OREILLONS ET PAROT1DITES
observés bien au delà de cet âge; Champion en a signalé nn cas chez un homme de quarante-cinq ans, et Bizet en a observé une épidémie assez grave sur les soldats de la garnison d'Arras ainsi que sur les habitants de cette ville (1), Les oreillons
1 1 1 « Cette affection se déclara tout d'abord isolément sur plusieurs jeunes enfants de la ville, pendant le mois de janvier 1864, sans prendre toutefois les proportions d'une épidémie. A son début, localisée aux parotides, elle respecte les testicules.
» Le 2 février, s'observe, au 2e du génie, le premier cas sur un sapeur de la 13e compagnie. Chez ce militaire, les deux parotides se prennent avec les testicules. Jusqu'au 12 mai, nous avons constaté vingt-deux cas d'oreillons sur les sapeurs du génie ; souvent les testicule» furent pris, soit un seul, soit les deux à la fois ; deux malades eurent les mamelles douloureuses et engorgées. Un de ces hommes vit se développer au sein droit quatre seins surnuméraires, semblables de tout point à ceux décrits au commencement de la grossesse par M. Montgomery; ils survinrent Le deuxième jour de l'engorgement de la glande mammaire, et persistèrent dix jours avec une teinte noire de l'aréole et écoulement par le mamelon d'un liquide séreux.
■ Sur ces vingt-deux malades, le plus jeuuc avait vingt ans et deux mois; le plus âgé atteignait sa trente-sixième année. ,
a Les cas de parotidite double furent au nombre de huit; chez les quatorze autres malades, une seule parotide plus ou moins affectée. Quant aux testicules, sept fois ils furent pris tous les deux; trois fois un seul fut affecté d'engorgement.
b La parotide droite se prenait après le testicule gauche, la parotide gauche suivait enfin le testicule droit.
b Pareil croisement fut observé en ville chez les petits garçons dont les mamelles furent engorgées. Des accidents typhoïdes furent observés sur deux sapeurs : l'un présenta ces phénomènes au début de l'épidémie, l'autre tout à la fin; tous deux ont guéri assez rapidement.
» Tous ces engorgements parotidiens testiculaires se sont terminés par résolution ; une seule parotide, pendant vingt-quatre heures, fit craindre la présence d'un abcès dans son intérieur.
» Trois des malades adultes présentaient une déformation de la face vraiment épouvantable : deux avaient les parotides et les glandes sous-maxillaires tellement gonflées, que leur aspect n'avait plus de forme humaine ; le troisième portail une tumeur énorme du côté où elle siégeait. Ce malade était vraiment méconnaissable pour ses plus intimes amis.
b Chez un jeune homme de seize ans, la parotide droite seule fut prise, et en moins de cinq jours elle touchait l'articulation sterno-claviculaire de ce même côté: la peau était luisante et donnait une fausse sensation de fluctuation. Eu quinze jours tout avait disparu: il reste seulement au cou un engorgement des ganglions cervicaux en l'orme de chapelet, dissous lui-même au bout de deux mois. C'est peut-être, avec l'observation rapportée par Henry, le cas le plus volumineux d'engorgement parotidien. Celui de ce médecin avait pour sujet une petite fille de cinq ans; chez cette enfant, la glande engorgée s'étendait depuis l'apophyse mastoïde jusqu'au milieu du cou.
b Ce sont les parotides les plus légères qui s'accompagnèrent le plus généralement d'orchites ou d'engorgements mammaires; ces affections, par contre, sont rares quand la parotide ou les parotides sont fortement engorgées.
» Au commencement d'avril, les troupes d'infanterie et les cuirassiers à leur tour sont pris de l'épidémie, déjà modifiée et dans son intensité et dans ses manifestations. En effet, sur les vingt-sept cas observés, vingt-trois au 84* de ligne et quatre à la cavalerie, pas un n'offrit d'accidents typhoïdes; les parotides sont moins de temps engorgées, rarement les deux sont prises à la fois; l'affection atteint plus particulièrement les testicules. 11 arriva alors plusieurs lois de voir entrer à l'hôpital des hommes porteurs dune orchite regardée comme vénérienne ou jugée de eau-' externe parle médecin du corps; le lendemain, cette affection s'accompagnait d'un léger engorgement d'une ou 'les deux parotides, d'un peu de gène dans les mouvements de mastication, rarement d'un léger mouvement fébrile. Une seule fois, au ± du génie, nous avons observé l'orchite précédant de quelques heures l'oreillon, tandis que, sur des soldats du Si" de ligue, elle eut nue avance de deux ou trois joui-, sur les malades de ce corps, les accidents ont \ isibleuient diminue d'intensité, il- sont d'une moindre durée l'épidémie touche
à sa lin.
