PHLEGMON DK L'OMBILIC ET PHLÉBITE OMBILICALE
nombre, 53 ont été atteints : 14 dans le mois d'avril, 25 dans le mois de mai, 14 dans le mois de juin; 36 enfants sont morts, 17 ont guéri.
» Dans la seconde époque de l'épidémie, c'est-à-dire du mois de décembre à la fin de janvier, il est né a la Maternité 175 enfants dont 12 mort-nés; restent 163 enfants : sur ce nombre, 3G ont été atteints, on compta 8 morts. Nous verrons à quelle cause il faut attribuer cette différence de mortalité aux deux époques. »
Les causes de cette épidémie sont restées très-obscures. Bien qu'on ait pu rapporter son développement à l'influence générale qui provoque les épidémies d'érysipèle phlegmoneux traumatique chez l'adulte, Meynet ne croit pas qu'il en ait été ainsi, et cela par les raisons suivantes :
« A l'époque où nous étions chargés du service des nouveau-nés, en même temps que régnait l'épidémie de phlegmon ombilical, les vaccinations n'avaient pas été interrompues; et cependant, sous Y influence épidéinique, l'érysipèle ne se montrait pas davantage, ni avec plus d'intensité autour des pustules vaccinales, ce qui n'aurait pas manqué de se produire si la maladie eût été liée exclusivement au traumatisme.
» D'un autre côté, s'il est vrai, comme l'ont démontré Billiard et Denis, que la chute du cordon puisse avoir lieu souvent sans inflammation, sans ulcération, mais par un phénomène spécial de séparation spontanée, nous serons bien forcés d'admettre que toutes les fois que le phlegmon s'est montré à l'ombilic des nouveau-nés dans ces circonstances, c'est à une autre cause qu'au traumatisme que nous devons-nous adresser pour l'expliquer. »
Tout en tenant compte de la ligature du cordon, du défaut de soins de propreté, des pansements faits avec des pommades irritantes et du mauvais régime des enfants, c'est surtout à l'influence puerpérale, à l'encombrement, et à l'allaitement artificiel qu'il faut attribuer le développement de la maladie.
L'influence puerpérale a, comme on sait, et surtout depuis que je l'ai établi en 1845, une grande influence sur le développement des maladies du nouveau-né et notamment de la péritonite. Il n'est pas surprenant qu'elle ait une action sur le phlegmon ombilical, et le fait signalé par Meynet vient à l'appui du fait d'étiologie que j'ai fait connaître. Cet auteur nous apprend, en effet, qu'il y a eu coïncidence entre la suppuration épidéinique de l'ombilic et la fièvre puerpérale. C'est une forme de la fièvre puerpérale du nouveau-né.
Symptômes* — La maladie a débuté quelques heures après sa naissance, ce qui est rare; le plus souvent du troisième au quatrième jour, quelquefois enfin vers le huitième jour.
L'enfant refuse de prendre le sein ou le biberon, il pousse des cris continuels, le pouls est (Vunv fréquence et d'une petitesse excessives; la langue est sèche, rouge à la pointe, recouverte d'un enduit muqueuX, OU iY oïdium alhirmis formant le muguet. Le ventre se ballonne, L'embonpoint fait place à \ww maigreur extrême, il y a de la diarrhée, mais plus souvent de la constipation.
Viennent ensuite les symptômes Locauxqui affectent (Unw formes assez distinctes, d'après Meynet.
c Première forme. — t ne inflammation légère de l'ombilic accompagnait la chute du cordon ombilical. Cette inflammation, s'accompagnant d'ulcération à la base du cordon et d'une suppuration plus ou moins abondante, retardait la chute de cet appendice, et surtout la cicatrisation de l'ombilic. Mais bientôt l'état s'aggra\a: à celte inflammation légère, succédèrent des symptômes de phlegmasie intense; on vil survenir à la région ombilicale une rougeur de plus en plus foncée, disparaissant sous le doigt, et formant un cercle autour de l'ombilic ; en même
temps une tuméfaction énorme et circonscrite. Le bourrelet cutané qui entoure la base du cordon s'ulcérait consécutivement, ses bords se renversaient en dehors ; l'ulcération gagnait en profondeur et en étendue ; sa surface se recouvrait d'une fausse membrane d'un blanc grisâtre, pultacée ; Le plus souvent elle sécrétait une sanie purulente, épaisse et fétide.
