‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 390 sur 472 · OREILLONS ET PAROT1DÏTES · texte numérisé non relu

OREILLONS ET PAROT1DÏTES

quoi L'analogie de structure ainsi évoquée ne permet-elle que la migration en une

seule ligne des fluxions parotidiennes, c'est-à-dire des oreillons vers la mamelle ou vers le testicule, et non pas réciproquement des autres engorgements primitifs lesticulaires et mammaires sur la parotide? Ne devrait-il pas y avoir, si le principe de notre interprétation est exact, une réciprocité parfaite entre tous les engorgements de ces glandes? H semble au premier abord qu'il en doive être constamment ainsi. Mais si Ton pense que les formes communes de l'engorgement mammaire et testieulaire ont toujours une cause locale particulière, on comprendra pourquoi ces engorgements restent fixes et ne peuvent quitter leur point d'origine. D'ailleurs, est-ce qu'on ne voit pas le rhumatisme articulaire aigu atteindre secondairement les membranes fibro-séreuses extérieures du cœur, pour faire l'endopéricardite rhumatismale, sans que pour cela une endocardite primitive, non rhumatismale, ait la propriété réciproque de se déplacer ou de se voir ultérieurement compliquée de rhumatisme articulaire aigu ? Il n'y en a pas moins analogie de propriétés et de susceptibilités morbides entre ces différentes membranes séreuses. L'ordre de succession de certains phénomènes pathologiques est le résultat des lois organiques immuables, et semble être tracé 'd'avance, de sorte qu'il est difficile de croire que ce que nous voyons se dérouler devant nos yeux d'une façon toute particulière puisse s'opérer autrement rien que pour obéir à nos théories.

Telles sont les terminaisons possibles et variées des oreillons. Comme on a pu le voir, il en est quelques-unes de graves, mais elles sont heureusement fort rares. La maladie, ordinairement légère, parcourt ses périodes en sept ou huit jours, et se termine simplement pour ne jamais revenir. Les engorgements consécutifs possibles, mais non pas constants, du testicule et de la glande mammaire prolongent la maladie sans l'aggraver très-notablement. Elle guérit presque toujours. La suppuration est un accident tout exceptionnel, et les cas de mort par suite de complications cérébrales sont encore plus rares.

Diagnostic. — Les oreillons ne sont pas difficiles à reconnaître, et sont, en général, d'un diagnostic assez simple. Le siège de la tumeur dans les deux parotides, le gonflement uniforme et modéré de ces glandes, sa faible tension, l'absence de réaction inflammatoire évidente, indiquent un engorgement simple des parotides plus qu'une inflammation très-aiguë de ces glandes. Or, c'est cet engorgement glanduleux, lui-même dû à l'obstruction du canal excréteur, qui est le principal caractère des oreillons. La tuméfaction des glandes sous-maxillaires et le gonflement des parties latérales de la face et du cou achèveront de spécifier le diagnostic.

Tous ces caractères se retrouvent, il est vrai, à un degré beaucoup plus prononcé dans l'inflammation de la parotide, qui constitue Vorcillon typhoïde on septicémique qu'on appelle la parotide; mais cette dernière est toujours liée à un état général antérieur grave de l'organisme, ù une maladie fébrile, putride ou pestilentielle ; elle dépend de la stomatite putride, dont les éléments s'infiltrent dans le canal de Stenon, gonflent la muqueuse, amènent la rétention salivaire sui\ie de suppuration; elle n'est qu'un accident secondaire, au lieu d'être L'élément primitif, comme cela se voit dans les oreillons. Entre les oreillons, maladie primitive, et la parotide, maladie secondaire, il n'\ a qu'une identité de situation, et il y a une différence complète de nature. Vouloir les confondre, ce serait faire ce qu'on a tenté dans un autre genre, lorsque quelques patbologistes ont voulu confondre la grippe avec la bronchite aiguë, le chancre avec l'inflammation ulcéreuse simple des tissus, etc. Si

la nature des oreillons les sépare des parotides, la marche et la terminaison ne les en distinguent pas moins. Ici, résolution, déplacement SUT la mamelle

ou sur le testicule, suppuration très-rare, et la mort, chose presque impossible. Là, au contraire, jamais de déplacement; suppuration constante et la mort presque inévitable.

Il n'y a donc entre les oreillons et les parotides qu'une simple analogie de siège anatomiquc : les maladies sont essentiellement différentes.

Les uns ne suppurent pas ou du moins très-rarement, parce qu'il n'y a pas de diathèse, tandis que les autres suppurent toujours en raison de la diathèse septicémique. Il se passe ici quelque chose d'analogue à ce qu'on observe dans \vbistournage des béliers. Sur un bélier sain, le bistournage produit l'atrophie t esticulaire sans accident, tandis que sur un bélier auquel on a préalablement injecté dans le sang des bactéries putrides pour créer une septicémie expérimentale, le bistournage est souvent suivi de la gangrène des parties (Chauveau).