L'épidémie régnait en même temps sur les troupes de Douai au 10/ bataillon de chasseurs, et M. i- médecin-major Ouradon traitait à la chambre dix-huit malade-, sur un effectif de huit cent soixante hommes; tous ces cas étaient de peu d'intensité. Les parotides furent pn toujours prises des deux côtés, avec une action plus manifeste sur une d'entre elles; mais rarement les testicules se gonflèrent, car c médecin n'observa que trois orchiles : pas une ne fut double
a Pendant cette me époque, les oreillons régnaie I aussi à Montpellier sur un régiment
du génie. » (BuUetin médical du nord de la Fronce, déce.ubre lVi
BOIJCHUT. — NODV.-HÉS. — 7" ÊDIT, ;,i;
semblent être jusqu'à un certain point l'apanage du sexe masculin; au moins sontils assez rares chez les filles et chez les femmes. Ils apparaissent au printemps on à l'automne, lorsque le temps est froid, humide el subitement traversé par ces vicissitudes de l'atmosphère qui engendrent l'angine gutturale et pharyngée.
On les voit au même moment sur un plus ou moins grand nombre d'enfants avec leur caractère épidémique, :v\ ils appartiennent à cette grande classe d'affections des muqueuses qui traduisent localement, dans un petit coin de l'organisme, la réaction d'une impression générale extérieure, épidémique et spéciale. Les oreillons se mollirent ordinairement à l'état d'épidémie, ainsi qu'Hippocrate l'a indiqué. Tout le monde l'a redit après lui, non sans vérification nouvelle. C'est chose acceptée désormais comme incontestable. Je n'en dirai pas autant des propriétés contagieuses attribuées aux oreillons par Thomas Lagghi et par quelques médecins modernes ; rien ne prouve la contagion de cette maladie ; elle est probable, mais il ne faut pas attribuer, comme on le fait trop facilement pour beaucoup de maladies, à l'influence de la contagion ce qui se rapporte, au contraire, à l'influence épidémique.
Quoi qu'il en soit, les oreillons occupent ordinairement les deux glandes parotidiennes, et il est excessivement rare de n'avoir qu'un oreillon. C'est une maladie qui n'a pas de singulier.
Symptômes. — Les oreillons s'annoncent par la courbature et une assez grande lassitude accompagnée d'une faible agitation générale nerveuse ou fébrile; quelquefois de délire ; puis apparaissent des symptômes locaux. Dans l'une et plus habituellement dans les deux régions parotidiennes, à la partie inférieure des oreilles, apparaît une douleur fixe plus ou moins vive et qui gêne les mouvements de la mâchoire ; elle est bientôt suivie du gonflement des parties molles et des parotides, gonflement qui peut être modéré et sans changement de couleur à la peau, ou, au contraire, qui peut atteindre des proportions considérables, s'étendre aux parties latérales du cou et de la face de manière à donner au visage des proportions informes et monstrueuses. Si la maladie est très-aiguë, au gonflement se joint une grande chaleur, profonde et superficielle ; la peau, très-fortement tendue, devient lisse, quelquefois rosée, brillante ; mais c'est, en général, un gonflement qui a plutôt l'apparence œdémateuse que l'aspect inflammatoire.
La douleur, le gonflement, la tension et la rougeur de la parotide sont tout à fait en rapport avec l'acuité des oreillons. Ces phénomènes sont toujours accompagnés de sécheresse de la bouche et de la gorge, de douleurs dans la déglutition. Dans les cas où il n'y a qu'un seul oreillon la sécheresse n'existe que du côté affecté. Comme je l'ai fait connaître, le canal de Stênon est parfois gonflé, dur et oblitéré, ce qui produit la rétention salivaire. Les glandes sous-maxillaires et les tonsilles sont engorgées ; et si l'on parvient à faire ouvrir la bouche aux malades, on trouve la muqueuse de l'isthme du gosier ou du pharynx rouge, tuméfiée et offrant les traces d'une inflammation érythémateuse bien prononcée. Au deuxième et troisième jour, si l'on examine la face interne de la joue au niveau de l'orifice excréteur de la parotide et que l'on presse sur la glande, il en sort un liquide lactescent, puriforme, que le microscope montre entièrement formé de leucocytes.