» A mesure que l'ulcère étendait ses ravages, le cercle rouge s'agrandissait, prenait une teinte de lie de vin ; la tuméfaction de plus en plus volumineuse était dure, rénitente ; dans un grand nombre de cas, l'aréole rouge était bordée d'un cercle de petites pustules, plus ou moins confluentes, d'un blanc sale, de forme arrondie, non ombiliquées, et contenant une sérosité trouble et purulente ; au-dessous le derme présentait une petite ulcération ronde et déprimée à son centre. Quelquefois le cercle rouge érysipélateux était surmonté d'une énorme pbiyctène remplie d'une sérosité sanguinolente; les phlyetènes, en se rompant, laissaient à nu le derme, qui ne tardait pas à être envahi par l'ulcération.
» Deuxième forme. — Dans cette deuxième forme, la maladie avait une marche toute différente, soit que le cordon fût encore frais et mou, soit qu'il fut desséché ou même tout à fait tombé; c'était par l'ulcération qu'elle débutait. Cette ulcération, bornée d'abord à la base du cordon, envahissait, du centre à la circonférence, la peau du bourrelet ombilical ; elle occupait tout le fond de la cavité infundibuliforme comprise entre le double anneau cutané signalé par Denis ; puis elle se propageait irrégulièrement en différents sens : tantôt, détruisant les adhérences de la peau avec les enveloppes du cordon, elle se prolongeait le long des vaisseaux ombilicaux à une assez grande hauteur, transformant toute leur surface extérieure en un vaste foyer de suppuration, recouvert comme par un étui par la membrane d'enveloppe desséchée; tantôt, au contraire, franchissant l'anneau cutané extérieur, elle envahissait la paroi abdominale dans une grande étendue. Sa forme était toujours anfractueuse et irrégulière, ses bords quelquefois largement décollés; le plus souvent aussi, sa surface était blafarde, d'un gris violacé, exhalant une odeur de gangrène, ou bien recouverte d'une fausse membrane épaisse et molle, très-adhérente, analogue à la pourriture d'hôpital; dans ces cas, le cercle rouge était moins circonscrit, sa couleur était livide, la tuméfaction moins prononcée, l'éruption pustuleuse manquait souvent. »
Marche, Durée, Terminaisons. — « La durée du phlegmon ombilical épidémique a varié entre trente-six heures et trois jours. Quand il se prolongeait au delà de quatre jours, il avait presque toujours une terminaison favorable.
» La maladie s'est terminée par la mort dans plus de la moitié des cas. Lorsque la guérison devait avoir lieu, elle était lente à se produire; l'ulcération se bornait, elle se dépouillait de sa fausse membrane par un travail d'élimination lente et graduelle; les bourgeons charnus qui la remplaçaient apparaissaient par places, sécrétaie'nt un pus verdâtre, épais, de bonne nature; la cicatrice s'opérait de la circonférence au centre, la rougeur et la tuméfaction se dissipaient peu à peu ; en même temps les symptômes généraux s'amendaient. »
Pronostic. — « Le pronostic du phlegmon ombilical est très-grave, et il est plus fâcheux dans la forme ulcéreuse au début que dans l'autre forme. »
Anatomic pathologique. — Dix-huit autopsies ont été pratiquées par Meynet. — « Chez tous les cadavres, la putréfaction était rapide; vingt-quatre heures après la mort, les parois abdominales offraient une teinte verdâtre; l'épidémie était soulevé, comme macéré, la rougeur foncée de l'érysipèle était transformée en une coloration noirâtre; le ventre était affaissé. Au-dessous de la peau, le tissu cellulaire péri-ombilical était épaissi, induré, plus dense, plus friable. Cette induration était