CHAPITRE IV OVÂRITE NERVEUSE, HYSTÉRIQUE, OVARULGIE
11 est une affection des ovaires, que je n'ai trouvée décrite nulle part d'une manière précise, quoiqu'elle me paraisse être assez commune; je l'ai observée dix ou douze fois, au moins. On pourrait la désigner sous le nom d'ovarite nerveuse ou hystérique, parce qu'elle offre des symptômes, qui ont beaucoup d'analogie avec ceux de l'bystérie proprement dite, et que son point de départ est évidemment dar\s l'ovaire. Elle présente parfois des signes qu'on rencontre dans la métrite et l'ovaritc clironiques, dans plusieurs lésions de déplacement de l'utérus , et enfin dans le relâchement des symphyses des os du bassin, après l'accouchement. Ces symptômes qui se rencontrent également dans les affections que je viens d'indiquer, n'ont pas peu contribué à donner le change sur la véritable nature de cette maladie ; mais, suivant ce que j'ai observé, cette maladie ne serait qu'une douleur névralgique de l'ovaire, ne constituant ni l'inflammation de cet organe, ni les symptômes d'une autre affection. En raison de sa fréquence, des caractères particuliers dont
olle s'accompagne, de sa marche, des erreurs de diagnostic auxquelles elle donne lieu, des traitements peu convenables, auxquels on la soumet, elle mérite d'être cludiée séparément; et si on avait bien refléchi à l'influence si grande que les ovaires exercent sur l'économie tout entière, on aurait vu bien vite, que l'état d'irritation, d'excitation, de turgescence nerveuse que doivent éprouver ces organes, dans certains Cas, devait produire sur toute l'économie des effets très-sensibles. Pour bien le comprendre, il suffit de se rappeler les phénomènes si prompts et si remarquables, que font naître l'ablation des ovaires ou leur anéantissement par l'âge ou la maladie. Toute la constitution en souffre et en éprouve des changements caractéristiques; ainsi, le corps cesse de se développer et se transforme; les animaux castrés n'éprouvent plus le besoin des rapports sexuels, et les organes génitaux s'affaissent et se flétrissent. Chez la femme, les règles disparaissent, et le principe de l'amour est éteint pour toujours ; son énergie vitale diminue, sa sensibilité cL sa susceptibilité nerveuses s'affaiblissent et s'éteignent, etc. Si l'absence des ovaires chez, la femme, peut produire des modifications aussi profondes, est-il si déraisonnable d'admettre, que leur présence, doit exercer une grande puissance sur la femme, entretenir et faire naître chez elle, des phénomènes qui, limités à un certain degré, peuvent être considérés comme naturels, normaux, mais qui accrus dans certaines proportions, prennent le caractère de phénomènes morbides. Maintenant que les ovaires; par une cause ou par une autre, deviennent le siège d'une douleur névralgique, soit par excitation, irritation, congestion, fatigue ou refroidissement, etc., et l'on remarquera bientôt, chez certaines femmes, tousles pliénomèncs
OVARITE NERVFAISb:, llYSTÉRIQUI';, OVA.RIAf.GIE. " 59
de cet élal particulier, que nous désignons sous le nom d'ovarite hystérique, d'ovarialcjie ; phénomènes qu'on attribue, à tort selon nous, soit à l'hystérie, soit à l'ovarite ou à la métrite chroniques, soit à diverses lésions de l'utérus, déplacements ou ulcérations, soit enfin au relâchement des symphyses du bassin.
Cette ovarite nerveuse, est caractérisée par des douleurs dans les régions iliaques, les lombes et le bassin, au moment du retour des régies, surtout chez les femmes jeunes, mariées et ayant eu des enfants ; ces douleurs qui apparaissent aussi à la suite d'une fatigue, d'une contrariété, d'une excitation quelconque des organes génitaux, se montrent principalement au moment où les règles vont venir. C'est un véritable éréthisme ou spasme douloureux des ovaires, accompagné quelquefois d'élancements, de chaleur, de phénopiènes névralgiques, semblables à ceux que l'estomac éprouve dans la gastralgie.
Dans les cas que j'ai observés, à cela prés de l'intensité et de la durée, les symptômes ont toujours présenté les mêmes caractères à peu près. Dans l'espoir de donner une idée exacte de cette maladie, je vais rapporter l'observation d'une jeune dame que j'observe en ce moment, et chez laquelle, en raison des symptômes qu'elle éprouve, plusieurs confrères éminents ont, après l'avoir examinée avec soin, porté des diagnostics différents. Pour les uns, cette jeune femme était atteinte d'une ovarite aiguë , menaçant de devenir suppurante (abcès de la fosse iliaque) ; pour les autres, c'était une métrite ; d'autres ont pensé à un abaissement de l'utérus ou tout autre déplacement ; enfin on a cru à un relâchement de la symphyse pubienne. Tous trouvaient, dans ces diverses lésions, l'explication des phénomènes éprouvés par cette malade.
