OVARITE AIGUË ET CHRONIQUE
(kc. t. XXII, p. 571), ne partagent pas celle opinion ; c'est sans doule parce qu'ils regardent l'nvarile comme une maladie rare, qu'ils ont dit que la suppuration était relativement fréquente; mais nous qui soutenons que l'ovarile est une maladie très-commune, nous pensons, d'après nos propres observations, que sa terminaison par suppuration est assez rare. C'est aussi l'opinion de M. Mérat {Dictionnaire des sciences médicales, t. XXXIX, p. 16).
L'abcès des ovaires est en général trop petit dans les commencements pour se faire sentir au loucher; à mesure qu'il augmente, il produit dans le côté malade une sorte de tension, un sentiment de pesanteur; une douleur sourde, pulsative, a lieu dans le côté et vers la profondeur du bassin; la pression est excessivement douloureuse dans le point correspondant à l'abcès; il y a ordinairement ici, comme dans les autres abcès, un mouvement fébrile; les symptômes généraux diminuent, le pouls est plus large et plus souple ; la malade éprouve des alternatives de frissons et de chaleur; quelquefois il y a suppression momentanée des urines ou difficulté à uriner. Le moindre mouvement de la part de la malade est douloureux; elle ne peut ni allonger ni fléchir la cuisse. Si l'abcès augmente et devient considérable, on remarque une tuméfaction plus ou moins prononcée dans la fosse iliaque, la fluctuation devient sensible au doigt; mais dans les cas où les ovaires contiennent une petite quantité de pus disséminé ou infiltré dans leur substance, ou bien réuni dans de petits sacs en forme de kystes, ces derniers signes n'existent pas, et on est obligé, pour diagnostiquer la suppuration, de s'en rapporter aux symp' tômes généraux que nous avons énuinérés. Négrier a démontré [Recherches anatomlques et physiolofjiques sur les
48 THAITÉ l'IÎATIOUE DES MALAD1I5S DKS OVAIRES. ovaires dans l'espèce humaine, obs. XVII, p. 92) que le pus, réuni dans de petites poches semblables à des kysles, consliluait une forme particulière de l'ovarite, dont il place le siège dans les vésicules ovarietines. 11 a trouvé sur une malade une poclie de ce genre, qui s'était ouverte dans le péritoine, et il lui a été facile de distinguer les enveloppes propres du kyste, qui avaient atteint une épaisseur considérable. Portai {Anatomie médicale) rapporte avoir vu des ovaires pleins de pus, qui étaient plus gros que la tète d'un enfant. Tulpius, dellaën, Morgagni» Lieutaud, Panarole, Chambon, en citent des exemples, et on en trouve d'autres dans les Mémoires de l'Académie de chirur(jie, les Ephémérides d''Allemagne, les Mélanges des curieux de la nature, les Transactions philosophiques, et dans tous les auteurs qui se sont livrés à l'élude de l'anatomie pathologique. Dans un cas rapporté par Water, l'ovaire avait le volume d'une tête d'homme, et contenait du pus renfermé dans plusieurs capsules (Ilaller, Disputationes med,, t. IV, p. 401). M. Cruveilhier a fait représenter [Anatomie pathologique, 15*^ livraison) plusieurs ovaires ayant acquis un volume quatre ou cinq ibis plus considérable que de coutume, et infiltrés de pus. M. Andral a emprunté aux journaux américains une observation d'ovarite, dans laquelle la tumeurcontenait 20 pintes de pus (Taylor, ISorth American med. and surg. Journal, 1826). 11 pourrait bien se faire que ce fait ne soit autre chose qu'un kyste suppuré de l'ovaire, et non une ovarilc terminée par suppuration, et il faut se garder de confondre les suppurations consécutives de l'ovarite aiguë ou chronique, avec celtes qui se forment à la suite de Fintlammation des kystes ovariens. Les abcès de la fosse iliaque sont assez souvent la suite de l'ovarite. Le foyer
