ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES KYSTES DES OVAIRES
L'ovaire joue chez la femme un rôle physiologique de la plus haute imporlance, aussi bien dans le phénomène de la menstruation que dans celui de la généralion ; les congestions périodiques qu'il éprouve à chaque époque menstruelle, et sous l'inlluence des désirs ou de l'acte vénérien, doivent l'exposer à des maladies fréquentes, qui finissent souvent par détruire son organisation et abolir ses fonctions ; on conçoit, en effet, que tout ce qui peut exaller l'activité plastique de la femme, jusqu'au degré nécessaire pour la production du nouvel organisme, moins l'influence du mâle, peut produire des lésions pathologiques de l'ovaire. Cette exaltation se manifeste par la formation de nouveaux produits, aussi rencontre-t-on souvent dans les ovaires, les altérations de texture les plus diversifiées, depuis la sérosité limpide, jusqu'aux solides les plus résistants de l'économie, tels que des os, des dents, des poils, etc. C'est presque toujours à la formation de ces productions accidentelles, qu'on doit attribuer
l'accroissemenl du volume des ovaires, quoiqu'il ne soit quelquefois, surtout dans l'origine, qu'une simple hypertrophie, soit de toute la substance de la glande, soit, ce qui a lieu le plus souvent, d'une seule de ses parties constituantes, des vésicules... L'augmentation de l'ovaire est souvent énorme, et portée jusqu'à un tel degré, qu'on a trouvé des tumeurs ovariques pesant 55, 85 et même 200 livres. L'altération la plus fréquente et qui s'écarte le moins de l'état normal, est l'hydropisie de l'ovaire. Cette lésion, qui consiste dans la production accidentelle d'un liquide, renfermé dans des sacs fibreux susceptibles d'un accroissement presque indéfini, offre de nombreuses différences. Tantôt, en effet, le liquide est contenu dans une seule poche, tantôt dans plusieurs de grandeur inégale; d'autres fois, il remplit plusieurs vésicules dont le volume n'est pas le même; il ne varie pas seulement sous le rapport de la quantité, mais encore, et même assez souvent, dans les divers kystes du même ovaire, sous celui de la couleur, de la consistance, etc. Il n'est pas rare non plus que ces kystes contiennent de la graisse ou un fluide plus ou moins épais, celui des athéromes ou du miliceris... Une autre altération de texture de l'ovaire, qu'on rencontre soûle ou accompagnée de plusieurs autres, consiste dans la formation de substance fibreuse, fibrocartilagmeuse, cartilagineuse ou osseuse. C'est ici qu'il faut rapporter, sinon en totalité, du moins en grande partie, les formations qui ont été décrites sous les noms de steatome, sarcome, squirrhe, os4.éo-sarcome et ossification de l'ovaire.
A ces répétitions anormales de tissus normaux, il faut en ajouter une encore qui est, sinon tout à fait, du moins presque entièrement exclusive à ces glandes : c'est la
AlNATOMIE l'ATllOLUGlULlE DES KYSTES DES OVAIKES. 67 formation des poils el. des dents, qui se développent dans la graisse ou dans une matière qui a l'apparence de la gélatine.
La nature de l'organe dans lequel se forment toutes ces productions anormales, et qui est l'atelier de la génération, l'époque de la vie à laquelle elles se développent le plus souvent, la circonstance qu'on les rencontre fréquemment chez les femmes qui ont vécu dans le célibat et qui n'ont pas eu d'enfants, en mijme temps qu'elles ont éprouvé sans l'accomplir, le vif désir de l'acle vénérien, prouvent qu'il n'est pas nécessaire d'admettre le concours de l'homme, pour déterminer leur production, et qu'on peut les attribuer à l'activité plastique très-énergique de l'ovaire Un vétérinaire, M. Cartier, a fait la remarque importante, que toutes les vaches qui ne font pas de veau sont atteintes de kystes de l'ovaire, et qu'elles réclament constamment les approches du mâle. Ce serait donc dans le rôle physiologique exagéré des ovaires, qu'il faudrait aller chercher la cause première des maladies dont ces organes sont fréquemment le siège, car autrement, on a peu de renseignements sur les causes qui président à la formation première d'un kyste de l'ovaire ; il est probable que l'ovarite n'y est pas étrangère non plus.
Quant à l'origine de ces kystes, elle est encore enveloppée d'une certaine obscurité; cependant des études histologiques nouvelles et intéressantes ont été faites sur ce point, par plusieurs savants de nos jours, et plus particulièrement par MM. Kiwish etOrdonez. C'est à ces deux auteurs (Thèse de M. Herrera) que nous allons emprunter tout ce que nous savons de plus exact, sur l'origine des kystes ovariens.