Elle a 26 ans, est d'une conslilulion nerveuse, un peu anémique, d'un caractère calme. Mariée a 21 ans, elle a eu deux enfants, qui se portent bien. Ses grossesses et ses couches ont été heureuses, et les suites n'ont offert rien de particulier. Habituellement, les règles sont peu abondantes, mais elles sont régulières ; seulement, à leur approche, ou si dans l'intervalle, cette dame fait une course un peu longue, enlève ou porte ses enfants, ou bien si elle a des rapports sexuels, ce qu'elle ne désire pas, disant qu elle n'est pas faite pour le mariage, elle ressent dans la région iliaque gauche, au niveau de l'ovaire, une douleur sourde d'abord, mais qui bientôt devient plus grande avec des élancements douloureux et insupportables, qu'elle calme, si elle prend sur-le-champ, la précaution de se coucher ou de garder plusieurs jours de suite une position horizontale, position qu'elle est d'ailleurs forcée de subir, car il lui devient impossible de se tenir debout et de marcher, tant elle souffre dans le bas-ventre, la région lombaire et le côté gauche. Le moindre mouvement exagère la douleur du côté et lui arraciie des plaintes ; toutes les fois qu'elle a voulu lutter et ne pas se coucher, cette douleur du côté gauche s'est considérablement accrue, a envahi les reins, le bas-ventre. Alors le côté gauche du ventre se gonfle, devient tendu, brûlant et tellement douloureux qu'il ne peut supporter la plus légère pression, le moindre mouvement, et chose remarquable, c'est que si l'on arrive à exercer sur ce point douloureux une pression plus forte, mais soutenue, la malade dit éprouver un soulagement marqué. La main qui exerce ainsi la pression, croit sentir une boule, une tumeur élastique profondément située; toutes ces pressions, iri'itent et énervent la malade, do
OVARITE NERVEUSE, IlYSTfiRIQIJE, OVAHIALGIE. Gl même que le louchor soit par le rectum ou le vagin, et ont plusieurs fois provoqué des altaques d'hystérie. Le loucher vaginal offre les particularités suivantes : c'est surtout à l'entrée du vagin qu'il produit une impression désagréable, douloureuse, et le long du canal de l'uréthre jusqu'au col de la vessie, ce qui a fait supposera plusieurs reprises, que le siège du mal pouvait bien être au col de la vessie. Le doigt introduit dans le vagin, pressant et soulevant le col de l'utérus qui n'offre rien de particulier, ne provoque aucune douleur, et l'utérus, qu'il soit touché par le vagin, ou au-dessus du pubis, n'est le siège d'aucune douleur. Son volume est ordinaire; le calhélérisme vésical n'a jamais pu être exécuté, sans déterminer des douleurs très-vives et même des attaques d'hystérie. Les urines, au milieu de tous ces phénomènes douloureux, restent claires et les besoins de les émettre sont fréquenis. La pression exercée sur le pubis, au niveau de la symphyse, a toujours été très-douloureuse, et la douleur existe également dans ce point, si l'on cherche, en pressant en même temps sur les os des ilcs, à les rapprocher l'un de l'autre. C'est ce symplôme et l'impossibililé où est la malade de se tenir debout et de marcher, sans éprouver de vives douleurs dans le ventre, qui a fait croire à un relâchement de la symphyse pubienne, symptôme qui disparaît promptement dès que la douleur du côté gauche, disparait elle-même. Le toucher constate que la matrice n'est pas abaissée, et qu'elle n'a éprouvé aucune déviation. Le col n'est le siège d'aucune lésion. La malade n'a jamais éprouvé de fièvre, môme au moment où les douleurs avaient leur summum d'intensité; cependant le bas-ventre est quelquefois si douloureux, si tendu, que, plusieurs fois, on a craint un commencement de
O'i THAITÉ l'lUTIQUK DES MALAUIKS UES OVAlRIiS.
pcl'iloiiilc!, ol la formation d'un abcès dans la lossc iliaciue gauche, à cause des frissons éprouvés par la malade, des élancements ressentis dans le côté du ventre, d'une céphalalgie très-intense, d'une insomnie rebelle, de vomissements quelquefois, et surtout de la pression si douloureuse du bas-ventre.
