COMPLICATIONS DE LA BLENNORRHAGIE
à une sensation de pesanteur qui devenait assez gr<tvative pour empêcher le malade de s'asseoir. Elle faisait naître encore de faux besoins d'aller à la garde-robe, el notre malade percevait très nettement la sensation d'un corps étranger volumineux séjournant dans le rectum. Les selles rendues fluides au moyen de laxatifs et de lavements se faisaient bien, sans trop d'épreintes; enfin les urines laissaieut déposer un nuage muqueux abondant.
Tous ces symptômes s'accrurent très rapidement, au point que trois jours après son retour à Paris, A... était pris de rétention d'urine complète; nous fûmes assez beureux pour pouvoir passer, bien qu'avec difficulté, une petite sonde en gomme et évacuer U vessie. Cette évacuation amena un calme passager très notable, mais cependant le calhétérisme dut être répété une seconde fois quelques heures après.
A des symptômes aussi graves, nous devions opposer immédiatement un traitement anliphlogistique des plus énergiques. On commeni;a par une application de dix sangsues au périnée, qui produisirent une spoliation sanguine assez abondante pour nous forcer à l'interrompre; des supposiloires morphines furent introduits dans le rectum pour modérer la douleur, et A... prit, en outre, une infusion de chiendent, un verre d'eau d'Hunyadi Janos tous les deux jours, des grands bains et tous les matins deux lavements, dont le dernier, peu abondant, se composait d'une décoction épaisse de graines de lin. Le malade le gardait deux heures pour faire séjourner aussi longlemps que possible la prostate dans ce bain mucilagineui
PHOSTATETE AIGUË Si
B complément général de ces soins, on instilua la diéle lactée.
Sous l'influence de cette thérapeutique, les symptAmes s'amendèrent rapidemenl el les miclions klevenues moins fréquentes se firent assez librement.
Tout marcha bien pendant une dizaine de Jours, lorsqu'une nuit, notre malude eut une érection vio lente, douloureuse, lui ayant laissé une certaine gène dont il nous fit part le matin même; le soir une rechute aussi grave que la première se déclarait.
Les symptûmea furent exactement similaires; nous n'eûmes pas besoin cependant de recourir au cathétérisme, car la miction pûl toujours se faire spontanément, mais avec la plus grande dilUculté. Une particularité assez curieuse se présenta : bien qu'urinant très souvent, A... ne rendait en totalité qu'une faible quantité d'urine, et une grande partie de ce liquide restait stagnante dans ta vessie. Aussi le matin, pendant plusieurs jours, y eut-il de véritables débâcles d'urine, et, en deux ou trois mictions très rapprochées, ce jeune homme remplissait complètement son vase. Celle diurèse abondante était suivie d'une grande sédatioD dans les manifestations douloureuses, et une partie de la journée se passait alors assez calme pour que le malade pût goûter un sommeil réparateur el prendre quelque nourriture. Mais vers le soir des crises douloureuses reparaissaient.
En même temps que celte rechute, une violente épididymitc du c6té gauche vint encore compliquer la scène; elle fut traitée très heureusement par le paosemeot ouaté.
COMPLICATIONS DE LA BLENNORRHAfilE
Les douleurs, vers la fin de la maladie, prirent le caractère névralgique et avaient leur maximun d'intensité au niveau du gland. Elles survenaient par crises, particulièrement ie aoir et dans la nuit. Chose intéressante, l'évacuation même d'une faible quantité d'urine, lorsque les douleurs déterminées par les dernières contractions expulsives étaient dissipées, amenait un calme complet de quelques minutes; puis la douleur reparaissait, d'abord sourde, mais reprenant bientôt toute son intensité pour s'apaiser encore à la suite d'une nouvelle miclinn.
Nous remarquerons combien était grande, dans ce cas particulier, l'inlluence de l'état de réplélion de la vessie sur les manifestations douloureuses; ainsi à de petites mictions nous voyions succéder un calme de quelques minutes, aux débâcles du malin une accalmie de plusieurs heures; c'est là un fait digne d'attention que nous n'avions jamais observé d'une façon aussi tranchée.