OVARITE AHiUli ET ClIRONlQUli;. 49 peut se l'ompi'C cl donner issueau pus de la cavité pcriloniale. Scymour en a rapporté des exemples [îUuslr allons ofsome ofthe principal diseuses ofthe ovaria). Dupuylren a observé une fois cette terminaison. L'observation XVll, de Négrier, en est un exemple semblable, que M. Velpeau dit avoir rencontré deux fois [Dicl. de méd., t. XXlf, p. o7!2); de notre côté, nous l'avons observé une foi;? à la suite de cautérisations répétées du col, et une autre fois à la suite de tentatives criminelles pour provoquer un avortement. Le plus souvent alors une péritonite suraiguë emporte rapidement la malade, ou bien des adliérences s'organisent autour du liquide épanché, et finissent par l'isoler, ou bien l'abcès va s'ouvrir dans un organe voisin. Chambon {Traité des maladies des femmes) a vu plusieurs fois la maladie des ovaires se terminer par suppuration, et il cite l'observation de deux femmes qui, de temps en temps, avaient un écoulement purulent par la trompe utérine, et malgré tout le soin qu'il mit à explorer l'une de ces malades, il pense qu'il s'agissait, dans le cas qu'il rapporte, d'une communication entre le kysie et le vagin; si, par une indisposition quelconque, cette personne était obligée de garder le lit plusieurs jours de suite, en comprimant la tumeur ovarique, on en faisait sortir de la matière purulente, qui ne tardait pas à être évacuée par le vagin : l'odeur en était toujours forte et désagréable; la couleur variait; elle était rougeâtre et d'une teinte jaune à l'approche des menstrues, et pendant quelques jours après leur écoulement, ensuite elle devenait blanche; cependant la promenade ou un autre exercice quelconque suffisait pour lui laire prendre une teinte rouge; on lit {Mémoires de l'Académie des sciences, ann. 1700, obs. V) que chez une religieuse,^ dont on fit
ôO Tli.MTK l'RATIQUK DKS MALADIES DES OVAIRES. Taulopsic, ral)cès de l'ovaire se vidait par le vagin; ma dame Boivin a également vu le col de la matrice, être l'aboutissant du foyer traversant soit les trompes, soil les parois de l'utérus (t. 11, p. 576). Le pus sort parfois par la vessie, par suite d'adhérences qui se sont établies entre le foyer et cet organe. Mérat en a rapporté un exemple {Observation cummuniquée, en 1753, à l'Académie royale de diirurgie). Une dame se plaignait depuis longtemps de douleurs considérables dans la région lombaire droite ; elle rendait du pus par les urines ; on ne doutait pas que le rein droit ne fût en suppuration ; la malade mourut, on trouva le rein dans l'état normal; l'ovaire, du même côté, était adhérent au fond de la vessie;' le fond était percé; l'ouverture pénétrait dans l'ovaire, qui était on suppuration, et le pus coulait dans la vessie. M. Andral a vu une semblable communication, établie en trente-sept jours, entre un ovaire et la vessie, chez une femme nouvellement accouchée {IHcl. de méd.^ 1"' édit., t. XVI, ]). 85). Plus souvent encore le pus se fraye une issue par le vagin; llusson et Dance, ont constaté le fait sur une jeune tille qui succomba à la suite d'une couche. M. Cruveilhier a vu, à l'hôpital Beaujon, une 'tumeur de celte nature proéminer entre le col de l'utérus et la paroi vaginale. Une terminaison fort ordinaire encore, c'est l'adhérence du kyste avec le canal intestinal et leur communication. Dupuyiren a constaté une ouverture du sac purulent avec le cœcum; Montault, avec le colon iliaque gauche, mais c'est surtout avec le rectum qu'on observe ces communications. Dupuytren, Andral, Montault, madame Boivin et Dugès, Nauche, en ont signalé et décrit plusieurs exemples. En général, on doit considérer cette terminaison comme la plus heureuse, au moins c'est
OVAlllI'; AlUUli ET CIIHOMOIjE. M celle qui compte le plus de guérisons avérées. — Des observations ont encore appris que le pus pouvait l'user par le canal inguinal, le long du ligament rond, ou par un des poinls de l'arcade crurale, le plus souvent en suivant le trajet des vaisseaux fémoraux ; enfin il peut se faire qu'une inflammation établisse des adhérences entre deux feuillets du péritoine, ou bien entre le kyste et les parois abdominales, et alors l'abcès vient proéminer dans cette région, et se frayer une issue. Montault rapporte une observation de ce genre de terminaison, en disant que le pus peut, chez une même malade, suivre plusieurs directions à la fois {Nouvelle bibliothèque médicale, t. IV, 1827). Madame Boivin a également rapporté un cas d'abcès de l'ovaire, ouvert dans la vessie et dans l'utérus.