11 est impossible de bien faire l'anatomic pathologique
(58 TRAITÉ PRATIQUE UKS MALADIES DES OVAIRES, des kysles de l'ovaire sans l'iiislologie, et surtout de bien fixer leur point d'origine qui, jusqu'à ces dernières années, avait été considéré comme unique dans l'ovaire. M. Velpeau, le premier, a appelé l'attention sur la situalion des kystes qu'on rencontrait dans des points différents du ligament large ; après lui, Bright, MM. Huguiei-, Follin et Verneuil se sont occupés de la même question et ont fixé le point d'origine, dans des organes préexistants. C'est donc au moyen du microscope que nous pouvons, dit M. Ordonez, arriver, en reconnaissant les éléments de ces différents organes, à la solution de cette question, qui peut, dans la suite, avoir une grande importance pratique.
Kiwish, dans son Traité des maladies des ovaires, a résumé les opinions des auteurs qui se sont occupés de l'élude des kysles, et les a classées sous trois chefs :
1° Kystes provenant de l'altération et de la dilatation des vésicules de Graaf ;
2« Kystes provenant d'une formation nouvelle au milieu d'un blastème pathologique, par multiplication endogène des cellules et des noyaux ;
5° Kystes provenant d'une formation nouvelle, au milieu d'un blastème pathologique, et présentant d'emblée la' forme des vésicules.
Presque tous les auteurs ont considéré les vésicules de Graaf dilatées pathologiqnement, comme étant Yinitium des kystes de l'ovaire ; Rokitanski a cru voir, en faisant l'examen d'un kyste ovarien, les éléments de la vésicule de Graaf, et même l'ovule'; mais il a soin d'ajouter une série d'allérations de forme et autres, des éléments anatomiques ((u'il avait cru reconnaître; de telle façon qu'après la lecture de cette observation, on est plus qu'avant,
ANATOMIli PATlIOLOGIQUli DKS KYSTES DES OVAIRES. 09 porté à douter de l'origine réelle du kyste. Ainsi, dit-il, les ovules paraissaient ramollis, opaques et facilement isolables. Dans la plupart des cas, la zone pellucide avait perdu la netteté de son bord externe, et la vésicule germinative avait disparu dans toutes ; or on peut se demander comment on a pu reconnaître des ovules, dans des éléments anatomiques privés justement des caractères spécifiques qui les distinguent ?
Suivant Scanzoni, le point de départ de cette augmentation de liquide dans la vésicule de Graaf, serait presque toujours dû à une hyperémie plus ou moins prolongée des ovaires, hyperémie qui se communiquerait aux parois des vésicules et serait ainsi la cause de l'hypersécrétion qui a lieu à la surface interne; mais, ajoute-t-il, pour que le liquide ainsi sécrété, puisse demeurer dans la vésicule de Graaf, il faut que la rupture des parois de cette dernière soit rendue impossible par l'hypertrophie. Si cela n'avait pas lieu, l'hyperémie en question et l'amas de liquide qui en résulle, amèneraient toujours une rupture de la vésicule, comme il arrive dans la menstruation. Pour bien des gens, cette explication ne sera qu'une hypothèse habilement conçue, mais d'un contrôle très-difficile, et on voudra, pour pouvoir affirmer que le point de départ des kystes ovariens réside dans les vésicules de Graaf :
1" Trouver des ovaires à kystes multiples, lesquels se trouvant nécessairement à différentes périodes, permettraient à l'observateur de suivre presque pas à pas, les phases diverses de transformation subies par les vésicules de Graaf ;
2" Trouver des vésicules normales à côté des vésicules par trop altérées par la maladie, de manière à pouvoir vérifier à l'aide du microscope leur idenlilé. 11 ne s'agit
70 TIÎAITK PRATIQUE DKS MALADIES DKS OVaIIIKS.
pas seiilenieiU de conslaloi' la présence de certains élérnenls anatomiques, ressemblant plus ou moins aux épi- Ihéliums de la couche interne de la vésicule de Graaf, connue sous le nom de membrane granuleuse; il s'agit principalement d'établir d'une manière non douteuse, la présence de l'ovufe dans l'intérieur du kyste qui commence à se développer. Il est bien probable qu'un élément anatomique aussi délicat que l'ovule, ne pourrait pas résister sans se délruire, à une macération prolongée dans le liquide d'un kyste, et soustrait à loutes les conditions physiologiques qui sont nécessaires à son existence et à la constal.'ition de sa présence. Cette difficulté doit se présenter nécessairement, du moment que les kystes ovariens ont dépassé un volume triple ou quadruple de celui des vésicules de Graaf, les plus volumineuses à l'état physiologique.