Le traitement de celle seconde rechute fui identique à celui de la première ; suivant la méthode de Thompson, nous avions de plus conseillé des bains de siège chauds, à la température de 35 ou *0 degrés, et dans lesquels le malade ne restait plongé qu'une dizaine de minutes. C'est le temps nécessaire pour que la rubéfaction générale des parties immergées, produite par l'afflux du sang vers les téguments, diminue d'autant l'étal congestif des orgiines pelviens. Enfin les douleurs étaient combattues par des injections hypodermiques de morphine.
Sept semaines après son retour à Paris, A... élail
PROSTATITE CHBONIQCB
k peu près complètcmenl rétabli. L'écoulemenl uré- Ihral ovail reparu, mais peu abondant, et il ne persista qu'un mL>is environ. Aucun acciilenl n'entrava la convalescence et aujourd'hui ce jeune iiomme est défini tire ment guéri.
^ On trouve dans cette observation la série complète de tous les symptômes de la prostalile aiguë d'origine blennorrhagique ; nous croyons donc inutile d'y re- Teoir plus longuemenl. Quait aux causes occasionnelles, elles sont les mêmes que celles de la cystite.
I Le diagnostic delà prostalile aiguë estasses simple, r le toucher rectal, par lequel on apprécie l'auglentation de volume de la prostate, en fournit le iractëre pathognomonique.
Le traitement doit toujours être scrupuleusement ' inlique à celui qui vient d'être indiqué.
La proslalite aiguë se termine le plus souvent par résolalion complice ; dans quelques cas moins heureux, elle peut prendre la forme chronique, ou aboutir â la suppuration. Comme pour ta prostatite aiguë,
tici une observation intéressante de prostatite chro-
homme de trente-cinq ans, d'un tempérameot sanguin, d'une robuste constitution, obligé par sa prfylessinn de monter très souvent à chei'al, nous apprend qu'il a contracté, il y a deux ans, une blenirrbagie dont la durée totale apparente n'a pas deux mois. Vers la quatrième ou cinquième
COMPLICATIONS DE LA HLF.NNOllRHA<iir:
semaine de la biennorrhagie, les envies d'uriner devinrent fréquenles, îaiinde la micUon était pénible et le malade ressentait en même temps une pesanteur bien marquée au périnée et à l'anus, ainsi qu'une certaine gêne pour aller à la garde-robe. Ces symptômes ditiparurenl après quelques jours de repos et l'écoulement finit lui-même par se tarir, mais incomplètement. Un léger suintement, transparent et visqueux comme l'albumine de l'œuf, persista en effet depuis cette époque, mais d'une façon intermittente.
Ce malade ce sentait incomplètement guéri; après une fatigue un peu forte, il éprouvait dans la verge et la région périnéaie certains symptômes qui sont l'indice certain du réveil momentané d'un mal latent; actuellement, il est dans une de nés périodes d 'exacerba lion et voici ce qu'il éprouve : leF envies d'uriner sont un peu plus fréquentes qu'à l'état physiologique, elles demandent à être promptement satisfaites; ce symptôme est plus marqué la nuit que le jour.
Si nous examinons les urines, nous constatons qu'elles sont légèrement troubles ; ce défaut de l'impidité tient à un grand nombre de petits filaments muqueux lenu§ en suspension dans le liquide.
Suivant le procédé de Thompson, nous conseillons au malade d'uriner devant nou« dans deux verres ; nous voyons alors que l'urine est trouble dans le premier verre, qu'elle est au contraire limpide dans le second. Nous pouvons donc conclure de cet examen bien simple que la première moitié de l'urine a balayé, pour ainsi dire, les produits pathologiques
PHOSTATITE CHRONIOtTE 161
qui se trouvaient dans l'urèlhre, et que la seconde moitié, n'ayant plus rien rencontré sur son chemin, a conservé sa limpidité. C'est là une preuve évidente de la localisation urélhrale de l'affection: car, si nous avions affaire â une altération vésicale, l'urine serait trouble dans les deux verres, elle le serait même davantage dans le second.
Quand notre malade monte à cheval, il ne ressent rien d'abord; mais en général, après une ou deux heures de course, à une allure fatigante, il est pria de douleurs névralgiques sur l'un ou l'autre côté du gland.