La fièvre qui naît avec les oreillons grandit avec eux, s'élève plus ou moins, suivant le degré des accidents, et elle disparaît avec le gonflement de la partie supérieure du cou.
Marche et terminaisons. — Les oreillons mettent de trois à cinq jours à se développer avant d'atteindre le maximum de leur intensité morbide. Ils marchent parallèlement de chaque côté du visage, mais par exception l'un deux peut être plus précoce et plus fort que l'autre. Leur apogée ne se prolonge guère; ils
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décroissent assez rapidement, la fièvre tombe, le gonflement des deux régions parotidiennes se dissipe, les monvements de la mâchoire commencent à s'exécuter, la déglutition devient plus facile, et de jour en jour la résolution s'opère ei devient plus complète. Elle est quelquefois accompagnée d'une légère moiteur de la peau dans les parties affectées, et chez d'autres sujets par quelques évacuations alvines.
Si la résolution est la terminaison la plus ordinaire de l'engorgement parotidien qui forme les oreillons, ce n'en est pas la fin constante. Ailleurs la maladie laisse après elle une sorte d'induration de la glande parotide, qui persiste pendant plusieurs septaines et finit enfin par disparaître. Cela est rare. Chez d'autres, les oreill onsse terminent par suppuration , mais c'est Jà encore un fait des plus exceptionnels. 11 a été observé sur les demoiselles de Saint-Cyr dans une épidémie qui a frappé cette maison d'éducation et dont l'histoire a été rapportée en extrait par Dionis (1), et par le docteur Emond sur un jeune homme de dix-huit ans (2). Mors les symptômes locaux augmentent beaucoup et offrent plus d'intensité. La peau se tend, rougit; les douleurs changent de caractère et deviennent pulsatiles; la tumeur proémine, s'amollit; la fluctuation, d'abord obscure, devient plus évidente, s'étend du centre à la circonférence, et un abcès ordinairement très-superficiel est formé. Une fois le pus évacué naturellement ou à l'aide d'une incision par le bistouri, la cicatrisation ne tarde pas à se faire et s'obtient rapidement à l'aide des pansements les plus simples.
Une autre terminaison assez fréquente, la plus curieuse, la plus réelle et cependant la moins compréhensible avec les idées actuelles de philosophie médicale, c'est la terminaison par métastase, ou, en d'autres termes, la terminaison par déplacement de L'engorgement parotidien, qui de la glande parotide passerait dans la glande testiculaire ou dans la glande mammaire. On voit, en effet , vers le cinquième ou le sixième jour des oreillons, au moment où la résolution semble s'opérer d'une façon régulière, chez l'homme le testicule devenir douloureux, dur, engorgé, et chez la femme la mamelle présentée des phénomènes analogues. Scroeckius est, dit-on, le premier qui ait signalé ce fait, qu'ont vu et revu depuis lors Hévin, Thomas, Laghi, Hamilton, Rochard, Richter, Saucerotte, Louis et tous les médecins qui ont eu quelque pratique étendue de la médecine.
Le l'ait est donc vrai, mais alors quelle en est la cause? Comment s'en rendre compte? Est-ce une métastase? Il y a donc des métastases? Si ce n'est pas une métastase, qu'est-ce que cela peut être? Voila comment un simple phénomène placé dans son jour devient subitement le [joint de départ d'une méditation qu touche aux questions doctrinales les plus élevées de la médecine et pourrait heureusement servir au champion des siècles passés contre les prétentions exagérées des hommes du présent.
Les oreillons abandonnent donc quelquefois la parotide. Ils se portent chez l'homme sur les testicules, tantôt sur le coté correspondant à la délitescence de la parotide, tantôt sur le côté opposé; il n'\ a point, quoi qu'on ait dit, de n précises ;i cet égard. Mois le testicule lui-même, comme l'a Mi plusieurs fois Grisolle, et non pas l'épididyme, se gonfle, devient (lui- et douloureux: le scrotum se remplit d'une petite quantité de sérosité ; la peau se tend, rougit, sécrète (le la sueur ou se mortifie du jour au lendemain, comme Ravaton dit en avoir VU des exemples.