Celle manière de voir, contraire en apparence à l'opinion d'observateurs très-respectables et dignes de foi, comme M. Kiwisch, se trouve cependant d'accord au fond delà chose, c'est-à dire, la difficulté ou l'impossibilité de constater la présence de l'ovule, dans les kystes même d'un très-petit volume. M. Kiwisch s'exprime ainsi : « Selon nous, un des modes les plus fréquents de la formation des kystes, dépend d'une simple dilatation du follicule de Graaf. U y a des cas dans lesquels il ne peut y avoir de doutes de ce mode d'origine, puisque dans le même ovaire nous voyons des follicules qui présentent une augmentalion progressive, près d'autres qui conservent encore leur volume normal. Au commencement de l'affection , on peut les séparer du slroma environnant sous forme de sacs clos; mais autant que nous l'avons observé, on ne peut pas découvrir d'œuf même dans la première période de la maladie. »
AiNATOJIlE PATllOI.UlilQUE ini> KYSTES DKS ()VAllih:S. 71
3* Démontrer que l'ovaire est le siège exclusif de ces kystes ou d'autres kystes, ayant des caractères déterminés et toujours constants ; or, certaines pièces pathologiques démontrent que les mêmes kystes, observés dans le stroma même de l'ovaire, se renconirent également sur le trajet des trompes, sur la surface péritonéale de l'utérus, dans les ligaments larges, etc. D'un autre côté, si l'on considère le nombre infini des vésicules ou cellules, qui constituent les kystes multiloculaires, ainsi que la multiplication prodigieuse des peliles cavités qui forment les kystes aréolaires, on ne saurait pas admettre que le point de départ des kystes, réside dans les vésicules de Graaf, dont le nombre, en tout cas, serait de beaucoup inférieur à celui des petites poches, qu'on observe dans les deux espèces de kystes.
A part les auteurs que nous venons de citer, MM. Velpeau, Cruveilhier, Négrier, Hertz et Huguier, en France, Pagel , Farre, Hodgkin et d'autres à l'élranger, ont soutenu l'opinion delà formation des kystes ovariens, aux dépens des vésicules de Graaf, et nous nous rangerons à cette opinion, quoique les raisons d'analogie et d'induction histologiques, très-nombreuses du reste que nous connaissons, ne viennent pas à l'appui de cette opinion, mais les phénomènes physiologiques de l'ovulation peuvent parfaitement l'expliquer.
Mais, cependant, en y réfléchissant bien, est-il possible de prendre la nature sur le fait et d'assister pour ainsi dire, au premier phénomène pathologique, qui va donner naissance à un kyste de l'ovaire... Pour cela, il faudrait pouvoir, minute par minute, jour par jour, le microscope à l'œil, suivre l'évolulion de celte altération de texture, dès qu'elle commence, cl c'esl mallieui-euscment inipos-
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sihlfi ; quand nous sommes appelés à étudier ces sorles dt; lésions, déjà elles existcnl depuis un certain lemps, nous les voyons plus ou moins loin de leur début. D'ailleurs, si môme quelque signe ou phénomène pouvait nous annoncer ce début, pense-t-on, que l'œil seul ou armé du microscope, pourrait saisir et reconnaîire les premiers phénomènes pathologiques, les phénomènes initiaux survenus dans les éléments anatomiques de l'ovaire. Non assurément. Alors puisqu'il est impossible de savoir rien de bien précis sur le commencement de la formation des kystes ovariens, est-il donc, si déraisonnable, et hypothèse pour hypothèse, de soutenir l'opinion qui prétend que la formation des kystes de l'ovaire, a lieu aux dépens des vésicules de Graaf et des ovules qu'elles renferment. En effet, que nous apprend l'observation?
1" Que les kystes de l'ovaire se développent à tous les Ages, mais surtout de quinze à quarante ans, pendant le temps où les organes de la génération sont dans toute leur activité ; ,
2" Qu'on les observe plus fréquemment chez les femmes vierges, veuves, ou qui étant mariées n'ont pu satisfaire leur passion amoureuse. Sur 500 femmes atteintes de kystes de l'ovaire, nous en avons trouvé 590 qui n'avaient jamais eu d'enfants;
3" Que l'orgasme des parties génitales produit la congestion et la tuméfaction des ovaires, et que si l'émolion des plaisirs solitaires, celle d'une jouissance lesbienne sont souvent renouvelées, les ovaires partageant le mode d'excitation qui existe dans les organes génitaux externes, deviendront le siège de congestions, de tuméfactions, d'engorgements, qui, peu à peu, amèneront des désordres plus ou moins grands. On conçoit facilement que toutes ces