit lois cette médication et toujours avec succès. On applique sur la tumeur un petit emplâtre d'onguent de la mère ou de poix de Bourgogne, tenant incorporé du tartre stibié, à la dose de 75 centigrammes pour 4 grammes de poix ou d'onguent de la mère. En 1855, il a publié un nouvel exemple de guérison, dont j'ai publié le résumé (2).
3° Compression. — La compression peut être fort utile quand le naevus érectile se trouve placé au front, à la tempe, aux lèvres, etc., ou sur toute autre partie facile à comprimer contre un os. Alors un bandage convenablement préparé, d'après l'indication du médecin, pour chaque cas spécial, appliqué le jour, enlevé la nuit et maintenu pendant deux ou trois ans, suffit pour amener l'oblitération complète des capillaires dilatés. Tout le monde connaît ce fait remarquable rapporté parBoyer :
Observation XIII. — Ce chirurgien, craignant d'enlever une tumeur érectile de la lèvre supérieure étendue à la sous-cloison nasale, conseilla l'emploi de la compression. La mère de l'enfant se mit à l'œuvre et comprima la tumeur sept heures par jour, en tenant le doigt transversalement appuyé sur la lèvre, et en le mouillant avec une solution d'alun. Elle obtint une guérison entière.
Le docteur Magne (de Souillac) a également réussi, au bout de cinq mois, par ce moyen, dans un cas de naevus érectile du front ; seulement, au lieu d'alun, il a eu recours à la compression et à l'application d'une solution concentrée de lactate de fer.
4° Ablation. — Fabrice de Hilden, J. L. Petit, conseillent l'ablation de la tumeur par l'instrument tranchant, mais il faut enlever un peu au delà du tissu altéré, d'une part pour ne pas s'exposer à la récidive, et de l'autre pour éviter une hémorrhagie. Iloux, dans un cas de naevus du Iront qu'il venait d'enlever, a vu survenir une syncope qui pendant quatre heures lui fil craindre pour la vie de l'enfant. Wardrop a vu périr entre ses mains un enfant de dix jouis auquel il venait d'enlever une de ces tumeurs, grosse comme la moitié d'une orange, et située à la partie postérieure du cou. Dans quelques cas, la tumeur se trouvant aux lèvres buccales, ou au prépuce, ou aux grandes leurs, on enlève lu partie subjacente pour guérir la maladie, on fait aux leurs une perle de substance comme pour un bec-de-lièvre, on enlève le prépuce, etc.
5° Ligature '1rs artères. — Wardrop a conseillé de lier l'artère principale qui fournil à la tumeur, afin de faciliter son extirpation. Ce moyen lui a plusieurs fois réussi.
Ligature des nœVUS. — Lawrence a proposé (le faire la ligature des ineuis. \ l'aide d'une aiguille garnie de soie double, il traverse dans son milieu la base de la
l'I) Cumming, Journal [m- Kinderkrankheiten, n" ."> et <">. (2) il" édition.
tumeur, et il a aussi un double fil qui, étant rabattu et serré sur chacune de ses moitiés hémisphériques, les flétrit et les fait disparaître. Il a rapporté plusieurs exemples de guérison par ce procédé.
Luke (1) a modifié les procédés de ligature déjà mis en usage : sur un même fil de soie très-long et très-fort il enfile plusieurs aiguilles ; il introduit l'aiguille la plus rapprochée de a (fig. 134), immédiatement en dehors des limites de la tumeur,
et retire une quantité suffisante de fil pour faire plus tard une ligature; la seconde aiguille est introduite de la même manière, mais à un , demi-pouce au delà en contournant la tumeur et en dépassant ses limites en profondeur, et ainsi de suite jusqu'à la dernière qui doit comme la première être en dehors des limites de la tumeur. On coupe toutes ces ligatures près du chas des aiguilles et l'on obtient ainsi une série d'anses avec chacune desquelles on embrasse une portion de la tumeur et dont les extrémités aa, bb, ce, dd, ee, ff, sont liées et fortement serrées l'une contre l'autre, de manière à interrompre complètement la circulation dans toutes les petites portions de la tumeur.
Rigal (de Gaillac) (2) a proposé la ligature multiple, dont les anses engagées sous de fortes épingles devaient étreindre la tumeur, sans courir jamais le risque de laisser échapper la moindre de ses parties.
Voici comment il procède : une aiguille à coudre assez forte et conduite en travers au-dessous de la tumeur, entraînant les deux chefs d'un lil rouge; une seconde aiguille est passée de la même manière, entraînant les deux chefs d'un fil noir. Leur trajet partage verticalement la tumenr en trois parties sensiblement égales. Les points d'immersion et d'émersion se trouveut de 3 à 4 millimètres en dehors des limites du tissu érectile. Le plein de chacun des fils étant coupé au ras des aiguilles 1, 2, il eut deux ligatures libres dans chacun de leur trajet 3, 4 (fig. 137). Il plongea au-dessous de l'extrémité supérieure de la tumeur une petite aiguille courbe, assez forte, et nous la fîmes ressortir par le côté opposé. La courbure de cette broche permit d'atteindre dans la narine les dernières limites du mal. Ayant alors reconnu les deux chefs d'un des fils rouges, nous les engageâmes au-dessous de chacune des extrémités de l'aiguille, restée en place, et nous fîmes deux nœuds parfaitement serrés. Une bonne épingle, placée à la partie inférieure de la tumeur, servit de la même manière de point d'arrêt à une anse de nos fils noirs.
Restait la partie moyenne, nous la lardâmes à son tour avec une épingle. Le fil noir et le fil rouge, placés encore transversalement, furent convertis par un nœud solide en une anse complète ; mais ce nœud, loin de se trouver à l'extrémité des fils, laissait des chefs de 25 à 30 centimètres de longueur (fig. 135). — Tirant sur les chefs opposés, nous engageâmes le nœud juste au-dessous de l'épingle, et nous
Fie,. 13L — Procédés de ligatures de Luke.
(1) Luke, London med. Gaz., avril 1818, et Bail, de thérap., 1818, t. XXXV, p. 187. (2j Rigal (de Gaillac), Du traitement des tumeurs érectiles [Bulletin de thérap., 1853, t. XLIV, p. 21).