M, lis ce sont l.i (les laiis exceptionnels. L'engorgement testiculaire consécutif a l'engorgement parotidien se dissipe ordi-
1 1 1 Dionis, Cours d'opérations de chirurgie. --' \ • / Ginette des hôpitaux, 1867. p. i të
nairement en quelques jours, une septaine au plus, et il disparaît sans laisser de traces ou en amenant une atrophie du testicule. Il paraîtrait même que cet accident grave se produit chez un assez grand nombre d'enfants.
Chez les femmes, les oreillons se déplacent de la région parotidienne pour occuper la glande mammaire et quelquefois les grandes lèvres. La mamelle ou les mamelles durcissent, augmentent de volume, offrent une chaleur inaccoutumée et deviennent douloureuses. Leur état se rapproche de celui qu'elles présentent dans l'engorgement des règles ou l'engorgement lacté qui suit la parturition, à cela près qu'il n'y a pas de sécrétion spéciale.
On a vu quelques malades chez lesquels même , s'il faut en croire d'anciens observateurs, l'engorgement parotidien, ayant une première fois émigré sur les testicules ou les mamelles, serait revenu dans les parotides pour affecter une seconde fois les mamelles ou les testicules. On en a vu enfin chez lesquels ces accidents ont été traversés par des phénomènes d'inflammation aiguë des méninges et du cerveau, de manière à occasionner la mort. La même doctrine qui considère l'engorgement mammaire et testiculaire comme une métastase des oreillons sert à rendre compte de ces accidents cérébraux particuliers, toutefois assez rares pour n'avoir été vus que par un petit nombre de médecins. A part l'explication qui en a été donnée, et qu'on peut combattre, le fait doit rester et restera. Les oreillons peuvent exceptionnellement acquérir une gravité telle que la mort en soit la conséquence.
A présent, voyons ce qu'il faut penser de ce déplacement des oreillons, et s'il faut admettre une métastase de la maladie d'un organe sur un autre organe, ou au contraire le considérer comme le résultat d'une sympathie particulière, ou enfin comme la réaction obligée de tissus de même nature constituant des glandes et mises en vibration par une même influence morbide. Il serait difficile de démontrer que dans l'oreillon voyageur un principe morbide spécial et spécifique abandonne la glande parotide pour se jeter, on ne sait par quel chemin, sur les glandes mammaires et séminales. L'hypothèse du principe morbifique, élément principal de toutes les maladies épidémiques, peut seule être invoquée en faveur de la métastase, tandis qu'au contraire nos connaissances sur la composition des humeurs dans l'état pathologique se refusent à l'idée d'une viciation humorale circonscrite et mobile pouvant se promener d'un tissu à l'autre. Il y a au contraire une loi de physiologie pathologique qui rassemble au point de vue de la pathogénie les tissus de nature analogue ou semblable, et qui établit entre eux un lien naturel fondé sur l'existence de leurs propriétés spéciales, excitées, troublées et perverties par les mêmes causes et sous l'influence des mêmes agents. C'est ainsi que la peau et les muqueuses, les synoviales et les séreuses des viscères se balancent dans leurs fonctions et deviennent simultanément ou successivement malades, par identité de structure, et par sympathie plutôt encore que par métastase. Il en est peut-être de même des glandes, qui ont toutes une structure analogue, et dont les éléments glandulaires sont composés des mêmes tissus, doués des mêmes propriétés, qu'une même influence doit calmer ou pervertir. C'est à cette cause physiologique qu'il faut rapporter l'engorgement parotidien, mammaire et séminal que l'on voit apparaître et se succéder assez souvent dans la maladie vulgairement connue par le mot d'oreillons. La conformité de structure permet de croire à l'identité des susceptibilités morbides, et si cette disposition existe, quoi d'étonnant qu'une influence extérieure la mette en jeu et fasse succéder l'engorgement séminal et mammaire à l'engorgement parotidien? Nous ne trouvons à cela rien d'extraordinaire, et nous ne serions étonné que d'une chose, c'est que cela ne fût pas ainsi. Cependant pour-