Un autre mode de terminaison a encore été signalé par Montault, c'est le ramollissement de l'ovaire; en 1829, sur une fille morte à l'Hôlel-Dieu d'une inflammation des organes génitaux internes et du péritoine; il a constaté que l'ovaire était infiltré d'un liquide séro-purulent, et qu'il était en même temps devenu plus friable {ouvr. cit.) et que le ramollissement était complet. M. Cruveilhier ne pense pas que cet état anatomique soit la conséquence de l'inflammalion, il l'attribue à l'infiltration séreuse de l'ovaire, et le décrit sous ce nom. Il dit l'avoir observé très-fréquemment siir des femmes mortes à la suite de l'accouchement. Cet état n'avait pas échappé à l'observation deMorgagni, comme le prouve le passage suivant : « Testis sinistor colore quidem et magnitudine a sano quocumque non discrepabal, mollior tamen erat, sectusque humidior, ut quasi ex gelatina polius, quam ex alio substantia fœlus videri possit » {Episiola xlvi, n" 27). La terminaison par gangrène s'oliscrvc si rarement, que,
52 TRAITIÎ; PHATIQUÉ UKS MALADIES DES OVAlltES.
pour confirmer l'exislencc de ce mode, je vais rapporter les faits suivants, empruntés à divers auteurs. Baulzimnn{Ephem.Germ., 11 décemb., an IV, observ.XXXVIl], p. 95) rapporte l'iiistoire d'une comtesse morte d'un abcès au testicule; elle était devenue enceinte après vingldeux ans de mariage. Vers les derniers mois de la grossesse, elle sentit des douleurs à l'hypochondre droit ; elle accoucha heureusement, mais les lochies avaient une odeur fétide ; huit jours après ses couches, il se manifesta de la fièvre, une douleur vive à la région de la matrice; plus tard, le dôvoiement; la malade succomba. A l'ouverture du cadavre, on trouva le péritoine intéressé et en putréfaction sur quelques points: les intestins transparents et remplis de vents, nageaient dans du pus aqueux ; la matrice dans l'état ordinaire d'une femme en couche; mais l'ovaire droit était en pourriture, déchiré et comme un sac du côté de la trompe de Fallope. On lit, dansThéophyleBonnet [Sepulchretum, édit. 1679, lib. III, sect. xxxiir, § 8, p. 1350) une observation de la terminaison de l'ovarite par gangrène; il en rapporte une autre qu'il emprunte à Selenkins {même oim'afje, liv. III, secl. xxi, obs. LVI, p. 1142). Sidren a publié une dissertation sur les faits de cette nature {Casus sphaceli ovarium, dissert. Upsal, 1768). Un autre fait, analogue à ceux que nous venons d'indiquer, existe dans l'ouvrage de Seymour {On diseuses of the ovaria, p. 40). M. Velpeau, qui rapporte tous ces faits {Dict. de médecine, t. XXII, p. 574) pense qu'il s'agit, dans la plupart de ces cas, de suppuration de l'ovaire avec rupture du kyste dans la cavité péritonéale et développement d'une péritonite grave. L'examen attentif des faits doit autoriser à le croire. La répétition périodique des fluxions habituelles, qui se