Chaque accès névropathique,est suivi d'un aiîaisseraeni général des forces, d'une grande courbature, de la perte de l'appélit, d'un découragement inquiétant et surtout de l'impossibilité de faire le moindre mouvement, de se lever et de pouvoir se tenir debout. Tous ces phénomènes douloureux se dissipent ordinairement assez vite, si ce n'est la douleur de la région ovarienne qui a commencé la première, et qui est la dernière à disparaître. Il est arrivé plusieurs fois que, ne souffrant plus que trèsmodérément dans le côté, la malade a essayé de se lever et de se promener dans l'appartement. Alors tous les accidents ont reparu promptement, et l'ont obligée à reprendre le lit ou la chaise longue, non pas pour quelques jours, mais pour plusieurs semaines.
Cette impossibilité de pouvoir se tenir debout, de marcher, est quelque chose de bien singulier dans cette affection ; c'est d'ailleurs le phénomène le plus saillant et le plus remarqué, celui qui tourmente le plus les malades, parce qu'elles l'attribuent, aidées qu'elles sont en cela par les médecins, à des lésions de la matrice ou à certains déplacements de cet organe. Cette impossibilité de marcher ou même de se tenir debout, se renouvelle à chaque crise et persiste quelquefois très-longtemps, des mois, des années, alors que les douleurs du ventre et des lombes sont complélement disparues. Nous l'avons notée chez toutes les malades que nous avons observées, et il
OVAHITE .^EHVliUSl!;, IIYSTRIUQUE, OVAllIALGlE. (i3 amène tant d'ennuis aux malades et leur cause tant d'inquiéludes, qu'oubliant les douleurs qu'elles ont primiLivement ressenties dans l'une ou l'autre région iliaque, elles ne se plaignent, que de l'impossiljilité où elles sont, de pouvoir marcher ou de se tenir debout, et des douleurs qu'elles éprouvent dans le bas-ventre ou les reins, lorsqu'elles font la moindre marche et éprouvent la moindre fatigue : alors le médecin appelé à donner des soins à ces malades, lors môme qu'il a assisté au début de la maladie, est tout naturellement disposé à admettre que ces malades sont atteintes de quelques lésions utérines, mais principalement d'abaissement de la matrice, ou bien de certaines déviations de cet organe, ou entin d'un relâchement des symphyses du bassin... C'est surtout à cette dernière affection que s'arrête le médecin lorsqu'il constate qu'il n'existe ni abaissement, ni déviation de l'utérus, et comme il est assez ordinaire de trouver un peu d'abaissement de la matrice chez les femmes qui ont fait des enfanls, un conseille alors, ne voyant rien autre chose, de porter soit un pessaire, soitune ceinture hypogaslrique on toule autre ceinture comprimant les hanches ; mais, comme ces moyens qui soulagent quelquefois sont loin de guérir, que les malades continuent à ne pouvoir marcher, ni se tenir debout, sans ressentir des douleurs dans les reins et le bas-ventre..., elles se mettent entre les mains de certains charlatans en crinoline, qui leur font espérer la guérisonpar l'usage de certains sachets spéciaux... Mais jusqu'à présent ces sachets n'ont eu d'autre vertu que d'emplir la bourse des charlatans, dont les manœuvres ont souvent amené des affections utérines qui n'existaient pas auparavant. Ennuyées de tous les traitements qu'elles ont subi inutilement, et ne pouvant marcher, elles se
04 T«.MTK PRATIOUK DIÎS M.M.ADIRS DES OVAIKES.
condamiicnl à un repos qui les guérit le plus souvent en rcslanl des mois, mênnc des années, sur une chaise longue.
Un dos meilleurs remèdes dans ces cas est donc le repos absolu, tant qu'il existe de la douleur et toutes les l'ois que les malades souffrent dans le bas-venire, lorsqu'elles marchent ou restent trop longtemps debout. On doit y joindre de grands bains tièdes, des bains de siège froids, des liniments opiacés, des cataplasmes narcotiques qu'on applique sur le ventre, des badigeonnages avec de la teinture d'iode, du collodion iodé, des emplâtres fondants narcotiques. Les malades doivent observer une grande continence et éviter toutes les excitations des organes génitaux. L'éloignement des causes excitantes et provocantes, un régime bien ordonné, sont les remèdes qui paraissent meltrc un terme à ce genre de désordre, dont la persévérance peut devenir quelquefois fort pénible. Ce sont les moyens qui nous ont paru les plus efficaces chez- toutes nos malades. A l'intérieur, on devra recourir aux calmants, au sulfate de quinine ; car il arrive souvent que les douleurs prennent un caractère intermittent très-prononcé. L'agitation, l'insomnie, le trouble des voies digestives, les phénomènes hystériques qui accompagnent quelquefois cette névralgie, devront être combattus par des moyens appropriés; et les malades, lorsqu'elles recommencent à se lever et à marcher, doivent éviter les longues courses, la moindre fatigue et surtout la secousse des voitures. Les ferrugineux ne doivent pas être omis, et l'hydrolhérapie a souvent procuré d'excellents résultais.