Cel homme ne peut pas rester bien longtemps assis, sans éprouver à l'anug et au périnée une certaine impatience, qui l'oblige à se pencher tantôt d'un côté, tant6t de l'aulre.
L«s garde-robes sont toujours restées pénibles, et, pendant la défécation, il n'est pas rare que du liquide prostatique, ayant avec le sperme la plus grande ressemblance, s'écoule au dehors. Enfin des érections frëqutintes, parfois suivies de pollutions, viennent encore troubler le sommeil.
Comme plus haut, pour la prostatite aiguë, nous trouvons réunis dans cette observation tous les sjTnplômes de la prostatite chronique; ceux-ci peuvent être plus ou moins prononcés, mats leur physionomie, toujours identique, conserve le même caractère.
Ainsi, envies d'uriner un peu plus fréquentes que de coutume avec une certaine impatience de les satisfaire ; urines légèrement troubles tenant en sus-
lOÏ COMPLrCATIONS DE LA BLENNOBRHAGIE
pension de pelits fllamenls ; g&ne dans la station assise ; constipation et diffîcullé pour aller à la garderobe ; érections nocturnes prolongées; perles de liquide prostatique pendant la défécation, ou après la miction; persistance d'un suintement urélhrai transparent et visqueux comme l'albumine de l'œuf, quelquefois aussi opalescent, tels sont, en résumé, le? principaux troubles symplomatiques de la prostalite chronique.
Le toucher rectal, mode d'exploration qu'on ne doit jamais négliger, nous permet de constater chei ce malade une augmentation de volume de la prostate : les lobes, surtout le droit, forment dans le rectum une saillie dure très appréciable, dont le contour arrondi peut se limiter très facilement. Les parliez ambiantes conservent leurs caractères normaux. En exerçant une certaine pression, nous rencontrons sur une partie du lobe droit un point douloureux ; après l'examen nous n'apercevons aucune goutte de liquide aux lèvres du méat. Chez d'autres malades, k la suile d'une pression exercée sur la prostate, on constate au contraire la sortie d'un liquide purulent ou visqueux; c'est là un élément de plus pour le diagnostic de la prostatite.
Cet homme est donc bien atteint d'une prostatite chronique; toua les éléments du diagnostic le confirment, aucun doute ne peut subsister dans l'esprit.
L'aCTection calculeuse, au moins à ses débuts, simule jusqu'à un certain point la prostatite chronique. Toutefois la fréquence des mictions est alors surtout
PROSTATTTE CHRONIQUE lo:)
apparente pendant le jour, les envies surviennent irrésistible', à la suite d'un effort, d'un déplacement brusque; l'ëquitation, la trépidation dune voiture deviennent très pénibles, souvent les urines sont un peu leintées de sang, entin le loucher rectal est négatif. Dans certains cas assez rares où le diagnostic reste douteux, on doit, sans larder, pratiquer le cathétén'sme explorateur de la vessie, car il est de toute importance de reconnaître de bonne heure, alors qu'ils ne sont pas encore volumineux, les calculs vésicaux. Les symplùmes de la cystite chronique légère du col (c'est la seule forme qui soit consécutive à la blennorrhagie, au moins chez L'homme encore jeune] sont identiques à ceux de la prostalite chronique, toutefois avec l'hypertrophie prostatique en moins et les sensations particulii'res qui en dérivent. La même description symptomatique leur convient donc.
TO
Le traitement de la prostatite chronique comporte
mploi de médicaments spéciaux et surtout de soins locaux de la plus haute importance.
Contre l'hypertrophie prostatique et le suintement concomitant, on a conseillé l'iodure de potassium et le santal. L'iodure de polas.'^itim agit ici, comme dans l'épididymite, en sa qualité d'altérant; il facilite la résorption des produils morbides qui sont le résultat de l'inflammation chronique; lesanlal, d'après les médecins anglais, serait spéciOque en pareil cas. Nous nviin< ■li'ji\ dii, •!t propos de la blcnnorrhée, que nou* pouvions lui reconnaître un semblable mérite.
IêK traitement local comprend : t" de« révulsifs de