C'est une inflammation de la parotide chez un sujet dont le sang n'est pas malade et chez un sujet atteint de septicémie.

Pronostic. — Les oreillons sont généralement considérés avec de justes raisons comme une maladie de peu d'importance. En effet, malgré les complications dont nous avons parlé, la terminaison est presque toujours heureuse : 90 fois sur 100, ils guérissent sans laisser de traces de leur existence, et ailleurs ils se déplacent pour se porter sur les autres glandes extérieures, ou provoquent la suppuration, ou enfin des complications plus sérieuses, susceptibles d'occasionner la mort.

Traitement. ■ — Le traitement, quoique simple, exige une saine appréciation de lanature du mal et de sa terminaison naturelle. En présence d'un engorgement simple des parotides, sans phénomènes inflammatoires bien marqués ni menace de phlegmon aigu, la diète, le repos au lit, les boissons délayantes et sudorifiques, les bains, la chaleur, entretenue localement sur la région parotidienne par des fomentations ou des cataplasmes, suffisent pour conduire à une bonne terminaison. Il faut ici ne pas troubler la marche naturelle de la maladie.

Si, au contraire, les phénomènes inflammatoires généraux ou locaux sont trèsdéveloppés, la saignée générale et locale trouvera son emploi, malgré l'anathème lancé contre elle par Hamilton, qui considère ce moyen comme plus nuisible qu'utile, et comme devant provoquer les métastases. Cela ne nous est pas démontré, et dans l'indication formelle que nous supposons, il n'y a pas à hésiter dans la pratique de la saignée du bras ou dans l'application de quelques sangsues sur les parotides tuméfiées.

Hamilton, dans le but de prévenir les métastases, appliquait un vésicatoire volant sur chaque* oreillon, et il déclare n'avoir jamais vu le déplacement du mal dans les cas où il a recours à cette pratique. C'est une assertion dont il faut tenir compte, mais il ne faut pas en exagérer l'importance ; et peut-être les vésicatoires n'ont-ils eu de pareils succès que par suite de ce fait général qui établit comme la règle la terminaison heureuse des oreillons.

Si la suppuration se forme, il faut immédiatement ouvrir l'abcès, le laver et panser la plaie comme une plaie ordinaire. La cicatrisation se fait assez vite et assez régulièrement.

Lorsqu'une induration marquée succède aux oreillons, et quand le gonflement de la parotide tarde à disparaître, il faut garantir les parties du froid, empêcher la sortie des malades, et faire des frictions sèches ou aromatiques, ou rendues légèrement excitantes avec l'ammoniaque, sur la région parotidienne. Dans ce cas, les douches de vapeur aqueuse sont très-utiles et peuvent hâter la résolution.

Enfin, nous dirons que le gonflement des mamelles ou des testicules qui résulte du déplacement des oreillons n'exige aucun traitement énergique, et que

la chaleur, ainsi que Les applications topiques émollientes, suffisent à le foire disparaître.

Aphorismes.

373. Une douleur et nngonflement des glandes parotides, avec rétention sali-

vaire par obstruction du canal de Stenon, chez un enfant d'ailleurs bien portant, annoncent les oreillons.

ML 11 y a des oreillons simples et des oreillons septicémiques, mais les premiers, peu graves, durent de cinq à huit jours et se terminent par résolution, tandis que les autres plus prolongés sont souvent suivis de suppuration.

375. Une influence épidémique de nature inconnue est la cause des oreillons simples.

376. On rencontre beaucoup plus souvent les oreillons chez les garçons que chez les filles.

377. Une douleur testiculaire chez les garçons, mammaire chez les filles, apparaissant pendant les oreillons, annonce la métastase du mal sur le testicule et sur la mamelle.

o7<S. Des applications sèches et chaudes suffisent pour guérir les oreillons simples.

379. Une douleur avec gonflement des glandes parotidiennes chez un enfant atteint de fièvre typhoïde ou de septicémie annonce une forme des oreillons qu'on appelle Yoreillon septicémique ou parotide.

380. Les parotides dépendent de la stomatite putride des fièvres graves qui gagne le canal de Stenon, oblitère le conduit et produit une rétention salivaire suivie de suppuration de la glande parotidienne en raison de l'état typhoïde et putride des malades.

381. Les oreillons septicémiques ou parotides se terminent presque toujours par suppuration.

382. On voit périr la plupart des enfants atteints de parotides septicémiques.

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